06 juin 2016

RAMONES : Ramones


Acquis chez Amazon par correspondance en juin 2016
Réf : 8122-74306-2 -- Édité par Warner Archives / Rhino en Europe en 2001
Support : CD 12 cm
22 titres

Je suis venu assez tard aux Ramones. Je connaissais le groupe de réputation, j'avais au moins deux de leurs titres sur la compilation Sire New wave, j'avais écouté le double album It's alive et j'avais même acheté le 45 tours Howling at the moon (Sha-la-la), produit par Dave Stewart d'Eurythmics, mais c'est seulement en novembre 1985, lors d'un séjour à Glasgow où j'étais hébergé chez deux membres de Primal Scream, que j'ai vraiment écouté les Ramones des débuts et découvert une de mes chansons préférées du groupe, Blitzkrieg pop.
En fait, plongé dans la discothèque évidemment très fournie des locataires de l'appartement, j'ai fini par aller m'acheter deux ou trois cassettes vierges que j'ai remplies d'excellents titres, du remix de Cheree de Suicide à Another girl, another planet de Only ones, en passant par des chansons en anglais de Françoise Hardy et donc Blitzkrieg pop.
J'aurais bien aimé chroniquer ici le 45 tours français de Blitzkrieg pop, qui est en bonne place dans l'Avis aux inventeurs d'épaves de Pascal Comelade, mais ce disque diffusé par Philips a dû se vendre à très peu d'exemplaires. Peu de chance de le trouver en vide-grenier donc, contrairement à Love goes to building on fire, le premier 45 tours de Talking Heads, aussi chez Philips, sur lequel je suis tombé plusieurs fois. Pour celui des Ramones, il faut aujourd'hui investir au moins 150 € chez Discogs pour s'offrir le disque et sa pochette (un mec ose vendre la pochette seule 125 €...). Le 45 tours anglais avec sa pochette façon roman-photo, pourtant beaucoup moins rare, n'est pas donné non plus. En tout cas, hors de question pour moi d'investir autant d'argent dans un 45 tours, d'autant que les deux faces sont sur le premier album.



Pas de 45 tours donc, mais à la place je me suis procuré cette réédition CD remastérisée disponible depuis 2001, l'année des vingt-cinq ans se l'album : les 14 titres de l'album original et 8 titres en plus à un prix vraiment réduit, puisque j'ai payé mon exemplaire neuf 7 €.
Ramones est vraiment un album excellent et important. Non seulement c'est chronologiquement le premier album de la vague punk (tout ce qui est sorti avant, à commencer par les Stooges, peut rétrospectivement être qualifié de pré-punk), mais c'est aussi l'un des meilleurs, avec Never mind the bollocks, here's The Sex Pistols, mais l'album des Sex Pistols a été enregistré en plusieurs sessions étalées sur plusieurs mois, alors que celui des Ramones a été enregistré en quelques jours en se basant sur les titres joués lors de leurs concerts au CBGB's, ce qui est quand même plus punk.
On prend une vraie claque avec l'enchaînement des quatre premiers titres, l'imparable Blitzkrieg pop ("C'est une ode au fan de rock 'n' roll", selon Tommy Ramone, l'auteur des paroles, "Ça parle de passer un bon moment à un concert, de l'excitation de voir son groupe préféré. C'est à propos des fans et des groupes, une lettre d'amour aux fans."), l'assez rigolo Beat on the brat ("Frappe le morveux avec une batte", chanson que j'ai découverte en tant que Du riz des pâtes, une fameuse adaptation synthétique en français par Les Boum Bomo's, qui se sont aussi rendus coupables d'un Suzy Wan is a punk rocker), l'hymne Judy is a punk, avec des méta-paroles qui annoncent "Deuxième couplet, comme le premier" et "Troisième couplet, différent du premier", et le très tendre I wanna be your boyfriend, un parfait prototype de toute une partie de la discographie de Jesus and Mary Chain.
Prises isolément, les chansons suivantes ne sont peut-être pas toutes aussi bonnes, mais avec quatorze titres en moins d'une demi-heure, on n'a pas le temps de souffler ni de se poser de question, et avec Chain saw et ses choeurs, Havana affair, 53rd & 3rd et la reprise de Let's dance de Chris Montez par exemple, il y a plus de hauts que de moins hauts.
Il y a de très bonnes choses dans les titres bonus, à commencer par la version single de Blitzkrieg pop, au mixage plus tranchant que celui de l'album. Il y a aussi cinq titres de la première démo de 1975, avec des chansons qu'on retrouve sur les trois premiers albums, dont une partie de guitare surprenante sur Now I wanna sniff some glue, plus deux inédits, dont le très bon, I can't be. Et, cerise sur le gâteau, on a droit à deux titres de la deuxième démo des Ramones, produite par Marty Thau, également de 1975, avec deux excellentes versions de I wanna be your boyfriend et Judy is a punk.
A l'issue d'une réunion de la Férarock, j'ai eu l'occasion de voir les Ramones en concert le 1er juillet 1995 à Caen/Hérouville Saint Clair, avec Siouxsie and the Banshees à la même affiche. Le groupe était à un an de raccrocher et le spectacle était parfaitement rôdé. Et on peut vraiment parler de spectacle autant que de concert. Si, dès les premières années, il semble que le groupe donnait des concerts très formatés, avec Joey qui annonçait les chansons systématiquement de la même façon, là, tout était vraiment réglé au millimètre. J'étais assis assez haut dans la tribune, et je me souviens du roadie déguisé en clown qui était chargé de passer sur scène en brandissant une bannière avec l'inscription "Gabba gabba hey !" et qui, à peine fini son tour de piste, se dépêchait de ranger la bannière dans une malle pour le prochain concert avant de passer à la suite de ses tâches.
Ramones a tout juste quarante ans cette année et Warner n'allait pas laisser l'occasion d'en vendre quelques exemplaires de plus. Après quarante ans, le punk se muséifie, les anciens fans quinquagénaires ont les moyens, certains des nouveaux de trente-quarante ans aussi, alors allons-y pour le coffret de luxe des quarante ans ! Au menu, l'album original, à nouveau remastérisé, un CD de démos, dont certaines inédites (mais pas les excellentes démos de Marty Thau !!), et un autre CD live avec deux concerts enregistrés le même jour en 1976 où le groupe joue deux fois les seize mêmes titres ! (alors même que, depuis la sortie de It's alive en 1979, tout enregistrement live des Ramones est redondant)
Dans le livret de 2001, Joey nous vantait la stéréo de Ramones ("Guitare et batterie sur une voie, basse et chant sur l'autre, cela donnait un effet ping-pong", en référence aux Beatles). En 2016, on nous vend une version mono de l'album, qui n'a jamais existé auparavant mais, selon le producteur Craig Leon, les premiers mixages de l'album étaient virtuellement mono et le groupe avait eu le projet d'aller à Abbey Road faire deux versions stéréo et mono de l'album.
Évidemment, le coffret propose cette version mono en bonus du CD, mais aussi en 33 tours, et là les bras m'en tombent, comme à chaque fois que je vois à la FNAC les rayons à nouveau abondamment fournis de 33 tours de nouveautés ou de rééditions à 25 € pièce. Autant j'aime trouver et acheter des vinyles d'époque pour pas trop cher, autant j'ai du mal à comprendre l'intérêt d'acheter des disques artificiellement produits à l'ancienne. Si j'ai le choix, je préfère un CD de qualité à bon prix, version numérique de l’œuvre sur un support physique dont je suis pleinement propriétaire (pas comme certains fichiers acquis en téléchargement, dans lesquels Apple ou d'autres fournisseurs mettent parfois leur nez), à un 33 tours hors de prix et peu pratique, dont le seul avantage reste la belle et grande pochette.
Je ne sais pas ce qui motive la clientèle, mais pour le label c'est très clair : le coffret de luxe se vendra une petite cinquantaine d'euros plutôt que sept...






1 commentaire:

Pol Dodu a dit…

En contrepoint de mes énervements sur le vinyl au 21e siècle, voici un entretien de David Thomas pour The Vinyl District, dans lequel il explique pourquoi il préfère le son numérique à l'analogique et comment, avec le retour en vogue du vinyl et l'évolution de la technologie, il a fini par se lancer dans des rééditions en vinyl de Pere Ubu... gravées à partir de transferts numériques des bandes originales !

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