16 août 2008

MELO : L'oiseau tombé du nid


Acquis chez Emmaüs à Bouguenais le 6 août 2008
Réf : EPL 8637 -- Edité par Vogue en France en 1968
Support : 45 tours 17 cm
Titres : L'oiseau tombé du nid -- Les clochers de Paris -/- Fleur du pavé -- Les cheveux gris

C'est bien sûr pour sa superbe photo de pochette que j'ai choisi ce disque.
A cette époque, Vogue, dont les têtes d'affiche étaient Jacques Dutronc, Pierre Perret et les Charlots, a tenté de lancer Mélo, un pseudo assez bien trouvé pour quelqu'un placé sur le créneau de la jeune chanteuse néo-réaliste, dans la lignée de celles que citent les notes de pochette, Fréhel, Berthe Sylva et Piaf. Vogue essayait peut-être ainsi de capitaliser sur la vague de nostalgie qui lui avait amené un grand succès avec le Riquita de Georgette Plana.
D'après ce que j'ai pu constater, Vogue a dû sortir au moins deux EPs et sûrement un 45 tours de Mélo, celui-ci étant probablement le tout premier.
Bon, côté disque, on ne peut pas dire que ça fonctionne. Pourtant, tous les ingrédients ont été réunis pour un succès du genre. Il y a une équipe de choc avec Fernand Bonifay, un grand auteur-compositeur de la chanson française, qui co-signe les quatre titres du disque, et l'orchestre est sous la direction de Guy Boyer, dans le CV duquel on retiendra surtout les arrangements pour l'album de reprises des Beatles de Cathy Berberian.
Seuls des grands thèmes de la chanson réaliste sont abordés : l'orphelin, Paris, la rue, la vieillesse, pourtant on a du mal à y croire. Peut-être qu'à vingt-quatre ans Mélo n'avait pas encore la voix assez attaquée par la vie pour donner corps à ces chansons, sans grande âme il faut le dire.
S'il y a une chose qui m'intrigue avec ce disque, c'est qu'il est sorti en 1968. Alors, de deux choses l'une : soit il a été enregistré avant mai 1968, soit après. J'ai du mal à imaginer que ce soit après, tellement ce disque et sa pochette, avec les marguerites accrochées à la robe et à l'oreille de Mélo, semblent loin de l'ambiance de soufre des événements de l'année. A moins qu'il ne soit un exemple précoce de la Réaction et du retour à l'Ordre.
Non, je pense plutôt que ce disque, qui respire l'innocence plus que le mélodrame de la rue, a été enregistré avant mai 1968, et je me plais à imaginer à quoi il aurait pu ressembler l'année d'après, si les idéaux et la folie de mai 1968 avaient par contagion touché Mélo.
Au lieu d'une histoire d'orphelin, L'oiseau tombé du nid raconterait celle d'un jeune bourgeois qui quitte sa famille pour rejoindre une communauté en Ardèche. Les clochers de Paris deviendraient Les clochettes de Krishna. La fleur du pavé serait bien sûr La fleur de pavot et la robe de Mélo serait recouverte de fleurs psychédéliques. Pour Les cheveux gris, facile, ils seraient devenus Les cheveux gras (et longs), Vogue ayant une longue expérience avec Antoine des polémiques liées à la longueur des cheveux.
Enfin bref, plutôt qu'une bête néo-chanson réaliste, si Vogue avait tenté de lancer une vague de chanson réaliste hippie, ça aurait peut-être mieux marché !!

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