20 décembre 2008

WIRE : Wire on the box : 1979


Acquis par correspondance chez Posteverything en Angleterre en novembre 2004
Réf : PF7TV -- Edité par Pink Flag en Angleterre en 2004
Support : DVD 12 cm & CD 12 cm
20 titres + 1 interview

J'avais décidé que je me méritais bien de m'offrir un cadeau et mon choix s'était porté sur ce Wire on the box, un document d'archive édité par Wire sur son propre label. Il faut dire que j'aime bien cette idée d'associer un DVD musical avec le CD de sa bande sonore et puis, je n'ai jamais vu Wire en concert et, même si ma première rencontre avec un souvenir live du groupe, le désastreux Document & eyewitness enregistré en 1980 lors du dernier concert de leur première période, m'a laissé un goût amer, j'espérais bien que ce concert enregistré le 14 février 1979, pile entre les sorties de Chairs missing et de 154, mes deux albums préférés de Wire, serait beaucoup plus intéressant.
Et je n'ai pas été déçu. Déjà, il y les images, enregistrées pour l'émission Rockpalast en Allemagne, une émission qu'on connait en France parce qu'Antoine de Caunes en a rediffusé quelques éditions au début des années 80 dans Chorus (je ne pense pas que ce concert de Wire en ait fait partie).
Après une courte introduction par le présentateur, Wire attaque Another the letter, un titre qui, comme dans la version studio, est terminé au bout d'une minute, ce qui laisse un instant le public interloqué avant qu'il se mette à applaudir, mais ce qui est suffisant pour que je me sois rendu compte d'une chose : je n'avais jamais auparavant vu Wire en action ! Certes, j'ai vu des photos de Wire, dans des magazines ou des livres mais pas en gros plan au recto des pochettes de disque, ce n'est pas le genre de la maison, mais là, voir le groupe filmé sur la durée c'est tout autre chose, et c'est suffisant pour en savoir tout de suite beaucoup plus sur l'apparence et la personnalité des membres du groupe, qui sont très contrastées.
Les deux musiciens le plus en avant sont les deux vocalistes. Le chanteur principal et guitariste Colin Newman, en chemise blanche et cravate stricte, une tenue qui pourrait définir le stéréotype du jeune homme chic de la new wave, sauf que, comme j'imagine pour Ian Curtis ou Philippe Pascal, cette tenue ne suffit pas à contenir l'énergie et les émotions du chanteur, loin d'être un frêle intellectuel, dont les veines saillent du cou solide lorsqu'il chante.
Graham Lewis, le bassiste et chanteur, je n'avais aucune idée de son apparence physique. Avec sa combinaison design et son côté brun ténébreux, il aurait pu être la "rock star" du groupe. Je n'imaginais pas non plus son importance dans le groupe en tant que chanteur : à deux voix avec Colin Newman c'est souvent très efficace, comme sur Practice makes perfect et Being sucked in again par exemple, et surtout, il a fallu ce DVD pour que je découvre que Blessed state, un de mes titres préférés de 154, était chanté par Lewis et non pas par Newman !
Le guitariste Bruce Gilbert semble être la discrétion même. Habillé en noir, abrité près de son ampli, caché derrière les deux autres, cela ne l'empêche pas de sortir des sons aussi impeccables qu'improbables de sa guitare ni d'être le seul auteur — paroles et musiques — de certaines des chansons interprétées.
Le batteur Robert Gotobed pourrait être une caricature de batteur : grand, sportif, son look tranche avec celui, assez strict de ses compères : au bout de dix minutes il quitte son tee-shirt gris informe pour jouer torse nu. En-dessous, il est en pantalon de survêtement recouvert d'un short ! Sauf qu'on s'attendrait à ce qu'il soit extraverti, ce qui ne semble pas du tout le cas : au cours de l'interview qui suit le concert, le présentateur, dont c'est au moins la seconde interview du groupe, se moque gentiment de lui en lui posant directement une question, vu que c'est apparemment le seul moyen de lui arracher quelques mots.
Wire enchaîne 19 titres en moins d'une heure, en se contentant la plupart du temps d'annoncer au public le titre du morceau qui va suivre. Au moment où ils remontent sur scène pour jouer un rappel, un spectateur commet la faute de goût de réclamer I am the fly, ce à quoi répond assez froidement "We don't play requests", et le groupe enchaîne alors sur Pink flag, le morceau-titre de leur premier album et le seul extrait qu'ils ont joué ce soir-là de ce "vieil" album sorti quinze mois plus tôt ! Le reste des titres se répartit à part à peu près égales entre extraits de Chairs missing, sorti six mois plus tôt (on apprend dans l'interview que c'est la première fois ce soir-là qu'ils interprètent sur scène l'excellent Heartbeat) et titres alors inédits, pour la plupart déjà enregistrées comme démos le 14 décembre 1978 (éditées sur Behind the curtain) et sortis dans les mois suivants sur le single A question of degree et sur 154.
Au bout du compte, le CD de Wire on the box est un album live d'excellente facture et le DVD, la seule apparition télévisée vraiment conséquente du Wire de l'époque qui subsiste, un document d'archive inestimable, notamment pour les fans français du groupe qui n'ont quasiment pas eu l'occasion de les voir en action : si on en croit la gigographie disponible sur leur site, le seul concert français du Wire première époque a eu lieu un mois après celui-ci, le 11 mars 1979 à Paris, dans le cadre d'une tournée en première partie de Roxy Music !

Ce disque est en vente chez Pink Flag.

14 décembre 2008

SORRY : Oh !! Cathy


Acquis sur la braderie/brocante d'automne d'Ay le 26 octobre 2008
Réf : 20 97994 -- Edité par Kiswell en France en 1979
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Oh !! Cathy -/- You're leaving

Ce 45 tours fait partie du lot de sept 45 tours que j'ai achetés sur un même stand à Ay cet automne, parmi lesquels figurait notamment celui de Pro Cromagnum.
Je n'avais absolument jamais entendu parler de ce groupe Sorry. Si j'ai acheté ce disque c'est bien sûr à cause de l'intrigante mention "New wave disco" sur la pochette. D'autant plus intrigante que, si le disco a influencé énormément de monde à l'époque et s'est infiltré sur les disques d'artistes aussi divers que les Rolling Stones ou Blondie, pour n'en citer que deux, je n'ai pas connaissance d'un sous-genre ou d'une étiquette associant particulièrement la new wave au disco même si, j'en conviens, l'influence du disco était quasiment partout en 1978-79.
Enfin bref, Sorry semble être le groupe d'un seul album et d'un seul single, celui-ci, qui en est extrait. Je ne sais pas ce qu'il en est de la version longue Discomix sortie en maxi, mais la très bonne nouvelle c'est que Oh !! Cathy n'a absolument rien de disco et qu'en plus elle s'avère être une bonne chanson !
A première écoute, sans connaître la date de sortie et sans avoir vu la mention de la pochette, je n'aurais pas spontanément associé Oh !! Cathy à de la new wave : la principale concession au son de l'époque c'est que la petite mélodie insistante qui fait toute la chanson est jouée aigüe avec un synthé ou un séquenceur. Le tempo est moyen, la rythmique c'est de la guitare saturée, ce qui fait qu'on est dans un schéma pas très loin du Jacno en solo, mais le chant a un vague côté Rod Stewart (D'ya think I'm disco ?) et au bout du compte ce que je trouve comme comparaison qui correspondrait le mieux à ce titre c'est un amalgame de Pop muzik et M factor, les deux faces du 45 tours le plus célèbre de M (le groupe de Robin Scott bien sûr, pas le fils de Louis), qui date aussi de 1979 (Mais Oh !! Cathy est daté 1978 sur la pochette). Pas un chef d'oeuvre, loin de là, mais une bonne surprise et une chanson qui accroche bien et reste dans la tête avec son refrain "Oh !! Cathy" et sa ritournelle synthétique.
Evidemment, faut pas rêver, ça se gâte énormément sur la face B. You're leaving est une ballade rock à grand renfort de violons, de descente de toms de batterie, de chant haut perché et de choeurs encore plus aigus. Le slow rock dans toute son horreur, sans intérêt pour moi mais sur lequel les nombreux fans du tube Lover why de Century seraient bien avisés de jeter une oreille : en effet, il se trouve que Sorry était le projet de Paul Ives, parolier et producteur (décédé en 2007, apparemment), dont le principal fait d'arme est d'avoir travaillé pour Century, groupe de Hard FM français auteur de ce tube "immortel" en 1985. Or, il suffit de remplacer les violons de You're leaving par des synthés et on a, avec six ans d'avance, le prototype parfait de Lover why !
Sinon, la pochette de ce disque conserve quelque chose d'énigmatique. Je n'arrive pas à lui trouver un sens, si ce n'est qu'il y a probablement un aspect homoérotique à cette sculpture — peut-être en papier maché — d'un mec au jean moulant ouvert et en bottes américaines (un look assez disco pour le coup) qui tient par l'épaule et qui est attaché à un buste identique mais sans bras. C'est peut-être plus flagrant encore sur la pochette de l'album où l'on voit que la sculpture était posée à l'origine sur un canapé.

(Vous l'aurez compris, Oh !! Cathy n'a absolument rien de commun avec le Oh Catherine de Pere Ubu...)



La pochette de l'album de Sorry

12 décembre 2008

LES FRERES NUBUCK : E.P. 3 titres Preview


Offert par Sorry But Home Recording Records par correspondance en France en décembre 2008
Réf : [sans] -- Edité par Sorry But Home Recording en France en 2008
Support : 1 fichier Zip comprenant 3 fichiers MP3 et 1 fichier JPG
Titres : In meiner Garage (Wie Ribery) -- L'oeil de Moscou -- Seconde main

Je n'aime pas trop faire ce genre de grande déclaration à l'emporte-pièce, mais à mon sens et sans conteste Les Frères Nubuck sont le groupe français le plus injustement sous-estimé des années 2000.
Les frangins Chris Gontard et Rémy Chante ont atteint ensemble une certaine maturité musicale dès l'album Chez les nudistes en 2004. On peut comprendre que la pochette et le titre de cet album et du EP qui l'accompagnait (Les culs nus) aient pu avec leur côté grosse blague occulter la qualité de ce disque, qui justifie pourtant pleinement le slogan du groupe, "Bombe pop artisanale", mais l'album suivant, Chaque vivant est un mort en puissance, aurait dû permettre aux Frères Nubuck d'éclater au plan national et de toucher un public au-delà de son réseau indé du sud-est avec des connections belges.
Après tout, on a là un groupe complet, avec deux auteurs-compositeurs de talent, qui écrivent en français et composent en intégrant et ingérant 50 ans d'histoire de la pop-music, un grand groupe de scène avec un vrai showman comme chanteur. Franchement, si j'étais directeur artistique d'un gros label (si ça existe encore), cela fait longtemps que j'aurais fait bien plus que de m'intéresser de près aux Frères Nubuck pour leur donner l'assise populaire qu'ils méritent.
Au lieu de ça, sous prétexte que leur label Sorry But Home Recording édite leurs disques en édition limitée sur CD-R, la presse nationale semble au pire les ignorer ou au mieux relègue les chroniques de leurs disques au rayon des auto-productions. Je rage...
Mais, enfermés dans leur Good Morning Twist Studio, les Nubuck ne lâchent pas l'affaire. Cet été, ils annonçaient sur leur blog MySpace la diffusion d'une série de EPs en prélude à un nouvel album, avec des nouveautés, des démos et des sessions live. Je ne suis pas sûr qu'il y aura effectivement une série de EPs, mais en tout cas les Nubuck proposent depuis le début de ce mois en téléchargement libre sur leur site cet EP de trois titres qui donne un avant-goût de leur nouvel album, Disque mineur, fin de règne animal, annoncé pour janvier 2009 et on ne saurait trop les remercier de ce cadeau.
Si j'en crois la numérotation des MP3 fournis, In meiner Garage (Wie Ribery) ouvrira l'album. C'est un titre pop très accrocheur, comme la chanson Chez les nudistes en son temps, mais en plus rapide et encore plus dansant. L'accroche commence avec une ligne de cuivres et une ligne de basse façon Motown, mais les guitares électriques sont aussi bien présentes sur le refrain.
Les paroles sont encore une fois excellentes. Elles accrochent sans raconter une histoire linéaire. Au début, on se croirait encore dans l'album précédent, dont le thème central était la mort et la maladie (Il est question de broche, d'écrous dans l'os, de cicatrice, de ganglions,...), puis vers le milieu de la chanson on prend la tangente ("Depuis dix ans j'apprends la guitare dans mon garage"). Une fois de plus, il faudrait montrer les textes des Nubuck en exemple à tous ces groupes francophones qui préfèrent nous imposer de mauvaises paroles en anglais (mal prononcées souvent) plutôt que de se risquer à nous proposer des paroles en français qu'on risque de comprendre.
L'enchaînement avec le deuxième titre est tellement réussi, même si cela ne sera pas le cas sur l'album, que lors d'une écoute distraite il a fallu que je regarde le numéro de piste sur le lecteur CD pour savoir où j'en étais. L'oeil de Moscou est plus atmosphérique, avec des vocaux raconteurs/déclamatoires, mais aussi et toujours un travail impressionnant d'accompagnement musical, avec notamment de la trompette quasi-mexicaine, plus Calexicaine que Jouvinienne.
Avec Seconde main, on revient à de la bombe pop comme les Nubuck en sont grands pourvoyeurs. Les paroles parlent d'avoir envie de baiser des filles mais abordent aussi la question de la réussite et du succès ("Quand je regarde ma vie de façon chronologique, et ben y'a rien qui fout la trique. Je rêvais d'une ascension fulgurante et au lieu de ça c'est la descente". On dirait du Miossec chanté sur un ton guilleret, si c'est imaginable. Les deux autres titres du disque abordent plus ou moins aussi ce thème, mais avec à chaque fois un angle et une situation différents. J'espère simplement que les prochains disques des Nubuck traiteront des affres du succès, un peu comme ce tube des Streets, When you wasn't famous, dont ils ne sont pas si éloignés que ça.

Hier, Les Frères Nubuck jouaient à domicile, à Grenoble, avec Perio en première partie. Du coup, le gratuit culturel local Le Petit Bulletin leur a consacré sa couverture et un article en deux parties (ici et ).
Cet EP peut être téléchargé ici.
Les disques Sorry But Home Recording sont notamment disponibles sur leur site, mais aussi en CD ou en téléchargement chez CD1D.

Ajout du 1er décembre 2009 :

A l'occasion de leur concert à Grenoble le 27 novembre 2009, France 3 a consacré un sujet aux Frères Nubuck.

08 décembre 2008

THE SABRES OF PARADISE : Wilmot


Offert par Eric B. à Châlons-en-Champagne le 8 novembre 2008
Réf : WAP 50 CD -- Edité par Warp en Angleterre en 1994
Support : CD 12 cm
Titres : Wilmot -- Wilmot (Wilmot meets Lord Scruffage) -- Siege refrain -- Wilmot (Edit)

Voilà un titre que je connais pas coeur, vu qu'il a été l'indicatif de mon émission de radio Vivonzeureux!, mais que je n'avais jamais eu dans ma discothèque avant que mon frère ne me l'offre, car j'avais utilisé à l'époque pour enregistrer mon indicatif l'exemplaire de l'album Haunted dancehall, dont ce single est extrait, que La Radio Primitive avait dans sa discothèque.
La version ici qui se rapproche le plus de celle de l'album, c'est la piste 2, avec sa basse synthétique et le côté sautillant de la mélodie qui est bien accentué. C'est une version remixée par Scruff, alias Steve Gilder (à ne pas confondre avec l'artiste Ninja Tune Mr. Scruff, sauf erreur de ma part), le producteur de l'album, et c'est une ironie savoureuse d'entendre un remixeur remixé de cette façon puisque la particularité des Sabres of Paradise était d'être un groupe formé par le célèbre remixeur Andrew Weatherall accompagné des ingénieurs du son Jagz Kooner et Gary Burns.
Andrew Weatherall a sauvé à lui tout seul la carrière de Primal Scream en remixant de lui-même la ballade I'm losing more than I'll ever have qui figurait sur le désastreux deuxième album du groupe. Pour les avoir vus sur scène à Paris début 90 dans la tournée qui a suivi la sortie de cet album, avec le guitariste en pantalon moulé satiné façon hard-rockers, le groupe était mal parti avant que Weatherall ne leur offre Loaded puis produise Come together et l'album Screamadelica (même si ma version préférée de Higher than the sun restera à jamais celle produite par The Orb).
A cette époque, Weatherall est devenu très à la mode. Avec Aphex Twin par exemple, il fait partie de ces DJs qui ont accepté de remixer un nombre incalculable de morceaux, alternant le génial et le pire, et surtout en profitant parfois pour se foutre ouvertement des groupes ou des labels qui les avait embauchés, et du public qui achetait les disques sur la seule fois de leur nom par la même occasion, en ne gardant rien du titre original, ce qui en soi n'est pas un problème quand le remix est bon, mais qui en devient un quand on obtient une bouillie sonore avec une grosse basse et quelques boucles rythmiques qui s'étire sur six minutes (Weatherall) ou une séquence de blips et de rythmes saccadés sans queue ni tête (Aphex Twin).
Mais, de ce que j'en connais avec The Sabres of Paradise puis Two Lone Swordsmen, Andrew Weatherall c'est plutôt bien tiré de l'exercice quand il est passé de l'autre côté de la barrière et il a sorti d'excellents disques, Wilmot étant mon préféré.
La version "normale" de Wilmot commence par une longue introduction, avec les ingrédients habituels, notamment une ligne de basse bien marquée, qui n'est pas ce que je préfère dans le titre (et le troisième titre du CD, Siege refrain, consiste uniquement en un remix jungle de cette partie...) mais dont le principal intérêt est de faire monter la sauce et la tension avant que n'arrive la petite mélodie aux cuivres qui fait l'accroche et tout l'intérêt de la chanson. Cette ligne de cuivres, c'est la version de Scruff qui la met le mieux en valeur. Elle a un petit côté musique des îles / calypso, mais je n'ai jamais pu en déceler l'origine (c'est plus que probablement un sample, et certainement pas une fanfare d'harmonie qui la joue, comme ce clip pourrait le laisser croire !). D'où qu'elle vienne, cette mélodie a en tout cas un côté folklorique. La preuve, c'est que, aussi étonnant que ça puisse sembler, le morceau que je connais qui se rapproche le plus de Wilmot dans sa construction et sa mélodie, c'est Galop de Cortesia, une musique de danse populaire catalane, dans la version live interprétée par Pascal Comelade et son groupe sur l'album Un tal jazz !

06 décembre 2008

LEONARD COHEN : I'm your man


Acquis chez Emmaüs ou sur un vide-grenier de la Marne vers le milieu des années 2000
Réf : 651522 7 -- Edité par CBS en Europe en 1988
Support : 45 tours 17 cm
Titres : I'm your man -/- Chelsea Hotel no. 2

Je me souviens très précisément du moment où j'ai écouté pour la première fois des extraits de l'album I'm your man de Leonard Cohen : c'était le 5 février 1988, dans la camionnette de tournée qui emmenait Biff, Bang, Pow! et Momus de Rennes, où ils avaient joué la veille à L'Ubu, au Coatelan à Morlaix.
Cette tournée avait mal commencé — les artistes avaient été bloqués à Plymouth le 3 par une grève des ferrys et le concert de Tours avait dû être annulé — et elle a mal fini, mais c'est une autre histoire.
Le concert de Rennes était donc effectivement le premier de la tournée et tout aurait pu se passer au mieux, mais certains membres de BBP! étaient malades, ils venaient tous de passer une journée entière bloqués au port et ils étaient maussades. Le groupe a pris le prétexte qu'il se retrouvait en première partie du concert et non en tête d'affiche pour extérioriser sa mauvaise humeur : mais quand on sait que la tête d'affiche du jour était Dominic Sonic, gloire locale rennaise, managé alors par Jean-Louis Brossard des Trans, également responsable de la programmation de la salle, on peut tout à fait comprendre et respecter cette décision, complètement sensée ne serait-ce que dans le but de remplir la salle.
C'est probablement ce soir-là que j'ai fait rencontré pour la première fois Momus. Un enregistrement de l'émission Décibels de Jean-Lou Janeir avait été organisé pour lui ce jour-là, mais ça tombait en plein pendant la balance de BBP!, alors on y a conduit Momus (c'était genre la porte d'à côté) et il s'est débrouillé ensuite comme un grand. Il a interprété pour l'émission I was a maoist intellectual et je dois toujours avoir la cassette de l'émission quelque part dans un placard. Il en avait aussi profité pour aller se balader en ville et il avait dû tomber sur Rennes Musique puisqu'il était revenu tout excité à L'Ubu avec la cassette de l'album I'm your man, qui venait tout juste de sortir.
Visiblement, Nick attendait impatiemment la sortie de cet album, mais je ne crois pas me tromper en affirmant que ce n'était pas le cas de la majorité du public. Le précédent album de Cohen , Various positions, remontait déjà à quatre ans et il était passé plutôt inaperçu, tout comme Recent songs en 1979. C'est avec la sortie de I'm your man et des initiatives comme le I'm your fan des Inrockuptibles en 1991 que Cohen allait redevenir cool, comme Mojo l'écrivait ce mois-ci.
Le 5 février au matin, Biff, Bang, Pow! était de meilleure humeur et c'est pendant le trajet que Momus m'a gentiment proposé son Walkman pour que je jette une oreille sur I'm your man. Bien que je sois fan de new wave, moi qui étais resté bloqué sur New skin for the old ceremony j'avoue que j'ai été assez répulsé par le son du disque : la basse un peu funky et les synthés toc de First we take Manhattan, le saxo en intro de Ain't no cure for love, j'ai eu le sentiment que Cohen avait pris tous les mauvais ingrédients musicaux des eighties pour produire son disque... Il faudra plusieurs années, et notamment l'excellente reprise de I can't forget par les Pixies, pour que je revienne m'intéresser à cet album et que je réussisse à oublier certains sons qui restent difficilement supportables encore pour moi aujourd'hui et à apprécier l'immense qualité des meilleures chansons du disque et la voix impeccable de Cohen.
Momus avait lui tout de suite apprécié I'm your man et je ne serais pas surpris d'apprendre, même si le disque n'est sorti que quelques mois plus tard, que certains aspects synthétiques du son de l'album Tender pervert ont été en partie inspirés par cet album.

La chanson I'm your man est l'une de celles que j'aime beaucoup sur l'album et l'une de celles dont le son ne m'a jamais écorché les oreilles. Elle est presque entièrement jouée au clavier, mais avec des sons que j'aime bien et une basse automatique comme je les apprécie. C'est une chanson lente et une chanson d'amour bien sûr, mais pas une bluette, plutôt une de celles où l'amoureux est prêt à tout pour conquérir ou garder son amoureuse, y compris se jeter littéralement à ses pieds même s'il est conscient qu' "un homme n'a jamais fait revenir une femme, pas en suppliant à genoux". La voix de Cohen est grave à souhait. On a l'impression qu'elle ne peut pas tomber plus bas, même si j'imagine bien qu'aujourd'hui quand il chante cette chanson elle est quelques tons plus bas encore.
La photo de pochette de ce 45 tours est la même que celle qui figure sur l'album, sauf qu'elle est plus grande et que la banane que tient Cohen a été colorée. C'est vrai que cette photo assez intrigante de Cohen en costume super classe — comme d'habitude — se tenant debout un fruit à la main dans une sorte de hall ou d'entrepôt est mieux mise en valeur ici que sur l'album. Mais quand même, là on ne voit plus que la banane. Pourquoi alors ? Y a-t-il là un message caché, autre que celui de promouvoir les bananes de Guadeloupe et Martinique (Car c'est bien une banane française que Cohen tient à la main, soyez-en sûr) ?
Oui bien sûr, il y en a un. Si je vous parle de banane sur une pochette de disque de rock, à quoi pensez-vous ? On est d'accord, à l'album The Velvet Underground and Nico de 1966 et à sa pochette signée Andy Warhol. Or, où se trouvait Leonard Cohen en 1966 ? A New-York bien sûr, où il a notamment fait la connaissance de Lou Reed et de Nico. Une fois qu'on a fait ce rapprochement, qui parait évident mais que personne n'a encore révélé à ce jour, tout devient clair et les pièces du puzzle s'ajustent comme par miracle : I'm your man est comme une réponse au I'm waiting for the man de Lou Reed, mais une réponse qui s'adresserait à Nico plutôt qu'à Lou Reed. Je me demande si Lou et Leonard en ont reparlé en mars dernier quand Lou Reed a présenté Leonard Cohen pour son intronisation au Rock and Roll Hall of Fame.
En tout cas, le choix de Chelsea Hotel no 2 en face B de ce 45 tours, que j'avais toujours considéré, comme la sélection de Sisters of mercy en face B de First we take Manhattan comme un choix commercial par défaut du fait que Cohen n'avait pas dû fournir de titres supplémentaires pour les faces B, prend tout sens et vient compléter le puzzle de ce que j'avance. Certes, on sait que Chelsea Hotel est une chanson qui fait référence à Janis Joplin, mias Nico est encore plus associée à celieu, avec son premier album Chelsea girl et le film Chelsea girls de Warhol. Un des vers marquants de la chanson est "Tu m'as dit que tu préférais les hommes beaux, mais que pour moi tu ferais une exception". Nico, elle, n'aurait pas fait d'exception pour Cohen, (selon Mojo toujours elle lui aurait signifié qu'elle préférait les hommes plus jeunes que l'âge qu'avait Cohen à l'époque) et Cohen avait déjà composé à son intention une autre des chansons de New skin for the old ceremony, Take this longing.
Leonard Cohen, Janis Joplin, Chelsea Hotel, Take this longing, Nico, Lou Reed, le Velvet Underground, la banane, Leonard Cohen : la boucle est bouclée, et Cohen est bien notre homme.

A voir, une version live de Chelsea Hotel à Saint Sébastien, enregistrée justement en 1988, l'année de la sortie de I'm your man.

05 décembre 2008

LEONARD COHEN : Lover lover lover


Acquis sur un vide-grenier de la Marne vers 2007
Réf : CBS 2699 -- Edité par CBS en France en 1974
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Lover lover lover -/- Who by fire

Au début des années 80, je connaissais un petit peu la musique de Leonard Cohen, mais grosso modo guère plus que le contenu du premier Greatest hits de 1975 (celui dont la pochette a été fameusement pastichée par Ween), et j'avais déjà mes titres préférés (Bird on the wire, Sisters of mercy, So long, Marianne, Hey, that's no way to say goodbye) parmi lesquels ne figuraient pas spécialement les trois extraits de l'album New skin for the old ceremony à la fin de la face 2. Par contre, dès que j'ai su que cet album de 1974 avait été non seulement produit par John Lissauer, le producteur du premier album de Lewis Furey, mais qu'en plus on y entendait quasiment tous les musiciens de cet album, y compris Lewis Furey lui-même au violon, je me suis précipité dessus (1 £ d'occasion à Londres) et c'est devenu un disque important pour moi, même si je me rends compte aujourd'hui que je ne l'ai pas écouté intégralement aussi souvent que ça.
Par exemple, il a fallu la reprise très pure de Who by fire par les Weather Prophets en 1987, en face B de l'édition limitée du maxi She comes from the rain, pour que je prête vraiment attention à cette très belle chanson, qui ne sonne pas comme une prière par hasard puisque Leonard Cohen explique dans les notes de pochette du Greatest hits qu'elle est basée sur une prière récitée le jour de Yom Kippour. Vers la fin de la chanson il y a un break, puis la musique reprend et, pendant cette courte séquence instrumentale où le violon domine on a presque l'impression d'entendre un extrait inédit de l'album de Lewis Furey !
Sur Lover lover lover on n'entend pas du tout le violon, mais c'est l'une de celles que j'ai préférées lors de mes premières écoutes de l'album, avec Is this what you wanted, There is a war, et Chelsea Hotel #2. Le rythme de la chanson est très enlevée. elle démarre avec un petit riff de guitare acoustique, puis la basse et les bongos entrent en scène et portent toute la chanson. On retrouve les mêmes bongos et un rythme très proche sur There is war, mais Lover lover lover bénéficie en plus d'un refrain accrocheur, basé sur la répétition du mot "lover". C'est probablement pour cette raison que, lorsqu'il a adapté — très fidèlement — cette chanson en français en 1975, Graeme Allwright n'a pas traduit "lover". Si j'ai entendu et connu Lover lover lover dans les années 70, ce dont je crois me souvenir, c'est d'ailleurs très probablement via la version d'Allwright.
Je ne crois pas en effet que ce 45 tours ait vraiment été un tube lors de sa sortie. Ça n'a pas empêché les différentes filiales nationales de CBS de l'éditer en Europe avec au moins cinq pochettes différentes, plus des variations !
Je vous conseille cette version en play-back de Lover lover lover sur la Rai Uno en 1975 dans une émission qui semble être l'équivalent italien d'Aujourd'hui Madame et cette version, en direct à la télé mais un peu particulière de Who by fire, qui date visiblement des années 80 mais qui serait très proche de la version studio sans la présence de choristes masculins un peu trop exubérants et surtout du maître du saxophone Sonny Rollins, dont la musique se marie avec celle de Cohen comme l'eau avec l'huile !