29 décembre 2008

DEVO : Be stiff



Acquis à La Clé de Sol à Châlons-sur-Marne probablement début 1979
Réf : 941 002 -- Edité par Stiff en France en 1979
Support : 45 tours 30 cm
6 titres

Parfois on se sent tout con de ne pas avoir été capable d'additionner soit même deux et deux pour trouver la réponse, mais encore faut-il disposer de toutes les données du problème pour être en mesure de le faire. Par exemple, je sais que Devo, dès l'origine, s'est conçu comme un produit complet multimédia, pas juste comme un groupe de musique : ils ont réalisé des films, travaillé leurs costumes et leur jeu de scène, peaufiné tout leur concept de dé-évolution. Ils sont notamment responsables la plupart du temps de la conception graphique de leurs pochettes. Par ailleurs, je sais depuis quelques années que le graphiste Barney Bubbles a réalisé des dizaines de pochettes de disques, pour Hawkwind et pour les labels Stiff Records, Radar et F-Beat notamment, et qu'en règle générale Barney Bubbles ne créditait pas son travail sur ses pochettes de disques (J'ai parlé de Barney Bubbles notamment à propos du 45 tours Emotional traffic de The Rumour). Je savais aussi que ce mini-album six titres, qui compile les trois 45 tours de Devo édités par Stiff en Angleterre, était sorti alors que Devo avait déjà quitté Stiff pour Virgin et Warner. Pourtant, je ne me suis jamais posé de question et j'ai toujours assumé que cette pochette énigmatique, avec cette photo en noir et blanc d'un gars au crâne plutôt dégarni qui porte un loup et joue aux cubes avec la lettre E et des oeufs, était due à Devo.
Et bien non. Il a fallu que le Père Noël m'apporte la semaine dernière Reasons to be cheerful, le livre consacré à la vie et à l'oeuvre de Barney Bubbles, pour que j'eurékate en découvrant au détour d'une page une reproduction de la pochette de ce disque : Eh oui, la pochette est non pas de Devo, mais de Bubbles. On apprend même au passage que les photos ont été prises par un jeune Brian Griffin, qui s'est notamment illustré par la suite en signant les pochettes mémorables des disques d'Echo and the Bunnymen. En cherchant un peu, j'ai même trouvé sur le blog que David Wills consacre à Barney Bubbles des pages extraites de Copyright 1978, un livre publié par Brian Griffin à l'époque en tirage très limité, une troisième photo tirée de cette session :

Chronologiquement, j'ai dû acheter le 45 tours Satisfaction de Devo, puis le premier album Q : Are we not men ? A : We are Devo ! avant d'acheter ce mini-album, probablement au cours du premier semestre 1979, avant en tout cas que ne sortent à la mi-79 le 45 tours The day my baby gave me a surprise et l'album Duty now for the future. Ce qui signifie que, quand j'ai sorti ce disque en beau vinyl jaune claquant de sa pochette, je connaissais déjà quatre des titres, ceux qui figurent dans l'album, mais pas dans cette version pour Jocko homo et Mongoloid, et que j'ai découvert les deux autres titres, Be stiff et Social fools.
Passons rapidement sur les classiques que représentent les deux premiers 45 tours, repris dans d'autres versions donc sur Are we not men ?. Autant dire que, si les versions de l'album sont excellentes, elles sont tout autant inutiles puisqu'elles n'apportent pas grand chose aux versions originales qui figurent ici. La version album de Satisfaction est quasiment identique à celle du single. Celles de Jocko homo, Mongoloid et Sloppy sont accélérées. Après avoir fait une rapide écoute comparative aujourd'hui, je dirais que seule Sloppy gagne vraiment au change, tellement la version album est puissante, et je préfère peut-être un petit peu la version album de Mongoloid, mais bon, ces quatre titres semblent surtout confirmer ce qu'a exprimé Brian Eno, qui a avancé les fonds à Devo pour enregistrer cet album alors qu'ils n'avaient pas encore signé chez un label et qui l'a produit : le groupe est arrivé en studio en sachant très bien ce qu'il voulait et, contrairement à la pratique habituelle de Brian Eno en production, il ne lui a pas laissé de marge pour amener des sons, des inventions et des expérimentations au cours de l'enregistrement. Une rencontre de deux talents ratée en quelque sorte.
Au printemps 1978, c'était un peu la mêlée pour signer Devo, qui s'est un peu emmêlé entre ses différents représentants et a signé chez Virgin alors que des engagements avaient été pris chez Warner. Au bout du compte, Virgin a signé Devo pour l'Europe et Warner a eu le groupe pour les Etats-Unis et le reste du monde (cela explique notamment les pochettes différentes de chaque côté de l'Atlantique pour les deux premiers albums). Mais Devo avait aussi signé chez Stiff pour sortir trois singles. Les deux premiers avaient été des rééditions des singles auto-produits par Devo en 1977 sur son label Booji Boy, mais il en fallait un troisième. Devo a donc extrait des titres enregistrés pour son premier album Be stiff et Social fools, qui sont sortis en 45 tours chez Stiff en juillet 1978. Dès le mois d'août, Virgin sortait en avant-première de l'album Come back Jonee en single, avec encore Social fools en face B.
Mon mini-album ne donne aucune précision sur les crédits de production, mais les étiquettes du 45 tours Stiff précisent bien que Be stiff est produit par Eno et Social fools par Devo. Par contre, sur la face B du single Virgin, Social fools est indiqué comme étant produit par Eno. Après une écoute comparative attentive, même si je n'y ai pas passé des heures, la différence de cinq secondes de durée et de crédit de production entre les deux versions s'expliquent probablement par quelques bidouillages très mineurs et peut-être un peu de remixage, mais il me semble qu'à la base ces deux versions de Social fools résultent du même enregistrement.
En tout cas, à l'écoute de ces deux excellents titres rapides, électriques et énergiques, on se dit que Devo était tout simplement un grand groupe de rock, surtout à cette période-là, l'incorporation d'un grand batteur comme Alan Myers et le passage du studio maison 4 pistes à un vrai studio les ayant sûrement beaucoup aidés à se lâcher, comme le prouvent les versions plus anciennes de ces deux titres publiées sur les compilations Hardcore Devo.
Reste qu'il est dommage que les oreilles de la majorité des fans qui n'ont acheté que le premier album de Devo aient été privées de l'écoute de Be stiff et de Social fools, qui n'ont été rééditées que de faon aléatoire sur diverses compilations. Il me semble d'ailleurs qu'une réédition de qualité de Are we not men ? We are Devo ! ne peut se concevoir que :
a) en donnant la primauté à la pochette américaine, bien plus réussi que l'assez moche pochette européenne
b) en incluant en bonus les trois titres issus des sessions de l'album officiellement publiés, Be stiff, Social fools et l'excellemment titré mais un peu moins bon Penetration in the centrefold (la face B de The day my baby gave me a surprise).
Malheureusement, aucune des éditions en CD existantes de l'album ne répond à ces deux critères... De toute façon, le mieux serait carrément de mettre en bonus les six chansons de ce disque, qui témoignent dans leur ensemble que Devo a entamé sa carrière discographique par une série de coups de maître !
Précisons aussi que, contrairement à ce que beaucoup ont pensé à l'époque (il faut dire que tout a été fait pour...), la chanson Be stiff n'a aucun rapport avec le label Stiff : la chanson existait avant même que le label soit créé et donc bien avant que Devo ne signe chez eux. Mais en 79, Stiff a quand même organisé la tournée Be Stiff, avec cinq artistes du label, dont notamment Jona Lewie, Wreckless Eric et Lene Lovich, qui tous ont repris la chanson de Devo.
Enfin, je l'avais oublié mais je l'ai redécouvert en consultant l'excellente discographie du site Devo Obsesso, lorsque Vogue a repris en France la distribution de Stiff Records (fin 79 ou en 80 je dirais), ils ont réédité ce mini-album, mais avec une pochette différente, celle du 45 tours français Satisfaction.

Ici, on peut télécharger les deux faces du 45 tours Be stiff

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