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14 juillet 2019

ORCHESTRE BAYA BAYA : Mama ndangi


Acquis sur le vide-grenier de la F.C.P.E. à Ay le 30 juin 2019
Réf : 91 085 (Mabele 08) -- Édité par African en France en 1975
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Mama ndangi 1 -/- Mama ndangi 2

Je fréquente la brocante de la F.C.P.E. sur le parking du collège à Ay depuis une bonne vingtaine d'années maintenant et, au fil du temps, j'y ai trouvé quelques disques très intéressants, parmi lesquels Indépendance cha cha d'African Jazz et le 78 tours de Blind Willie Dunn's Gin Bottle Four.
Cette année, j'ai bien cru que j'allais devoir me contenter (et c'est déjà pas si mal) de CD à 1 € d'albums de CocoRosie, Les Rita Mitsouko et IAM que je n'avais pas. Mais à un moment, au milieu d'une petite pile d'une dizaine de disques de variété posée sur une table, je suis tombé sur ce 45 tours, dont la pochette est en très bon état. Le disque lui-même aurait aussi pu être en très bon état, les sillons sont propres, mais en le sortant de sa pochette je me suis rendu compte qu'il était ébréché, chose assez rare pour un vinyl.
J'ai montré le disque à la vendeuse, qui s'est confondue en excuses en expliquant qu'elle n'avait pas contrôlé tous les disques. Elle voulait le mettre à la poubelle, mais c'est là que je suis intervenu en lui disant que, même dans cet état, le disque et sa pochette m'intéressaient pour ma collection, et que je lui en proposais 10 centimes. Elle a été interloquée, mais on a fait affaire et je suis reparti avec ma trouvaille, bien content, même si je ne peux écouter qu'environ 80% de mon disque (il manque un peu plus d'une minute sur les 5 minutes et quelques que dure chacune des faces).
Ce disque fait partie des centaines de disques édités en France par African, dont la plupart des exemplaires ont dû être distribués au Congo et dans d'autres pays d'Afrique.
On  en a déjà parlé à propos du disque de l'Orchestre Tembo, African avait un dédain particulier pour les photos de pochette de ses 45 tours : un même disque pouvait sortir avec plusieurs illustrations différentes, choisies dans des catalogues d'agences et n'ayant rien à voir avec la musique concernée, et la même illustration pouvait servir pour plusieurs disques différents. Par exemple, si vous allez chez Dial Africa télécharger Bumba, un autre 45 tours de l'Orchestre Baya Baya, vous remarquerez que c'est la même pochette à part le titre et les références !
Une fois rentré à la maison, je n'ai pas regretté mon achat, même si je préférerais bien sûr avoir les chansons en entier.
Il s'avère en effet que Mama ndangi est de l'excellente rumba congolaise (aussi bien la partie 1 que la 2, mais je préfère la 1). On a droit à un patchwork de percussions, de guitares et de voix, un entrelacs parfaitement réussi, un résultat superbe. Ça a l'air tout simple et naturel, mais ça doit demander un travail de fou d'arrangement et de coordination. Cerise sur la gâteau, on entend même sur les deux faces quelques interpellations en français ("Oh, Johnny !", "Mais pourquoi Jeannot ?", "C'est la faute à qui, Jeannot ?", "Ce n'est pas possible, ce n'est pas possible !") qui, on le verra, s'adressent au propriétaire du studio et à l'un des musiciens, mais la mention de "Jeannot" m'a évidemment fait penser au Jeannot, où est le sérieux ? de Lolo Lolitta et Tchico.
La concurrence était tellement rude au Congo dans ces années-là que de nombreuses formations, dont l'Orchestre Baya Baya apparemment, se sont installées en Tanzanie pour y faire carrière. Dans la page Congo in Tanzania de Muzikifan, on trouve la discographie complète de l'Orchestre Bay Baya, soit un album, Nakozonga, en 1977 et dix 45 tours entre 1975 et 1977. Le mien n'est même pas encore référencé sur Discogs et je ne l'ai trouvé nulle part en écoute en ligne... Même ébréché, mon disque reste donc intéressant.
African précisait généralement le nom du label original avec lequel un accord de licence avait été signé. En l'espèce ici, il s'agit de Mabele Productions, fondé à Kinshasa par Mbuta Nsuka.
Comme c'est expliqué en détails dans l'article de Matt Lavoie Orchestre Kiam, an oral history, Mabele avait débauché début 1975 plusieurs musiciens de l'Orchestre Kiam, propriété de Verckys de l'Orchestre Vévé, pour enregistrer sous pseudonyme un 45 tours hors contrat. Côté discrétion, ça ne risquait pas de fonctionner car le disque est sorti sous le nom d'Orchestre Baya Baya, d'après Baya baya, l'un des succès de l'Orchestre Kiam !
Verckys a aussitôt suspendu les musiciens coupables, et du coup une bonne partie de l'Orchestre Kiam a quitté le groupe pour vraiment lancer l'Orchestre Baya : les chanteurs Bakolo Keta, Boyo Mbola, et Jeannot Botuli Ilonge, les guitaristes Lélé Nsundi et Souza Vangu, le bassiste Ndolo Matthews et le batteur Suké Ngonge sont alors entrés dans le studio de Johnny Bokelo pour y enregistrer. On peut penser qu'ils sont allés en Tanzanie aussi pour échapper à l'ire du puissant Verckys.
Peu de temps plus tard, Lélé, puis Bakolo Keta et Suké Ngonge sont retournés à la niche de l'Orchestre Kiam, ce qui a signé la fin de Baya Baya. Jeannot Botuli Ilonge a arrêté la musique et le guitariste Souza Vangu (alias Jacques Bazizila, qui est mort en 2012), a créé son propre groupe, l'Orchestre Mabatalai.
S'il y a une leçon à retenir de tout ça, c'est que, même cassé un disque peut conserver de l'intérêt et il ne faut pas le jeter trop précipitamment !

A écouter :
Orchestre Baya Baya : Mama ndangi 1
Orchestre Baya Baya : Mama ndangi 2

Ajout du 15 juillet 2019 :
Celle-là, si j'avais voulu l'inventer, personne ne l'aurait crue, à commencer par moi...!
Donc, après avoir écouté mon disque ébréché pendant deux semaines et avoir préparé et publié sa chronique, j'entreprends ce matin de le ranger dans la boite où se trouvent mes 45 tours d'artistes d'Afrique.
Et puis, comme c'est les vacances et que j'ai un peu de temps, je me suis dit que j'allais classer ensemble mes quelques disques du label African. Oh, il n'y en a pas beaucoup, par rapport aux plus de 1000 référencés sur Discogs (et ils n'y sont pas tous).
J'ai donc trouvé quatre autres disques avec pochette, puis un disque sans pochette avec une étiquette jaune. Quand j'ai vu la mention "Mabele 08", le ciel m'est tombé sur la tête !
Eh oui, ce disque que j'ai écouté en partie seulement, que je me suis embêté à transférer en MP3 en visant juste après la cassure pour en avoir le plus long possible, je l'avais déjà acheté ! C'était le 6 avril 2015 à la brocante de Condé-sur-Marne et j'ai payé 20 centimes pour ce disque sans pochette. La face A passe bien, la B est un peu rayée. A l'époque, je l'ai écouté. Sans la pochette, sans la cassure, je n'avais pas grand chose à en dire, alors je l'ai rangé et aussitôt oublié !
Ça confirme ce que dit souvent l'ami Dorian Feller, qui avait complété ma pochette de Pere Ubu en me fournissant le disque qui allait avec : il faut systématiquement prendre une pochette vide ou un disque sans pochette, on peut toujours espérer rassembler les deux.
J'ai donc un exemplaire complet de Mama ndangi, disque et pochette, qui m'a en tout coûté 30 centimes en quatre ans... Et quand la vendeuse s'est étonnée que je m'intéresse à ce disque pour sa pochette, j'aurais pu lui répondre que j'avais le disque qui allait avec. Mais pour cela, il aurait fallu que je connaisse un peu mieux le contenu de ma propre discothèque !


11 juillet 2015

AFRICAN JAZZ : Indépendance cha cha


Acquis sur le vide-grenier de la F.C.P.E. à Ay le 28 juin 2015
Réf : AJ 1 -- Edité par African Jazz en Belgique en 1960
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Indépendance cha cha -/- Na wely boboto

Voici l'un des deux 45 tours achetés à Ay fin juin à l'un des deux brocanteurs excités et agressifs, pour 3 € les deux 45 tours, juste avant d'acheter le Blind Willie Dunn's Gin Bottle Four.
Ce disque appartenait au même propriétaire Ahr et il a été acheté chez Cado Radio à Bruxelles, la ville-même ou il a été enregistré et publié.
On dit parfois de façon abusive que telle ou telle chanson a fait l'histoire, mais c'est vraiment le cas pour Indépendance cha cha, une chanson créée dans des conditions très particulières, en janvier 1960.
Une table ronde y avait été organisée entre l'état colonisateur belge et les différentes forces politiques du Congo. Elle a abouti à l'indépendance du pays le 30 juin de la même année.
Pour animer les soirées des négociateurs, on a fait venir l'orchestre African Jazz de Grand Kallé à l'Hôtel Plaza, le quartier général des délégués congolais. Pour l'occasion, et pour faire, preuve d'unité nationale, le groupe était renforcé par deux membres de l'orchestre rival OK Jazz, le chanteur Vicky Longomba et le bassiste Brazzos.
La chanson, aux paroles presque prémonitoires, a été composée très rapidement, en ouverture de la table ronde. Elle annonce d'emblée le résultat des négociations et est très vite devenue l'hymne des indépendances africaines.
L'histoire est connue, elle est racontée ici, ou encore , mais je vous propose de l'écouter racontée par deux de ceux qui l'ont faite, Brazzos et le batteur Petit Pierre, dans un reportage mis en ligne début 2015, puis Pierre Yatula seul dans une émission de Radio F.P.P. de 2006 :




Le Miroir, une émission de mars 2006 de la radio Fréquence Paris Plurielle, avec en invité Pierre Yatula Elengessa, dit Petit Pierre, membre de l'African Jazz. Site d'origine : Nzolani.

La chanson elle-même est une grande réussite, qui démarre directement par le refrain. La face B, Na wely boboto, chantée par Vicky, est aussi une grande réussite. Les deux faces sont illuminées par la guitare de Docteur Nico.
Après le Franklin Boukaka et l'Orchestre Tembo, cela fait trois 45 tours africains excellents que je trouve cette année. J'espère bien que la série n'est pas terminée !




L’African Jazz à l’Hôtel Plaza à Bruxelles en 1960. De gauche à droite, au premier rang : Vicky Longomba, Roger Izeïdi et le Grand Kallé. Au fond : Petit Pierre Yatula, le Docteur Nico, Armando Brazzos et Déchaud.

24 août 2019

MAURICE ALCINDOR : Pilules


Acquis probablement sur le vide-grenier de la FCPE à Ay le 26 juin 2011
Réf : RCG 5041 -- Édité par Aux Ondes/Disques Célini en France dans les années 1970
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Pilules -/- Ouvè la pote la ba moin

L'autre jour, chez Philippe R., on s'est mis à écouter de la musique sur YouTube. Le réglage était sur lecture automatique. Je ne sais plus d'où on était parti, mais à un moment la machine a enchaîné Bourrico par Les Léopards, le monumental Tu as calé le moteur d'Henri Debs et l'excellent Ouvè la pote la ba moin de Maurice Alcindor ! A la fin de la séquence on en était presque tous les deux à danser sur le carrelage !
Je savais que je n'avais pas les deux premiers titres cités. J'avais l'impression de ne pas connaître Ouvè la pote la ba moin, mais je savais que j'avais plusieurs 45 tours de Maurice Alcindor (dont un offert par Philippe il y a un an, d'ailleurs). J'ai donc fait un tour sur sa discographie chez Discogs et j'ai vu que cette chanson est la face B d'un 45 tours dont j'ai instantanément reconnu la pochette, avec Pilules en face B. J'étais à un peu près certain de l'avoir, ce qui m'a été confirmé après connexion par l'état de ma collection Discogs.
Mais, une fois rentré à la maison, impossible de mettre la main sur ce disque pour éventuellement le chroniquer. Il n'était pas dans la boite des 45 tours antillais, ni dans la pile des disques en attente de chronique. J'ai bien cherché un peu ailleurs, sans succès, mais j'ai vite abandonné et je me suis même résolu de le supprimer de ma collection Discogs.
Ce n'est qu'une semaine plus tard que je suis finalement retombé dessus, complètement par hasard, bien sûr : il y a quelques semaines, j'avais ressorti ce disque avec quelques autres pour les réécouter et en choisir un à chroniquer après avoir bien écouté les compilations Born Bad Antilles méchant bateau et Disque la rayé (sur cette dernière on trouve Sékirité de Maurice Alcindor). Mais, comme un con, j'ai ensuite posé ces disques sur la pile des disques à écouter, où ils ont assez vite été recouverts, en cette saison de brocantes (même si les brocs ce n'est plus ce que c'était ma bonne dame !).
Enfin bref, j'ai bien ce disque et je le chronique. J'ai une chance sur deux de me tromper, mais je pense que c'est bien celui-là que j'ai acheté à Ay en 2011, le même jour que le Ti Ken et le double 45 tours des Maxel's.
Sportif, agent de l'éducation nationale, chansonnier, fantaisiste, animateur de télévision, Maurice Alcindor est sur le devant de la scène martiniquaise depuis plus de cinquante ans. Il a fêté en juin ses 89 ans.
A un moment (au tout début des années 1970 je pense), Maurice Alcindor a enchaîné trois références de 45 tours chez Célini/Aux Ondes, Sékirité, Pilules et Tuma tu m'as eue. Les notes de pochette de Tuma tu m'as eue, par le journaliste Jean Chomereau-Lamotte, le situent parfaitement : "Avec Maurice Alcindor on s'achemine de plus en plus vers une chanson réaliste qui s'adapte parfaitement au fait social antillais. S'il nous a été présenté sous un premier aspect de chansonnier humoristique, il nous apparaît maintenant nanti de la verve d'un perspicace observateur de la chose antillaise."
Et effectivement, on sent bien qu'il a un côté fantaisiste/rigolard à la Salvador mais, après avoir traité de la sécurité sociale sur le 45 tours précédent, il s'attaque ici au Planning Familial avec Pilules et, même si le ton est léger, l'analyse de la situation sociale est bien présente, même si, comme souvent avec le créole, je ne comprends pas toutes les paroles.
En face B, Ouvè la pote la ba moin est une autre biguine. C'est presque du théâtre de boulevard ou un sketch, avec le bruitage du gars qui frappe à la porte et qui demande à Doudou de lui ouvrir en lui promettant qu'il a changé "tout bonnement". Musicalement, comme pour la face A, l'interprétation est excellente. Il y a notamment pendant une bonne partie de la chanson une ponctuation rythmique au saxophone originale et efficace. Sur une compilation, cette chanson s'enchaînerait parfaitement avec Keep on knocking, surtout dans sa version cajun par Clifton Chenier, Tu peux cogner mais tu peux pas rentrer.
Un excellent disque, donc, que je vais ranger bien à sa place et que je vais essayer de tenir à l’œil !

27 mars 2021

TOMORROW : Revolution


Acquis sur le vide-grenier de la F.C.P.E. à Ay le 24 juin 2012
Réf : FO 105 -- Édité par Odéon en France en 1967
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Revolution -/- Three jolly little dwarfs

L'été dernier, parmi la cinquantaine de CD à 50 centimes que j'ai trouvés un beau jour chez Happy Cash, il y avait, outre celui de Wilson Pickett, une belle réédition de l'unique album de Tomorrow, avec des bonus.
C'est un groupe psychédélique anglais formé autour de Keith West à la guitare et John Wood à la basse, avec deux noms connus par la suite pour compléter la formation, Steve Howe (futur membre de Yes) à la guitare et Twink à la batterie (qui jouera par la suite sur le S.F. Sorrow des Pretty Things avant de co-fonder les Pink Fairies).
Le groupe n'a été actif sous ce nom que de mars 1967 à avril 1968. Le temps de se faire remarquer avec deux singles en 1967, My white bicycle en mai et en septembre le Revolution qui nous intéresse aujourd'hui.
L'album n'est arrivé qu'en février 1968. Six mois entre le single et l'album, ça ne parait pas long aujourd'hui, mais tout allait très vite à cette époque folle et, une fois l'hiver 1968 venu, l'été de l'amour 1967 semblait déjà bien loin, la mode avait évolué et l'album a été un échec.
Dans son style, c'est pourtant un excellent disque. Ce n'est pas dur, au-delà de l'évidence Pink Floyd, Tomorrow est typiquement l'un des groupes qui a servi de modèle à XTC quand ils se sont lancés dans le pastiche Dukes of Stratosphear. Cela s'entend particulièrement sur mes chansons préférées de l'album, My white bicycle, Real life permanent dream (dont il me semble que le riff de guitare a pu inspirer The Monochrome Set) et les deux titres de ce 45 tours.

Du coup, je suis allé repêcher dans mes caisses ce 45 tours, le genre de pépite qu'on rêve de trouver quand on se balade le dimanche matin sur un vide-grenier (les années où il y a des vide-greniers) et dont on s'étonne même qu'on en trouve encore de temps en temps en plein vingt-et-unième siècle.
Ce jour-là, sur le parking du collège à Ay, je l'ai trouvé en très bon état pour 1 €, dans une petite caisse où il n'y avait que de la drouille. A d'autres stands, j'avais quand même trouvé aussi le First offence des Inmates en 33 tours, et en CD Pixies At the BBC et une réédition de Too tough to die des Ramones.
Les raretés psychédéliques de 1967 sont très recherchées. Ce 45 tours n'atteint pas les sommets du EP de Yesterday's Children que Philippe R. m'a offert, mais il s'échange quand même à plus d'une centaine d'euros.

La chanson Revolution est excellente dans son genre. La seule chose qui me gêne, c'est d'entendre un groupe nommé Demain chanter dans le refrain "La révolution, maintenant !". Sinon, il est clair à l'écoute que les appels à la révolution que contient la chanson ne sont pas à prendre au premier degré.
Parmi les versions disponibles, ma préférée est la version mono du 45 tours. Pour l'album, la même version a été trafiquée en pseudo-stéréo. Parmi les bonus sur le CD, il y a une version précédemment inédite dite en phased mono, qui pour le coup est différente mais qui est aussi moins percutante que les autres.
Le 21 septembre 1967, Tomorrow a enregistré quatre titres, dont Revolution, qui ont été diffusés le 1er octobre lors de la première émission Top Gear de John Peel, qui faisait ainsi ses débuts sur BBC Radio One. Ils ont donc eu l'honneur d'enregistrer la première Peel session de la BBC ! Les dernières paroles prononcées dans cette version sont "We want a revolution". Ce qui donne corps à l'hypothèse émise par certains que le Revolution de John Lennon et des Beatles de 1968 aurait été écrit en partie en réaction au Revolution de 1967 de Tomorrow, auquel le "You say you want a revolution" ferait référence.

En face B, Three jolly little dwarfs est très bien aussi. Là encore, il y a une petite chose qui me chiffonne, c'est ce titre pléonasmatique, Trois petits nains joviaux. Je ne dois pas être assez psychédélique pour apprécier pleinement !

En tout cas, ces deux chansons mises bout à bout font un excellent 45 tours, extrait d'un album qui de nos jours est considéré comme culte. Et comme je peux me retrouver dans l'actualité sans même le vouloir, sachez que, dans le tout nouveau numéro de Record Collector (daté d'avril 2021, il y a un article visant à réévaluer la carrière du pionnier psych-pop Keith West.

27 juillet 2011

LES MAXEL'S : Dansez Ou-Lé-Lé


Acquis sur le vide-grenier de la FCPE à Ay le 26 juin 2011
Réf : HFD 1931 -- Edité par Debs en France en 1969
Support : 2 x 45 tours 17 cm
Titres : Dansez Ou-Lé-Lé -- Les Maxel's endiablés -/- Aoua pipip -- Pour la première fois

Voici donc le disque que j'ai acheté à Ay en même temps que le 45 tours de Ti Ken. Les disques, devrais-je dire, car il s'agit là d'un double 45 tours, dans la pochette duquel était même glissé un autre disque des Maxel's (Wight is Wight / M. Zemba), sans sa propre pochette, mais pour 50 centimes il ne faut quand même pas trop en réclamer !
Le luxe de cet album 2 disques et les notes de pochette indiquent clairement que cette parution est un hommage à Jacques Bracmort, l'un des chanteurs des Maxel's, mort à dix-neuf ans en mai 1969. La superbe photo de pochette, prise par Henri Debs lui-même, montre Jacques Bracmort et Pierre Richard, un autre chanteur des Maxel's.



Cette multiplicité de chanteurs s'explique sûrement en partie par l'histoire des Maxel's, qui ont débuté comme groupe instrumental avant d'incorporer différents chanteurs, dont l'haïtien déjà renommé Emile Volel et Christian Zora, qui chante sur Wight is Wight.
Sur ces quatre titres, on a trois chanteurs différents, et trois morceaux rapides aussi.
Jacques Bracmort ouvre le disque avec Dansez-Ou-Lé-Lé, une de ses compositions. Orgue, cuivres, guitare, ce titre de danse on n'est pas éloigné de ce qui se faisait en Afrique à la même époque et fait partie de ces titres antillais qui semblent annoncer le zouk.
Emile Volel sait faire dans le crooner, mais avec un titre pareil, Les Maxel's endiablés est bien sûr un hymne au groupe, chanté sur un rythme de danse enlevé (compas ? contredanse ?).
Pour l'excellent Aoua pipip, c'est Pierre Richard qui est au chant principal. Il n'y a pas d'auteur crédité mais il s'agit probablement d'une reprise d'un titre de 1967 de Nemours Jean-Baptiste et son Super Ensemble, ce même Nemours qui est déjà l'auteur du Désordre musical, la chanson avec laquelle j'ai découvert Les Maxel's.
Le dernier morceau, écrit et chanté par Jacques Bracmort, est un slow, dans la plus pure tradition des années soixante, celle par exemple de ses idoles Christophe ou Adamo. Avec un titre comme Pour la première fois, on est en droit de s'attendre à une chanson d'amour, comme il a eu l'occasion d'en interpréter sur d'autres ballades (C'est pour toi que je chante, Donna mon amour, Je t'aimerai), mais pas du tout. De façon assez surprenante, Jacques Bracmort commente ici son statut de chanteur :

Pour la première fois, j'affronte le grand public
Et moi je crains déjà qu'il me critique
Pour la première fois, je joue mon avenir
Et moi je ne sais pas si l'on va m'applaudir
Si non, je m'effacerai à jamais pour oublier
Si oui, je triompherai et ne vivrai que pour chanter
Car cette foule immense m'attend impatiemment
Et demeure en silence jusqu'à l'heure du jugement
Pour la première fois, je domine la grande salle
Et c'est parti, déjà, je donne un récital
Public, fais ton devoir, et juge-moi sans indulgence
Public, fais ton devoir, et rassure-toi, je te fais confiance

Sachant que le jeune homme qui chante était mort avant même qu'elle soit commercialisée, je trouve cette chanson particulièrement poignante. Et avec le recul, certaines expressions ("mon avenir", "à jamais", "vivrai, "l'heure du jugement") ont une résonance particulière.
En 1988, à l'initiative d'Al-Brack (Alain-Claude Bracmort, le frère de Jacques il me semble), l'album Hommage à Jacques Bracmort a été édité, avec huit reprises de son répertoire.
Il existe au moins deux CD de Jacques Bracmort. Celui de 2005 dans la série Nostalgie Caraïbes ne compte que sept titres. Dans la même série, il vaut mieux lui préférer L'intégrale Jacques Bracmort, parue en 2006, qui compte seize titres (dont Aoua pipip avec Pierre Richard au chant principal, ce qui signifie que trois des quatre titres de ce double 45 tours sont sur le CD).

L'Hommage à Jacques Bracmort et l'Intégrale Jacques Bracmort sont en vente sur le site Antilles-Mizik, où l'on peut écouter de larges extraits de l'intégrale.

02 juillet 2011

TI KEN : Bla bla bla


Acquis sur le vide-grenier de la FCPE à Ay le 26 juin 2011
Réf : K 001 -- Edité par [Hibiscus ?] à La Barbade en 1988
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Bla bla bla -/- Il pleut il pleut

Le hasard faisant bizarrement les choses, tout chineur vous dira qu'il n'est pas rare qu'une thématique se dégage au fil des stands rassemblés ponctuellement sur un même vide-grenier. Tel disque pas si courant qu'on voit trois fois de suite, des collections de hard-rock tous les cinq mètres...
Là, j'étais tout content d'avoir acheté juste avant un bon lot de disques contenant un EP de calypso des années cinquante, un autre de Maurice Alcindor et un de Joseph Lacides chez Aux Ondes quand je suis arrivé au stand de ce gars à qui on la fait pas qui annonce qu'il vend ses albums de rock usés jusqu'à la corde comme on l'a rarement vu à un prix de débarras de 2 à 5 €. Heureusement, il faisait ses 45 tours à 50 centimes et je suis d'abord tombé sur un superbe album de deux 45 tours des Maxel's, opportunément agrémenté d'un troisième 45 tours sans sa pochette. Pour faire l'euro, et pour m'assurer que le matamore n'allait pas essayer d'augmenter le prix de "mon" 45 tours en fonction de son épaisseur et du nombre de disques à l'intérieur, j'en ai cherché un deuxième et mon oeil a tout de suite été attiré par la belle pochette colorée de ce 45 tours et par le diminutif "Ti" qui m'a fait pensé à Ti Frère. Quand j'ai sorti le disque de sa pochette et que j'ai vu sur la rondelle l'inscription "Fabriqué à la Barbade par WIRL", j'ai su que j'allais encore augmenter ma collecte de disques antillais de ce jour.
Il me semblait, à raison, que la Barbade était plutôt une île anglophone, mais ce disque est présenté entièrement en français et comporte la mention SACEM.
Cerise sur le gâteau, la chanson Bla bla bla me plait énormément. Avec une dose de reggae-ragga sautillant, le gamin Ti Ken nous chante :
"Bla bla bla et bla bla oh tous ces gens
me chipotent les oreilles, oui vraiment
Il est temps que j'ai vingt ans oui mais quand

Moi qui n'aime pas la soupe quand deviendrais-je grand ?" 
Dans le style, c'est encore plus frais que Musical Youth et, même si les chansons n'ont rien à voir entre elles, on ne peut que faire l'association avec un autre reggae francophone de 1988, le Trop de bla bla de Princess Erika. Et je rajouterai aussi un soupçon de Nono Le Petit Robot pour le côté jeune et synthétique.
Autant Bla bla bla est un titre frais et enthousiasmant, autant la sauce ne prend pas avec la face B Il pleut il pleut. Là, on tombe dans la comptine un peu modernisée comme il y en a des centaines qui encombrent les rayons de disques pour la jeunesse.
Apparemment, ce titre a eu un certain succès aux Antilles. Les deux faces sont écrites par Liliane Ransay, la grand-mère de Ti Ken, renommée comme auteur-compositeur. La production et les arrangements sont dus à Jean-Marc Monnerville, alias Kali, le père de Ti Ken, dont le seul titre de gloire n'est pas d'avoir représenté la France à l'Eurovision en 1992. Sur un album de Kali live en Espagne de 2006, on trouve une version de Bla bla bla chantée par Ti Ken. Accessoirement, on peut en déduire si on remonte la lignée familiale que Ti Ken est l'arrière-petit fils de Gaston Monnerville.
Autant ce disque est gai et frais, autant l'enregistrement vidéo d'époque de Bla bla bla qu'on trouve en ligne est d'une toute autre ambiance. La scène est visiblement filmée dans le hall d'un grand hôtel. Le groupe est endimanché et Ti Ken porte un costume digne d'un épisode colorisé de Zorro. La chanson est la même, mais le son vidéo est évidemment de moins bonne qualité. Les deux rastas, dont Kali probablement, s'en sortent avec beaucoup de classe mais le pauvre clavier-flutiste, avec sa veste à revers rouges, me fait penser à un clown des Bario.
Ti Ken a fini par grandir et a largement dépassé les vingt ans. Il se produit désormais sous le nom de Nazareken et il joue  régulièrement en France, notamment à Paris.

La page Facebook de Ti Ken, alias Nazareken.




29 octobre 2015

"TENNESSEE" ERNIE FORD : 16 tons


Acquis sur le vide-grenier de la F.C.P.E. à Ay le 28 juin 2015
Réf : EAP 1-693 -- Edité par Capitol en France en 1956
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Sixteen tons (Seize tonnes) -- River of no return (La rivière sans retour) -/- You don't have to be a baby to cry -- Give me your word

Il y a pile dix ans aujourd'hui, je publiais ma première chronique sur ce blog.
Quand j'ai eu cette idée de me lancer dans le récit de ma collection de disques, j'ai tout de suite su que j'avais de la matière pour tenir un bon bout de temps. C'était aussi un bon moyen de partager à nouveau une passion pour la musique, en complément de mon webzine, quelques années après avoir arrêté de produire des émissions de radio.
Initialement, je pensais surtout raconter des souvenirs et anecdotes à propos des disques que j'avais depuis longtemps, mais j'avais aussi noté que, depuis deux ou trois ans, j'avais pris l'habitude de rechercher des informations en ligne sur les disques que je venais d'acheter. Mais je les oubliais aussi vite et, quelques semaines ou mois plus tard, je me retrouvais à rechercher les mêmes informations ou à essayer désespérément de retrouver le nom mentionné sur un site que j'avais visité : le blog me sert aussi de béquille mémorielle.
Donc, c'est un peu une surprise pour moi, mais je pense que la majorité des plus de 1200 disques chroniqués est entrée dans ma collection dans les dix dernières années. Le blog influence d'ailleurs de plus en plus ma politique d'achat : je recherche encore plus qu'avant les éditions un peu particulières ou les disques avec un arrière-plan un peu original car c'est de ceux-là que j'ai envie de parler.
Dans cette optique, je reste très satisfait dix ans plus tard du choix que j'ai fait pour la toute première chronique. J'avais soigneusement évité de prendre un disque d'un de mes artistes ou genres fétiches : pas de Creation, de Jonathan Richman, de New wave ou de Lewis Furey. Non, j'ai pris un disque de country, un 45 tours EP sorti uniquement en France, avec une belle photo de pochette d'un photographe réputé et français. Le chanteur, Tennessee "Ernie" Ford était plutôt ringard, mais il s'agissait du réenregistrement en 1965, dix ans après l'original, de son plus grand tube, 16 tons, dans une version plus "rock".

Eh bien, puisque qu'on fait un retour de dix ans en arrière, on va le faire aussi avec les enregistrements de "Tennessee" Ernie Ford, puisque j'ai sélectionné aujourd'hui cet enregistrement original de 16 tons, sorti initialement en 1956.
J'ai trouvé ce disque en juin dernier à Ay, comme l'African Jazz et le Blind Willie Dunn's Gin Bottle Four, et lui aussi a appartenu à un certain Ahr.

16 tons est éternellement associée à Ernie Ford. Je savais qu'il n'avait pas écrit cette chanson, mais j'avais oublié que c'est Merle Travis qui est crédité comme auteur, et j'ai découvert en préparant cette chronique que Travis l'avait même enregistrée, dès 1947, sur l'album Folk songs of the hills. Et, comme c'est souvent le cas avec la paternité des chansons folk, celle de 16 tons est disputée. George Davis l'aurait écrite dès les années 1930 sous le titre Nine-to-ten-tons. Il en a finalement enregistré une version en 1966.
La version de 1956 d'Ernie Ford, celle qui a été un tube énorme, a quand même quelque chose en plus que ces versions folk, dans l'orchestration et dans le claquement de doigts, une idée de Ford. Celle de 1965 reste peut-être ma préférée.

En France, c'est Armand Mestral qui a enregistré la version la plus connue, avec cette particularité fascinante : sur les pochettes il a la même horrible petite moustache fine qu'Ernie Ford. Il a la voix aussi grave, mais un style bien plus opératique. Et surtout, dans les paroles, presque plus rien sur le quasi-esclavage, en tout cas l'exploitation économique, subie par les mineurs. Le vers essentiel, "Je dois mon âme au magasin de la compagnie minière" a été complètement occulté dans la traduction.

J'ai ce disque d'Armand Mestral, mais je me le garde pour l'instant. Qui sait ? Je manquerai peut-être d'idée de chronique dans dix ans...




Tennessee Ernie Ford dans le magazine Life en 1955. Photo : Allan Grant.

05 juillet 2015

BLIND WILLIE DUNN'S GIN BOTTLE FOUR : Jet black blues


Acquis sur le vide-grenier de la FCPE à Ay le 28 juin 2015
Réf : BF 634 -- Edité par Columbia en France vers 1929 probablement dans les années 1950
Support : 78 tours 25 cm
Titres : Jet black blues -/- Blue blood blues

La semaine dernière, en chroniquant le 78 tours de Léon Raiter, j'écrivais ça : "Pour ce qui concerne les seuls 78 tours, ça ne fait que deux ans que j'ai commencé à en acheter, et je reste très sélectif. De toute façon, on en voit peu et, une fois écartées l'opérette et la musique classique, il ne reste guère que notre blues à nous, le musette et la chanson." Ce que je voulais vraiment dire, c'est qu'il y a à peu près zéro chance de tomber dans nos campagnes sur un des 78 tours de country blues du genre de ceux qui intéressent les collectionneurs du livre d'Amanda Petrusich que je viens de lire, Do not sell at any price.
Eh bien, pan dans les dents. Une fois de plus, la preuve est donnée qu'il ne faut jamais dire jamais.
Le lendemain même de la publication de ce billet, de bon matin et par très beau temps (la canicule n'était pas encore là), j'ai commencé ma journée par un exploit sportif en parcourant trois kilomètres à vélo sur le plat le long du canal pour me rendre à Ay, sur la traditionnelle brocante de l'association des parents d'élèves du collège de la ville.
Quelques minutes après mon arrivée, au bout de l'une des travées, je suis tombé sur deux brocanteurs professionnels qui venaient de s'installer. J'ai reconnu deux gars repérés il y a quelques semaines sur un vide-grenier, surexcités et agressifs. Ils n'avaient pas fini de s'installer qu'ils en étaient à s'énerver contre les badauds qui avaient l'audace de négocier leurs prix. J'étais sur le point d'en rester là et d'aller voir ailleurs, mais ils ont été corrects avec moi, et surtout j'avais repéré sur leur stand des disques qui m'intéressaient.
Chacun des deux gars gérait son propre stock sur le stand, y compris pour les disques qui pourtant venaient tous de la même collection, celle d'un dénommé Ahr (à moins que ce ne soient des initiales...).
Au premier des gars, j'ai acheté deux 45 tours très intéressants, que j'aurai l'occasion de chroniquer ici. Chez le second, j'avais initialement sélectionné quatre disques. Quand il m'a annoncé 15 € pour le lot, j'ai demandé son prix pour les deux disques qui m'intéressaient le plus. A 10 €, c'était plus que mon prix habituel. J'ai reposé les disques et je suis reparti. Mais je suis vite revenu, dès je me suis dit que ce n'est pas demain la veille que je tomberais à nouveau sur un 78 tours avec deux blues américains.
J'ai donc finalement acheté pour 10 € un 45 tours quatre titres avec pochette d'Arthur Smith (Yes Sir, that's my baby, malheureusement très décevant) et ce 78 tours.
Pourquoi avoir sélectionné ce disque ? Parce qu'il y a le mot "blues" dans le titre des deux chansons ? En partie, oui, même si ce terme apparaît dans de nombreux titres de jazz (ce disque est d'ailleurs considéré avant tout comme un disque de jazz). Mais la vraie raison, c'est que j'ai reconnu dans les crédits le nom du guitariste Lonnie Johnson. Un musicien que je connaissais peu, à part de réputation. Il est même évoqué en passant dans Do not sell at any price, mais juste pour préciser qu'il n'intéresse pas les grands collectionneurs de country blues, qui le considèrent comme trop commercial.
J'ai aussi reconnu dans les crédits les noms de King Oliver et Hoagy Carmichael, mais pas celui de l'autre guitariste, Eddie Lang, justement considéré avec Lonnie Johnson comme l'un des premiers guitaristes virtuoses du jazz.
A l'époque, Eddie Lang et Lonnie Johnson étaient tous les deux sous contrat chez Okeh, devenu une filiale de Columbia, et ont participé à de nombreuses sessions. Rarement ensembles car, comme c'était la pratique à l'époque, Eddie Lang, d'origine italienne, enregistrait des disques à destination du public blanc, tandis que les enregistrements du noir Lonnie Johnson étaient plutôt publiés dans les séries des Race Records, à destination des afro-américains.
Mais, sur un an, de novembre 1928 à octobre 1929, Lang et Johnson ont enregistré ensemble : deux titres avec le chanteur Texas Alexander, et d'autres en duo ou en groupe. Pour tous ces enregistrements "mixtes", Eddie Lang a pris le pseudonyme Blind Willie Dunn, soit pour éviter tout problème lié à la ségrégation, soit parce que cette musique risquait mieux de se vendre auprès du  public noir.
Sur les rondelles des disques Okeh originaux, on ne trouvait que ce pseudonyme et le nom du groupe, Blind Willie Dunn's Gin Bottle Four. Aucun crédit individuel pour les musiciens. Pour les avoir, il faudra attendre les rééditions, ou par exemple cette édition française, que je n'ai pas réussi à dater. Et même là, ça reste un sujet de discussion. En fait, le batteur ne serait pas Hoagy Carmichael, et donc on ne connaît pas le chanteur, puisque c'était censé être lui. Quant au trompettiste, ce serait Tommy Dorsey plutôt que King Oliver. Les autres musiciens restent inconnus, le pianiste étant peut-être J. C. Johnson, l'auteur de la face B.
Avec tout ça, je me rends compte que je n'ai pas encore parlé de la musique qu'on trouve sur ce disque !
Dès les premières notes de Jet black blues, j'ai su que j'avais fait une bonne pioche. Les deux guitares en intro, les petites notes de piano et les tintements de cloche, le solo de trompette, le chant scat. Superbe !
Je préfère cette face A, mais on retrouve à peu près les mêmes ingrédients sur Blue blood blues, avec des percussions minimales mais surprenantes et aussi des bruits de bouche.
Eddie Lang est mort très jeune, à 32 ans, de complications d'une opération des amygdales. La légende veut que son pote Bing Crosby lui ait conseillé cette opération pour qu'il puisse participer à ses films parlants.
Lonnie Johnson est mort à 71 ans en 1970, avec une carrière qui a alterné des phases de grand succès et de longues éclipses.
Dans le livret du CD Frémeaux The first of the "guitar heroes" 1925-1947, Gérad herzhaft écrit ceci à propos de Lonnie Johnson : "C’est surtout, à partir de novembre 1928, son association avec le guitariste italo-américain Eddie Lang (Salvatore Massaro), un autre grand pionnier de la guitare soliste, qui va marquer ses contemporains et ses émules. Les deux virtuoses enregistrent une série de duos incroyablement inspirés, harmonies audacieuses, idées novatrices sur des arpèges et des lignes de basse, qui comptent encore parmi les grands chefs d’oeuvre de la musique américaine." Comme quoi, j'ai vraiment fait une bonne pioche !
Plus que pour les 45 tours, l'effet que me font les 78 tours, c'est vraiment d'avoir l'impression d'avoir en mains des pièces historiques. Même si ce disque a plutôt été édité dans les années 1930 qu'en 1929, il est quand même d'époque. Une époque où, en-dehors du studio, les musiciens noirs et blancs risquaient leur vie en se côtoyant, une époque où la prohibition était en train de s'installer, ce qui n'interdisait pas de baptiser le groupe Le Quartet de la Bouteille de Gin...

On retrouve l'intégralité des enregistrements de Blind Willie Dunn dans le coffret Mosaic The Classic Columbia And Okeh Joe Venuti And Eddie Lang Sessions.

Jet black blues et Blue blood blues sont disponibles en écoute et en téléchargement sur archive.org :





Je ne sais pas ce qui s'est passé avec le scanner, mais les étiquettes en sont ressorties toutes noires alors qu'en réalité elles sont marron...