25 juillet 2014

VIC CHESNUTT : Live at 40 Watt Club, Athens, GA, March 1st 2008


Offert par correspondance par Internet Archive en juillet 2014
Réf : [sans] -- Edité par Internet Archive aux Etats-Unis en 2008
Support : 7 fichiers MP3
7 titres

Le 26 février 2008, Vic Chesnutt a joué à La Cartonnerie de Reims. C'était dans le cadre de la tournée qui a suivi la sortie de North star deserter et il était accompagné pour l'occasion par une partie de l'équipe avec qui il a enregistré cet album, un groupe de sept musiciens parmi lesquels plusieurs membres de A Silver Mount Zion et Guy Picciotto de Fugazi. Les alternances de musique calme puis rapide étaient un peu trop systématiques, mais le concert, conclu par un titre rappel en solo de Vic, a néanmoins été excellent.
Je suis allé rejoindre Vic Chesnutt sur scène juste après pour le saluer et le remercier pour ce concert. Je lui ai dit qu'il était très différent des deux de lui que  j'avais vus précédemment, avec Lambchop en 1998 et en trio aux Transmusicales en 1994. Je lui ai dit aussi que son planning de tournée devait être épuisant, mais il a dit que lui n'avait qu'à chanter. N'empêche, le lendemain il jouait à Besançon pour la dernière date de cette tournée européenne, ensuite il avait une journée pour traverser l'Atlantique avant d'entamer une nouvelle tournée aux Etats-Unis en première partie de Jonathan Richman ! Je lui ai demandé s'il voulait bien passer mon bonjour à Jonathan et il m'a répondu qu'il essaierait de ne pas oublier.
C'est d'abord par un billet du Jojoblog que j'ai pu écouter des extraits de ce premier concert de la tournée, le 1er mars 2008. Il a été ensuite mis en ligne intégralement sur la Live Music Archive, où l'on retouve un grand nombre de ses prestations, mises en ligne avec son accord.
Ce concert a eu lieu au 40 Watt Club d'Athens, en Georgie, autrement dit dans la ville de Vic Chesnutt et dans le club même où il a dû jouer le plus souvent (plusieurs dizaines de concerts dès 1986, dont une résidence hebdomadaire le mardi pendant plusieurs mois en 1988). L'atmosphère est chaleureuse et la complicité est grande avec le public, ce qui aide à faire de cet enregistrement de concert un document exceptionnel.
Ce soir-là, Vic est arrivé sur scène par les airs, porté par des employés du club, et il a joué trois-quarts d'heure en solo, en commençant par une chanson composée pour la circonstance, Opening for Jonathan. Le but principal de la chanson semble être de dire qu'il fait à nouveau la première partie de Jonathan et de son batteur Tommy Larkins mais que, comme cette fois-ci ils sont accompagnés en tournée par Nicole (l'épouse de Jonathan) et Rudy (Ptacek, probablement, le fils de Rainer, qui a co-signé les paroles d'une chanson sur l'album Surrender to Jonathan), il promet de ne pas dire une seule fois "Enculé de ta mère" pendant la tournée. Bien sûr, cette chanson lui permet au passage de dire deux fois l'expression qu'il est censé censurer. Il annonce aussi qu'il a la laryngite, et donc une voix bizarre. Ce n'est pas trop étonnant avec tous ces concerts et la climatisation dans les avions.
Il enchaîne ensuite avec trois chansons anciennes, composées dans les années 1980. Pendant I ain't crazy enough (publiée sur le premier album de Brute), un appareil bruyant, genre ventilateur, s'est déclenché en plein milieu de la chanson. Evidemment, à la fin, Vic sort "What's that fucking noise ?", avant d'être rappelé gentiment à l'ordre par le public et de s'excuser d'être incapable d'arrêter ses insanités. Il enchaîne ensuite avec Miss Prissy, qu'il jouait très  souvent au 40 Watt Club avant de la "mettre en retraite" au début des années 1990. Il ne l'a jamais publiée sur disque, mais Lambchop en a enregistré une version  pour l'album-hommage à Vic Gravity of the situation. Leur titre n'a pas été retenu pour l'album et s'est retrouvé par la suite en face B de Up with people. L'expression  "Knuckles on a cheese grater" ("Phalanges sur une rape à fromage") dans le refrain m'a toujours marqué. L'un des innombrables exemples du talent de parolier de Vic Chesnutt.
Ensuite, pour introduire Confusion, Vic pose la question "Pourquoi vais-je jouer une autre chanson que j'ai écrite dans les années 1980 ?". Il n'a pas le temps de poursuivre qu'une réponse fuse dans la salle : "Parce que t'es vieux !". Evidemment, après un blanc de quelques secondes, il ne peut pas s'empêcher de jurer à nouveau ! En fait, il avait choisi cette chanson parce quelqu'un venait de lui écrire qu'il écoutait cette chanson et l'aimait beaucoup, ce qui lui avait donné l'idée de la jouer...
Ensuite, Vic joue la seule chanson en commun avec le concert que j'avais vu la semaine précédente et le seul extrait de North star deserter du jour. Il explique qu'il jouait il y a peu avec un groupe de sept personnes et que là il se sent tout seul, et enchaîne bien sûr avec You are never alone.
Ensuite, Vic prend son Omnichord pour jouer Morally challenged, une chanson enregistrée en 2000, aussi avec Brute. Il explique, en réprimant encore un "motherfucker",  qu'il l'a composée lors d'un trajet entre Tucson et Los Angeles, avec une main sur l'Omnichord, l'autre sur le volant, un joint au bec et  une bouteille de téquila à portée. Les paroles sont très drôles, une succession de portraits pas piqués des hannetons. Au moment où il annonce un couplet plus classieux, il s'interrompt brutalement et incendie un membre du public (Vic avait sûrement le sang chaud)  : "Get the fuck outta here, man, you're talking on the fucking cell phone here !". Je ne saisis pas ce que le mec répond, mais clairement il ne téléphonait pas (je pense qu'il enregistrait le concert), puisqu'aussitôt Vic se répand en excuses ("Je me sens vraiment con, mec, mon plus grand fan..."). Un autre gars le sort d'affaire en lançant "Tu l'as rendu vraiment plus classe !".
J'avais découvert le dernier titre, Society Sue, grâce au billet du Jojoblog, alors que la chanson portait encore le titre provisoire Robert Wyatt. J'en ai aussi parlé dans ma chronique de Skitter on take-off, où l'on en trouve la version studio. Comme relaté dans le Jojoblog, il hésite très longtemps avant de se décider à jouer cette toute nouvelle chanson. C'est le moment le plus poignant du concert, même si le public continue de l'accompagner par ses rires, avec un couplet, supprimé de la version studio, dans lequel il envisage le suicide : "Defenestration, like Robert Wyatt. Checked into my options at the Brussels Hyatt, but the windows were bolted so I couldn't try it. Mesmerized by the light show and my agitation slowly subsided on its own accord.".
Je n'ai pas encore pris le temps d'écouter les 62 autres concerts de Vic Chesnutt disponibles dans la Live Music Archive. Je suis pourtant certain qu'ils regorgent de grands moments. Je doute cependant qu'il y en ait d'aussi drôles et émouvants que celui-ci.

Il y a au moins deux blogs entièrement dédiés à Vic Chesnutt, Re: Vic Chesnutt et Debriefing: The music and art of Vic Chesnutt.

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