06 décembre 2008

LEONARD COHEN : I'm your man


Acquis chez Emmaüs ou sur un vide-grenier de la Marne vers le milieu des années 2000
Réf : 651522 7 -- Edité par CBS en Europe en 1988
Support : 45 tours 17 cm
Titres : I'm your man -/- Chelsea Hotel no. 2

Je me souviens très précisément du moment où j'ai écouté pour la première fois des extraits de l'album I'm your man de Leonard Cohen : c'était le 5 février 1988, dans la camionnette de tournée qui emmenait Biff, Bang, Pow! et Momus de Rennes, où ils avaient joué la veille à L'Ubu, au Coatelan à Morlaix.
Cette tournée avait mal commencé — les artistes avaient été bloqués à Plymouth le 3 par une grève des ferrys et le concert de Tours avait dû être annulé — et elle a mal fini, mais c'est une autre histoire.
Le concert de Rennes était donc effectivement le premier de la tournée et tout aurait pu se passer au mieux, mais certains membres de BBP! étaient malades, ils venaient tous de passer une journée entière bloqués au port et ils étaient maussades. Le groupe a pris le prétexte qu'il se retrouvait en première partie du concert et non en tête d'affiche pour extérioriser sa mauvaise humeur : mais quand on sait que la tête d'affiche du jour était Dominic Sonic, gloire locale rennaise, managé alors par Jean-Louis Brossard des Trans, également responsable de la programmation de la salle, on peut tout à fait comprendre et respecter cette décision, complètement sensée ne serait-ce que dans le but de remplir la salle.
C'est probablement ce soir-là que j'ai fait rencontré pour la première fois Momus. Un enregistrement de l'émission Décibels de Jean-Lou Janeir avait été organisé pour lui ce jour-là, mais ça tombait en plein pendant la balance de BBP!, alors on y a conduit Momus (c'était genre la porte d'à côté) et il s'est débrouillé ensuite comme un grand. Il a interprété pour l'émission I was a maoist intellectual et je dois toujours avoir la cassette de l'émission quelque part dans un placard. Il en avait aussi profité pour aller se balader en ville et il avait dû tomber sur Rennes Musique puisqu'il était revenu tout excité à L'Ubu avec la cassette de l'album I'm your man, qui venait tout juste de sortir.
Visiblement, Nick attendait impatiemment la sortie de cet album, mais je ne crois pas me tromper en affirmant que ce n'était pas le cas de la majorité du public. Le précédent album de Cohen , Various positions, remontait déjà à quatre ans et il était passé plutôt inaperçu, tout comme Recent songs en 1979. C'est avec la sortie de I'm your man et des initiatives comme le I'm your fan des Inrockuptibles en 1991 que Cohen allait redevenir cool, comme Mojo l'écrivait ce mois-ci.
Le 5 février au matin, Biff, Bang, Pow! était de meilleure humeur et c'est pendant le trajet que Momus m'a gentiment proposé son Walkman pour que je jette une oreille sur I'm your man. Bien que je sois fan de new wave, moi qui étais resté bloqué sur New skin for the old ceremony j'avoue que j'ai été assez répulsé par le son du disque : la basse un peu funky et les synthés toc de First we take Manhattan, le saxo en intro de Ain't no cure for love, j'ai eu le sentiment que Cohen avait pris tous les mauvais ingrédients musicaux des eighties pour produire son disque... Il faudra plusieurs années, et notamment l'excellente reprise de I can't forget par les Pixies, pour que je revienne m'intéresser à cet album et que je réussisse à oublier certains sons qui restent difficilement supportables encore pour moi aujourd'hui et à apprécier l'immense qualité des meilleures chansons du disque et la voix impeccable de Cohen.
Momus avait lui tout de suite apprécié I'm your man et je ne serais pas surpris d'apprendre, même si le disque n'est sorti que quelques mois plus tard, que certains aspects synthétiques du son de l'album Tender pervert ont été en partie inspirés par cet album.

La chanson I'm your man est l'une de celles que j'aime beaucoup sur l'album et l'une de celles dont le son ne m'a jamais écorché les oreilles. Elle est presque entièrement jouée au clavier, mais avec des sons que j'aime bien et une basse automatique comme je les apprécie. C'est une chanson lente et une chanson d'amour bien sûr, mais pas une bluette, plutôt une de celles où l'amoureux est prêt à tout pour conquérir ou garder son amoureuse, y compris se jeter littéralement à ses pieds même s'il est conscient qu' "un homme n'a jamais fait revenir une femme, pas en suppliant à genoux". La voix de Cohen est grave à souhait. On a l'impression qu'elle ne peut pas tomber plus bas, même si j'imagine bien qu'aujourd'hui quand il chante cette chanson elle est quelques tons plus bas encore.
La photo de pochette de ce 45 tours est la même que celle qui figure sur l'album, sauf qu'elle est plus grande et que la banane que tient Cohen a été colorée. C'est vrai que cette photo assez intrigante de Cohen en costume super classe — comme d'habitude — se tenant debout un fruit à la main dans une sorte de hall ou d'entrepôt est mieux mise en valeur ici que sur l'album. Mais quand même, là on ne voit plus que la banane. Pourquoi alors ? Y a-t-il là un message caché, autre que celui de promouvoir les bananes de Guadeloupe et Martinique (Car c'est bien une banane française que Cohen tient à la main, soyez-en sûr) ?
Oui bien sûr, il y en a un. Si je vous parle de banane sur une pochette de disque de rock, à quoi pensez-vous ? On est d'accord, à l'album The Velvet Underground and Nico de 1966 et à sa pochette signée Andy Warhol. Or, où se trouvait Leonard Cohen en 1966 ? A New-York bien sûr, où il a notamment fait la connaissance de Lou Reed et de Nico. Une fois qu'on a fait ce rapprochement, qui parait évident mais que personne n'a encore révélé à ce jour, tout devient clair et les pièces du puzzle s'ajustent comme par miracle : I'm your man est comme une réponse au I'm waiting for the man de Lou Reed, mais une réponse qui s'adresserait à Nico plutôt qu'à Lou Reed. Je me demande si Lou et Leonard en ont reparlé en mars dernier quand Lou Reed a présenté Leonard Cohen pour son intronisation au Rock and Roll Hall of Fame.
En tout cas, le choix de Chelsea Hotel no 2 en face B de ce 45 tours, que j'avais toujours considéré, comme la sélection de Sisters of mercy en face B de First we take Manhattan comme un choix commercial par défaut du fait que Cohen n'avait pas dû fournir de titres supplémentaires pour les faces B, prend tout sens et vient compléter le puzzle de ce que j'avance. Certes, on sait que Chelsea Hotel est une chanson qui fait référence à Janis Joplin, mias Nico est encore plus associée à celieu, avec son premier album Chelsea girl et le film Chelsea girls de Warhol. Un des vers marquants de la chanson est "Tu m'as dit que tu préférais les hommes beaux, mais que pour moi tu ferais une exception". Nico, elle, n'aurait pas fait d'exception pour Cohen, (selon Mojo toujours elle lui aurait signifié qu'elle préférait les hommes plus jeunes que l'âge qu'avait Cohen à l'époque) et Cohen avait déjà composé à son intention une autre des chansons de New skin for the old ceremony, Take this longing.
Leonard Cohen, Janis Joplin, Chelsea Hotel, Take this longing, Nico, Lou Reed, le Velvet Underground, la banane, Leonard Cohen : la boucle est bouclée, et Cohen est bien notre homme.

A voir, une version live de Chelsea Hotel à Saint Sébastien, enregistrée justement en 1988, l'année de la sortie de I'm your man.

3 commentaires:

Jean-Pierre Moya a dit…

Pour ceux qui comme toi (ou comme moi) ont du mal avec les arrangements de certains disques de Cohen, je conseille les excellentes reprise de The Avalanche Quartet, groupe fondé par le chanteur des Nits Henk Hofstede.

http://rockomondo.over-blog.com/article-7280088.html

Pol Dodu a dit…

Jean-Pierre,
Merci pour l'info sur l'Avalanche Quartet de Henk Hofstede.
Je précise que c'est initialement que j'ai eu du mal avec certains sons synthétiques de "I'm your man". Après, je m'y suis fait.

Jean-Pierre Moya a dit…

Euh, moi j'ai toujours du mal...

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