27 octobre 2006

THE SLITS : Return of the giant slits


Acquis dans un Our Price du Grand Londres vers 1984
Réf : 40-85269 -- Edité par CBS en Angleterre en 1981
Support : Cassette
9 titres

J'ai rarement acheté des musicassettes du commerce. Je ne voyais pas l'intérêt de payer cher un support fragile et de faible qualité. Mais là, il s'agissait d'une cassette en soldes, d'un album que je ne trouvais pas facilement en vinyl, et avec des bonus en plus…
J'avais trouvé "Cut", le premier album des Slits, dans l'un des deux bacs de disques d'occasion qui se trouvait pendant des années sous les tables de livres soldés devant la librairie La Belle Image rue Chanzy à Reims, mais en fait je n'ai jamais trop écouté cet album. Non, la chanson qui m'a vraiment fait m'intéresser aux Slits, c'est leur reprise de "Man next door" de John Holt, un reggae post-punk découvert sur la compilation Rough Trade "Wanna buy a bridge ?".
Dennis Bovell coproduit une petite moitié de ce disque, mais il n'y a quasiment pas de reggae ici ("Difficult fun" le titre le plus reggae, n'est pas produit par lui), par contre, il y a une grosse basse sur tout le disque, et des techniques de dub, autrement dit, on a affaire à un son et une ambiance typiquement post-punk, qui peut rappeler People in control, le super-groupe d'un seul disque, le son Rough Trade, ou les disques enregistrés au studio Cold Storage, comme ceux de This Heat.
Il y a un énorme progrès au niveau des vocaux par rapport au premier album, et c'est l'une des grandes réussites du disque (comme sur "Improperly dressed" par exemple)
Le plus proche point de référence me semble être "Odyshape", le second album des cousines les Raincoats, sorti la même année : c'est surtout flagrant pendant la deuxième moitié de "Or what it is ?", sur "Walk about" (qui part en dub à la fin, mais ça s'interrompt très vite, dommage), ou avec le violon de "Difficult fun".
"Earthbeat", la chanson d'ouverture, suffirait à donner son intérêt au disque. On a là la quintessence des Slits : une rythmique tribale (Bruce Smith, du Pop Group, est à la batterie), un son primitif, des vocaux qui semblent remonter aux origines du langage, une véritable musique du monde, élémentale : "Même la terre a le vertige, Même les feuilles éternuent, Même les nuages toussent". Ça n'a rien à voir avec le côté tribal de façade de groupes comme Adam & The Ants & Bow Wow Wow. (la réédition japonaise de l'album en CD propose une version de "Earthbeat" en japonais qui fonctionne encore mieux (les paroles anglaises faisaient déjà référence au Japon) : le chant en japonais sonne à mes oreilles profanes comme un dialecte inconnu, des onomatopées qui conviennent tout à fait à l'esprit de la chanson).
Avec "Face place" c'est autre chose, on est carrément dans les musiques de traverses. Il y a là une grande maîtrise musicale, dans un style difficilement classable. Il y a sûrement la patte de Steve Beresford, qui joue beaucoup sur ce disque (dixit les notes de pochette, très lapidaires).
Les deux titres en bonus de la cassette (en fait les deux faces d'un 45 tours inclus avec les premiers exemplaires de l'album en Angleterre) valent surtout pour l'interview sur une radio américaine : 12 minutes extraits d'une émission qui a dû durer au moins une heure, avec des Slits en pleine tournée et soi-disant fatiguées. Ça ne s'entend pas du tout à l'antenne ! On a droit à du pur rock'n'roll et à un grand moment de radio. Dès qu'il demande la prononciation du prénom de Tessa Pollitt, l'animateur perd le contrôle de son émission, et ensuite les Slits sortent leur ghetto blaster, avec ce qui semble être le son d'un tracteur enregistré sur cassette, et le balancent à fond dans le micro à chaque fois qu'une question ne leur plait pas, et pour faire bonne mesure elles rajoutent souvent un caillon pas possible fait de percussions sur la table du studio et de cris !!! Pour couronner le tout, de nombreux auditeurs sont invités à téléphoner pour poser des questions au groupe, les pauvres, avec de grands moments comme la féministe qui balance son grand discours, le gars qui réussit à obtenir une réponse sérieuse du groupe (ce qui lui vaut de gagner le concours et surtout de recevoir les félicitations des Slits) et surtout, pour finir en beauté, le gars à qui le DJ dit "Vous êtes à l'antenne" et qui répond du tac au tac "Je ne veux pas être à l'antenne"…!
Tout ça est fait avec beaucoup d'humour, et donne une bonne idée de ce qu'étaient les Slits et de leur fonctionnement en tant que groupe. C'est un document d'autant plus rare que les Slits se sont séparées relativement peu de temps après le flop de cet album (mais le groupe s'est reformé récemment avec une partie de ses membres originaux).



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