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21 novembre 2015

LAMBCHOP : Lambchop presents...The "Speak up" musical - Up with people !


Acquis chez Oxfam à Dalston le 11 novembre 2015
Réf : 20159-2 -- Edité par City Slang en Angleterre en 2000
Support : CD 12 cm
Titres : Up with people (Edit) -- Up with people (Zero7 remix) -- Miss Prissy

J'ai acheté l'album Nixon à sa sortie, puis assez vite la compilation Tools in the dryer, qui contient Miss Prissy. Je n'ai donc pas cherché particulièrement à acheter le single Up with people !, mais j'ai été bien content de tomber dessus pour pas cher dans une boutique de charité à Londres la semaine dernière.
N'ayant pas le disque, je n'avais jamais remarqué que le titre du single n'était pas tout simplement celui de la chanson principale mais, de façon plus élaborée, Lambchop presents...The "Speak up" musical - Up with people !. J'ai commencé à comprendre pourquoi quand j'ai découvert que Up With People (Debout Avec Le Peuple), c'est d'abord le nom d'un organisme ultra-conservateur appelant à la compréhension entre les peuples qui, depuis les années 1960, monte des comédies musicales avec des étudiants et les fait tourner dans le monde entier. Un truc entre les Poppies et les Scouts, formant une belle jeunesse surtout pas hippie.
N'empêche, j'ai failli rédiger cette chronique sans avoir fait le lien entre la pochette de ce single sorti uniquement en Europe et celle du premier album édité par Up With People ! en 1966 :



La maquette a été reprise, ainsi que les commentaires de soutien de trois progressistes notoires, John Wayne, Pat Boone et Walt Disney, avec un certain effet comique garanti une fois qu'on les applique à Lambchop. D'autant qu'on note que, de "Sing out" ("Chanter de tout son coeur"), on passe à "Speak up" ("Parler haut et fort"), sûrement en référence à la technique vocale de Kurt Wagner.
Je m'étonne quand même car, depuis 2000, j'ai lu des dizaines de chroniques ou de mentions de l'album Nixon et de sa chanson Up with people ! et il me semble que, même chez les américains, personne n'a jamais mentionné l'organisation en question. Et je note une fois de plus, surtout dans le contexte actuel, que derrière un slogan mobilisateur et rassembleur on peut trouver des gens bien, mais aussi d'autres avec des convictions ou des programmes politiques discutables.
Up with people ! est sûrement l'une des chansons les plus connues de Lambchop, mais c'est surtout une de leurs grandes réussites. Musicalement, on a presque une synthèse de trois excellents titres de What another man spills, l'album précédent, Give me your love (Love song), I've been lonely for so long et King of nothing never, mais ces trois-là étaient des reprises et là on a un original excellent, parfait pour résumer à lui tout seul le parcours complet du groupe.
On commence avec un riff de guitare, puis une guitare acoustique et des claquements de mains déjà entraînants. Arrivent ensuite la basse élastique et la voix de Kurt Wagner. Les cuivres font leur apparition quand Kurt fait des "Whou hou hou". La tension monte petit à petit, avec une guitare saturée et les premiers chœurs. Elle finit par se relâcher quand arrive le refrain, avec une ambiance de gospel associant les chœurs et les cuivres. Comme dans les églises du Sud des Etats-Unis ou les comédies musicales d'Up With People, arrivé là on est debout à claquer dans ses mains et à chanter ce refrain qui a l'air entraînant et optimiste, "Up our lives today" (l'expression, "Up with people" ne figure pas dans les paroles de la chanson).
Mais là aussi, les choses ne sont pas tout à fait ce qu'elles semblent. Je me garderai bien de tenter une analyse détaillée des paroles, bien trop allusives pour ce genre d'exercice. D'ailleurs, pour compliquer les choses, elles sont imprimées dans le livre de Nixon du dernier au premier vers. Il est visiblement question en tout cas de procréation et de progéniture, mais cette chanson plein d'allant cache bien son jeu. J'ai du mal à traduire le premier cri de ralliement "Come on undone", mais ça doit tourner autour de quelque chose comme "Venez défaits". Pour le fameux "Up our lives today", qui a l'air lui aussi très positif pris isolément, il faut quand même prendre la peine de se reporter au vers précédent. Kurt Wagner chante "We are screwing", qui tout seul signifie "Nous baisons", mais il n'y a pas de point et, même s'il y a un silence et un changement de partie musicale, il faut bien lire "We are screwing up our lives today", qui signifie "Nous bousillons nos vies aujourd'hui" !
Le remix d'Up with people ! par Zero7 qui est proposé ensuite n'est pas pas mauvais mais, comme la plupart des remixes, il est parfaitement dispensable. Par contre, Miss Prissy, la reprise de Vic Chesnutt qui clôt le disque, est une perle. J'ai déjà eu l'occasion de raconter l'histoire de cette chanson dans une chronique d'un concert de Vic Chesnutt de 2008, la source d'information étant le livret de Tools in the dryer : "Il enchaîne ensuite avec Miss Prissy, qu'il jouait très  souvent au 40 Watt Club avant de la "mettre en retraite" au début des années 1990. Il ne l'a jamais publiée sur disque, mais Lambchop en a enregistré une version  pour l'album-hommage à Vic Gravity of the situation. Leur titre n'a pas été retenu pour l'album et s'est retrouvé par la suite en face B de Up with people. L'expression  "Knuckles on a cheese grater" ("Phalanges sur une rape à fromage") dans le refrain m'a toujours marqué. L'un des innombrables exemples du talent de parolier de Vic Chesnutt."
Kurt Wagner précise aussi dans ses notes de pochette que Lambchop n'avait pas perdu au change puisque, deux ans après l'album hommage pour lequel ils n'avaient pas été retenus, ils ont eu la possibilité d'enregistrer un album entier avec Vic Chesnutt, l'excellent The salesman and Bernadette. Dommage qu'on ne trouve pas sur ce disque une version de Miss Prissy jouée par Lambchop et chantée par Chesnutt, mais je je me plais à penser que j'ai eu l'occasion d'entendre une telle version lors du concert au New Morning le 13 octobre 1998.




Lambchop, Up with people !, au Royal Festival Hall à Londres, en septembre 2000.

03 mai 2014

VIC CHESNUTT : The salesman and Bernadette


Acquis au Record and Tape Exchange de Notting Hill Gate à Londres dans la première moitié des années 2000
Réf : PLRCD011-- Edité par Pinnacle Entertainement en Angleterre en 1998
Support : CD 12 cm
14 titres

Cela fait maintenant un peu plus de quatre ans que Vic Chesnutt est mort. Après les hommages, des fans et des amis artistes, on est dans la période grise. On ne l'a pas oublié mais il y a peu de raisons pour parler de lui. Pas de gros label pour orchestrer des sorties de rééditions, de coffrets ou d'enregistrements inédits, et il est encore un peu tôt pour pour les grandes commémorations et la période de redécouverte. Heureusement, les disques sont là, pour la plupart encore distribués ou facilement trouvables, et Vic Chesnutt en a sorti énormément en moins de vingt ans.
Dans cette discographie très riche, The salesman and Bernadette est une entrée essentielle car c'est non seulement l'un des albums les plus réussis de Vic, mais c'est aussi l'un des meilleurs enregistrements de Lambchop, qui l'accompagne sur tout le disque (même s'il y manque un élément important de leur son, la voix de Kurt Wagner). Je n'ai pas acheté le disque tout de suite après sa sortie car la Médiathèque l'avait, mais j'ai été bien content de le trouver d'occasion à 1 £ à Londres quelque temps plus tard.
Avec le mot "Fiction" apposé au recto et la présentation au verso, "Infer a lovely story... of loss and longing and sloppy story", on pourrait penser avoir affaire à un album-concept, construit autour de l'histoire du commercial et de la Bernadette du titre. Il y a de ça, mais pas tout à fait, comme il est expliqué dans le livret : "L'auteur a construit ce pseudo-roman en chansons comme un patchwork, à partir de titres anciens et d'autres très récents. En reliant ces pièces qui avaient plus ou moins des thématiques communes, il espérait créer un tissu narratif. Pendant l'enregistrement, lui, les producteurs et les ingénieurs ont collectivement fait tous les efforts possibles pour renforcer la cohésion de l'histoire, en travaillant sur chaque chanson dans l'ordre, trois chansons par week-end pendant cinq semaines consécutives."
Comme expliqué dans l'entretien ci-dessous avec David Byrne, Vic et Kurt se connaissent depuis 1990, quand Kurt fut l'une des rares personnes à s'être déplacée dans un bar miteux de Nashville pour assister au premier concert de Vic dans la ville. Pour ce qui concerne l'enregistrement, ils expliquent aussi avoir au cours de ces week-ends travaillé alternativement en jouant tous ensemble en direct, avec une place laissée à l'improvisation, ou en enregistrant les instruments séparément l'un après l'autre.
Le produit final est d'une grande cohérence, excellent de bout en bout, avec un bon équilibre entre les morceaux plutôt lents et les rapides. Si le disque s'ouvre sur Duty free avec un son typiquement Lambchop, associant pedal steel et cuivres, l'orchestration est variée et inventive tout au long. On trouve ici certains des titres les plus énergiques enregistrés par Lambchop, comme Until the led et Prick. Old hotel doit être l'une des chansons un peu plus anciennes enregistrées ici, puisque Jimmy Davidson et Alex McManus sont remerciés pour l'avoir joué "un million de fois", sous-entendu en concert. Si la version enregistrée pour WFMU pour 1996 qu'on trouvait sur un disque bonus avec certaines éditions d'About to choke était plutôt calme, très nostalgique, celle qui clôt ici  l'album est construite sur une rythmique chaloupée et joyeuse.
Tout au long, les paroles sont bourrées de trouvailles poétiques et de fulgurances, comme la "tipsy Mary Poppins", "You're feeling glummer as Summer dies off", "The beams that are boucing off the moon are hanging from my window like icicles" ou le surprenant "Emasculate me with your biology".
J'ai eu la chance d'assister à l'un des concerts de la tournée européenne de Vic Chesnutt et Lambchop qui a accompagné la sortie de ce disque. C'était le 13 octobre 1998 au New Morning à Paris et je n'ai qu'un seul regret à propos de cette soirée, c'est que je n'ai pas été en mesure de l'apprécier pleinement. Pourquoi ? Bêtement parce que j'étais en colère, en colère pour une connerie, bien sûr, comme je l'ai raconté à l'époque dans Vivonzeureux!, l'annulation de la prestation de Calexico initialement prévue à la même affiche pour donner une exclusivité au Festival des Inrockuptibles à venir. C'était con, certes, mais ça n'aurait pas dû m'obnubiler toute la soirée alors que ce sont succédé sur scène Lambchop, Calexico quand même pour une version percutante de Stray, et enfin Vic Chesnutt, qui a probablement dû jouer ce soir-là, dans une salle à taille humaine, pleine mais pas trop, à cinq-six mètres de moi, la majeure partie de cet excellent album.

En plus des disques toujours disponibles, on peut trouver sur archive.org une grande quantité d'enregistrement en public de Vic Chesnutt, mis à disposition avec son accord.


Vic Chesnutt et Lambchop, Until the led, en direct dans l'émission Late night with Conan O'Brien, en 1999.


Vic Chesnutt et Lambchop, Replenished, en concert au 40 Watt Club d'Athens, en 1998.


Vic Chesnutt et Kurt Wagner en entretien avec David Byrne dans l'émission Sessions @ West 54th.

12 mars 2022

VIC CHESNUTT : Replenished - Until the led - Woodrow Wilson


Acquis par correspondance via Discogs en janvier 2022
Réf : PLRCDP011-- Edité par Pinnacle Entertainement en Angleterre en 1998 -- For promotional use only - Not for resale
Support : CD 12 cm
Titres : Replenished -- Until the led -- Woodrow Wilson

Les trois titres de ce CD promo sont extraits de l'album The salesman and Bernadette, un album que j'ai déjà chroniqué ici en 2014. Cela faisait donc au moins deux bonnes raisons de ne pas acheter ce disque.
Mais bon, je ne vais pas me priver de faire des exceptions à des règles qui sont d'autant plus souples que je me les impose à moi-même sans aucune contrainte !
Tout est parti d'une réflexion que je me suis faite. Vic Chesnutt a été très prolifique et je possède un grand nombre de ses albums (il en a sorti 14 sous son nom en solo ou en collaboration de 1990 à 2009, plus 2 albums du groupe Brute), mais je n'avais aucun single de lui.
Du coup, je suis allé vérifier sur Discogs et j'ai pu constater que, effectivement, Vic semblait préférer les albums aux singles. En fait, on ne trouve qu'un 45 tours de lui seul (à diffusion limitée, visiblement, et donc très recherché) et deux autres partagés, l'un avec Tom Leach, l'autre avec trois autres artistes d'Athens.
Pour le reste, on ne trouve que quatre singles promo. Celui-ci a l'avantage d'avoir une pochette inédite largement illustrée. Comme le vendeur autrichien qui m'a fourni le Tindersticks proposait aussi ce CD pour un prix de vente et des frais de port tout à fait corrects, j'en ai profité pour me l'offrir.

On a donc ici une sélection de trois des quatorze titres de The salesman and Bernadette, sur lequel Vic Chesnutt est accompagné par Lambchop. L'album est de toute façon excellent, mais la sélection tape bien parmi mes titres préférés.
Replenished démarre sur un coup de batterie presque surprenant, mais le tempo est moyen, avec chœurs en "Sha la la" accompagnent Vic. Il prend son temps avec deux couplets avant d'arriver au refrain et à l'accroche principale de la chanson, "It's never finished 'till the other's replenished". Les cuivres de Lambchop s'en donnent à cœur joie.
Until the led est un titre plus rapide, qui aurait fait une parfaite face A de single. C'est d'ailleurs cette chanson qui a été choisie comme titre unique d'un single promo du label américain (avec une pochette différente, également inédite) et c'est aussi elle qui a été jouée en direct à la télévision dans l'émission de Conan O'Brien (voir ci-dessous). Les paroles ont l'air à la fois cruelles et drôles.
Woodrow Wilson est une belle chanson plutôt lente, que j'aime bien. On peut penser que le label l'a sélectionnée en partie parce qu'on peut lui accoler un nom très connu, celui d'Emmylou Harris, qui interprète ici la voix remémorée de Bernadette

Cela fait plus de douze ans maintenant que Vic Chesnutt est mort.
Il y a peu d'activité du côté de sa discographie, que ce soit en matière de rééditions ou de sorties de titres inédits ou live.
Par contre, depuis 2016, le Vic Chesnutt Award a été lancé. C'est un prix doté d'une bourse financière en soutien aux auteurs-compositeurs d'Athens, la ville d'origine de Vic Chesnutt. Des ateliers sont aussi organisés. Vic le rebelle et le mouton noir aurait sûrement apprécié l'ironie : ce prix a été lancé par le Rotary Club local !


Vic Chesnutt et Lambchop, Until the led, en direct dans l'émission Late night with Conan O'Brien, le 8 janvier 1999.


Vic Chesnutt et Lambchop, Replenished, en concert en 1998 au 40 Watt Club à Athens.


Vic Chesnutt en concert le 9 janvier 1999 au Bowery Ballroom à New York, lors de la tournée avec Lambchop qui a accompagné la sortie de The salesman and Bernadette. Il interprète dix titres de l'album, dont les trois de ce CD.




16 août 2014

LAMBCHOP : Whitey



Acquis par correspondance probablement chez Insound aux Etats-Unis vers 2001
Réf : MRG 126 -- Edité par Merge aux Etats-Unis en 1996
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Whitey -/- Playboy, the shit

J'ai fait une ou deux commandes chez Insound au début du siècle pour acheter quelques 45 tours à un prix tout à fait correct, avec des frais de port raisonnables. Dans le lot, il devait y avoir deux Will Oldham, dont Little boy blue, un ou deux Calexico du tout début et deux Lambchop, Soaky in the pooper et ce Whitey.
Dans ses notes de pochette pour la compilation Tools in the dryer, Jonathan Marx nous explique que ce disque a été enregistré en 1996, entre les albums How I quit smoking et Thriller, et qu'il est sorti simultanément avec un autre 45 tours, que je n'ai pas, Cigaretiquette. Les deux pochettes reflètent ce rapport : des posters pliés en quatre avec des portraits des membres du groupe et les huit lettres de son nom réparties sur les différents volets. Aucun des titres n'a été repris sur un album.
Dès l'intro instrumentale de Whitey, c'est gagné. Tapis de guitare steel et de saxophone, acrostiche de guitare acoustique, un rythme et une mélodie prenants... Sans compter les paroles, dès les deux premiers vers ("Like a scowling Father Dowling between the job site and the crapper"), poétiques au point qu'on peut les apprécier pleinement sans en saisir complètement le sens. Jonathan Marx toujours précise que le Whitey du titre est Whitey Ford, le Duke of Paducah, pas le joueur de base ball. C'était un artiste country comique, joueur de banjo, animateur de radio et membre du Grand Ole Opry. Kurt Wagner cite sa phrase fétiche de fin de spectacle, "I'm goin' back to the wagon, boys. These shoes are killin' me !". Deanna Varagona chante quelques vers de cette chanson et fait aussi des choeurs à la fin de la face B, Playboy, the shit (quel titre !), et c'est parfaitement dosé. Cette face B ressemble à un exercice très réussi de lenteur, quelque chose dont Lambchop semble avoir le secret.
Le groupe maîtrise ici parfaitement son art et réussit à être complètement original avec des ingrédients on ne peut plus courants. Cette période est peut-être bien ma préférée de la production de Lambchop, mais ces deux titres sont peut-être un peu méconnus du fait qu'ils ne sont sortis initialement qu'aux Etats-Unis. Heureusement, Whitey a été repris sur Tools in the dryer et sur toutes les éditions de The decline of the country and western civilization. Par contre, Playboy, the shit n'est que sur l'édition européenne de cette dernière, chez City Slang. Cest donc celle que je vous conseille.





23 janvier 2019

VPRO'S DE AVONDEN - CROSSING BORDER 1998


Acquis par correspondance chez Glitterhouse en 1999
Réf : CYCLE 003 CD -- Édité par Cycle aux Pays-Bas vers 1999
Support : 2 x CD 12 cm
25 titres

Pendant la dizaine d'années où, avec l'ami Philippe, on a commandé régulièrement des disques chez Glitterhouse, j'ai acheté un paquet de compilations. Celles éditées par le label Glitterhouse, même si la première, Howl, je l'avais achetée à Reims, et plein d'autres, pas chères souvent, notamment toutes celles où apparaissaient des gens que je suivais à l'époque comme Giant Sand, Calexico ou M. Ward.
Celle-ci n'a pas la pochette la plus belle et n'est peut-être pas la plus intéressante musicalement, mais elle vaut le coup car elle contient deux pleins CD d'enregistrements en concert qui sont je pense complètement inédits par ailleurs.
C'est à l'émission De avonden (Les soirées) de la radio publique hollandaise VPRO que l'on doit ces enregistrements réalisés lors de l'édition 1998 du festival Crossing Border, sur l'une des scènes dont la programmation était assurée par l'émission. Et quelle programmation, puisque l'on retrouve ici quelques-uns de mes chouchous (Dogbowl, Calexico, Lambchop), des valeurs sûres (Chris Knox, Songs:Ohia, Kramer) et des découvertes pour moi : Dave Fischoff et  les régionaux de l'étape Club Diana et Joost Visser.
L'album s'ouvre avec quatre titres de Chris Knox, seul avec sa guitare, sans boites à rythmes ni rien. J'ai sélectionné Letter from LA, où il utilise sa pédale de distorsion, mais franchement j'aurais pu choisir au hasard n'importe lequel des titres car ils sont tous excellents. C'est un document d'autant plus précieux que, suite à ses problèmes de santé, il y a peu de chance qu'il revienne jamais jouer en Europe.
Il s'en passe des choses en vingt ans et il y en a d'autres qui, plus radicalement, ne risquent plus de se produire sur scène : le groupe hollandais Club Diana, dont le chanteur Marcel Brand s'est suicidé en 2009, et Songs:Ohia, puisque Jason Molina, le seul membre permanent du groupe, est mort en 2013. De Songs:Ohia, je vous ai sélectionné Badass, mais l'intégralité du concert du 17 octobre 1998 est en écoute sur YouTube.
Quatre jours avant le festival, j'étais au New Morning pour y voir Lambchop, Vic Chesnutt et Calexico, qui n'avait pu jouer qu'une chanson pour une bête raison d'exclusivité pour le Festival des Inrockuptibles. Là, Vic Chesnutt n'est pas présent, mais on retrouve Calexico, en tournée après la sortie de The black light (j'ai sélectionné Trigger parmi les trois titres), et Lambchop, aussi pour trois titres : un du premier album, une version précoce de Up with people, puisque Nixon n'est sorti qu'en 2000, et N.O., de leur album du moment, What another man spills.
On trouve ici aussi deux titres de l'ami Dogbowl, dans la configuration scénique qui était celle de son concert le 24 février 1999 à la M.J.C. Claudel (la première fois que je l'ai vu en concert), c'est à dire seul avec sa guitare, mais avec un CD d'accompagnement musical (boite à rythmes, synthé, voix,...), ce qui lui permet notamment, sur deux titres de The Zeppelin record, Revolve in you et City of lights, de faire des chœurs avec lui-même. Sur l'autre CD, on trouve Kramer, son compère et producteur des années Shimmy Disc, lui aussi en solo. Je n'avais pas idée que l'ex-Shockabilly et Bongwater avait tourné par chez nous sous son nom à cette époque. Là, il joue trois titres du répertoire de Bongwater, dont une reprise de 13th Floor Elevators.
Parmi les locaux, j'ai préféré Joost Visser, le frère de Peter Visser de Bettie Serveert (ils ont joué ensemble dans De Artsen). J'ai particulièrement apprécié l'assez saccadé Provender aid.
Une superbe affiche, donc, et un document rare,à ressortir un jour comme aujourd'hui, pour l'écouter au chaud quand on est plus ou moins bloqué par les intempéries.

A écouter :
Chris Knox : Letter from LA
Songs:Ohia : Badass
Calexico : Trigger
Lambchop : N.O.
Dogbowl : Revolve in you
Joost Visser : Provender aid

10 octobre 2010

LES FRERES GOYETTE : Rencontre du troisième âge


Acquis par correspondance chez Grosse Boite au Canada en octobre 2010
Réf : DTCCD6419 / BOITE-18 -- Edité par Dare To Care / Grosse Boite au Canada en 2010
Support : CD 12 cm
12 titres

Ça doit bien faire un an que, au fil de ses rencontres et échanges avec ses voisins canadiens, Philippe R. me parle des Frères Goyette. Il m'a envoyé des vidéos, fait écouté des morceaux. En septembre, il m'a envoyé un premier lien d'un titre en écoute sur Bandcamp. Au deuxième, La balle est dans mon camp, j'ai craqué et, quand je me suis rendu compte que le groupe venait de sortir son troisième album, je l'ai commandé sur le champ sur le site de leur distributeur Grosse Boite (à un prix imbattable : 17 $ canadiens port compris, ce qui met le disque à moins de 13 € au taux de change actuel).
Les Frères Goyette. Un nom de groupe pareil, ça m'évoque du folk trad bien pécore. A tort, puisque, si la musique des Goyette est fortement acoustique et boisée, elle n'est ni rétro ni coincée dans un carcan de traditions. En bon fan, je pense aussi bien sûr aux Frères Nubuck. Et, sans trop forcer, outre le nom il y a quand même des points communs, à commencer par le fait que les deux groupes comportent un noyau de vrais frères. Et puis, le thème de la vieillesse présent dans cette Rencontre du troisième âge, un thème pas si courant dans le monde du rock, n'est pas très éloigné de celui de la maladie et de la mort qui baignait Chaque vivant est un mort en puissance.
L'album s'ouvre justement avec La balle est dans mon camp. Piano, cuivres,c'est un grand moment, digne du meilleur Lambchop. Et c'est chanté, comme tout le disque, en français, alors essayez d'imaginer Lambchop avec le Charlélie Couture de 1981 au chant plutôt que Kurt Wagner ! Ce français, teinté pour moi d'une pointe d'exotisme québécois, est utilisé pour exprimer des paroles excellentes sur tout l'album. La balle est dans mon camp montre le choc d'un gars qui vient de se faire braquer "les mains dans les airs" à la Coop, Et il s'interroge : "J'ai vu le film de ma vie. J'ai failli mourir d'ennui. C'est pire qu"un film français. Je suis à des lunes d'un Chuck Norris. Je manque de kick mais la balle est dans mon camp.".
L'album se clôt avec Le saut de l'ange (celui d'un cascadeur), un autre excellent titre qui me fait penser à Lambchop, pour les guitares cette fois-ci.
Entre-temps, outre les intermèdes et monologues rigolos, il y a plein de sommets, comme Le grand cardiaque, avec pour le coup une intro pop à la Nubuck, Toute ou rien pentoute et la séquence de trois chansons qui traitent plus spécifiquement de la vieillesse, En résidence, entre nous, Bonheur d'un petit vieux et Les derniers milles.
Ce troisième album contient une dose d'électricité bien marquée, ce qui est apparemment nouveau pour Les Frères Goyette. Ce mélange de racines folk-country et de grands dérapages électriques, sur En résidence, entre nous, à la fin du Saut de l'ange ou sur Mercury (aka Pierre Mercure), l'histoire d'un hockeyeur, ne peut que m'évoquer Howe Gelb et Giant Sand.Quant à l'instrumental El tres quatro, je n'ai pas eu besoin de voir son titre en espagnol pour penser à Calexico en l'écoutant.
Un des grands moments du disque est Pinne Floye. Et comme cela fait bien référence à Pink Floyd, ce titre est en deux parties (même s'il ne fait pas plus de quatre minutes). Il y est question d'une nuit d'août des plus calmes perturbée par la vision d'un OVNI : "J'ai une soucoupe volante au-dessus d'ma remise. C'est comme un show d'Pinne Floye, un beau concert surprise. L'euphorie me pogne, il n'y a aucune crainte. J'me sens comme quand j'étais au stade en 95. Il me manque seulement un grand cochon volant.".
Je n'ai ce disque que depuis trois jours, mais je ne peux déjà plus m'en passer. Maintenant, il ne me reste plus qu'à guetter les dates de concert en espérant, on peut rêver, voir l'annoncer d'une prochaine tournée française des Frères Goyette.

<a href="http://lesfreresgoyette.bandcamp.com/album/rencontre-du-troisi-me-ge">Rencontre du troisième âge by Les frères Goyette</a>  
Les frères Goyette || Lancement de Rencontre du troisième âge || « La balle est dans mon camp » par Dare To Care Records sur Vimeo. 

15 novembre 2009

BRENTON WOOD : Gimme little sign


Acquis sur le vide-grenier de la rue de la Chaude Ruelle à Epernay le 11 novembre 2009
Réf : AZ 10 340 SG 8 -- Edité par Disc'AZ en France en 1967
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Gimme little sign -/- I think you've got your fools mixed up

Le vide-grenier de la rue de la Chaude Ruelle à Epernay est généralement une date importante : il est grand et sympa et il marque la fin de la saison : pour le reste de l'automne et pour l'hiver, il n'y a plus ensuite que des rendez-vous de taille réduite avant tout fréquentés par des professionnels.
Cette année, il ne pleuvait pas, c'est déjà ça. J'ai eu l'impression d'y faire de moins bonnes affaires que d'habitude, mais au bout du compte, je suis rentré avec six 45 tours, principalement années 60, avec de grands noms du rock (Jimi Hendrix, les Doors et le MC5, avec des disques en mauvais état pour ces deux derniers, quand même) et puis surtout, il y eu ce 45 tours de Brenton Wood, le dernier trouvé ce jour-là et de loin le plus intéressant.
Brenton Wood, ce nom m'était absolument inconnu. Je trouve que la maquette de la pochette ne fait pas trop rhythm and blues, mais je me suis quand même arrêté sur ce disque car le titre, Gimme little sign, avec sa faute d'orthographe (Il manque l'article "a"), me disait quelque chose. J'étais sûr d'en connaître une version par Lambchop, dans la lignée de leurs reprises soul de Frederic Knight (I've been lonely for so long) ou de Curtis Mayfield (Give me your love).
J'étais persuadé que cette reprise par Lambchop était sur l'un de leurs disques. J'ai vérifié vite fait, mais non. Et sur internet, aucun résulat dans les discographies, mais une trace qui prouvait que j'avais inclus ce titre dans une de mes playlists en 2002 ! En fait, il est probable que Lambchop a repris cette chanson assez rarement sur scène, mais ils l'ont fait au Belcourt Theater de Memphis le 27 mars 2000, très probablement avec James McNew de Yo La Tengo au chant, si j'en crois cette interview. J'avais dû récupérer un MP3 extrait de ce concert et le trouver assez bon pour le mettre dans l'une de mes compilations mensuelles.
Celui-ci est le premier des 45 tours de Brenton Wood édités en France. C'est aussi son plus gros succès aux Etats-Unis (n° 9 au hit-parade), l'autre étant The oogum boogum song. Les hits se sont malheureusement arrêtés assez vite pour Brenton Wood. Il n'enregistre plus, mais chante encore ponctuellement.
Gimme little sign est une excellente chanson. Elle vous prend tout de suite à la gorge, avec ses deux voix qui ouvrent le titre, sans introduction musicale. La batterie est sèche et énergique, la basse est souple, les cuivres sont discrets mais bien présents, le refrain est accrocheur, le chant est parfait et il y a même un solo réussi, de synthétiseur ou au minimum d'orgue trafiqué (On est en 1967 et les synthés étaient rares). Tout ça en 2'14. Cool.
La face B, You got your fools mixed up, n'est pas mal non plus. Elle est plus lente, mais cette fois une guitare au son cristallin est bien mise en valeur.
Voilà une très bonne façon de boucler la saison des vide-greniers, et si vous voyez d'autres 45 tours de Brenton Wood pas chers et en bon état, n'hésitez pas à me faire un petit signe !


Une version de Gimme little sign en direct à la télé américaine pour l'émission Playboy after dark.
On peut aussi écouter la version du 45 tours ou regarder une autre version en direct à la télé, en Angleterre pour Top of the Pops en 1968.

26 novembre 2005

LAMBCHOP : The man who loved beer


Acquis chez Glitterhouse en Allemagne par correspondance vers 2001
Réf : efa 04974-03 -- Edité par City Slang en Angleterre en 1996
Support : CD 12 cm
Titres : The man who loved beer -- Alumni lawn -- Burly & Johnson

Voilà tout ce qu'il faut pour faire un bon single, même si le titre principal est extrait d'un album : une pochette originale, belle et énigmatique, pas juste la reproduction de la pochette de l'album (et là on a même un verso de pochette illlustré !), une excellente "face A" et deux faces B inédites, pas des remixes inutiles ou un autre titre de l'album.
"The man who loved beer" est une chanson assez emblématique du Lambchop des débuts, lente et douce. Les instruments entrent dans la chanson chacun leur tour; guitare acoustique, pedal steel, percussions, cordes et cuivres. Appremment, les paroles sont inspirées d'un poème intitulé "Débat entre un homme lassé de la vie et son âme", écrit par un égyptien près de deux mille ans avant Jésus-Christ.
Un single typique, donc, à part que justement "The man who loved beer" est tout sauf une chanson pop formatée pour le commerce de la musique. Et pourtant, à chaque écoute il me reste en tête les paroles du début des couplets ("To whom can I speak today") et celles de ce qui fait office de refrain ("And the violent man comes down on everyone"). David Byrne ne s'y est pas trompé, qui a repris cette perle sur son dernier albm en date.
"Alumni lawn" a été enregistré en 1992 dans le salon de Kurt Wagner. C'est un titre jazzy avec de l'orgue, ce qui est assez peu courant chez Lambchop, et du saxo notamment, et la voix éraillée typique de Wagner. Tout ça se termine par un grand éclalt de rire... "Burly & Johnson" est un instrumental à base de percussions, de ce qui ressemble à une trompette bouchée, de guitare et de guimbarde.

25 juillet 2014

VIC CHESNUTT : Live at 40 Watt Club, Athens, GA, March 1st 2008


Offert par correspondance par Internet Archive en juillet 2014
Réf : [sans] -- Edité par Internet Archive aux Etats-Unis en 2008
Support : 7 fichiers MP3
7 titres

Le 26 février 2008, Vic Chesnutt a joué à La Cartonnerie de Reims. C'était dans le cadre de la tournée qui a suivi la sortie de North star deserter et il était accompagné pour l'occasion par une partie de l'équipe avec qui il a enregistré cet album, un groupe de sept musiciens parmi lesquels plusieurs membres de A Silver Mount Zion et Guy Picciotto de Fugazi. Les alternances de musique calme puis rapide étaient un peu trop systématiques, mais le concert, conclu par un titre rappel en solo de Vic, a néanmoins été excellent.
Je suis allé rejoindre Vic Chesnutt sur scène juste après pour le saluer et le remercier pour ce concert. Je lui ai dit qu'il était très différent des deux de lui que  j'avais vus précédemment, avec Lambchop en 1998 et en trio aux Transmusicales en 1994. Je lui ai dit aussi que son planning de tournée devait être épuisant, mais il a dit que lui n'avait qu'à chanter. N'empêche, le lendemain il jouait à Besançon pour la dernière date de cette tournée européenne, ensuite il avait une journée pour traverser l'Atlantique avant d'entamer une nouvelle tournée aux Etats-Unis en première partie de Jonathan Richman ! Je lui ai demandé s'il voulait bien passer mon bonjour à Jonathan et il m'a répondu qu'il essaierait de ne pas oublier.
C'est d'abord par un billet du Jojoblog que j'ai pu écouter des extraits de ce premier concert de la tournée, le 1er mars 2008. Il a été ensuite mis en ligne intégralement sur la Live Music Archive, où l'on retouve un grand nombre de ses prestations, mises en ligne avec son accord.
Ce concert a eu lieu au 40 Watt Club d'Athens, en Georgie, autrement dit dans la ville de Vic Chesnutt et dans le club même où il a dû jouer le plus souvent (plusieurs dizaines de concerts dès 1986, dont une résidence hebdomadaire le mardi pendant plusieurs mois en 1988). L'atmosphère est chaleureuse et la complicité est grande avec le public, ce qui aide à faire de cet enregistrement de concert un document exceptionnel.
Ce soir-là, Vic est arrivé sur scène par les airs, porté par des employés du club, et il a joué trois-quarts d'heure en solo, en commençant par une chanson composée pour la circonstance, Opening for Jonathan. Le but principal de la chanson semble être de dire qu'il fait à nouveau la première partie de Jonathan et de son batteur Tommy Larkins mais que, comme cette fois-ci ils sont accompagnés en tournée par Nicole (l'épouse de Jonathan) et Rudy (Ptacek, probablement, le fils de Rainer, qui a co-signé les paroles d'une chanson sur l'album Surrender to Jonathan), il promet de ne pas dire une seule fois "Enculé de ta mère" pendant la tournée. Bien sûr, cette chanson lui permet au passage de dire deux fois l'expression qu'il est censé censurer. Il annonce aussi qu'il a la laryngite, et donc une voix bizarre. Ce n'est pas trop étonnant avec tous ces concerts et la climatisation dans les avions.
Il enchaîne ensuite avec trois chansons anciennes, composées dans les années 1980. Pendant I ain't crazy enough (publiée sur le premier album de Brute), un appareil bruyant, genre ventilateur, s'est déclenché en plein milieu de la chanson. Evidemment, à la fin, Vic sort "What's that fucking noise ?", avant d'être rappelé gentiment à l'ordre par le public et de s'excuser d'être incapable d'arrêter ses insanités. Il enchaîne ensuite avec Miss Prissy, qu'il jouait très  souvent au 40 Watt Club avant de la "mettre en retraite" au début des années 1990. Il ne l'a jamais publiée sur disque, mais Lambchop en a enregistré une version  pour l'album-hommage à Vic Gravity of the situation. Leur titre n'a pas été retenu pour l'album et s'est retrouvé par la suite en face B de Up with people. L'expression  "Knuckles on a cheese grater" ("Phalanges sur une rape à fromage") dans le refrain m'a toujours marqué. L'un des innombrables exemples du talent de parolier de Vic Chesnutt.
Ensuite, pour introduire Confusion, Vic pose la question "Pourquoi vais-je jouer une autre chanson que j'ai écrite dans les années 1980 ?". Il n'a pas le temps de poursuivre qu'une réponse fuse dans la salle : "Parce que t'es vieux !". Evidemment, après un blanc de quelques secondes, il ne peut pas s'empêcher de jurer à nouveau ! En fait, il avait choisi cette chanson parce quelqu'un venait de lui écrire qu'il écoutait cette chanson et l'aimait beaucoup, ce qui lui avait donné l'idée de la jouer...
Ensuite, Vic joue la seule chanson en commun avec le concert que j'avais vu la semaine précédente et le seul extrait de North star deserter du jour. Il explique qu'il jouait il y a peu avec un groupe de sept personnes et que là il se sent tout seul, et enchaîne bien sûr avec You are never alone.
Ensuite, Vic prend son Omnichord pour jouer Morally challenged, une chanson enregistrée en 2000, aussi avec Brute. Il explique, en réprimant encore un "motherfucker",  qu'il l'a composée lors d'un trajet entre Tucson et Los Angeles, avec une main sur l'Omnichord, l'autre sur le volant, un joint au bec et  une bouteille de téquila à portée. Les paroles sont très drôles, une succession de portraits pas piqués des hannetons. Au moment où il annonce un couplet plus classieux, il s'interrompt brutalement et incendie un membre du public (Vic avait sûrement le sang chaud)  : "Get the fuck outta here, man, you're talking on the fucking cell phone here !". Je ne saisis pas ce que le mec répond, mais clairement il ne téléphonait pas (je pense qu'il enregistrait le concert), puisqu'aussitôt Vic se répand en excuses ("Je me sens vraiment con, mec, mon plus grand fan..."). Un autre gars le sort d'affaire en lançant "Tu l'as rendu vraiment plus classe !".
J'avais découvert le dernier titre, Society Sue, grâce au billet du Jojoblog, alors que la chanson portait encore le titre provisoire Robert Wyatt. J'en ai aussi parlé dans ma chronique de Skitter on take-off, où l'on en trouve la version studio. Comme relaté dans le Jojoblog, il hésite très longtemps avant de se décider à jouer cette toute nouvelle chanson. C'est le moment le plus poignant du concert, même si le public continue de l'accompagner par ses rires, avec un couplet, supprimé de la version studio, dans lequel il envisage le suicide : "Defenestration, like Robert Wyatt. Checked into my options at the Brussels Hyatt, but the windows were bolted so I couldn't try it. Mesmerized by the light show and my agitation slowly subsided on its own accord.".
Je n'ai pas encore pris le temps d'écouter les 62 autres concerts de Vic Chesnutt disponibles dans la Live Music Archive. Je suis pourtant certain qu'ils regorgent de grands moments. Je doute cependant qu'il y en ait d'aussi drôles et émouvants que celui-ci.

Il y a au moins deux blogs entièrement dédiés à Vic Chesnutt, Re: Vic Chesnutt et Debriefing: The music and art of Vic Chesnutt.

24 mars 2012

THE BAPTIST GENERALS : Void touching faster victuals


Acquis par correspondance via Amazon aux Etats-Unis en mars 2012
Réf : SPCD 609 -- Edité par Sub Pop aux Etats-Unis en2002
Support : CD 12 cm
Titres : Going back song -- Jim's head -- Fucked up life -- Unimaginative

Les Baptist Generals font partie de ces nombreux artistes américains qui trouvent plus de soutien en Europe que chez eux, chez les Hollandais (Munich Records) ou les allemands (Glitterhouse) notamment. Dans la même catégorie, rock/folk/country lo-fi ou non, on trouve Steve Westfield, Ramsay Midwood, Johnny Dowd, mais aussi Bobby Bare Jr, Lambchop, Vic Chesnutt, Howe Gelb même et plein d'autres.
Dog, leur premier EP, est sorti aux Etats-Unis chez Quarter Park en 2000. En Europe, Munich en a fait un vrai premier album en y ajoutant six titres. Le deuxième album, No silver/no gold est sorti en 2002, toujours chez Munich et Glitterhouse en Europe, mais il a aussi eu droit à une sortie aux Etats-Unis en 2003, chez Sup Pop s'il vous plait. C'est pour annoncer l'arrivée prochaine de l'album que Sub Pop a diffusé fin 2002 Void touching faster victuals, un EP au titre intriguant : "Void", c'est sûrement un "Avoid" qui a perdu son "A", mais j'ai du mal à comprendre le "faster" associé à "victuals".
Going back song est l'une des nombreuses excellentes chansons de No silver/no gold (disponible en téléchargement gratuit chez Sub Pop). Plutôt lente, assez poignante, au son brut comme il se doit (le groupe a l'habitude d'enregistrer dans une boutique ou un garage, dans les conditions du direct), associant sons électriques et acoustiques, l'ensemble étant rythmé par la guitare acoustique du chanteur et meneur du groupe Chris Flemmons.
Les trois autres titres ne sont disponibles que sur ce disque. C'est Jim's head surtout qui m'a donné envie d'investir dans ce CD. En effet, Dog s'ouvrait sur 2/3rds Jim's head, un titre d'1'20. Les 2/3 se rapportent non pas à la tête de Jim, qui est bel et bien complète même si elle est détachée du corps de Jim qui s'est pris des barbelés à moto à plus de 150 à l'heure (en l'air, la tête se surprend à entonner des chants religieux...), mais à la chanson elle-même qui est coupée avant la fin par l'aboiement d'un chien (celui du titre et/ou de la pochette ?). Cette fois-là, ça se passe assez calmement. Quelqu'un dit "Stop it" et la chanson s'arrête aux deux-tiers. Par contre Ay distress, le titre d'ouverture de No silver/no gold, s'interrompt lui aussi avant la fin (ça ne peut pas être un hasard s'ils ont aussi mis en premier) avec le téléphone portable de Jim qui se met à sonner (il avait oublié de le laisser dans l'appartement). Et là, comme il l'expliquait à Munich Records dans une interview au moment de la sortie du disque, il se met dans une rage incontrôlée et se jette plusieurs fois contre une porte en métal. Ils ont gardé la prise car ils n'ont pas réussi à faire aussi bien dans leurs autres tentatives...
On a donc ici pour la première fois une version complète de Jim's head. L'intro instrumentale sonne bien, mais le chant est vraiment saturé et crasseux. Dommage car Chris fait des wou-wou et des ah-ah à la Frank Black qu'il n'y a pas sur Dog. la chanson fait 2'50, on pourrait donc dire qu'on a plus de 4/3 de Jim's head !
Les deux autres titres sont tout aussi bruts de décoffrage. Le meilleur est sans conteste Fucked up life, une chronique familiale poignante et désespérée, un titre qui aurait mérité d'être sur un album. Unimaginative est un cran en dessous, mais n'est pas mal quand même.
Etant donné que leur dernier disque est sorti il y a presque dix ans, j'ai été surpris de voir que Wikipedia parle du groupe au présent. Et effectivement, The Baptist Generals existe toujours. Depuis quelques années, le groupe a pris une option plus acoustique. Comme Chris Flemmons l'explique dans une interview au Dallas Observer, ils ont essayé plusieurs fois d'enregistrer un successeur à No silver/no gold, mais le résultat ne leur convenait pas. Ça devrait changer en 2012 : Chris Flemmons s'est retiré de la direction du festival 35 Denton qu'il a fondé il y a quelques années, et le groupe vient de passer une semaine à enregistrer un album annoncé pour le début de l'été.


Going back song en concert le 9 mars 2007 au Denton Center for the Visual Arts.

23 septembre 2018

CALEXICO : Spark


Acquis probablement par correspondance aux États-Unis vers 1998
Réf : ORE 004 -- Édité par Wabana aux États-Unis en 1996
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Spark -/- The ride

Calexico a annoncé cette semaine la sortie prochaine d'une réédition de son deuxième album The black light, vingt ans après sa sortie originale.
Eh oui, cela fait donc déjà vingt ans qu'est sorti cet excellent disque. Pour d'autres raisons, j'apprécie aussi énormément le premier album Spoke mais il est clair que si, en regardant en arrière, on s'intéressait aux grands albums des années 1990, c'est The black light qui serait choisi par la majorité des fans, ainsi qu'un autre disque auquel Joey Burns et John Convertino ont activement participé, Chore of enchantment de Giant Sand.
Entre le concert d'OP8 le 13 octobre 1997 à L'Usine de Reims (Joey et John avec Lisa Germano, sans Howe Gelb, parti au chevet de son ami Rainer) et la Black Session de Calexico à la Maison de la Radio à Paris le 25 mai 2000, j'ai eu la chance de voir Calexico trois fois en concert : au New Morning à Paris le 13 octobre 1998, pour un seul titre en sandwich entre Vic Chesnutt et Lambchop; le 8 novembre 1998 à La Cigale à Paris pour le festival des Inrockuptibles, à la même affiche que The Nits et Grandaddy; et à nouveau à L'Usine de Reims le 21 avril 1999 pour un excellent concert. Pendant cette période, j'ai aussi acheté exhaustivement tous les disques que je pouvais voir passer avec Calexico dessus : albums, y compris ceux vendus exclusivement en tournée, singles, titres inédits sur des compilations, bande originale du film Committed, le VPRO's Moondive : Musicians on a mission 4,... Ce n'est qu'après avoir été déçu par le troisième album Hot rail en 2000, que je me suis mis à suivre de plus loin leur production discographique.
La réédition de The black light sera un double album. Le premier disque reprendra l'album original. Sur le deuxième disque, on trouvera en intégralité l'excellent mini-album instrumental 98-99 road map, ainsi que les remixes de Miñas de cobre sortis sur le single The ride (Pt. 2), Lacquer et Drape, les deux faces du premier 45 tours du groupe, rééditées en 1998 en face B de Stray, et ce qui semble être un inédit, Bag of death.
Et c'est tout. Et c'est là qu'on peut être un peu déçu. Calexico ayant été vraiment très prolifique à cette époque, c'était peut-être l'occasion ou jamais de sauver de l'oubli les titres live et les inédits éparpillées par-ci par-là, comme The man on the flying trapeze. Et puis, il y a Spark, le deuxième 45 tours sorti par le groupe en 1996, que j'ai choisi de chroniquer aujourd'hui. Il y avait sûrement la place pour l'inclure sur le deuxième disque, mais le groupe n'a pas choisi de l'y mettre. C'est dommage car, même s'il a été enregistré bien avant les sessions de The black light, il est clair qu'il a des liens très forts avec l'album.
Déjà, il y a la pochette. Celle de Draper est à mon sens plutôt ratée, mais celle-ci est la première signée Victor Gastelum, un californien qui a "fabriqué" l'image du groupe pour un grand nombre de ses disques, dont The black light.
Dans un long entretien avec Craig Carry our Fractured Air, Victor Gastelum explique qu'il a connu Joey quand ils travaillaient tous les deux pour SST Records. A l'époque, Joey parlait déjà de monter un groupe et de lui confier toutes les pochettes. Il ne l'a pas fait pour toutes, mais il l'a fait !
Pour l'illustration de Spark, qui a plu suffisamment à Calexico pour qu'ils en tirent à l'époque un autocollant métallisé et pour qu'ils la reprennent en pochette de Road Atlas 1998-2011, le coffret rééditant leurs albums de tournée, Victor explique : "The guy hopping the low rider Cadillac is a good example. It came from a car magazine and it was the main photo in the spread. A friend of mine later told me he recognized it from a calendar that was put out too. I had designed an announcement card for a lecture at the Getty Center and Joey liked the image on there and wanted to use it. I made this one for him instead.".
Ce 45 tours fait partie d'une série Wabana Ore Limited, créée par le distributeur Surefire, où Calexico côtoie notamment Guided By Voices. Je l'ai acheté par correspondance aux États-Unis, en même temps que Lacquer, à une époque où l'arrivée d'Internet facilitait grandement les commandes internationales, avec des frais de port encore relativement réduits et une insouciance coupable qui m'a vu souvent indiquer mes références de carte bancaire dans des méls ou en clair sur des sites non sécurisés (j'ai quand même fini par être piraté une fois, mais j'ai pu bloquer les débits dès que je les ai vus apparaître sur mon compte bancaire consulté par Minitel !).
Sur la publicité pour Wabana Ore Limited glissée dans le 45 tours (qui se présente comme les premiers Creation, avec un sachet plastique et une pochette en papier plié en deux), le disque est présenté comme ça : “two western gems from two southwestern gents. joey and john from giant sand moonlighting in the tucson sun.”



J'ai fait toutes les vérifications possibles, et il semble bien que les deux faces de ce 45 tours n'ont jamais été rééditées depuis, et je les ai pas trouvées en écoute en ligne. Je n'aime pas trop faire ça pour un groupe en activité, mais du coup j'ai choisi de numériser les deux titres car je ne me voyais paqs narguer les fans de Calexico qui arriveraient ici en leur présentant ce disque sans qu'ils puissent l'écouter, d'autant que les deux titres sont bons et intéressants.
Sur ce disque, Calexico est un trio, avec Neil Harry à la pedal steel sur la face A (il est aussi sur The black light, et sur des disques de Giant Sand et The Band of Blacky Ranchette).
Spark n'était pas une nouvelle chanson en 1996 puisque cet enregistrement figurait déjà en 1995 sur leur toute première parution, Superstition highway, un album sur cassette que le groupe a notamment vendu en Europe lors des tournées avec Giant Sand. C'est une très belle chanson country lente, le genre de country auquel Elvis Costello s'est intéressé sur Almost blue.
La face B, The ride, est en lien direct avec The black light. Si, à l'écoute de l'album, vous vous êtes demandé s'il y avait quelque part une "Pt. 1" à The ride (Pt. 2), eh bien la voilà, en version instrumentale brute de décoffrage, avec guitare et accordéon, un document précieux au son très proche de ce qu'ils faisaient en 1995 sur Shadow of your smile avec leur autre groupe, Friends of Dean Martinez.

The black light : 20th anniversary edition sort le 23 novembre.

Calexico : Spark.
.
Calexico : The ride.
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29 décembre 2009

VIC CHESNUTT : Skitter on take-off


Acquis par correspondance chez Amazon en France en novembre 2009
Réf : 2-521680 -- Edité par Vapor aux Etats-Unis en 2009
Support : CD 12 cm
9 titres

Jeudi dernier, la veille de Noël, Philippe R. était à la maison. Evidemment, on a passé une bonne partie de l'après-midi à écouter certains des disques que j'ai acquis depuis la dernière fois qu'on s'était vus.
Parmi ceux-ci, il y avait Skitter on take-off, le dernier album en date de Vic Chesnutt, produit par Jonathan Richman et son batteur Tommy Larkins. On en a écouté plusieurs titres, on en a discuté et pour conclure j'ai annoncé à Philippe mon intention de parler de ce disque ici avant la fin de mes vacances de fin d'année.
Cette écoute et cette discussion étaient encore si fraîches dans ma mémoire que j'ai été d'autant plus surpris d'apprendre le lendemain matin que, quasiment même au moment où nous parlions de lui avec Philippe, Vic Chesnutt tombait dans le coma suite à une tentative de suicide, à laquelle il a succombé plus tard dans la journée du 25 décembre.

Vu les circonstances, la période de l'année et surtout la qualité et la quantité récente de la production et des prestations de Vic, l'annonce de sa mort a suscité un grand nombre de réactions pleines d'émotions, que je partage pour la plupart. Pour l'heure, me refusant aux chroniques nécrologiques, je vais tenter de parler de cet album comme j'avais l'intention de le faire de toute façon, "comme si" ou bien évidemment plutôt "presque comme si", Vic Chesnutt ne venait pas de mourir entre-temps.

J'ai eu l'occasion de voir Vic Chesnutt trois fois en concert. La première fois en décembre 1994 et en trio aux Transmusicales de Rennes, puis en octobre 1998 au New Morning, accompagné par Lambchop dans la tournée qui a suivi la sortie de The salesman and Bernadette, et enfin à Reims, à La Cartonnerie, le 26 février 2008. C'est ce jour-là que j'ai eu l'occasion d'échanger très brièvement quelques mots avec lui, sur la scène après le concert alors qu'il rangeait ses affaires. Je lui avais dit combien j'avais apprécié le concert et je lui avais demandé de transmettre mon bonjour à Jonathan Richman, avec qui il allait entamer une tournée aux États-Unis quatre jours et deux concerts plus tard.

Ce concert du premier mars 2008, il l'a entamé par une chanson de circonstance, Opening for Jonathan Richman ! Lorsque les deux compères ont à nouveau tourné ensemble en juin 2009, Vic a récidivé en ouvrant son concert de Cleveland par une Ode to Jonathan, dans laquelle il déclare, "Jonathan Richman, he's my mentor".
Car ce que l'on ne savait pas spécialement jusqu'aux interviews que Vic a données cet automne, c'est que Jonathan et lui se connaissaient bien et s'épaulaient depuis très longtemps.
Entre les deux tournées, probablement à l'automne 2008, Vic Chesnutt a rejoint Jonathan et Tommy à San Francisco et ils ont donc enregistré ensemble cet album, sorti quelques semaines seulement après At the cut, le deuxième album de Vic chez Constellation (entre-temps, Vic avait aussi sorti Dark developments, enregistré avec Elf Power and the Amorphous Strums !).

Le contraste entre les deux derniers albums est saisissant : les orchestrations riches et travaillées des nombreux musiciens qui accompagnent Vic sur At the cut font place sur Skitter on take-off à un disque quasiment en solo intégral où Vic est accompagné - ou non suivant les titres - uniquement par la batterie de Tommy Larkins et l'harmonium ou la guitare de Jonathan Richman, qui de toute façon se font très discrets même quand ils sont présents. Poussant encore plus loin dans la direction prise pour ses albums les plus récents, Jonathan Richman a également tenu à ce que le disque soit enregistré live en studio, sans overdubs. On a donc sans surprise un album dépouillé, "à l'os", où l'on s'accroche à la voix de Vic et à la beauté de ses chansons. Un album exigeant, mais les efforts pour l'apprivoiser se réveillent vite payants, dès le titre d'entrée en fait, où Vic chante (très bien) ce festin en période de peste ("You were a beautiful pig"...).
Contrairement à ce que l'on pourrait penser, les chansons de Skitter on take-off sont moins "personnelles" que celle d'At the cut, comme Vic l'a précisé dans plusieurs interviews, notamment celle, excellente et détaillée sur les deux derniers albums, pour Prefix et celle pour l'Arizona Daily Star (accessible après s'être enregistré gratuitement) : les chansons ici sont peuplées de personnages, fictifs ou non, alors que celles d'At the cut concerneraient plus directement Vic lui-même.
Outre ce premier titre, les grands moments du disque sont nombreux, notamment Rips in the fabric, My new life (qui commence avec Vic, qui chante sur un ton aigu "I am so lonely"...) et Worst friend, le titre le plus long, à près de huit minutes ("I am the worst friend in the world").
Society Sue figure également parmi mes chansons préférées du disque. C'est d'ailleurs l'un des titres les plus "orchestrés" de l'album, avec un petit break instrumental au début, où il me semble bien reconnaître un riff de guitare typique de Jonathan Richman, et ensuite un rock acoustique proto-velvétien à pas plus d'un accord qui ressemblent aux interprétations que Tommy et Jonathan donnent actuellement de Pablo Picasso. Oui mais voilà, j'ai du mal à apprécier pleinement Society Sue car, grâce au Jojoblog, j'en connais une autre version, enregistrée en concert, toujours ce 1er mars 2008 à Athens, la ville de Vic Chesnutt, au 40 Watt Club, une salle qui a joué un rôle important dans sa carrière. Cette version d'une chanson à peine composée, alors provisoirement intitulée Robert Wyatt, comporte un couplet qui ne figure pas sur la version publiée, peut-être parce qu'il était justement très personnel :
Defenestration,
like Robert Wyatt.
Checked into my options,
at the Brussels Hyatt,
but the windows were bolted
so I couldn't try it.
Mesmerized by the light show
and my agitation slowly subsided
on its own accord.

Tout cela chanté en regardant le désespoir en face, avec un ton qui, tout naturellement, alors que ça pourrait choquer, fait rire le public. Sur scène en tout cas, Vic Chesnutt avait un humour sombre qui le quittait rarement.

Vapor, le label fondé par Neil Young, propose un emballage pour ce CD à peu près aussi spartiate que l'enregistrement gravé dessus : des dessins de Vic sur un carton brut. Seule concession évidente au "commerce", un petit autocollant sur le cellophane indiquant "9 new songs". Neuf nouveaux enregistrements, effectivement, mais huit nouvelles chansons seulement, car la dernière chanson du disque, Sewing machine, avait été enregistrée préalablement en 1995 par Vic Chesnutt sur le premier album de Brute, dans une version beaucoup plus électrique, comme l'a fait remarqué Solitary Man.

Dans l'interview pour Prefix, alors qu'on l'interrogeait sur ses futures collaborations, avant de mentionner Sparklehorse et un deuxième album avec Bill Frisell, Vic disait : "I’ve got to make a record with Giant Sand since they’re such good buddies of mine. We’ve toured together, but we’ve never made a record."
Vic n'aura pas eu le temps de faire ce disque avec Howe Gelb. Pour nous consoler, on peut écouter ce concert qui les a réunis au Danemark en 2003, mis en ligne par Lars Dideriksen.

A lire également, la Chambre Verte consacrée à Vic Chesnutt par Philippe L sur Ordet Blog, qui propose notamment un long entretien de Vic avec Emmanuel Tellier, intialement publié dans Les Inrockuptibles en décembre 1995. Les Inrocks qui, sur leur propre site, donnent accès à plusieurs articles et chroniques consacrés à Vic Chesnutt.


Vic Chesnutt, accompagné par Jonathan Richman, Sewing machine, en concert le 28 juin 2009 à Radio Radio, à Indianapolis.