Acquis chez New Rose à Paris en 1990 ou 1991 Réf : rose 237 CD -- Edité par New Rose en France en 1990 Support : CD 12 cm 21 titres
Avant la sortie de ce disque, je ne m'intéressais pas vraiment à Elliott Murphy. J'avais en tête l'image de ce dandy en costume blanc aux longs cheveux blonds très clairs, et aussi "Anastasia", ce 45 tours que j'avais acheté et que je n'aimais pas trop. Le principal point positif que j'avais en tête, c'est qu'Elliott Murphy avait été assez fan du Velvet Underground pour se retrouver à écrire les notes de pochette du "Live 1969" du Velvet Underground dans les années 70. Et on a reçu ce disque en nouveauté à La Radio Primitive, que j'ai ensuite acheté chez New Rose (ils vendaient les disques qu'ils éditaient vraiment pas cher). Je crois que j'ai été conquis dès les premières notes de "The loser", le premier titre, une chanson lente de près de 7 minutes. Guitare acoustique, basse ronde d'Ernie Brooks, acoustique également, voix discrète qui semble presque chercher à ne pas déranger quelqu'un qui dort dans la pièce d'à côté, et surtout pour les refrains une montée de notes et une deuxième voix qui me font immanquablement penser à chaque fois au Lewis Furey de "Fantastica" ou de "Night magic". "The loser" est une chanson pleine d'incertitude dans son thème, mais qui respire pourtant la sérénité. Elle annonce le sujet de l'album : une vie pleine de certitudes aux Etats-Unis qui s'écroule et un nouveau départ à Paris, après une période de troubles. Elliott Murphy le précise dans ses notes de pochette : "L'ordre des titres, à une ou deux exceptions près, est celui dans lequel ils ont été enregistrés et la plupart ont été écrits ou terminés pendant l'année passée 1989-1990. C'est là que se trouve le concept de l'album. Il y a de la vérité, et de l'imagination pas moins réelle, et l'histoire de la vie d'un homme, augmentée à l'occasion par le parcours d'un ami à la fois opposé et similaire." Toujours dans ses notes de pochette, Elliott s'excuse presque : "Ça m'étonnerait que quelqu'un arrive à écouter tout ça en une seule fois. C'est comme un recueil de nouvelles – prenez le temps de les digérer une par une". Certes, ce disque est long (plus de 75 minutes), mais je ne suis pas du tout d'accord avec M. Murphy : la grande qualité de toutes les chansons et l'unité de son et d'ambiance font de "12" un disque tout à fait agréable à écouter en une seule fois d'un bout à l'autre ! J'ai eu l'occasion de voir Elliott Murphy au moins deux fois en concert dans la Marne depuis la sortie de "12", et à chaque fois j'ai apprécié de l'entendre interpréter certains de mes titres préférés de cet album, généralement ceux que je range dans la catégorie des "rapides", "The epicenter !!", "Sicily" ou "Destiny". Je ne sais pas pourquoi, en réécoutant cet album je repensais au "Chore of enchantment" de Giant Sand, dont j'ai parlé récemment. Pourtant, il n'y a a priori pas grand chose de commun entre ces deux disques. Celui-ci est très homogène et très dépouillé au niveau de la production et de l'instrumentation, alors que "Chore of enchantment" a connu une gestation mouvementée, qui s'est déroulée dans au moins trois studios avec autant de producteurs. Et pourtant, j'ai fini par trouver un point commun entre les deux albums, tout à la fin avec "Let it rain", une chanson cousine du "Dirty from the rain" de Giant Sand.
"12" a été réédité par le label allemand d'Elliott Murphy, Blue Rose (rien à voir avec New Rose), et ils vendent ce qu'eux-mêmes appellent le meilleur disque d'Elliott vraiment pas cher.
Acquis chez Noz à Dizy le 5 décembre 2009
Réf : 3074515 -- Edité par Last Call en France en 2002
Support : CD 12 cm
Titres : Ground zero -- Evening gown -- Bilbao Bo Diddley -- If you see her, say hello -- It's a long way home... Benjamin
Elliott Murphy a une production très régulière, avec quasiment un album par an si on compte les live et les collaborations, mais en 2002 l'album Soul surfing n'a pas suffi et il a été suivi en fin d'année par cet appendice en forme d'EP cinq titres, qui a servi également à faire la promotion de la tournée française de février-mars 2003, comme l'atteste l'autocollant apposé sur le boitier.
Il me semble que la vraie raison d'être de ce Soul surfing - The next wave c'est la chanson d'ouverture, Ground zero. Il s'agit bien sûr d'une chanson sur le 11 septembre, du point de vue particulier d'un new-yorkais installé en France et aussi de celui d'un français, car cette chanson est en fait un duo entre Eliott Murphy et son guitariste Olivier Durand, qui raconte la genèse de la chanson sur son site.
C'est un sujet éminemment casse-gueule, mais ils s'en sortent très bien tous les deux en composant une excellente chanson et en tentant d'exprimer le plus honnêtement possible leurs émotions.
Ground zero en concert au Havre le 4 février 2006.
Les quatre autres titres du disque se répartissent en deux reprises et deux titres originaux. Mon préféré est Evening gown, une chanson signée Jagger. Jagger tout seul, sans Richard. Il ne s'agit donc pas des Rolling Stones mais de l'un de ses titres solo. Autant je me souviens encore vaguement de la sortie de son album Primitive cool dans les années 80, sans pour autant l'avoir écouté, autant je ne savais même pas qu'il avait sorti en 1993 un album intitulé Wandering spirit, sur lequel figurait cette chanson. Certains musiciens professionnels ont été plus curieux et l'ont écouté attentivement puisque, comme me l'a rappelé Philippe R. en entendant les premières notes de la version d'Elliott Murphy, il s'agit au moins de la deuxième reprise de cette chanson, Alejandro Escovedo l'ayant enregistrée en 2000 pour Down to the promised land, la compilation anniversaire des cinq ans du label Bloodshot Records. Je n'ai même pas été capable de faire le rapprochement moi-même alors que j'ai cette compilation, peut-être parce qu'en fait je préfère la version Murphy à celle d'Escovedo.
L'autre reprise, c'est If you see her, say hello, de Bob Dylan sur l'album Blood on the tracks. Une bonne version, pas très éloignée de l'originale, mais peut-être un peu trop sage et propre sur elle. C'est d'ailleurs le seul reproche que j'aurais à faire aux deux autres titres du disque, surtout Bilbao Bo Diddley, dont le Diddley beat exigerait une bonne dose de crasse, de cambouis et de sueur.
Acquis probablement chez Parallèles à Paris vers 2000 Réf : 3042425 -- Edité par Last Call en France en 1998 -- Ce CD inédit vous est offert par votre disquaire. Interdit à la vente -- Not for sale Support : CD 12 cm Titres : Glorious feeling -- As bad as it gets -- Take time to know her
Au temps où j'achetais des disques neufs en magasin, j'avais rarement l'occasion de participer aux opérations promotionnelles du type "Acheter le nouveau CD de X" et vous aurez un CD en plus avec des titres rares, tout simplement parce que les artistes qui m"intéressaient étaien rarement l'objet de ce type de promotion. Mais quand je tombe sur un de ces disques "interdits à la vente" pour pas cher, j'aime bien le prendre, surtout quand il s'agit de gens que j'aime bien, comme Elliott Murphy. Ce disque a été diffusé au moment de la sortie de l'album "Beauregard", un disque que je ne connais, mais qui marque apparemment le début de la collaboration d'Elliott Murphy avec le guitariste Olivier Durand. Et si j'en crois la qualité de ces morceaux qui en sont contemporains, l'album doit être bon. "Glorious feeling", qu'on trouve en bonus sur quasiment toutes les éditions de l'album, est un très bon exemple du style typique de composition de Murphy pour des titres au tempo assez rapide. "As bad as it gets", qu'on trouve en bonus sur de nombreuses éditions non-européennes de l'album (et sur le vinyl allemand !), est le titre que j'aime le moins des trois. Murphy est un peu emprunté et la chanson a du mal à décoller. A la production, on trouve Kevin Salem, l'un des producteurs de "Chore of enchantment". Le "Something borrowed" du disque, c'est "Take time to know her", reprise d'un tube de Percy Sledge de 1968. Un superbe slow, de bonnes paroles, et une deuxième voix, très grave et très réussie, due à Alain Chennevière. Evidemment, c'est ce titre qui est le plus dur à trouver puisque, outre ce CD trois titres, on ne le trouve que sur l'édition japonaise de "Beauregard"...
Acquis par correspondance via Discogs en janvier 2022
Réf : WAY 4555 / 854 349-2 -- Édité par This Way Up en Europe en 1995
Support : CD 12 cm
Titres : Travelling light -- Plus de liaisons -- Waiting 'round you -- I've been loving you too long
J'ai longtemps été très présomptueux. Comme je ne buvais pas d'alcool et ne prenais pas de drogues, je pensais que j'étais préservé de certains effets indésirables de ces substances. Pas pour moi le trou noir en me réveillant le matin en me demandant où je suis, comment je suis arrivé là et ce que j'ai bien pu faire la veille (Effectivement, ça ne m'est jamais arrivé). Et puis, comme j'étais pleinement conscient lors de mes périodes d'éveil, notamment lors des soirées et des concerts, je croyais que je ne risquais pas de les oublier. Et là, ça fait bien longtemps que je me suis rendu compte que je me trompais complètement. Il y a plein d'événements qui sont complètement effacés de ma mémoire, et particulièrement, ce que je n'aurais jamais cru possible, des concerts entiers, où j'ai choisi de me rendre, où j'ai passé une soirée entière et dont je n'ai plus aucun souvenir. Pour citer l'oncle de La java des bombes atomiques de Boris Vian, "A mesur' que je deviens vieux je m'en aperçois mieux j'ai le cerveau qui flanche. Soyons sérieux disons le mot c'est même plus un cerveau 'est comm' de la sauce blanche" !
Ça, je le sais depuis longtemps, donc, mais j'ai quand même eu un coup au cœur en juin 2020 quand j'ai recherché une information dans mon agenda de 1996 et que je suis tombé sur ce que j'ai noté de ma présence à l'édition 1996 du Printemps de Bourges :
Jeudi 18 avril : Soul Coughing
Vendredi 19 avril : M. Untel, Silvain Vanot, Electric Buttocks, Elliott Murphy, Laurel Aitken
Samedi 20 avril : De Parels En De Funkie Reddingsbrigade, Lou Reed, Baby Bird, Tindersticks
Je me suis rendu au Printemps de Bourges plusieurs années de suite dans les années 1990, principalement pour deux raisons : pour accompagner les artistes que nous avions sélectionnés en Champagne-Ardenne avec l'antenne régionale des Découverts du Réseau Printemps et pour retrouver en tant que représentant de Radio Primitive nos collègues de toute la France pour une réunion de la Férarock. Ces séjours étaient très actifs, donc, puisque bien sûr en plus de ces activités j'avais un passe pour les concerts et j'essayais de voir ceux qui m'intéressaient le plus.
Si je reprends la liste ci-dessus et que je fais le point, c'est quand même pas brillant :
Pour Soul Coughing, je me souviens plutôt bien de leur précédent concert, aux Transmusicales de Rennes le 3 décembre 1994, mais je dois bien avouer que je n'ai quasiment aucun souvenir de celui de Bourges, sauf peut-être la vague impression qu'il m'avait moins plu que le premier.
Pareil pour Elliott Murphy. Je me souviens l'avoir vu au Cirque à Reims et en plein air aux Musiques d'Ici et d'Ailleurs à Châlons, mais je n'ai aucun souvenir de Bourges.
Pour Silvain Vanot, j'ai juste le sentiment diffus de sûrement m'y être un peu ennuyé.
Pour les Découvertes, je me souviens bien sûr un peu de la prestation scénique du champenois M. Untel, mais surtout de sa caravane qu'il avait installée sur le site du festival et de l'oie qu'il trimballait avec lui. Je ne peux pas dire que je me souviens du concert d'Electric Buttocks le même jour. J'ai obligatoirement vu beaucoup d'autres concerts Découvertes sur les trois jours, mais je n'en ai noté qu'un, celui des hollandais De Parels En De Funkie Reddingsbrigade. C'est parce que leur prestation avait dû particulièrement me marquer. Mais pas de façon indélébile car aujourd'hui quand je vois ce nom c'est en fait aux Belges de PPz30 que je pense ! Ça devait être très bien, pourtant...
Laurel Aitken, j'avais oublié que je l'avais vu, mais en voyant son nom il m'est revenu qu'il s'était produit dans le chapiteau Magic Mirrors, là-même où j'avais vu l'année précédente d'autres papys du ska, les Skatalites.
Bon, des trous dans la mémoire, j'en ai plein et je commence à y être habitué et à vivre avec (d'autant mieux que je ne peux rien y faire...). Mais le nom qui me pose vraiment problème dans la liste c'est de lui de Lou Reed. Lou Reed ! Certes, j'avais soigneusement évité la reformation du Velvet Underground en 1993 (par principe, les reformations ne m'intéressent pas) et je suis bien content d'avoir interviewé Moe Tucker à Reims en 1992 (une interview inutilisable pour cause de piles usées !), mais Lou Reed m'intéressait et m'intéresse beaucoup, et je ne suis pas surpris que, étant sur place et n'ayant pas à payer mon billet, je me sois arrangé pour assister à tout ou partie de son concert au Pavillon. Le problème, c'est que je n'en ai aucun souvenir. Et pire, alors qu'avec mon optimisme béat j'ai tendance à penser que ma mémoire peut être ravivée par une photo, une affiche ou un enregistrement, eh bien même la prestation filmée de Lou Reed interprétant Sweet Jane ce jour-là ne provoque aucune étincelle dans ma cervelle...! C'est désespérant.
En fait, le seul souvenir un peu précis des concerts de Bourges 1996 en-dehors de M. Untel c'est celui de Baby Bird et Tindersticks à La Hune, qui devait être la salle à l'étage de la Maison de la Culture de Bourges. Et encore, vous allez le voir, c'est très fugace. Je ne sais même plus si c'était l'après-midi, ou en toute fin de soirée. Plutôt en fin de soirée, en fait, et peut-être bien que j'ai quitté le concert de Lou Reed pour aller m'enfoncer dans les moelleux fauteuils de La Hune. Je ne me rappelle pas vraiment de Baby Bird, si ce n'est que le concert avait dû me décevoir à peu près autant que ses disques, que j'avais achetés sur la foi de critiques dithyrambiques. Quant à Tindersticks, c'était bien. Doux, lent,... Je me souviens très bien avoir été pris d'une douce torpeur et, après trois jours de festival intensif, m'être laissé tomber dans un demi-sommeil où j'étais bercé par leur musique et la voix de Stuart Staples.
Bref, pour résumer en une phrase mon Printemps de Bourges 1996 : j'ai complètement oublié le concert de Lou Reed où j'étais éveillé, mais je me souviens m'être endormi à celui de Tindersticks !
Mais intéressons-nous au disque du jour, extrait du deuxième album de Tindersticks, dont ils devaient faire la promotion lors de cette tournée en 1996. Pour autant, je ne pense pas qu'ils aient joué Travelling light à Bourges, car c'est un duo avec Carla Thogerson des Walkabouts et je ne pense pas qu'elle était présente ce jour-là, ni une autre chanteuse. Tindersticks a enregistré pas mal de duos, à commencer par A marriage made in heaven en 1993, en hommage marqué à Nancy Sinatra et Lee Hazlewood, mais Travelling light est mon préféré. Je ne suis pas un grand fan de pop orchestrale, mais quand il y a des cordes chez Tindersticks, comme ici, c'est toujours parfaitement dosé et jamais sirupeux et le résultat est superbe et prenant de bout en bout. Je ne sais pas comment le lien s'est fait avec Carla Torgerson, mais quand on écoute The light will stay on, le single des Walkabouts extrait de l'album Devil's road paru lui aussi en 1995, on comprend très vite que les groupes suivaient des chemins très proches l'un de l'autre à cette époque.
Pour les faces B, Waiting 'round you, est un instrumental où les claviers jouent un rôle important. Il annonce peut-être leur travail sur des musiques de film. Quant à I've been loving you too long, cette reprise d'Otis Redding est parfaite pour la voix bien grave de Stuart Staples. On dirait bien qu'ils la jouent plus lentement que l'originale. Avec cette voix et ce rythme, je ne peux m'empêcher de penser au Lambchop de cette époque, celle de leur premier album.
Le single anglais, en 45 tours et en CD, ne contient que ces trois titres. Pour l'édition européenne que j'ai achetée, le label a intercalé en supplément Plus de liaisons, la version en français de No more affairs, un autre titre au rythme très lent, paru initialement sur un 45 tours une face en bonus de la version vinyl du deuxième album. Je ne vais pas me plaindre de cet ajout, au contraire, car c'est une des chansons des Tindersticks que je préfère, ne serait-ce parce que j'apprécie toujours quand les non francophones se lance dans ce genre d'aventure. Comme pour d'autres, comme par exemple Julian Cope avec Traison (C'est juste une histoire) de Teardrop Explodes, on se demande ce qui au départ leur a donné l'envie de tenter l'adaptation en français. En tout cas, je ne pense pas qu'à l'époque Stuart Staples imaginait que, quelques années plus tard, il viendrait s'installer en famille dans la Creuse (ni qu'il se ferait une moustache à la Lee Hazlewood...).
La vidéo de Travelling light, tournée volontairement en Super 8 pourri, sans aucun membre du groupe. Les personnages principaux sont joués par Matt, qui travaillait sur les tournées du groupe, et Ilona, alors employée à la boutique Rough Trade. Ce sont eux aussi sur la pochette du disque.
Les Tindersticks retrouvent Carla Torgerson pour interpréter Travelling light pendant leur tournée de 2003.
Acquis chez Royer à Epernay le 6 septembre 2014
Réf : NEW 134 CD -- Edité par New Rose en France en 1990
Support : CD 7,5 cm
Titres : Et pour un oui et pour un non -- Cracher dans la soupe -- Les roses fânées
Chez Royer, régulièrement depuis 2011, ils continuent de sortir de vieux disques de leurs réserves pour les solder. Souvent des vinyls, avec beaucoup de disques de variétés, mais aussi des CD ces derniers temps. En septembre-octobre, j'ai été bien content d'y trouver quelques disques, dont ce maxi des Soucoupes Violentes. Il m'a fallu quelques jours pour me rendre compte que j'avais déjà ce disque dans son édition maxi-45 tours (acheté neuf, visiblement, mais je ne sais plus du tout où et quand), mais même si je m'en étais souvenu, à 50 centimes j'aurais quand même acheté ce mini-CD glissé dans une boite de taille normale avec son adaptateur. Je croyais aussi ne pas avoir déjà chroniqué de disque de ce groupe, mais ils occupaient, avec une reprise de Love potion #9, une face d'un 45 tours Nineteen partagé avec Ben Vaughn.
Ce disque, entièrement chanté en français, est produit par Elliott Murphy, qui était alors leur compagnon de label. Après Marc Police des Wampas et Yves Calvez des Coronados sur les deux premiers albums, ça leur fait une belle brochette de producteurs. Dans leur discographie, ce single s'inscrit pile entre les albums Va savoir (1989) et A des années lumières (1991), le dernier avant la séparation du groupe première période, et il ne figure sur aucun des deux. Et pour un oui et pour un non est une excellente chanson pop-rock, accompagnée par ce qui sonne à mes oreilles comme une sorte de vibraphone mais est peut-être un clavier. Côté paroles, il est question d'opinion et d'indécision : "Pour faire preuve d'imagination, ceux qui changent pas, c'est des cons, et moi suivant les saisons, du monde je me refais une vision.Et pour un oui et pour un non, on change tout le temps d'opinion, et pourtant, pourtant, à quoi bon.". Selon une biographie officielle, une vidéo de cette chanson a été diffusée par Canal Plus, mais je n'en ai pas trouvé trace en ligne. Elliott Murphy a aussi été leur invité pour un concert à l'Elysée-Montmartre. Cracher dans la soupe, encore un bon titre de chanson trouvé par Stéphane Guichard, au son plus rock, n'est pas mal non plus, avec les choeurs et l'orgue sur le refrain.
Le disque se clôt avec une reprise d'une chanson écrite par Gainsbourg pour Dutronc. Les roses fânées a été créée en 1972 à la télévision par Dutronc, Gainsbourg et Birkin. Une version en studio a finalement été incluse sur l'album de Dutronc sorti en 1975. Arrivé en 1990, il devenait peut-être un peu convenu de reprendre Gainsbourg, mais cette ode à un gigolo est suffisamment de mauvais goût pour faire sourire ("J'aime les vieilles peaux, j'aime les vieilles paumées" - avec "Gigolo" en réponse en choeur) et, comme toute reprise, elle a l'intérêt de fixer les points de référence du groupe.
Les Soucoupes Violentes volent à nouveau depuis 2007, avec Stéphane Guichard comme seul membre original. L'album S'attendre au pire est sorti en 2009. Un nouveau, Sur tes lèvres (vingt-sept ans après Dans ta bouche... !), est sur le point de sortir. On y trouvera Trop méchante, avec Didier Wampas comme invité.
Acquis chez New Rose à Paris en 1989
Réf : ROSE 179 -- Edité par New Rose en France en 1989
Support : 33 tours 30 cm
12 titres
Voilà encore un disque, comme ceux de T. Tex Edwards, Pianosaurus, Elliott Murphy, Les Calamités, Paul Roland et un petit paquet d'autres, édité par le label New Rose et acheté à la boutique New Rose en partie parce que les prix y étaient imbattables.
Je connaissais Wreckless Eric depuis le tout début des années 80, mais seulement grâce à deux ou trois titres que j'ai eus sur des compilations Stiff, notamment Semaphore signals et Reconnez cherie. Ce n'est que quelques temps plus tard que j'ai entendu son autre grand classique des débuts, Whole wide world.
Wreckless Eric a signé chez New Rose en 1989 au moment où il s'installait en France pour la première fois (Aux dernières nouvelles,il vit à nouveau en France avec sa partenaire Amy Rigby), après une grosse période de déprime en 1987-1988. Il mentionne cela dans diverses interviews, mais c'est évident à la lecture des paroles de certaines chansons de cet album, et pas seulement parce que l'une d'entre elles s'appelle justement Depression ! Comme sa pochette au bleu claquant, le disque n'est pourtant pas d'une humeur trop sombre dans l'ensemble.
La musique qu'on trouve sur cet album, enregistrée en trio avec André Barreau et Catfish Truton, n'est pas à proprement parler du "garage rock". Mieux que ça à mon sens, on pourrait parler de rock bricolo, strictement équivalent à ce qu'enregistrait à la même époque de l'autre côté de l'Atlantique un groupe comme le Ben Vaughn Combo, avec les mêmes ingrédients, une guitare au son pourrave, un chant approximatif, un orgue anémique et une batterie déglinguée. Les influences sont sûrement les mêmes aussi, des Modern Lovers à ? and the Mysterians, en incluant tout un pan de l'histoire du rock des années cinquante et soixante.
L'album se tient bien dans l'ensemble mais ma préférence va à trois chansons enlevées de la face A, Depression, Sarah et Tell me I'm the only one.
L'écoute de ce disque doit absolument êre complétée par celle de la version française de Depression, enregistrée à la guitare acoustique par Eric tout seul. Elle est sortie en 1990 en face B du single Haunted House mais elle est peut-être plus facile à trouver parmi les trois bonus de l'édition CD de l'autre album sorti par Wreckless Eric sur New Rose, le live At the shop !, un disque carrément enregistré dans le magasin New Rose qu'Eric a tendance à renier car il trouve le son vraiment excécrable.
Acquis à Londres ou à Reims début 1985 Réf : PRID 7 -- Edité par Mercury en Angleterre en 1984 Support : 2 x 33 tours 30 cm 17 titres
Pendant un certain temps, cette pochette horrible m'a suffisamment révulsé pour que je me tienne soigneusement à l'écart de ce disque, bien que ce soit l'un des albums du Velvet Underground qu'on trouvait le plus facilement chez les disquaires français au tournant des années 1980. Puis, à force de le voir mentionner dans des fanzines et après m'être éclaté sur la longue version de What goes on avec les amis de Creation, j'ai fini par saisir l'occasion d'acheter neuf cet album réédité à un bon prix dans une série économique. Pour un groupe réputé pour la pochette de son premier album signée Andy Warhol, en arriver à ce dessin, c'est une sacrée dégringolade, mais on ne saurait leur en tenir rigueur car il s'agit d'un disque posthume (mais un peu quand même puisque le management de Lou Reed a joué un rôle crucial dans l'édition de ce disque). La photo du groupe colorisée à l'intérieur est bien mieux. J'ai souvent vu ce 1969 listé parmi les meilleurs albums live de l'histoire du rock. On est très loin de l'ambiance des Kiss Alive, de Made in Japan ou, pour se rapprocher un peu de la sphère Velvet, du Modern Lovers Live !, mais en tout cas j'aurais tendance à le mettre dans ma propre liste si je devais prendre la peine d'en faire une. On est très loin ici aussi des performances arty multimédia de l'Exploding Plastic Inevitable qui ont fait la réputation du Velvet Underground à ses débuts, avec le parrainage appuyé de Warhol. On est d'ailleurs aussi très loin tout court de New-York, le berceau du groupe, car ces enregistrements ont été réalisés au Texas en Californie. Ce qui me frappe le plus avec ce disque, c'est le calme, la sérénité qui s'en dégage. Certes, le troisième album du groupe, paru l'année précédente, était déjà très acoustique et très cool, mais là quand même, on est en concert et le groupe se contente de proposer simplement, avec des ingrédients basiques (voix, guitare, basse, batterie, orgue; c'est Doug Yule à la basse et à l'orgue), d'excellentes interprétations de ses chansons. Ce n'est pas insulter le groupe de dire que ceci est juste un album live de pop-rock, mais un album plus qu'excellent. Même la version d'Heroin est tout sauf torturée ! : le groupe la joue cool et détendu et on croit entendre Lou Reed se moquer de lui-même à la fin de la chanson quand il dit "It's my wife and it's my life". C'est d'ailleurs l'une des surprises du disque, dès les premières secondes, d'entendre Lou Reed, très calme, sympa même, s'adresser au public pour le saluer et lui demander s'il préfère que le groupe joue un long set ou deux plus courts. Elliott Murphy écrit dans ses notes de pochette, "Je pourrais analyser chaque chanson individuellement, mais c'est ce qui rendait les cours de Chimie aussi chiants. J'espère qu'un jour on enseignera l'histoire du rock. J'espère que la musique de cet album sera l'un des éléments les plus importants de ces cours.". Je vais essayer moi-même de ne pas tomber dans le piège de l'analyse titre à titre, mais précisons que, rien que les chansons inédites le jour de l'enregistrement de ces concerts constitueraient un album excellent : Lisa says, Sweet Jane, We're gonna have a real good time together, New age, Rock and roll, Ocean, Over you et Sweet Bonnie Brown/It's just too much, la moins bonne du lot, mais intéressante quand même car j'imagine que le Velvet s'est rarement approché aussi près du boogie à la Status Quo ! Parmi les autres titres, outre What goes on et Heroin, il y a quand même Waiting for my man, Beginning to see the light, Some kinda love, White light/white heat... Habituellement je n'aime pas trop ça, mais la plupart des meilleurs titres sont très longs et ont la faculté de mettre l'auditeur en transe, mais toujours une transe un peu cotonneuse. Je ne sais pas quelles drogues les membres du Velvet prenaient fin 1969, mais ce n'était sûrmement pas du speed ! Ce disque est aussi cool qu'un album de reggae cool...
Ce double album de plus de 100 minutes a été réédité en 1988 en deux CD séparés qui contenaient chacun un titre inédit supplémentaire (mais il est possible qu'une bonne partie des titres ait été repiquée d'un 33 tours !). Si vous n'êtes pas rassasié,il y a aussi le coffret triple CD des Quine tapes, sorti en 2001, avec des enregistrements live de la même époque. En 1996, Doug Yule a édité '69 on the road, un livre qui, comme son titre l'indique, contient des photographies prises pendant les tournées du Velvet en 1969.
Acquis chez Parallèles à Paris fin 2005
Réf : FA0058 -- Edité par Fargo en France en 2005 -- Promotional advance copy - Not for sale
Support : CD 12 cm
12 titres
C'était le 27 juin 2005 à Lyon, sur la péniche Le Sirius. Que ce soit au comptoir où il faisait la permanence de vente de CDs et tee-shirts ou sur la passerelle qui menait jusqu'au au quai, Eric Bachmann avait visiblement envie de parler. et je regrette de n'avoir trouvé que quelques banalités à échanger avec lui, alors que je m'échappais du concert autiste de Richard Buckner (look à la Travolta période "Pulp Fiction", penché sur ses pédales d'effet et sa guitare, ne prononçant pas un mot sauf pour réclamer qu'on baisse les lumières, jouant plus pour lui que pour les quelques dizaines de personnes présentes).
L'ambiance était mille fois plus détendue et agréable pour le concert d'Eric Bachmann en première partie. J'étais pourtant venu pour Richard Buckner. Bachmann, il me semblait n'avoir jamais entendu parler de lui, ni de son groupe Crooked Fingers. Pourtant, ça m'est revenu pendant le concert : je connaissais le nom de ce gars comme celui d'un membre d'Archers of Loaf, vers le milieu des années 1990.
Son concert fut donc très bon. Il était tout seul à la guitare sèche, sauf pour quelques titres ou une chanteuse toute menue et toute timide l'a rejoint pour quelques duos éblouissants (Il s'agit de Lara Meyerratken, une joueuse de clavier et chanteuse australienne, qui a déjà un sacré parcours musical, notamment comme accompagnatrice de Ben Lee). A un moment, il s'est planté dans ses paroles, et a très bien rattrapé le coup. Il a même fait le dernier titre sans sono : le public l'avait rappelé, mais tout le matos était déjà débranché.
Cette tournée de juin 2005 servait à faire la promotion de cet album, "Dignity and shame", le quatrième de Crooked Fingers. Dans l'ensemble, la tonalité est celle d'un rock américain, un peu dans l'esprit de l'Elliott Murphy de ces vingt dernières années. Des illustrations de pochette aux titres de certaines chansons ("Islero", "Andalucia"), il y a une tonalité hispanisante présente sur le disque, mais sans qu'il y ait un concept ou un thème commun ou une couleur musicale qui donnerait une unité au disque, qui est plutôt réussi, mais pas parfait. On retrouve cependant ici un bon nombre des meilleures chansons du concert, notamment les quatre sur lesquelles Lara chante, dont "Call to love", le moment fort du disque.
"Destroyer" et "You must build a fire" sont deux autres moments forts du disque. Quant à la chanson-titre, "Dignity and shame", elle est très belle, jouée au piano avec quelques illuminations de lap steel.
Au retour de sa tournée européenne, Eric Bachmann a choisi de vivre deux mois dans sa camionnette plutôt que de reprendre une location. Pendant cette période il a composé plein de titres qui figurent sur son tout récent album solo, "To the races".
Acquis d'occasion en Angleterre dans les années 2000
Réf : A1179 -- Édité par CBS en Angleterre en 1981
Support : 45 tours 17 cm
Titres : The River -/- Independence day
En 1978, j'ai beaucoup aimé et acheté le 45 tours Because the night de Patti Smith, mais mon intérêt pour Bruce Springsteen s'est largement limité à ça. Dans le quartier, des copains avaient certains de ses albums, s'éclataient sur Rosalita ou Born to run, une chanson que j'aimais bien, mais pas au point de chercher à en écouter plus. Et en 1980, quand The River est sorti, il n'y avait qu'un seul double album à pochette simple de chez CBS qui m'intéressait : London calling de The Clash ! Mais quand même, j'ai toujours apprécié d'entendre les deux 45 tours tirés de l'album qui ont eu le plus de succès, Hungry heart et The river, et j'ai même fini par acheté ce dernier il y a quelques temps.
J'ai eu envie de le ressortir après avoir lu le n° d'Uncut daté d'avril 2016, avec Springsteen en couverture, qui présente le coffret The ties that bind qui vient de sortir. Comme il l'avait fait il y a quelques années avec Darkness on the edge of town / The promise, il a en effet plongé dans les archives des sessions de The River pour en ressortir un paquet de chansons laissées sur le carreau à l'époque, quitte parfois à refaire la voix.
J'ai appris à cette occasion qu'il s'était passé un an et demi entre le début de l'enregistrement de l'album et sa sortie. Assez vite, Springsteen avait bouclé The ties that bind, un album de dix titres, qu'il avait transmis au label pour le sortir. Mais il n'était pas complètement satisfait et composait chanson sur chanson. Les sessions ont donc repris et, si le double album original comptait vingt titres, plus d'une trentaine d'autres avaient été mis en boite, dont seule une minorité était sortie entre temps, en face B de 45 tours, dans des coffrets ou sur des compilations.
Ce n'est pas seulement à cause de l'intro à l'harmonica, mais j'ai toujours trouvé la chanson The River extrêmement triste, poignante presque. Ça se ressent dans le rythme et l'atmosphère et ça se confirme avec les paroles, qui racontent comment les rêves pourtant très modestes et raisonnables d'un jeune homme se détruisent au fil de la vie. C'est une chanson nostalgique particulièrement triste à l'évocation des bons moments passés à se baigner dans la rivière :
"Et maintenant ces souvenirs reviennent me hanter Ils me hantent comme une malédiction Est-ce qu'un rêve est un mensonge s'il ne se réalise pas ou est-ce quelque chose de pire qui me renvoie au bord de la rivière même si je sais que la rivière est à sec"
Et elle n'a l'air de rien, mais j'ai l'impression que The River n'est pas une chanson facile à chanter. Je sais que je chante toutes les chansons faux, et à partir du moment où ce n'est pas juste, je n'ai pas si on peut parler de plus ou moins faux, mais The River est une chanson qui reste en tête des jours après qu'on l'a écoutée et quand je me la chante, même moi je me rends compte que je ça doit être insupportable ! Bruce Springsteen a indiqué en 2015 qu'Independence day, avec The River, Point blank et Stolen car, fait partie des chansons qui constituent le cœur de l'album. Elle avait pourtant été composée et enregistrée une première fois pour l'album précédent, Darkness on the edge of town. C'est aussi une chanson lente aux paroles plutôt tristes, assez proche de The River. Là, il n'est pas tant question de la Fête nationale américaine que d'un fils qui s'apprête à prendre définitivement son indépendance de son père et qui s'adresse à lui avant de quitter la maison familiale. C'est une bonne idée d'avoir associé ces deux chansons sur ce 45 tours, même si on aurait préféré un inédit en face B.
Springsteen est le premier artiste que j'ai vu présenté dans la presse comme un "nouveau Dylan", à l'époque de Darkness on the edge of town. A l'époque, comme je ne connaissais à peu près rien de Dylan, ça me faisait une belle jambe. Aujourd'hui, ça me parait peu approprié, surtout côté paroles. En écoutant ce 45 tours, je pense plutôt parmi les gens que j'apprécie à Elliott Murphy (les deux se connaissent bien) ou Townes van Zandt.
Bruce Springsteen, The river, interprété pour la première fois sur scène en septembre 1979 lors des concerts de Musicians United for Safe Energy. Extrait du film No nukes.
Bruce Springsteen, Independence day, en concert au Summit à Houston le 8 décembre 1978