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02 mai 2009

TRINI LOPEZ : Surf n° 7


Acquis sur le vide-grenier de Mareuil-sur-Ay le 1er mai 2009
Réf : RVEP 60 046 -- Edité par Reprise/Vogue en France en 1964
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Cotton fields -- This little girl of mine -/- Irresistible you -- What have I got of my own

Trini Lopez, c'est avant tout le succès de If I had a hammer. If I had a hammer en français c'est Si j'avais un marteau. Si j'avais un marteau c'est Claude François. Claude François c'est l'horreur, donc il n'y a aucune raison de s'intéresser à Trini Lopez. C'est quoi ça comme type de raisonnement ? Un syllogisme ? Un sophisme ? Les deux à la fois si c'est possible ? On s'en fout, mais en tout cas c'est le raisonnement auquel je me tiens depuis des années.
Et puis cet hiver, lors de l'un des vide-greniers du Jard à Epernay, j'ai acheté le premier album de Trini Lopez, Live at PJ's. La petite vieille du stand était sympa. Il n'y avait quasiment rien d'intéressant sur toute la place et, même s'il était en assez mauvais état, c'était un album sixties à 1 €, alors j'ai tenté le coup. Et j'ai été plus qu'agréablement surpris, tellement d'ailleurs que j'ai bien failli chroniquer cet album ici. Son producteur de l'époque a vraiment bien fait de préférer un enregistrement live au studio pour conserver l'énergie et la qualité de showman de Trini Lopez. Le choix de chansons est excellent, la prestation du trio énergique et précise et le disque est enthousiasmant. J'ai particulièrement apprécié d'entendre ce chicano jouant devant un public probablement huppé d'Hollywood lui balancer à la figure des versions incendiaires non seulement de America (de West Side story) mais aussi du This land is your land de Woody Guthrie. Sans parler de sa version de If I had a hammer, celle-là même qui a fait le tour du monde en single. Mais la version de Trini Lopez est encore l'hymne quasi-communiste écrit par Pete Seeger et Lee Hays en 1949, tellement que dans le dernier couplet, on pourrait presque remplacer "cloche" par "faucille" : "J'ai un marteau et j'ai une cloche et j'ai une chanson à chanter dans le pays tout entier. C'est le marteau de la justice, c'est la cloche de la liberté, c'est la chanson sur l'amour entre mes frères et mes soeurs dans le pays tout entier". Seulement, une fois passée à la moulinette de l'adaptation française, la fraternité, celle qui figure dans la devise française, se réduit d'un coup à celle de la cellule familiale nucléaire, et la chanson devient l'hymne monstrueux à la famille modèle des sixties que l'on connait : "C'est le marteau du courage, c'est la cloche de la liberté, mais la chanson c'est pour mon père, ma mère, mes frères et mes sœurs, Oh oh, pour moi c'est le bonheur, c'est ça le vrai bonheur.".

Hier, 1er mai, c'est traditionnellement la date du vide-grenier de Mareuil-sur-Ay, celui où je joue à domicile. La manifestation est assez réputée, tant et si bien qu'il est difficile d'y faire de bonnes affaires. L'an dernier, j'étais tombé sur le disque des Maxel's et ça avait suffi à mon bonheur du jour. Hier j'ai assez vite trouvé un EP de Marcel Bianchi et je m'en serais largement contenté. Mais au bout du compte, ce fut une bonne cuvée car j'ai encore trouvé des disques intéressants à deux autres stands : le 45 tours du Soul Clan et deux albums Formidable rhythm and blues d'un côté, et dix 45 tours pour 1 € de l'autre, dont deux EP de Trini Lopez.
Les titres de ce disque sont tous extraits du troisième album de Trini Lopez, On the move. Pour exploiter le filon, et parce que visiblement c'est là qu'il était dans son élément, les deuxième et quatrième albums de Lopez sont des live. Pour celui-ci, je n'ai pas réussi à trouver de crédits, mais il est aussi au moins en partie enregistré en public, et c'est tant mieux : ça empêche les producteurs et arrangeurs de chez Reprise d'intervenir, de rajouter leurs cordes ou leurs cuivres et de ramollir l'ensemble.
J'ai écouté les trois premiers titres, tous des reprises, d'une oreille assez distraite, mais je les ai appréciés car le son et l'ambiance restent proches de ce que j'avais aimé sur le premier album. La version de Cotton fields de Leadbelly surprend tellement elle est enjouée et guillerette : Trini Lopez pousse des petits cris, il fait participer le public, des choeurs féminins donnent un ton gospel. Trini Lopez a fait plein de reprises de Ray Charles. Il y en avait deux rien que sur le premier album. Là, il reprend This little girl of mine, un titre de 1956. Les choeurs gospel sont masculins et, Ray Charles oblige, il y a du piano.
Sur la face B, plus de choeurs et le trio semble jouer seul. Irrestible you est un titre de Bobby Darin de 1961, toujours aussi enjoué, marqué par un solo de guitare d'une simplicité et d'une efficacité telles qu'on ne peut que penser à Jonathan Richman.
C'est très bien tout ça, mais c'est dès les premières notes de What have I got of my own que j'ai vraiment dressé l'oreille. C'est une chanson écrite par John Herring et Paul Sawtell, deux pros du showbiz, et d'après ce que j'en sais, Trini Lopez en est le créateur. Ce qui est frappant dès les premières notes, c'est que toute l'ambiance musicale, la basse, la guitare rythmique, la batterie, la façon dont le chant est posé, me fait penser aux Doors, les Doors assez calmes de Riders on the storm ou de certains passages de Light my fire ! C'est saisissant, autant parce que les Doors n'étaient même pas encore formés en 1964 que parce que je n'aurais jamais pensé associer Trini Lopez aux Doors. Et pourtant, les Standells ont repris What have I got of my own sur scène, au PJ's justement, ce qui est probablement un double hommage à Trini, et leur orgue renforce encore l'ambiance Doors, si c'était possible.
Par contre, Trini Lopez devait être maudit en France. What have I got of my own, traduit par Vline Buggy comme If I had a hammer, y est devenu Le bonheur n’est-il pas fait pour moi dans la bouche d'Hugues Aufray. Je n'ai pas écouté sa version, mais c'est peut-être préférable.
Au Québec, Joël Denis aurait repris la version d'Hugues Aufray, mais en la couplant avec Ya-ya, ce qui prouve qu'il connaissait le 45 tours américain de Trini Lopez qui associait ces deux titres. Et chez Psyquébélique, on peut télécharger la version instrumentale jazzy-musak de Le bonheur n'est-il pas fait pour moi par Georges Tremblay, qui conserve quand même un petit côté Doors.
Quant à moi, je ne laisserai plus passer désormais les disques sixties de Trini Lopez que je verrai, même If I had a hammer !

L'album On the move, qui contient les 4 titres de ce 45 tours, est intégralement en écoute chez Deezer, tout comme un paquet d'autres albums de Trini Lopez.
A voir absolument sur Youtube, Chuck Berry et Trini Lopez qui s'amusent pendant 1'40 à jouer Memphis, Tennessee.

08 mai 2011

THE ROLLING STONES : (I can't get no) Satisfaction


Offert par Philippe Roger à Reims le 2 mai 2011
Réf : 72.039 S -- Edité par Decca en France en 1965
Support : 45 tours 17 cm
Titres : (I can't get no) Satisfaction -/- The under assistant West Coast promotion man

Fin avril, à Bisseuil, j'ai trouvé pour 50 centimes le EP Heart of stone des Rolling Stones (sorti en mars 1965, avec aussi The last time et Play with fire), après avoir eu un coup au coeur car quand je suis arrivé sur le stand une ménagère de plus de cinquante ans avait pris le disque pour le poser sur le carton. En fait, elle n'avait pas l'intention d'acheter ce 45 tours, elle l'avait juste déplacé pour se faire de la place !
Après ça, j'avais expliqué à Philippe que j'avais cru un instant ne pas avoir chez moi la version studio du classique absolu qu'est Satisfaction. J'en ai depuis très longtemps une version live sur l'album Got live if you want it et je savais que je n'avais pas le 45 tours. Après vérification, je me suis rendu compte que j'avais quand même depuis quelques années l'album titré Satisfaction dans la série L'âge d'or des Rolling Stones, qui correspond en fait à la version de l'album Out of our heads qui contient les titres sortis en single, contrairement au pressage anglais.
Le 1er mai, sur la place du village à Mareuil, autrement dit à domicile, je me procurais, selon les jeunes filles qui tenaient le stand, "des CD à 20 centimes", c'est à dire un petit paquet de 45 tours parmi lesquels la plus belle pièce est un EP de Ronnie Bird sorti en mai 1965 dont la face A est Elle m'attend !, une excellente version française de The last time. Avec celui trouvé dans une poubelle, cela me fait deux EP de Ronnie Bird pour un coût total de vingt centimes !
Ce même 1er mai, à quelques dizaines de kilomètres de là sur un vide-grenier de l'Aisne, Philippe achetait à mon intention cette superbe pièce, la version deux titres de Satisfaction en pressage français, sortie en juillet 1965.
Je pense que j'ai toujours connu Satisfaction, mais je suis d'une génération qui a grandi avec cette chanson chantée pas seulement par les Stones mais aussi par Tritons, Laurent Voulzy dans Rockcollection et surtout Devo. Avec ce 45 tours, il n'est plus simplement question d'un "classique" : on touche à l'essence même du rock'n'roll, un peu comme si on avait en main un 78 tours de 1955 de Chuck Berry ou de Little Richard.
1955 et 1965, ce sont probablement et sans les fixer artificiellement les deux bornes du premier âge du rock'n'roll. Le jaillissement originel en 1955 avec Chuck, Elvis, Little Richard et Bo Diddley, ses conséquences qui font le tour du monde et reviennent aux Etats-Unis avec la British invasion, qui culmine en 1965 avec les séquences de hits imparables alignées respectivement par les Beatles et les Stones. A partir de la fin 1966, ça change. Les drogues et la musique tournent psychédéliques, le rock évolue, part dans tous les sens, mais la fraîcheur et la simplicité des débuts s'estompent.
Je ne vais pas disséquer un classique aussi connu, assez long pour l'époque (3'45), surtout pas la musique et les parties de guitare. Côté chant, il y a un contraste très fort entre les parties, comme au début, où Jagger chante assez calmement et mixé assez en avant "I can't get no satisfaction", et les autres parties, notamment le refrain, où il s'étrangle presque d'énervement et de tension sexuelle et se retrouve noyé sous le volume sonore et la distorsion de la musique. L'association des habituelles questions de convoitise sexuelle et d'amour avec une ébauche de critique sociale, ici contre la publicité et plus largement la société de consommation, contribue largement à la réussite des Stones à cette période, et de ce point de vue ils avaient un temps d'avance sur les Beatles.
La chronologie hyper-ramassée de la création et de l'édition de ce disque me fascine et confirme qu'on est encore dans une phase d'explosion où rien, ou presque, n'est contrôlable :
Une première version de la chanson à peine écrite est enregistrée le 10 mai 1965 à Chicago, plus acoustique et plus bluesy, avec Brian Jones à l'harmonica. Ils remettent ça le lendemain et le surlendemain, les 11 et 12 mai à Los Angeles, sans harmonica mais avec cette fois-ci la fameuse guitare fuzz et Jack Nitzsche au tambourin.
La chanson est jouée pour la première fois à la télé le 20 mai, en play-back sur la version de Chicago.
Le 45 tours sort le 6 juin (ou le 27 mai selon les sources) aux Etats-Unis. Les anglais attendent un peu car ils avaient prévu de sortir le EP Got live if you want it.
Satisfaction est n°1 des ventes aux Etats-Unis le 10 juillet. Ce même moi, ce 45 tours deux titres sort en France, avec une photo de pochette tirée de la même session que celle de Heart of stone.
La sortie anglaise n'aura lieu que le 20 août, avec une face B différente, The spider and the fly. Satisfaction est n°1 des ventes le 9 septembre en Angleterre, le mois-même où sort en France le EP 4 titres, qui est l'édition la plus courante de Satisfaction.
En octobre, Eddy Mitchell sort Rien qu'un seul mot, sa version en français de Satisfaction. Enregistrée avec les London All Stars, elle se tient fort bien musicalement, mais comme à chaque fois avec les yéyés il ne reste des paroles qu'une bluette, et évidemment aucune allusion à l'agression publicitaire...
La face B de ce disque a été enregistrée le 10 mai à Chicago, le même jour que la première version de Satisfaction. Là, Brian Jones est bien à l'harmonica (et Ian Stewart au piano), pour une chanson moins révolutionnaire, très bluesy, mais néanmoins excellente, notamment grâce aux solos d'harmonica et de guitare.
Côté paroles, c'est féroce, comme Jagger savait très bien l'être, pour ce Sous-fifre chargé de promotion pour la Côte Ouest : "J'attends à l'arrêt de bus et je pense que j'ai vraiment la classe (...) Je fais la promo des groupes quand ils passent en ville. Eh bien, mon postiche les fait rire et ils se moquent systématiquement de moi. (...) Je suis un talent nécessaire derrière chaque groupe de rock'n'roll.". Apparemment, le pauvre gars visé par cette descente en flammes était clairement un certain George Sherlock Jr, un croulant de presque quarante ans à l'époque. George est décédé il y a quelques semaines seulement, le 5 février 2011.
Des questions se posent quant au statut des 2 titres français des Stones. Il y en a pas mal de listés chez 45 Vinyl Vidi Vici, mais certains sont indiqués comme des éditions promo ou pour juke-box. Celui-ci ne comporte aucune mention indiquant un promo et, comme pour The last time, Philippe se souvient bien l'avoir vu en magasin. Ce n'est peut-être pas le cas pour tous les autres, mais il parait évident que, dans la précipitation et vu le succès énorme aux Etats-Unis, Decca France a sorti Satisfaction en plein été, avant même les anglais, avant d'éditer le EP à la rentrée.


Les Rolling Stones dans l'émission américaine Shindig en 1965, filmés à Twickenham dans la banlieue de Londres le 28 juillet 1965.

17 juin 2011

LE SHERIFF "DAD" ET SES ENFANTS DE SALOON : Modern Country and Western


Acquis sur le vide-grenier de Mareuil-sur-Ay le 1er mai 2011
Réf : TIV 230 -- Edité par Tivoli en France en 1970
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Midnight special -- I'm gonna leave Old Texas now -/- Act naturally -- Love's gonna leave here

J'ai acheté plein de disques au vide-grenier de Mareuil cette année, notamment à  un couple de personnes âgées qui du coup s'engueulait parce que la dame avait annoncé un prix trop bas, mais je m'étonne de constater qu'aucun d'entre eux n'a encore eu droit à sa chronique ici, même si j'ai mentionné au passage l'achat d'un EP de Ronnie Bird à 20 centimes sur la place de la Mairie.
Celui-ci, je l'ai acheté à un autre stand encore, où il n'y avait que quelques disques, parce que j'ai trouvé très réussie la pochette de ce disque en parfait état, dans un style pseudo-exotique proche de la reconstitution historique, dont j'ai noté également en consultant le verso qu'il contenait deux reprises de Buck Owens. Quant au nom de la bande qui accompagne le Sheriff "Dad", Les Enfants de Saloon, il est bien trouvé. Je me demande juste qui en a eu l'idée le premier, du groupe ou de la chanteuse Stella, qui a sorti une face B portant ce titre en octobre 1964.
Un seul coup d'oeil à la photo et on comprend que ce groupe ne se contente pas de jouer de la country, mais qu'il vit quasiment comme dans un film de western. Suivant les informations que j'ai pu trouvées, notamment sur la page Myspace de Jesse PWC, le banjoïste des Enfants de Saloon sur ce disque et sur des forums, Il se trouve que ce groupe était lié au Paris Western Club, fondé par Dad et présidé par lui jusqu'à son décès. Ils participaient à des animations, des fêtes sur le thème western et jouaient apparemment souvent à La Vallée des Peaux-Rouges, l'un des parcs à thème créés par Jean Richard (Il existe un 45 tours des Farwesters, le groupe de La Vallée des Peaux-Rouges, dont on peut voir la pochette en grand format , et je ne serai pas surpris que plusieurs membres des Enfants de Saloon soient de la partie).
Ici, outre Jesse Sourentz au banjo, qui joue actuellement avec les Country Ramblers, on trouve au chant et au Dobro Pat Winther, qui a joué du temps du Golf Drouot avec Les Satellites, Les Champions et Les Sounders, et qui se produit toujours avec son groupe The Bunch.
Ce qu'il y a de bien avec ce disque de Sheriff "Dad", c'est que le groupe ne se contente pas de reprendre des square dances ou autres danses western, ou des standards de chansons de cow-boy, comme les Farwesters. Non,  à l'exception de I'm gonna leave old Texas now, du coup le titre le plus faible du lot à mon goût, leur répertoire, placé sous la figure tutélaire de Buck Owens, tire sur une country influencée par le rock. C'est le cas notamment avec le premier titre du disque (il y a une inversion sur la pochette), une version de Midnight special, sans refrain chanté bizarrement, qui tient autant de Chuck Berry que de la country. Sur la face B, le groupe enchaîne les deux gros tubes de 1963 de Buck Owens, Act naturally, rendu encore plus célèbre en 1965 après sa reprise par les Beatles, et I'm gonna live here, sauf que là la faute d'orthographe qui transforme 'live" en 'leave' sur la pochette fausse complètement la compréhension du titre, et je ne pense pas que ce soit volontaire !
Les bals costumés et les reconstitutions historiques ce n'est absolument pas mon truc, mais je ne regrette absolument pas l'acquisition de ce bel objet, publié à une époque où les fans d'Americana devaient être ultra-minoritaires par chez nous, mêm si, comme moi, nous étions nombreux à rêver d'avoir une Winchester au canon scié comme Josh Randall.


Sur scène, la deuxième génération des Enfants de Saloon, celle qui a enregistré ce disque. Source : www.myspace.com/jessepwc

23 juillet 2022

ANDRÉ BRASSEUR AND HIS MULTI-SOUND ORGAN : Early bird


Acquis sur le vide-grenier de Mareuil sur Ay le 1er mai 2022
Réf : EP 994 -- Édité par Disc'AZ en France en 1965
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Early bird -- Hold up -/- Special 230 -- Far-West [Hold up]

Ça commençait bien pour ma brocante annuelle à domicile, puisque je suis vite tombé sur le stand d'un pote qui avait un bon paquet de 45 tours intéressants à 1 € pièce. J'ai pris mon temps pour les regarder et faire mon choix, d'autant que, vue l'expérience des dernières années, j'étais assez pessimiste sur mes chances de faire d'autres bonnes affaires ailleurs sur ce vide-grenier.
A part sur le stand du même copain dans une bourse aux disques quelques semaines plus tôt, je crois que je n'avais jamais vu de disques d'André Brasseur. Ou en tout cas je n'y avais jamais prêté attention. Là, il y en avait un bon paquet, en parfait état, certains en plusieurs exemplaires. Je me suis dit que, si j'en prenais un, il fallait que je les prenne tous, pour ne pas avoir de regrets si la musique me plaisait, alors je suis reparti du stand avec quatre EP d'André Brasseur sur une dizaine de disques achetés en tout.

André Brasseur est né en 1939. Il sort son premier disque avec le Trio Brasseur en 1961. Ensuite, il part au service militaire, puis tente de faire carrière à Paris. Cela ne fonctionne pas, mais on peut supposer que c'est à cette occasion qu'est née la collaboration avec Jean-Claude Darnal, qui signe les paroles de quatre chansons sorties sur deux 45 tours en 1963, chez Vogue, le label aussi de Darnal.
Après ça, André, estimant qu'il n'est pas le meilleur chanteur au monde, décide de passer musicien professionnel pour de bon, mais en se concentrant sur la musique instrumentale.
Avec son orchestre, il enchaîne les engagements à Bruxelles, notamment au Pol's Jazz Club. Roland Kluger le repère et le signe sur Palette, le label fondé par son père Jacques (Roland créera plus tard RKM, qui sortira les disques de Plastic Bertrand). En France, c'est Disc'AZ qui sort les disques sous licence de Palette, la distribution étant assurée par Vogue.

Les quatre disques sont bons. J'ai choisi de chroniquer celui-ci parce qu'il est peut-être un peu meilleur que les autres, et aussi parce que c'est le premier sorti en France avec le crédit au "Multi-Sound Organ", c'est à dire le Hammond B-3.
Le point commun de tous les titres, c'est donc qu'ils sont instrumentaux, mais aussi énergiques et dansants, avec un accompagnement de groupe rock autour de l'orgue (batterie, basse guitare). Il est à noter qu'André Brasseur n'enregistre à cette époque que ses propres compositions : pas de reprises, ce qui était pourtant courant et facile...

Early bird fait référence au satellite Intelsat I, lancé le 6 avril 1965. Évidemment, dans ce contexte on peut que penser à Telstar, un immense tube instrumental de 1962. Certes, mais alors Early bird serait un Telstar survitaminé...!
Le titre d'André Brasseur n'a pas eu un succès de la même ampleur que celui des Tornados (Je n'en avais jamais entendu parler), mais quand même, il s'en serait vendu six millions d'exemplaires à travers le monde. Mais ce n'est pas le morceau le plus connu d'André Brasseur au Royaume Uni : grâce à plusieurs éditions dans ce pays chez CBS, cet honneur revient aux deux faces du 45 tours The kid / Holiday.

Hold up démarre avec l'orgue en instrument principal, bien sûr, mais ça devient vraiment intéressant à partir du milieu du morceau quand l'orgue se lance dans un duel avec des cuivres puissants.

Spécial 230 a été composé pour être l'indicatif de l'émission de radio 230 minutes de Jean-Claude Mennessier. Ce n'était pas une émission automobile (il y était plutôt question de défis entre villages), pourtant ce titre est marqué par le son d'un moteur rugissant qui n'économise pas son carburant !
Fort logiquement, les instrumentaux sont souvent choisis comme indicatifs, et celui-ci est le premier d'une longue liste pour André Brasseur. Ses titres ont été utilisés ainsi en Belgique bien sûr, mais aussi en France, sur Europe 1 (Émission De 9h à Bibi de Maurice Biraud, qui apparaît sur la pochette d'un de mes EP, et plus tard en 1972 l'émission Micro Scope) et aussi en Angleterre.

A force de sortir des disques à toute vitesse, les labels faisaient souvent des conneries dans les années 1960. Il y en a une belle ici, puisque, au lieu d'avoir comme prévu Far-West comme dernier des quatre titres de mon EP, j'ai droit à une répétition de Hold up...! C'est bien dommage car ce titre est à la hauteur des précédents.

Et au bout du compte, pour y revenir, j'ai fait une très bonne broc à Mareuil cette année, puisque j'ai acheté des disques à plusieurs autres stands, pour finir par la découverte improbable de plusieurs 45 tours africains rangés dans des pochettes qui n'avaient rien à voir !

André Brasseur est à l'affiche du festival Rockerill à Marchienne-au-Pont le 3 septembre prochain.


André Brasseur, Early bird, en session live en 2016 à l'occasion du festival Beautés Soniques.

05 avril 2009

JOHNNY CASH : Forty shades of green


Acquis sur le vide-grenier de Mareuil-sur-Ay un 1er mai un peu avant ou un peu après 2000
Réf : AGG20050 -- Edité par CBS en Angleterre en 1963
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Forty shades of green -- Bonanza! -/- Tennesse flat-top box -- Pick a bale of cotton

A l'époque où j'ai vraiment commencé à m'intéresser à la musique de Johnny Cash, dans la seconde moitié des années 90, j'ai acheté pas mal de CD mais il m'est aussi arrivé à plusieurs reprises de tomber sur des vinyls intéressants. Et parfois, la bonne affaire est presque littéralement au coin de la rue, comme ce fut le cas pour ce superbe EP ou pour un album sixties américain trouvé une après-midi de juillet à Avenay Val d'or. J'ai aussi récupéré plusieurs albums seventies plus ou moins intéressants, dont, un jour de chance à Douvres sous la pluie, une série de compilations cheap à l'origine mais intéressantes aujourd'hui, sorties chez Hallmark, une des étiquettes de la maison mal famée Pickwick, avec des titres superlatifs comme The great Johnny Cash, The mighty Johnny Cash ou The magnificent Johnny Cash !
Mais avec la mort de Johnny et le succès du film de sa vie version Hollywood, cette époque est belle et bien révolue. Tout ce qui porte le nom de Cash, même les rééditions merdiques ou les pires albums des années 80, doit être récupéré par les pros pour être revendu dans les bourses. Ça fait bien longtemps que je n'ai pas vu un seul de disque de Cash sur un vide-grenier mais par contre le rayon Johnny Cash dans les FNAC a quintuplé de volume en dix ans, une bonne partie des disques proposés étant des compilations de titres anciens à prix prohibitif.
Bref, ceci est mon seul 45 tours années 60 de Johnny Cash et il est probable qu'il restera le seul.
Les trois premiers titres figurent sur l'album Ring of fire, de 1963. Le dernier était la face B du 45 tours Bonanza!, paru l'année précédente.
Les notes de pochette de Joe Goldberg ont beau faire référence à la sobriété de l'accompagnement que les Tennessee Two fournissent à Johnny Cash, le premier titre du disque, dès les premières notes, le contredit totalement. En intro de Forty shades of green, on a droit à des choeurs et des violons envahissants, et ensuite Cash nous chante une ode à l'Irlande, vaguement folky et fortement vaseuse. C'est insupportable. Quand on pense que c'est sorti sur le même disque que Ring of fire...
Ça s'améliore grandement ensuite avec la reprise de la chanson de la série télé western Bonanza!. Il y a toujours des choeurs, mais là au moins on entend le tchikitak de l'accompagnement de Luther Perkins et Marshall Grant.
La face B est d'une toute autre qualité et ça s'entend dès l'intro de Tennesse flat-top box, un titre qui a été un tube aux Etats-Unis. Il n'a pas fait aussi fort que Ring of fire, mais ça a été un tube quand même. Les sons de guitare sont super (Norman Blake et Jack Clement sont probablement dans le coin...) et la chanson est rigolote et elle le reste même une fois qu'on s'est fait la remarque que la trame de la chanson est rigoureusement la même que celle que Dalida utilisera en 1974 pour son méga-tube Gigi l'amoroso !
Pick a bale of cotton est une très bonne reprise de la chanson de Leadbelly avec un accompagnement de basse, batterie et banjo. Une chanson qu'on ne trouvait donc sur aucun album avant les compilations et les rééditions avec titres bonus. Elle prend une saveur particulière quand on sait que Johnny Cash lui-même a passé une bonne partie de son enfance à ramasser du coton en famille, une activité à laquelle il a plusieurs fois fait allusion, dans ses chansons ou son autobiographie.
Voilà donc un disque qui est loin d'être parfait, mais, au moment où la saison des vide-greniers reprend, je me dis que je voudrais bien en trouver un comme ça toutes les semaines !

25 juin 2011

MICKEY BAKER : Back to the blues


Acquis sur le vide-grenier de Mareuil-sur-Ay le 1er mai 2011
Réf : BS 3011 -- Edité par Blue Silver en France en 1981
Support : 33 tours 30 cm
8 titres

Cet album provient du stand où j'ai acheté le plus de disques cette année à Mareuil, quelques instants avant de trouver le disque de Sheriff "Dad" un peu plus haut dans la rue.
La dame âgée qui tenait le stand m'a annoncé qu'elles vendaient tous les disques à 50 centimes. Comme à mon habitude, j'ai commencé par les 45 tours et j'ai commencé à tirer du lot un bon tas de disques intéressants. Jusque là, j'étais seul au stand, mais une habituée des vide-greniers, que j'ai régulièrement l'occasion de croiser, s'est alors pointée. Elle a demandé le prix des disques à la dame, 50 centimes le 33 tours, et s'est alors attaquée à l'un des deux cartons d'albums pendant que je me dépêchais de finir les 45 tours. Elle s'est mis à en sortir des disques, Brassens, Brel, Lavilliers, du jazz à un rythme poussé. Un oeil sur mes 45 tours, l'autre sur son manège, j'ai eu un coup au coeur quand je l'ai vu regarder cet album de Mickey Baker. Heureusement, elle a eu la bonne idée de le reposer et je me suis précipité pour le récupérer quand elle a changé de carton.
Entre-temps, le mari de la dame était revenu au stand et il s'est mis à lui faire de vifs reproches quand il a découvert qu'elle nous avait proposé les disques à ce prix. La fille a dû acheter une bonne vingtaine de disques. Pour ma part, je suis reparti du stand avec douze 45 tours, dont certains très intéressants, et onze albums, dont plusieurs d'Haiti ou d'Afrique du début des années 1980.
Sur la pochette, Mickey Baker est photographié par Christian Rose dans un bâtiment en attente de démolition ou au moins d'une grosse rénovation, assis sur un tonneau, les pieds dans des gravats. Sur le disque, Mickey Baker est aussi (sûrement) assis tout seul, mais dans les locaux du Hot Club de France, où ce disque a été enregistré en public en 1981.
Comme le titre l'indique, Mickey Baker, avec juste sa guitare acoustique et un pied qui bat la mesure comme percussion, revisite un répertoire strictement blues, après avoir donné au fil des années dans le jazz, la pop ou la chanson.
Il chante d'une voix douce, placée assez haut, et semble assez charmeur quand il s'adresse au public en français, pendant et entre les morceaux.
Hormis deux reprises de Robert Johnson, tous les titres sont crédités à Mickey Baker, plus Memphis Slim pour le très classique Blues fell this morning qui ouvre le disque, mais avec le folk ou le blues, on sait comment ça marche : le dernier qui l'interprète ne se gêne généralement pas et s'approprie la chanson, traditionnelle ou non. Je ne suis pas un immense spécialiste du genre, mais bon, il est clair que les paroles de Can't find my baby sont mot pour mot les mêmes que celles de Take a walk around the corner, tel qu'enregistré par Leroy Carr en 1934. Quant à E— easy rider, il me semble bien qu'on pourrait aussi bien l'appeler See see rider. Pour Whoa back buck, c'est justement la revue du Hot Club de France qui m'a mis sur la piste dans sa chronique de la réédition CD d'un autre album live de McHouston 'Mickey' Baker, The real folk blues, enregistré live à Montreux en 1973 : il s'agit d'un morceau folklorique présent notamment dans le répertoire de Leabelly.
Ces précisions données, ça n'empêche pas d'apprécier pleinement cet album très calme et très détendu. Whoa back buck, en fin de face A, procure d'ailleurs l'un des meilleurs moments du disque. On n'entend pas la 'répétition' qui a dû avoir lieu juste avant, mais Mickey fait chanter le public et les échanges qu'il a avec lui sont très sympas.
En début de face B, pour Terraplane blues de Robert Johnson (ici bizarrement orthographié Terry Plain blues même s'il est correctement crédité) et B.Z. Jail House blues, Il sort son bottleneck et c'est excellent.
Je crois que Back to the blues n'a jamais été réédité en CD. Mon exemplaire est en parfait état, complet avec son livret de tablatures. Je suis bien content de l'avoir, même si je me doute bien qu'il ne me sera guère plus utile que ma Méthode de guitare S.L.C. de Mickey Baker !

31 mai 2025

SAM CASTENDET ET SON ORCHESTRE ANTILLAIS : Souvenirs


Acquis sur le vide-grenier de Mareuil sur Ay le 1er mai 2025
Réf : DF 3406 -- Édité par Columbia en France en 1951
Support : 78 tours 25 cm
Titres : Souvenirs -/- Tombé levé

Pour l'instant, je fais très peu de trouvailles cette année sur les vide-greniers. Pour la grande broc de Mareuil, à domicile, les amateurs de capsules de Champagne sont plus à la fête que les chineurs de disques. J'ai quand même acheté deux 33 tours d'Everything But The Girl à 1 € pièce, quelques CD à 50 centimes et puis, la bonne surprise, ce disque qui était en bas d'une petite pile de cinq-six 78 tours.
C'était le seul disque antillais du lot, malheureusement, mais ça m'a fait un coup au cœur de voir écrit Sam Castendet sur l'étiquette, car ça fait quelques années que je connais ce nom et que je recherche un des disques de cet artiste.

Ce disque que j'ai trouvé a deux défauts.
D'abord, il a une petite cassure sur le bord, ce qui fait que le début des chansons n'est pas écoutable. Le propriétaire du stand voulait le jeter quand je lui ai fait la remarque, mais je lui ai dit que je voulais quand même bien payer les 50 centimes qu'il demandait pour ce disque abîmé.
Et puis, ce disque ne contient pas la chanson Martinique 48 qui est celle que je recherche. Je l'ai entendue pour la première fois en 2021 sur une compilation double CD assez quelconque intitulée Souvenirs des Antilles. Je l'ai donc, mais j'aurais bien aimé avoir le 78 tours pour le chroniquer ici.
Voici ce qu'en dit Jean-Pierre Meunier dans le livret de Biguine à La Canne à Sucre : "...la redoutable biguine Martinique 48, composée par Sam Castendet pour exprimer sa déception et son aigreur au retour de son premier voyage en Martinique, vingt-quatre ans après l’avoir quittée. Aucune classe de la société martiniquaise n’est épargnée dans cette satire incroyablement virulente, chantée par l’auteur en personne. Avec le temps, les choses ont forcément changé, il faut du moins l’espérer. Ne voyons donc plus dans ce document qu’un épisode truculent d’une époque révolue. Si l’on se replace dans le contexte d’alors, on peut cependant imaginer le scandale provoqué par cette irrévérencieuse biguine qui ne tarda pas d’ailleurs à être rigoureusement interdite de diffusion à la radio.".

Avant ça, je crois bien que je n'avais jamais entendu parler de Sam Castendet (1906-1993), qui a quand même un parcours impressionnant.
Né à la Martinique, il s'installe en Métropole en 1924. Il débute sa carrière de clarinettiste puis de chef d'orchestre en 1931, en prenant la suite de la grande vedette Stellio à l'Exposition Coloniale. Il travaille ensuite dans de nombreux cabarets, à Paris, en province ou en Suisse. Il est notamment le chef d'orchestre de La Canne à Sucre à Paris de 1946 à 1951. A ce moment là, remarquablement, il est passé en raison de problèmes de santé de la clarinette à la batterie.
La majeure partie de sa discographie a été enregistrée entre 1946 et 1954. Elle a fait l'objet d'une réédition "intégrale 1950" Festival Biguine chez Frémeaux et d'une Intégrale 1951-1954 chez Aztec.
Sam Castendet a arrêté de jouer professionnellement de la musique en 1962.

A défaut de Martinique 48, je suis bien content quand même d'être tombé sur ce 78 tours, même un peu cabossé. On y trouve deux biguines instrumentales.
La face A, Souvenirs, une composition de Sam Castendet, est très bien dans son genre.
Je ne sais pas ce que ça signifie, mais la face B, Tombé levé, est décrite spécifiquement sur l'étiquette comme une "Biguine La Haute". C'est une composition de Maurice Noiran (1914-1978), qui avait pris la succession de Sam Castendet à la clarinette dans son orchestre. C'est mon titre préféré des deux.

09 juillet 2011

LES REQUINS : Carnaby Street


Acquis sur le vide-grenier de Mareuil-sur-Ay le 1er mai 2011
Réf : DN 530 -- Edité par Orly en France en 1973
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Carnaby Street -/- Campus n° 8

En plus des albums comme celui de Mickey Baker, j'ai acheté une douzaine de 45 tours à Mareuil au Papy et à la Mamie qui s'engueulaient quelque peu. Dans le lot, il y en a plusieurs de très intéressants mais lorsque j'ai fait mon achat je n'escomptais pas particulièrement que celui-ci en ferait partie.
En fait, il y avait deux 45 tours des Requins côte à côte dans la caisse, celui-ci et un autre avec deux titres nazes, Sweet Laurie et Quand un amour s'en va. J'ai laissé l'autre sur place, sans regret, et j'ai décidé de miser 50 centimes sur ce 45 tours parce que le titre Carnaby Street me donnait quelque espoir quant à l'intérêt de la musique gravée sur le disque.
A l'écoute, je n'ai pas été du tout déçu par mon choix. Sans surprise à la lecture des mentions figurant sur la pochette, "Dance with... Original music for dance club", il s'agit de musique instrumentale probablement enregistrée par des... requins... de studio ! Mais dans le genre les deux faces sont de très bonne qualité. Carnaby Street, un jerk bien rythmé dominé par l'orgue et les cuivres, avec juste un vague soupçon de psychédélisme, a ma préférence. La face B, Campus n° 8, a côté funk/groove plus prononcé.
Là où j'ai été surpris, c'est de découvrir que ce disque, parfaitement anonyme pour moi, est en fait assez recherché par les aficionados du genre. Campus n° 8 a même été réédité par Sausage Records, en face B d'un 45 tours partagé avec Bisacquei.
C'est notamment grâce à Sausage que j'en ai appris un peu plus sur Les Requins, qui ont sorti trois EP chez Vega sous le nom des Sharks dans les années 1960 et qui ont accompagné l'organiste Luc Harvet sur au moins l'un de ses disques.
Evidemment, ce 45 tours théoriquement "très rare" ne vaut pas les 90 € ni même les 25 que certains réclament pour sa vente, mais ça reste une excellente trouvaille et une bonne pioche "au pif".


Les Requins. Photo par Jean-Louis Rancurel trouvée sur le site de Sausage Records.

12 mai 2013

LES GAËLIC : Gardez les cheveux longs


Acquis sur le vide-grenier de Mareuil-sur-Ay le 1er mai 2013
Réf : FX 1504 M -- Edité par Festival en France en 1966
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Gardez les cheveux longs (Baby, let your hair down) -- Sortez sans moi ce soir (What can I do today) -/- Quand t'as besoin d'un ami (You're gonna need somebody) -- C'est pas normal (You stole my love)

Je suis allé assez tôt à la broc de Mareuil cette année, mais ce fut un périple assez tristounet, météo comprise. En fait, j'ai bien failli revenir bredouille, sauf qu'il y avait le long du canal, posée sur une table, une boite à chaussures contenant une vingtaine de 45 tours en bon état, à 1 €. Rien d'exceptionnel, pas mieux qu'un Françoise Hardy en bon état, sauf ce disque, que j'ai sorti après avoir vu le nom Les Gaëlic en me demandant s'il s'agissait de folklore breton ou d'autre chose. Une fois vu le premier titre, Gardez les cheveux longs, il n'était même plus nécessaire de lire le texte au dos de la pochette pour savoir que ça valait le coup d'investir.
Si on m'avait demandé, j'aurais affirmé sans hésiter que je n'avais absolument jamais entendu parler des Gaëlic. Sauf que, grâce à l'illustration d'une vidéo sur Youtube, je me suis rendu compte que j'avais le premier titre depuis une bonne vingtaine d'années sur Infernal world, une compilation de Wild R'n'B et Beat sortie par Martian Records.
Eh oui, car il se trouve que cet unique disque de ce groupe rennais, présenté à l'époque comme jouant du rhythm and blues, est désormais recherché par les fans du son garage. A les voir en photos, je m'attendais plutôt à du folk-rock, et on est plus proche de ça, même s'il y a des titres électriques, que du freakbeat. Si ce disque est "garage", c'est du garage bien rangé, bien propre sur lui et pas graisseux, même si les cheveux des musiciens leur tombent sur la nuque : on a  sûrement affaire à des émules de Ronnie Bird.
Mais il faut remettre les choses dans leur contexte. En 1966, Antoine venait certes de rencontrer le grand succès, mais un groupe de province suffisamment dans le coup pour reprendre et adapter lui-même en français quatre (relatifs) succès anglo-saxons, ça ne devait quand même pas courir les rues.
Ces titres sont, dans l'ordre, Baby, let your hair down, créé par Tommy Hart en 1965, mais qui a aussi été un succès pour Graeme Chapman en 1966 (sur le label australien Festival, je ne sais pas s'il y a un lien avec ce label français) ; What can I do today, un titre des Swinging Blue Jeans de 1966 ; You're gonna need somebody, de Dave Berry (1964) et You stole my love, écrit par Graham Gouldman, créé par The Mockingbirds mais qui a aussi été repris en Australie.
En version gauloise, ça donne des résultats variés, plutôt rock pour Gardez les cheveux longs ("Pour le temps d'à présent, que chante Bob Dylan et pour la liberté et notre droit de chanter, gardez les cheveux longs") et Quand t'as besoin d'un ami.
Quand le groupe s'essaie à la protest song ("Un flic ça peut vous tutoyer, mais quand vous faites de même, jusqu'en prison il vous traîne, y a de quoi s'en étonner. Certains ont les oreilles cassées par le bruit de nos guitares électriques, mais celui d'une bombe atomique ne parvient pas à les réveiller."), ça ne va malheureusement pas au-delà de la réflexion du titre, "C'est pas normal". Et si l'intro de Sortez sans moi ce soir sonne très Byrds, les paroles sont encore au niveau du yé-yé mal digéré ("Sortez sans moi, mais surtout n'en profitez pas pour aller me la chiper. Ce soir je rentre, adieu les gars, passez une bonne soirée.").
Voilà malgré tout une galette bretonne délicieuse et mystérieuse. Je ne sais pas ce qu'ont bien pu faire les membres du groupe après ce seul disque, mais je serais très surpris qu'ils n'aient pas persévéré dans la musique d'une manière ou d'une autre.

Les quatre titres de cet EP sont en écoute et en téléchargement chez Obsolète

04 mai 2008

LES MAXEL'S : Désordre musical


Acquis sur le vide-grenier de Mareuil-sur-Ay le 1er mai 2008
Réf : RC 50 -- Edité par Aux Ondes/Disques Célini en France probablement à la fin des années 1960
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Désordre musical -/- Parle-lui

Contrairement au Vieux Thorax
, j'achète rarement les disques antillais sous étiquette "Deb's" ou "Aux Ondes", qu'on voit pourtant souvent sur les vide-greniers ou dans les dépôts-vente.
Pour celui-ci, j'ai fait une exception car j'aimais bien le titre Désordre musical et je me suis dit que c'est une expression qui aurait pu être utile pour décrire la musique de groupes pas comme les autres, qu'il s'agisse de musiques de traverses, d'avant-garde ou post-quoi que ce soit. Et l'illustration, avec cette partition qui part en couille, correspond tout à fait à ce que suggère le titre.
Les productions de Raymond Célini, enregistrées dans son studio Aux Ondes, ont visiblement joué un rôle très important dans le paysage de la musique antillaise dans les années 1960 et 1970. Le studio se situait en Guadeloupe et les Maxel's sont un groupe guadeloupéen important qui a sorti un grand nombre de disques dans les années 1970, mais ce 45 tours-ci, comme de nombreuses autres productions du label, semble avant tout tourné vers la musique d'une autre île des Antilles, Haïti.
Ce qui me fait penser ça, c'est qu'en recherchant des informations sur ce disque (référencé nulle part sur internet, il me semble), je suis systématiquement tombé sur la copieuse anthologie des musiques haïtiennes publiée par Emmanuel Mirtil sur son site musique.haiti.free.fr. C'est là que j'ai trouvé des références à des morceaux intitulés Désordre musical, interprétés par Jean-Baptiste Nemours, Les Pachas du Canapé Vert, le Super Ensemble "Top Compas" et Les Fantaisistes de Carrefour.
C'est aussi là que j'ai trouvé la première référence à la chanson Parle-lui d'Haïti d'Emile Volel. Hors, il est évident que la face B de ce 45 tours des Maxel's aurait pu/dû s'intituler Parle-lui d'Haïti. Le lien entre les deux chansons ne nous est pas fourni par le crédit des auteurs de la chanson (Il n'y en a pas au-delà de la mention"Droits réservés"), mais toujours par les informations fournies par musique.haiti.fr : Emile Volel s'est installé dans les Antilles françaises à la fin des années 60 ; il a publié plusieurs disques Célini, dont les références de situent avant et après la n° 50, celle de ce disque des Maxel's, et surtout il est accompagné par Les Maxel's sur au moins l'un des ses EPs 4 titres.
Muni de tous ces éléments, j'émets l'hypothèse que, sur ce 45 tours, Les Maxel's reprennent deux chansons haïtiennes, et je pense même que c'est Emile Volel lui-même qui chante sur la face B.
Les deux titres sont tous les deux très bons, mais aussi très différents l'un de l'autre.
Mon préféré est sûrement Désordre musical. Mon seul regret, c'est de ne pas réussir à comprendre les quelques paroles qui sont chantées au début. Oh, il n'y en a pas beaucoup, ce n'est pas une chanson du style couplet/refrain/couplet : juste quelques phrases qui commencent par "Maman" puis, sur un rythme de percussions endiablé, les musiciens créent une sorte de transe où les cuivres et la guitare électrique se battent pour prendre les solos. L'ambiance de ce titre est tout autant antillaise qu'africaine (je pense au highlife de Prince Nico M'barga & Rocafil Jazz).
Celle de la face B est très différente. Le titre est annoncé comme un boléro. Sans cette information, je l'aurais décrit comme un slow ou une ballade, tout simplement. Le chanteur a un côté crooner, ce qui me fait penser qu'il s'agit d'Emile Volel plutôt que du chanteur des Maxel's. Par contre, la version n'est pas celle de son album Volume 1, qui comporte, comme l'indique la chronique du blog Crud Crud, un piano qui joue vite et en fait presque trop. Ici, ce sont bien les Maxel's qui jouent, et le saxophone d'Edouard Benoit est bien mis en valeur.