18 octobre 2014

THE BEATLES : The Beatles


Offert par Dorian Feller à Villedommange le 10 octobre 2014
Réf : SMO 2051 et SMO 2052 -- Edité par Apple en France vers 1968 -- n° 527866
Support : 2 x 33 tours 30 cm
30 titres

J'ai depuis plus de trente ans un exemplaire de l'album The Beatles, un disque que, comme tout le monde, j'appelle l'album blanc, et même plus précisément le double blanc. Je l'ai acheté neuf et il est à la fois en parfait état et complet, avec son lot de quatre photos des membres des Beatles et son poster, mais mon exemplaire est une réédition de 1978 or, pour ce billet, j'avais spécifiquement besoin d'un exemplaire de l'édition originale numérotée.
Je me suis donc tourné vers Dorian Feller, pour savoir s'il aurait dans son stock un exemplaire dudit-album pour pas trop cher. Il en avait plusieurs, pas tous numérotés, et j'ai choisi celui-ci. En plus, Dorian me l'a offert. Super !
Cet exemplaire n° 527866 de l'un des double albums les plus célèbres de l'histoire du rock a bien vécu. La pochette est tachée et marquée, la tranche a été recollée. Comme tous les exemplaires de l'édition originale française, la pochette a été imprimée en Allemagne. La particularité des premiers exemplaires, est que l'ouverture pour glisser les disques est située en haut et non sur le côté. Au verso, le coin supérieur gauche de la pochette a été arraché et on voit écrit au stylo et au feutre rouge sur le carton le nombre 23, mais il y avait clairement un ou deux autres chiffres avant sur la partie, manquante. Juste à côté, il reste une trace du nom de l'ancien propriétaire, écrit au stylo bille bleu, peut-être quelqu'un prénommé Claire. En haut à droite, une étiquette avec le code prix U et la mention qu'il s'agit d'une édition Stéréo. Notons que Dorian avait un autre exemplaire numéroté avec le code prix Ux2, soit deux fois plus cher !
A l'intérieur, il n'est pas sûr du tout qu'il reste quoi que ce soit de ce qu'on y trouvait à l'origine : pas de photos, pas de poster, pas de pochettes intérieures noires, et deux disques pressés en France, mais avec le timbre de la SACEM, alors que l'édition originale portait le timbre BIEM.
Si je voulais absolument avoir l'un des très nombreux exemplaires de l'édition originale de ce disque, c'est pour avoir l'occasion de saluer le projet We buy white albums de Rutherford Chang, déjà présenté à New York et Liverpool (lire le reportage de Libération à Liverpool). L'idée de départ est simple : comme la première édition de ce disque est sortie dans le monde entier avec une pochette intégralement blanche, certes, mais avec la mention "The Beatles" embossée sur le recto ainsi qu'un numéro unique, chaque exemplaire est différent, et chaque exemplaire a eu son propre parcours depuis 1968, qu'il ait été bien conservé ou qu'il ait moisi dans une cave. Chang a donc entrepris d'en rassembler le plus grand nombre d'exemplaires (il en a 1034 à ce jour), qu'il présente dans une installation qui ressemble à la boutique d'un disquaire. Sauf que cette anti-boutique ne stocke qu'une seule référence et qu'aucun des disques présentés n'est à vendre. Au contraire, comme le titre l'indique, Chang se propose d'acheter les exemplaires originaux de ses visiteurs.
Aucune chance que je vende mon propre exemplaire, mais j'ai apprécié cette idée de disquaire très spécial où rien n'est à vendre et où on s'intéresse à l'histoire particulière des exemplaires d'un disque, comme je le fais pour les miens ici, ou comme Patrice Caillet l'a fait avec les pochettes personnalisées du Discographisme récréatif.



Pour ma part, je n'ai jamais apprécié cette pochette d'album des Beatles, ni le monochrome blanc, ni les photos et le poster à l'intérieur. Évidemment, comme tout projet conceptuel, on apprécie mieux quand on a les clés fournies par le concepteur, l'artiste Richard Hamilton, une personnalité du pop art britannique. Il a souhaité d'abord rompre avec la luxuriance de la pochette de Sergeant Pepper's Lonely Hearts Club Band, et trouvait amusant de jouer au petit jeu de du monde de l'art de l'édition originale limitée et numérotée pour un objet qui allait être produit à plusieurs millions d'exemplaires. C'est sur cette particularité que Rutherford Chang a rebondi.
Notons que cette pochette mal aimée a marqué les esprits au point qu'elle a donné son titre d'usage à un disque qui, à l'origine, n'en avait pas. Par dérivation, elle a aussi inspiré le titre des compilations 1962-1966 et 1967-1970 sorties dans les années 1970 et connues en tant qu'Album rouge et Album bleu.



Et la musique alors ? Eh bien, avec trente titres, The Beatles n'en manque pas, de musique. Au point de donner l'indigestion, presque. Comme pour sa pochette, c'est un disque que je n'ai jamais vraiment réussi à apprécier, peut-être parce que, par certains aspects, il est déjà une collection d'enregistrements solo des membres du groupe, même s'il y a aussi des titres enregistrés tous ensemble, et surtout justement à cause de cette profusion et du manque d'unité qui en résulte qui font que c'est un disque qu'il est à peu près impossible d'appréhender et d'apprécier globalement. Et pourtant, si on prend les titres individuellement, on se rend vite compte qu'il y a plein d'excellentes choses, même s'il n'y a là quasiment rien de véritablement neuf ou révolutionnaire. L'album ouvre d'ailleurs avec une parodie des Beach Boys et de Chuck Berry, sympathique mais pas renversante, mais j'aime quand même bien toute la première face, y compris Ob-la-di, Ob-bla-da. Sur la suite, il y a à boire et à manger, avec de quoi faire un bon disque rock électrique et un autre acoustique, mais aussi avec des trucs que je n'aime pas du tout, comme les deux premiers titres de la face deux ou Revolution 9.
En tout cas, le projet de Rutherford Chang aura au moins eu le mérite de me plonger à nouveau dans l'écoute de ce disque. Et, si l'installation venait à faire étape par chez nous, j'irais avec plaisir visiter ce disquaire très particulier.



1 commentaire:

Anonyme a dit…

On dirait un album pirate: le gris des Beatles. Hamilton a été brillant à mon sens en proposant cette créaton compte tenu de leur notoriété et du piège post Sergent P. Quant à l'intérieur (nullos) c'est exactement le contraire de l'extérieur avec les images lisses, aseptisées et luxueuses: c'est une caricature dans un sens, comme aimait le dénoncer le pop art de l'époque. C'est le tout et son contraire d'une philosophie de bazar dont les B ont été adeptes à l'époque.
Quant au contenu, on n'a pas fini d'en parler à mon avis car c'est de ttes façons une pierre angulaire dans l'histoire pop rock. Good night, sleep tight.....Ph

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