26 mai 2013

B. GEORGE & MARTHA DeFOE : International discography of the new wave {Volume 1982 | 83}


Acquis chez Harrow Book Shop à Harrow-on-the-Hill fin 1983
Réf : 0.7119.0050.7 -- Edité par One Ten Records / Omnibus Press en Angleterre en 1982
Support : 736 p. 25 cm
14 titres

Voici donc le millième billet de ce blog. Difficile de choisir un disque en particulier pour cette occasion, tant il est évident que, depuis sept ans et demie, j'ai eu l'occasion de présenter ici mes disques les plus rares (parmi lesquels le maxi Upside down de Jesus and Mary Chain et l'album des Justified Ancients of Mu-Mu) et ceux qui me tiennent particulièrement à coeur (tous, presque, mais comme ça de tête je pense à Autobahn et à The whole world's turning Brouchard). Quant aux trouvailles que je continue de faire quasiment chaque semaine (ce qui ne lasse pas de me réjouir mais aussi de m'étonner), elles sont bien entendu chroniquées ici au fil du temps.
Plutôt que de sélectionner un disque en particulier, j'ai donc choisi de contourner l'obstacle en portant mon attention sur un livre, un pavé plutôt, qui est à lui seul un réservoir à disques, un entrepôt qui en contient plus que je ne pourrai jamais en chroniquer ici : la deuxième édition d'International discography of the new wave, publiée en Angleterre en 1982.
La première fois que je suis tombé sur ce livre, c'était dans l'une des librairies Gibert boulevard Saint-Michel à Paris. J'avais passé un bon moment à le compulser. J'avais même pris des notes, mais je ne l'avais pas acheté car le livre en import était assez cher et mon budget d'étudiant ne me permettait pas trop de disperser mes achats en dehors des disques.
Quelques mois plus tard cependant, j'ai eu la chance de tomber dans une petite boutique de Harrow, détruite quelques mois plus tard dans le cadre de la rénovation du centre-ville, sur un exemplaire soldé à 5,99  £. J'ai investi et je n'ai pas regretté mon achat, qui m'a permis, comme j'ai plusieurs fois eu l'occasion de l'indiquer ici (récemment encore avec le 'O' Level) de découvrir des disques et des groupes dont je n'imaginais même pas l'existence.
Il faut se replacer au début des années 1980, quand les principales sources d'information d'un fan de new wave étaient les magazines Rock & Folk et Best (tous les mois), l'émission de Bernard Lenoir Feedback (cinq jours par semaine), quelques autres magazines et fanzines et les hebdomadaires anglais New Musical Express, Melody Maker et Sounds, pour ceux qui avaient la chance de les voir arriver dans leur ville et qui pouvaient se les payer et les comprendre.
Alors, ce pavé était une aubaine pour qui s'intéressait à la production discographique récente en punk/new wave : plus de 700 pages, la discographie de plus de 7500 groupes (soit plus de 16000 disques). Les adresses de 3000 petits labels, les fiches de 1300 fanzines... Un travail de fous, de passionnés en tout cas, démarré par une équipe d'américains coordonnée par B. George et Martha DeFoe, avec une équipe rapprochée comprenant JD Haney, l'ancien batteur de Monochrome Set, et un réseau de correspondants dans le monde entier parmi lesquels on relève Scott Piering et Ira Kaplan, mais aussi  l'équipe de Rough Trade, Iain McNay de Cherry Red, John Peel et pour la France Patrick Mathé de New Rose et Jean-François Vallée, correspondant de Radio France/Bernard Lenoir à New-York.
Ecrit tout petit, avec une maquette façon listing informatique, on trouve dans ce livre, avec un taux d'erreurs et d'imprécisions raisonnable, des infos fascinantes qui m'ont tenu occupé des heures durant. J'étais tout content de noter qu'Elvis Costello avait, déjà, la discographie la plus longue, et j'ai longtemps fantasmé sur le Washing the defectives EP des Beatles Costello (jusqu'à ce que Gilles Raffier m'en fasse une copie cassette avec une photocopie de la pochette et que je me rende compte que le nom du groupe et le titre étaient ce qu'il y avait de mieux dans le disque, auquel Andy Paley a pourtant participé).
J'ai aussi longtemps bavé sur la compilation cassette Morocci Klung!, que je retrouvais partout vu qu'à son sommaire il y a une vingtaine de gens qui m'intéressent, de Mark Beer à Robert Wyatt. Sauf que j'apprends aujourd'hui que c'est en fait un magazine audio avec des interviews et principalement des extraits de chansons...
Aujourd'hui comme alors, je peux ouvrir une page au hasard et découvrir une liste de groupes que je ne connais absolument pas. Exemple page 245 : Kurt Maloo, Mama Dada 1919, Mamba Strike, Mickey Mamp, Man, Man Ray Band, Manchester Mekon (avec Dick Witts, de The Passage), Mandango, Mandeville Mike & the Mental Block, Mandible Rumpus, Mandrake Roote, Maneaters, Man Ezeke, Mania D, deux Maniacs et un Manics (aucun n'est le groupe suisse que je connais), Manic-Depressives (avec Mandeville Mike, pour ceux qui suivent) et Manic Jabs.
Evidemment, trente ans plus tard, ce livre n'est plus la source  d'information unique et précieuse qu'il était. L'internet est passé par là et aujourd'hui Mandeville Mike est sur Youtube, LastFM et Grooveshark, mais le feuilletage de la discographie reste toujours aussi passionnant et informatif, même si on sait qu'on va taper les références d'un groupe dans Google dès qu'on va découvrir sa fiche. En préparant ce billet, je suis encore tombé sur des noms comme Afghanistan Banana Stand, Giant Sandworms (le 1er disque, avec déjà une version de Steadfast), Laughing Apple (les trois singles sont bien listés), Human Switchboard (avec Paul Hamann), Tagmemics (plus ou moins Art Attacks reformés), Space Negros et Radio Actors, avec un single qui associe des membres de Gong et d'Hawkwind à Sting, ce qui explique sûrement pourquoi ce disque a été édité au moins cinq fois.
On le voit, ce livre reste passionnant. Il n'y a pas eu de troisième édition, la production des labels indépendants étant exponentielle dans les années 1980, et il n'y aura sûrement jamais de réimpression (Discogs est là, maintenant), ce qui fait que les exemplaires d'occasion se vendent à prix prohibitif.
Je ne sais pas ce qu'est devenue Martha DeFoe, mais le parcours de B. George (qui a beaucoup travaillé avec Laurie Anderson et qui a sa propre entrée dans le livre, page 166) est intéressant car, dans la foulée de cette discographie, il a fondé en 1985 The ARChive of contemporary music en y apportant sa collection personnelle de 47000 disques. Aujourd'hui, le dépôt d'archives/bibliothèque musicale/centre de recherche conserve plus de deux millions de documents est la plus grande collection de musique populaire des Etats-Unis (les bibliothèques publiques n'en voulaient pas à l'époque).
Pour ma part, avec ou sans l'apport de la Discographie, je ne manque pas d'idées pour les mille (et plus) prochains billets de Blogonzeureux!.

Plusieurs extraits du livre sont reproduits sur le site de Philippe Andrieu, par exemple à la page sur Snakefinger, Tuxedo Moon et Indoor Life.

25 mai 2013

LCD SOUNDSYSTEM : LCD Soundsystem


Acquis par correspondance via Amazon en janvier 2013
Réf : dfaemi 2138cd -- Edité par DFA/EMI en Europe en 2005
Support : 2 x CD 12 cm
16 titres

(Ce billet est le quatrième d'une série de cinq qui va nous mener à la 1000e publication de ce blog)

Je me suis intéressé assez tardivement à LCD Soundsystem, en 2007, au moment de la sortie de l'album Sound of silver, quand j'ai téléchargé - et apprécié - quelques MP3 : All my friends, North American scum, Someone great et la reprise de No love lost de Joy Division. Avant ça, soit j'étais passé complètement à côté du groupe de James Murphy, soit je confondais son label avec le groupe canadien Death From Above 1979 qui ne m'intéressait pas.
Pour ce 999ème billet, je souhaitais avant tout parler du tout premier single de LCD Soundsytem, Losing my edge, sorti dès 2002. Oui mais voilà, à l'époque le single n'est sorti qu'en maxi 45 tours et, le groupe étant désormais très réputé, ce disque est à la fois cher à l'achat et en frais de port, vu le format. Il y a bien eu un CD single promo diffusé à l'époque, mais il à l'air d'être plutôt rare. Je me suis donc rabattu sur cette édition du premier album de LCD Soundsystem, celle qui contient un deuxième CD avec sept titres extraits des premiers singles du groupe. Cette édition était sensée être limitée, mais on la trouve encore facilement et à bon prix.
Ce premier album mériterait largement sa chronique à part entière, avec son mélange de hip hop, de rock, de new wave et de disco,mélange qui a fait la réputation de LCD Soundsystem, et d'ailleurs j'apprécie la plupart des titres : Daft Punk is playing at my house, qui reprend les choses à peu près où Losing my edge les avait laissées ("I'll show you the ropes, kids"), Tribulations, Movement, là où la passion de Murphy pour The Fall est la plus évidente, On repeat, Thrills, Disco infiltrator avec son sample de Kraftwerk et ses voix à la Talking Heads époque Remain in light et Great release, avec le piano et le chant à la Taking tiger mountain d'Eno.
Il y a de très bonnes choses aussi sur le CD compilation des premiers singles, comme Give it up et la version Crass de Yeah, mais, comme je le disais, c'est surtout à Losing my edge que je voulais m'intéresser.
Losing my edge, qu'on pourrait traduire par "Je perds mon avance", c'est la complainte du DJ branché qui sent qu'il risque de ne plus être à la pointe et qui part dans une frime délirante ("J'étais là quand Captain Beefheart a fondé son premier groupe", "J'étais là en 1968 au premier concert de Can à Cologne", "J'étais là en 1974 aux premières répètes de Suicide dans un loft à new York City"). Comme il l'a expliqué dans un entretien au site I Really Love Music cité par Wikipedia, l'inspiration de James Murphy pour cette chanson lui est venue quand il a été horrifié par sa propre attitude et sa stupidité à un moment où, s'étant construit une réputation comme DJ en passant des groupes obscurs tels que Liquid Liquid ou ESG, il avait réagi en "propriétaire" de la musique qu'il passait quand d'autres avaient commencé à en faire de même.
Evidemment, l'intérêt d'une chanson sur les fous passionnés de musique, c'est que, outre les anecdoctes citées, elle fait référence à un nombre impressionnant d'artistes. Et, comme j'ai de nombreux goûts en commun avec James Murphy, on pourrait presque l'entendre lister une partie du sommaire de Blogonzeureux! : Suicide, Captain Beefheart, Beach Boys, Modern Lovers, Pere Ubu, PIL, The Human League, Lou Reed, Joy Division, The Slits, Faust, Mantronix, Pharoah Sanders, Soft Cell. (et encore, il ne s'agit là que des mille premiers billets. D'ici quelques temps, d'autres artistes cités dans la chanson risquent fort d'apparaître ici : The Normal, Can, The Bar-Kays, Eric B. and Rakim, Althea & Donna, 10cc, Fire Engines...).
Outre les références musicales, cette chanson me parle aussi particulièrement car la situation du collectionneur de disques et du rédacteur de blog est très proche de celle du DJ branché. A chaque instant, chez un disquaire, sur un vide-grenier, sur un site de vente en ligne, il faut garder en tête la raison pour laquelle on s'intéresse aux disques. Et la seule bonne raison, c'est qu'on est passionné par la musique (ou la production discographique au sens large). Chaque fois qu'on achète un disque uniquement parce qu'il est rare, parce qu'il se revend cher ou pour faire bicher untel ou empêcher tel autre de l'avoir, on se plante, et je me garderai bien de prétendre que ça ne m'arrive jamais. Et la prochaine fois que ça me prendra, je me remettrai les 7'53" de Losing my edge dans les oreilles.


La vidéo d'une version raccourcie de Losing my edge.

23 mai 2013

ELVIS COSTELLO : Elvis Costello


Acquis dans la boutique du Earl Mountbatten Hospice à Ryde le 20 mai 2010
Réf : TIMES-ELVIS 01 -- Edité The Sunday Times/Upfront/Mercury en Angleterre en 2002
Support : CD 12 cm
4 titres + 3 titres + 1 vidéo

(Ce billet est le troisième d'une série de cinq qui va nous mener à la 1000e publication de ce blog)

Ce disque est assez révélateur du degré d'intégration des ex-punks et new waveux dans les années 2000 et de l'état de la production discographique à la fin des années CD. Voilà donc que, pour la promotion de l'album When I was cruel (sorti en avril 2002 mais complété par une édition collectors double-CD en septembre de cette même année, au moment d'une tournée anglaise), des dizaines de milliers d'exemplaires de ce disque ont été diffusés aux lecteurs du Sunday Times (Du coup, c'est l'un des disques les plus courants d'Elvis Costello : le port vous coûtera beaucoup plus cher que le disque lui-même si vous décidez de l'acheter).
C'est un disque composite. Dans la partie CD, on a une version live de Watching the detectives, qui est intéressante pour étudier le traitement qui lui est appliqué pour continuer à la jouer sans s'ennuyer après vingt-cinq ans : pas vraiment déconstruite ni dub, mais comme en pointillés; si Costello la chante normalement, on a l'impression qu'après l'intro le groupe se contente d'insérer de courtes touches musicales, juste à la dose suffisante pour qu'on reconnaisse la chanson. Les trois autres titres du CD "audio" sont là pour promouvoir la sortie des énièmes éditions d'Imperial bedroom, This year's model et Armed forces. Avec ces disques, il est impossible de se planter, et là on a droit à Man out of time, Pump it up et Accidents will happen. Pour cette dernière, il s'agit de la version live au Hollywood High sortie à l'origine sur le 45 tours qui accompagnait Armed forces. Je profite de l'occasion pour signaler que, depuis, un CD 20 titres de ce concert a été édité. Il est excellent et Accidents est plutôt l'un des titres les moins forts de tout le concert.
Ce CD comporte une partie "extra", avec trois titres au format WMA, le format anti-piratage et anti-copie plein de DRM concocté spécifiquement par Microsoft. C'est malheureusement tellement bien fait que, même en respectant les conditions indiquées (PC sous Windows et connexion internet active), je n'ai pas été en mesure de les écouter du tout. Parmi ces titres, il y a des versions en public de deux morcaux de When I was cruel (15 petals, dans la version de l'édition collector de l'album, et Spooky girlfriend, dans une version inédite par ailleurs, je pense, comme pour Watching the detectives) et surtout, il y a 45, le titre d'ouverture de l'album et surtout la raison d'être de cette chronique.
45 a aussi été édité en single, avec un 45 tours en édition limitée et un CD promo anglais qui ont une belle pochette rétro. J'aurais préféré parler du single plutôt que de ce CD promo, mais je n'ai pas réussi à me le procurer à temps à un prix correct. Mais je ne triche pas : j'ai bien pu écouter 45 avec mon CD : pas la piste audio, donc, mais la vidéo qui est aussi incluse sur le disque. Je signale aussi que When I was cruel est l'un des meilleurs albums "tardifs" du Roi d'Angleterre et 45 est l'un des meilleurs titres du disque.
Avec cette chanson, Elvis Costello se livre à une méditation en forme d'exercice de style : il fait un retour en arrière, prend date ("Here is a song to sing to do the measuring") et raconte (un peu) sa vie à partir de différents usages de quarante-cinq : (19)45, 45 (tours), (Colt) 45 et 45 (ans), bien sûr, puisqu'il a écrit ce titre l'année de ses 45 ans.
C'est bien l'aspect 45 tours qui m'intéresse le plus ici, l'expérience ayant montré (les chiffres aussi, mais je n'ai pas fait les comptes), que ce format de disque est celui de prédilection de ce blog. Et ce format a bien sûr compté énormément pour quelqu'un de la génération d'Elvis Costello : "Every scratch, every click, every heartbeat, Every breath that I held for you, 45, There's a stack of shellac and vinyl".
Le galopin se permet même d'évoquer la difficulté de comprendre les paroles et donne un bon vieux truc qui a souvent dû être très utilisé par ses propres fans à la fin des années 1970 : "The words are a mystery, I've heard, 'til you turn it down to 33 and 1/3, 'cos it helps with the elocution".
On a donc ici un objet publicitaire assez moche et pénible, mais il a sûrement permis à certains de découvrir d'excellents titres de Costello. Pour ma part c'est grâce à lui que j'ai connu et apprécié 45. C'est déjà beaucoup.


La pochette du 45 tours 45. Une maquette très rétro sixties, dans le même esprit, parmi de nombreux autres exemples, que celle du maxi de Julian Cope.

21 mai 2013

PASCAL COMELADE : Nature morte musicale


Fourni avec le n° 8 de la revue Notes en 1982
Réf : [sans]-- Edité par A l'Automne Alité en France en 1982 -- N° 2 / 500
Support : Bande magnétique 8,5 cm
Titre : Nature morte musicale (extrait)

(Ce billet est le deuxième d'une série de cinq qui va nous mener à la 1000e publication de ce blog)

Ces temps-ci, on recommence à beaucoup entendre parler de Pascal Comelade, avec un nouvel album chez Because, El pianista del antifaz, et un concert à Paris. Comme à chaque fois qu'un de ses disques est distribué nationalement en France, on va parler du "retour" de Comelade, comme si depuis A freak serenade en 2009, il n'avait rien sorti, alors que sa discographie récente, probablement incomplète, compte quand même Montpellier, un album avec Gérard Pansanel et Pep Pascual, N'ix, un disque avec Enric Casasses, un enregistrement de ses oeuvres par la Cobla Sant Jordi, Somiatruites, un double album avec Albert Pla (et aussi un spectacle qui a beaucoup tourné), et, plus tôt cette année, Flip side (of sophism), une nouvelle collaboration avec Richard Pinhas.
Aujourd'hui, nous allons nous intéresser à un titre rare et quasiment inouï de Pascal Comelade, diffusé en 1982 par le magazine Notes, publication de l'association A l'Automne Alité, également à l'origine du Festival des Musiques de Traverses de Reims.
En 1982, l'association a été très active, avec notamment la sortie du mini 33 tours de Germain Hubert Ales, et de son premier album, la compilation Douze pour un, sur laquelle on trouve aussi un titre de Comelade, Beyrouth 66.
A la suite du 3ème Festival des Musiques de Traverses en mai 1982, au cours duquel Fall of Saigon a donné son premier concert rémois, est né le projet, annoncé dans le n° 6 de Notes (voir l'article en bas de ce billet) d'insérer dans la revue un 45 tours souple de Pascal Comelade. Ce projet n'a pas abouti, pour des raisons expliquées en détail dans l'éditorial du n° 8 de Notes :



Donc, au lieu d'avoir droit à un 45 tours souple, comme ceux que la revue hollandaise Vinyl proposait, les lecteurs de Notes ont dû se contenter d'une Nature morte musicale. Dans son livre Ecrits monographiques submergés (Camion Blanc, 1999), Pascal Comelade a reproduit son propre exemplaire de l'oeuvre, numéroté 1 / 500.
Si j'ai hérité du n° 2, ce n'est pas un pur hasard : je suis passé chez Dorian Feller un jour de 1982 où son appartement était recouvert des pages du magazine qui sortaient de chez l'imprimeur et qu'il était en train d'assembler et d'agrafer. J'ai fait l'acquisition de mon exemplaire ce jour-là et je pense que c'est Dorian qui avait choisi pour moi le numéro 2 de l'encart, réservant bien sûr le 1 à l'artiste.
J'ai toujours pensé que cette expression, "nature morte musicale", se rapportait au fait que l'enregistrement avait été réduit à un petit morceau de bande magnétique encadré non écoutable. Je n'avais pas fait le lien à l'époque (et surtout je ne l'avais sûrement pas lue) avec la première annonce du disque dans le n° 6, qui concernait dès le début, avant l'annulation de la sortie du disque, donc, un Still life musics EP.
Cet EP s'était réduit à un seul titre, que presque personne n'a pu entendre. Parmi les autres natures mortes prévues pour cet EP au départ (je ne sais pas combien il y en avait au total), je présume que deux ont quand même vu le jour en cette année 1982 : Still life with goldfish, parue aux Etats-Unis sur l'album Sentimientos, et surtout Nature morte aux Maracas, une des premières grandes réussites de Comelade, disponible sur l'album Détail monochrome, qui a toutes les qualités et la drôlerie qu'auront par la suite les meilleurs titres du Bel Canto Orchestra.
A chaque fois que je l'écoute, j'ai des regrets de ne pas pouvoir en faire de même avec cette nature morte de 3'25 aux saxophones en plastiques, à la mandoline et aux castagnettes, dédiée à Jac Berrocal, qui devait paraître dans Notes.
Pascal Comelade lui-même a peut-être gardé une copie de cet enregistrement, mais pour la beauté du geste artistique, je le crois bien capable d'avoir découpé l'enregistrement original, ce qui était déjà un sacrifice économique car à l'époque il réenregistrait avec son Revox même sur des pièces publiées : les bandes originales de Détail monochrome sont effacées depuis longtemps.
J'ai bien pensé à écouter mon morceau de bande quand on avait un magnétophone à la Radio Primitive, mais à la vitesse standard de 19 cm/s il ne dure qu'une demie-seconde ! La seule solution que j'entrevois, assez comeladienne, serait que les 500 propriétaires des exemplaires de la nature morte musicale se donnent rendez-vous à la buvette de la Cathédrale de Reims (où qu'elle soit...) pour rassembler les pièces du puzzle et écouter ensemble la composition. Y a du boulot...


L'article de Dominique Diebold sur Pascal Comelade paru dans le n° 6 de Notes, une chronique de la cassette Slow musics avec la première annonce de la parution d'un Still life musics EP.

20 mai 2013

'O' LEVEL : We love Malcolm


Acquis au Record & Tape Exchange de Notting Hill Gate à Londres début 1984
Réf : KR 002 -- Edité par King's Road en Angleterre en 1979
Support : 45 tours 17 cm
Titres : We love Malcolm -- Leave me -/- Everybody's on Revolver tonite -- Stairway to boredom

(Ce billet est le premier d'une série de cinq qui va nous mener à la 1000e publication de ce blog)

Voilà l'un des quelques disques que je n'aurais pas achetés sans avoir consulté au préalable International discography of the new wave de B George et Martha Defoe. En effet, avant d'avoir fiévreusement compulsé ce gros pavé, je n'avais jamais entendu parler d' 'O 'Level, mais j'avais pris bonne note de ce nom quand j'étais tombé à l'entrée Television Personalities sur la mention "{Also MISSING SCIENTISTS}. Also work as O Level ?".
Coup de chance (et récompense de la persévérance car à cette époque je fréquentais la boutique au moins deux fois par semaine), j'ai trouvé ce 45 tours quelques semaines plus tard, même pas au rayon collector, non, mais comme d'habitude dans la cave à soldes, où le disque avait été baissé du prix de départ tout à fait honnête de 40 pence jusqu'à 20 pence.
On sait que, dès leur débuts, Ed Ball et Dan Treacy ont beaucoup collaboré, mais chacun avait ses propres projets. Pour Dan, ce fut principalement TV Personalities. Pour Ed, il y a eu 'O' Level, puis Teenage Filmstars et ensuite The Times (je passe pour l'instant sur les multiples projets de la fin des années 1980 et des années 1990).
Ceci est le deuxième single d' 'O' Level. Le premier, East Sheen, était encore très ancré dans la satire punk, avec un chant parodiant Johnny Rotten et une face B, Pseudo punk, certes moins bonne que Part time punks mais antérieure de quelques mois au classique des TVP's.
Sur ce disque, apparemment interprété par Ed Ball tout seul, on est plus proche de l'esprit pop sardonique des premiers disques de Dan Treacy. Certains des titres auraient pu avoir leur place sur And don't the kids just love it, et on n'est pas encore dans la nostalgie anglophile développée ensuite avec The Times.
We love Malcolm, avec ses "La la lalala lala", est bien sûr un hymne à Malcolm McLaren, le roi de King's Road, l'épicentre du punk, où se tenait la boutique Sex qu'il avait lancée avec Vivienne Westwood, une rue qui était aussi le terrain de jeu d'Ed et Dan (d'où le nom du label). Je ne comprends pas trop les paroles, mais avec un refrain tel que "On aime Malcolm, même si on doit être les seuls", nul doute que cette ode est des plus sincères et au premier degré.
Leave me, un point de vue différent de la plupart des chansons de rupture, et Stairway to boredom, un slogan punk sur le mode reggae rock dans la lignée du classique des Buzzcocks, sont deux chansons de très bonne tenue, mais ma préférée, avec We love Malcolm, reste Everybody's on Revolver tonite.
Pendant des années, je me suis demandé ce que pouvait bien vouloir dire cette expression "be on Revolver". Pour comprendre, il a fallu attendre que je tombe en préparant ce billet cette semaine sur la description d'une vidéo sur Youtube, qui précise que Revolver était une émission musicale de télé anglaise produite par Mickie Most, qui n'a eu que huit numéros en 1978. Pour le coup, cette chanson, enregistrée une semaine après l'autre, est vraiment le pendant de Part time punks, et on peut penser que les deux titres ont été inspirés au moins en partie par l'une des émissions de Revolver. Là où Part time punks fait référence, entre autres, aux Banshees et à 'O" Level, Everybody's on Revolver tonite cite les Banshees aussi et, en toute logique, TVP's, et les paroles  mentionnent à la fois les "pseudo punks" et les "part time punks".

Les quatre titres de cet excellent petit disque ont été repris en 1992 sur le CD 1977-1980 : A day in the life of Gilbert and George chez RevOla, qui associait rééditions et inédits d' 'O' Level et de Teenage Filmstars. Le CD est ressorti en 2007 chez Artpop, le label d'Ed Ball, avec des titres en plus, mais il ne semble pas être actuellement disponible.


La pochette du tirage original du EP, datant de fin 1978, un feuillet A4, plié ensuite à la bonne taille.
Le disque s'appelait alors clairement The Malcolm EP. Sur la réédition en CD, c'est le titre The Malcolm McLaren life story EP qui est donné, mais sur mon édition du disque, la deuxième, sortie quelques semaines après la première, aucun titre générique n'est mentionné.



Je trouve l'illustration du deuxième tirage très réussie. En voici deux autres exemples trouvés en ligne, en rouge.


'O' Level, We love Malcolm. D'habitude, je choisis de ne pas intégrer des vidéos faites après coup, mais celle-ci est sympa et bien dans l'esprit de la chanson.





18 mai 2013

JULIAN COPE : The greatness and perfection of love


Acquis neuf à Londres peut-être chez Our Price en 1984
Réf : MERX 155 -- Edité par Mercury en Angleterre en 1984
Support : 45 tours 30 cm
Titres : The greatness and perfection of love (Remixed version) -- 24a Velocity Crescent (Debut appearance of this song) -/- Pussyface (Unique to this disc)

(Ceci est le 995ème billet de Blogonzeureux! Le premier, Sixteen tons '65 de Tennessee Ernie Ford, a été publié le 29 octobre 2005.
Pour arriver à la marque symbolique des 1000, les cinq prochains billets constitueront une série spéciale qui s'efforcera d'être à l'image du désordre musical qui a précédé et associera curiosités  plus ou  moins rares et raretés plus ou moins bizarres).

Autant je me souviens de pas mal de promotion et de presse pour la sortie de Sunshine playroom, le tout premier disque solo de Julian Cope, autant j'ai l'impression que la parution de The greatness and perfection of love est passée à peu près inaperçue. Ce deuxième extrait de World shut your mouth, sorti en même temps que l'album, s'est aussi peu vendu que lui. Il servait aussi de promotion à une tournée "mondiale" de douze dates, listées au dos de la pochette, qui reflète bien l'état de la carrière de Cope à ce moment-là, puisque le monde se réduit à l'Angleterre et l'Ecosse !
J'ai acheté ce disque peu de temps après sa sortie, neuf mais déjà soldé, probablement dans un Our Price de la banlieue de Londres.
L'illustration au centre de la pochette correspond, à l'échelle 1, à la pochette du 45 tours. Ce que je ne savais pas à l'époque, c'est que les fonds colorés choisis pour agrandir la pochette à la taille maxi ainsi que la maquette sont repiqués d'un modèle de pochette utilisé par Columbia pour ses 45 tours anglais au début des années 1960 :



Si ce maxi ne contient pas une série de faces B inédites aussi impressionnante que Sunshine playroom,  on a quand même ici un disque d'excellente tenue.
Une bonne première version avec boite à rythmes et orgue de The greatness and perfection of love avait été enregistrée en session pour John Peel dès le 5 février 1983 (incluse en 1993 sur la compilation Floored genius 2). Celle-ci est un remix plutôt réussi de la version de l'album. Avec ses "Bye bye bye bye bye" et sa mélodie, cette chanson est un bijou pop du niveau de ceux que Cope avait produits pendant trois ans pour Teardrop Explodes. Ce qui m'a toujours marqué dans cette chanson, c'est que, contrairement à ce que le titre indique, Cope chante en fait "The greatest impefection is love love love".
En face B, Pussyface est un autre titre de l'album, lui aussi remixé, et là ça sonne un peu plus comme un remix de club, même si ce n'est pas une chanson rapide. Le jeu de basse de Ronnie Francois ici a tendance à me faire penser à  Barry Adamson de Magazine. Cette chanson avait été enregistrée sous le titre Sex en 1982 par The Teardrop Explodes pour son troisième album, un disque qui est finalement sorti en 1990 sous le titre Everybody wants to shag....
Comme indiqué sur l'étiquette, le troisième titre, 24a Velocity Crescent et lui "unique à ce disque" (sauf que depuis il a aussi été inclus dans Floored genius 2).
Il a été enregistré en session le 5 janvier 1984 pour l'émission de radio de David Jensen et il est bien barré, autant voire plus que les faces B de Sunshine playroom. Il y a une base instrumentale assez frénétique, peut-être influencée par le goût de Cope pour le krautrock, et, dans les respirations, Cope balance de mystérieuses imprécations dignes de Magma ou du Rabbi Joseph Gordan.  On saisit des titres comme In-a-gadda-da-vida, When the music's over ou White rabbit, et à la fin vient une explication : "Rock 'n' roll, that's where I'm coming from".
Primal Scream, grands fans de musique s'il en est, on sait aussi d'où ils viennent, et j'ai toujours pensé que les titres de leur deuxième single, Crystal crescent et Velocity girl, ne pouvaient que constituer une référence croisée à l'allumé de Tamworth.