02 août 2018

MADALITSO BAND : Fungo la nyemba


Acquis au F'estival des Musiques d'Ici et d'Ailleurs à Châlons le 25 juillet 2018
Réf : [sans] -- Édité par Sterling au Malawi vers 2014
Support : CD 12 cm
10 titres

Le 27e F'estival des Musiques d'Ici et d'Ailleurs s'est terminé ce week-end par trois jours de concert dans le jard anglais de Châlons. Depuis plusieurs années, c'est la manifestation musicale que je préfère et que je fréquente le plus assidûment.
Pour sa forme d'abord, avec 60 concerts en plein air étalés dans le mois à Châlons et dans les environs, à raison de deux à trois par jour. On peut ainsi voir les groupes de son choix sur un rythme tranquille, bien différent de celui des festivals marathons concentrés sur quelque jours. Et la gratuité des concerts permet d'avoir un public mélangé, très familial, allant au-delà des fans et des spécialistes.
Mais bien sûr, c'est avant tout la programmation qui m'attire, couvrant tous les genres, de la techno au folk, avec des groupes d'ici et d'ailleurs (bien sûr) jouant des musiques d'ici et d'ailleurs, des musiques d'aujourd'hui avec souvent, mais pas obligatoirement, une base traditionnelle. Les mots-clés qui décrivent le festival sur le programme sont parfaitement choisis : "Découverte - Rencontre - Métissage".
Cette année, parmi d'autres, j'ai passé de très bons moments avec Radio Tutti & Barilla Sisters, Maud Octallin, Mokoomba et Les Chiens De Ruelles mais, comme en 2015 avec Canailles ou en 2016 avec Sages Comme Des Sauvages, la prestation qui m'a carrément enthousiasmé c'est celle de Madalitso Band dans le Square Lavoisier mercredi 25 juillet. Il faut dire que j'avais été mis en très bonne condition par les deux titres disponibles en écoute sur le site du festival.
Madalitso Band, c'est un duo originaire du Malawi, en Afrique australe, composé de Yosefe Kalekeni, qui joue de la guitare à quatre cordes et donne le rythme du talon sur un tambour, et de Yobu Malingwa, qui joue du babatone, une sorte de contrebasse à une corde, jouée souvent en slide avec un flacon en guise de bottleneck. Les deux chantent, en Chichewa, une des langues officielles du Malawi avec l'anglais, avec Yobu qui fait office de chanteur principal et Yosefe qui fait surtout des interventions vocales courtes et rythmiques.
Ce qui m'a frappé à l'écoute des chansons, souvent longues, c'est que cette musique ne sonnait pas complètement inconnue à mes oreilles. En fait, j'ai eu à plusieurs moments l'impression d'entendre comme une épure acoustique et en duo des fameux tubes dansants de Soweto.
Un excellent concert, donc, même si la barrière de la langue, en-dehors des sourires et de quelques mots d'anglais, restreint la communication avec le public à la seule musique. Il s'est terminé en beauté par le rappel. Au début, j'ai cru que le groupe rejouait un titre déjà entendu, mais au bout de quelques minutes, quand j'ai fini par déchiffrer les quatre mots du refrain, j'ai compris qu'il s'agissait de Here comes the sun des Beatles, la chanson-thème du festival 2018, travaillée spécialement par le groupe pour cette occasion et habilement mise à sa sauce.


Madalitso Band au F'estival des Musiques d'Ici et d'Ailleurs à Châlons le 25 juillet 2018.

Je me suis précipité pour acheter l'album du groupe après le concert. C'est un CD-R qui a dû être diffusé pour la première fois il y a déjà quelques années, si j'en crois la date de mise en ligne des quelques extraits disponibles sur YouTube.
L'excellent premier titre Anaphera chiboda est représentatif de l'album. Un rythme soutenu marqué par la basse, les figures répétitives de la guitare et le chant ponctué de chœurs.
Le morceau-titre arrive ensuite. On apprend chez La Curieuse que
Fungo la nyemba se traduit par L’odeur des haricots et que c'est "un morceau sur un homme qui lutte contre l’exploitation d’un patron". Certains des titres semblent confirmer que les paroles de Madalitso Band abordent des sujets en prise avec l'actualité et la société : Anafera chiboda signifie Tué par un mortier et
Dziko kutekeseka Un monde à soutenir.
Je ne le savais pas, mais la musique jouée par le duo s'inscrit dans un genre bien particulier, les groupes à banjo du Malawi, apparus à la fin des années 1970, souvent composés de jeunes itinérants qu'on voit au coin des rues et des routes avec leurs instruments faits maison, dont des banjos, guitares et babatones.
La suite du disque est à l'avenant avec Mwadala et Naphiri et la qualité se maintient tout au long des dix titres.
Je n'ai pas fini de danser en écoutant ce disque et de me souvenir du très bon moment qu'a été ce concert à Châlons !
La bonne nouvelle, c'est que Madalitso Band a enregistré un nouvel album en 2017. Selon les informations données sur plusieurs sites, il devrait sortir d'ici la fin de l'année sur le label genevois Bongo Joe, fondé par un ancien Mama Rosin. Le titre Nambewe en écoute sur le site du F'estival, qui ne figure pas sur Fungo la nyemba, est peut-être bien un extrait de ce disque à venir.


Madalitso Band, Malawi, en haut de la cathédrale de Lausanne le 13 juillet 2018.


Madalitso Band, Fungo la nyemba, au festival Sauti Za Busara à Zanzibar en janvier 2018.


Madalitso Band, Nambewe, en concert au festival Sur Le Champ à Valence le 21 juillet 2018, quelques jours avant le concert de Châlons.







1 commentaire:

Pol Dodu a dit…

Sur cette vidéo diffusée par Dust-to-Digital, Gasper Nali joue lui aussi du babatoni, mais il fait tout tout seul, babatoni, percussion et chant. Et c'est très bien !

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