26 septembre 2010

EL COMBO MODERNO : Seul au monde


Acquis chez Emmaüs à Essey-les-Nancy le 18 septembre 2010
Réf : RC 77 -- Edité par Aux Ondes/Disques Célini en France vers le début des années 1970
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Seul(e) au monde -/- An nous dansé tumbelé (Tumbelé Combo Moderno)

Allez, on clôt, peut-être provisoirement, la série de billets sur les disques trouvés chez Emmaüs Nancy la semaine dernière avec ce disque Célini/Aux Ondes. Depuis Les Maxel's, j'achète systématiquement les disques de ce label quand je tombe dessus à un prix raisonnable. J'en ai maintenant une dizaine, souvent très bons, tous intéressants, même si je ne les chronique pas tous ici, à l'exception du Emile Volel.
Je ne savais pas en achetant ce disque que le tumbelé est la version de la rumba congolaise importée aux Antilles à la fin des années 1960 par Ry-Co Jazz, mais comme j'avais déjà quelques titres sur ce rythme, je le connaissais assez pour savoir que c'est obligatoirement du bon. J'ai donc commencé par écouter la face B An nous dansé tumbélé qui, pour faire une bonne transition avec Le chant de la terre, commence et se termine par le son d'une sirène. C'est effectivement un très bon titre rapide, avec des influences africaines marquées.

Ce n'est qu'ensuite que j'ai écouté la face A. Il faut dire que le titre, Seul(e) au monde, et la description au verso de la pochette, "Slow de Sébastien", font un peu peur. Dès les premières mesures, j'ai su que je connaissais cette chanson. Il m'a fallu toute la durée du titre et encore trois minutes pour mettre le doigt sur le titre, qui était passé du creux de mon oreille au bout de ma langue. Il s'agit de I love the life I'm living, une chanson que j'ai découverte sur une compilation de Slim Harpo au printemps dernier et que j'ai beaucoup écoutée ces six derniers mois. C'est d'ailleurs un titre un peu à part dans l'oeuvre de Slim Harpo, plus pop et moins rhythm and blues. On pourrait presque imaginer quelqu'un comme Dean Martin la chanter.
El Combo Moderno en fait effectivement une version ralentie, façon slow de baloche, adaptée en français avec un chant à deux voix en harmonie. Seul problème, Slim Harpo n'est absolument pas crédité, contrairement aux auteurs de Try a little tenderness, repris en anglais sur un autre 45 tours Aux Ondes par Les Rapaces, un disque qui associait lui aussi un slow et un tumbelé.

A part ce disque, je ne connais rien d'El Combo Moderno, un nom de groupe étonnamment hispanisant pour des antillais, à tel point qu'on pourrait les confondre avec le groupe de salsa du même nom, visiblement plus connu.

25 septembre 2010

LE CHANT DE LA TERRE


Acquis chez Emmaüs à Essey-les-Nancy le 18 septembre 2010
Réf : [sans] -- Edité par Atlas Copco en France dans les années 1970
Support : 45 tours 17 cm
Titres : DORE MODESTI : Chhhttt... -/- MARIO PAGARO : Le rock du roc

On continue de passer en revue les pépites trouvées chez Emmaüs à Nancy avec ce disque publicitaire pour l'entreprise Atlas Copco, dont j'ai ouvert la pochette par simple curiosité. Quand j'ai vu le titre et la description de la face B , "Le rock du roc : un arrangement de Mario Pagaro (mélodie pour sept instruments et marteau-perforateur)", il a rejoint ma pile d'achats sans aucune hésitation !
L'objectif ici est de présenter une gamme d'outils "silencieux". Comme il est écrit, toujours sur la pochette intérieure : "Nous vous présentons ici nos recherches sur le ton de l'humour" et "Quand il s'agit de bruit, le mieux est de se faire entendre. Alors, sur une face... écoutez le silence d'Atlas Copco. Sur l'autre vous découvrirez les rythmes d'Atlas Copco".
Avec une telle présentation, j'étais à peu près sûr que la face A Chhhttt... , présentée comme une création de Dore Modesti, serait une plage de silence complet, une bonne blague que pas mal de gens ont faite au fil du temps. Mais non, en fait il s'agit d'une sorte de reportage sonore à la ville (façon City life de Steve Reich, on va dire pour faire bien) et à la campagne, avec un commentaire publicitaire dit par une femme et un homme qui vise à attirer l'attention sur les problèmes du bruit et sur leur solution : les marteaux-perforateurs dits silencieux. J'en relève quand même le passage suivant, "Aujourd'hui, même nos loisirs sont remplis de bruit. C'est comme une drogue. On en prend même l'habitude.", suivi de la clameur d'une foule et... d'un "sample" d'une version de 96 tears !!
La face B, par contre, est à la hauteur de ce que le titre et la description laissaient espérer. Un bon instrumental au son sixties, avec cuivres et orgue, disons l'équivalent d'un Nino Ferrer de la bonne époque. J'ai juste un petit regret : quitte à faire dans la musique concrète, j'aurais préféré que l'accompagnement de marteau-perforateur soit plus présent et mixé plus en avant. On est loin des débuts d'Einstürzende Neubauten.
Un site marchand, qui propose un exemplaire de ce disque à un prix réduit qui reste malgré tout excessivement prohibitif, décrit Le rock du roc comme un jerk. Certes. Mais pour être plus complet et plus précis, il aurait fallu aussi indiquer, comme le fait Wax FM, que ce jerk est en fait une reprise instrumentale non créditée de Papa's got a brand new bag de James Brown !!!
J'avoue sans honte que ma connaissance très limitée de l'oeuvre de James Brown ne m'avait pas permis d'opérer le rapprochement par moi-même.
Quant à Atlas Copco, la société d'origine suédoise à qui nous devons cette curiosité, elle se porte bien, merci, avec 6 milliards d'euros de chiffre d'affaires et 30 000 employés dans le monde. Au fil du temps, son siège français s'est déplacé de quelques kilomètres, de Franconville à Cergy-Pontoise, mais il est étonnant de constater que le logo de l'entreprise est, lui, resté identique après plus de trente ans.

Le rock du roc est en écoute dans le radio-blog ci-contre.

24 septembre 2010

THE POP PARADERS : Pop time


Acquis chez Emmaüs à Essey-les-Nancy le 18 septembre 2010
Réf : G-348 -- Edité par Gala des Variétés en France vers 1964
Support : 33 tours 17 cm
7 titres

Parmi tous les disques glanés chez Emmaüs à Nancy la semaine dernière, je ne pensais pas initialement que j'aurais envie de dédier une chronique à celui-ci. J'aime bien la collection Gala des Variétés (probablement une étiquette de la Guilde Internationale du Disque), notamment  ce format d'un disque 17 cm (comme un 45 tours) qui s'écoute en 33 tours et compte trois à quatre titres par face. Mais les disques sont soit des compilations de gens très connus (de Ray Charles à Maurice Chevalier), soit des disques de reprises de grands succès, instrumentales ou chantées, par des gens plus ou moins connus (Il y a au moins trois disques chantés par Dominique, la partenaire de Georges Jouvin).
Bref, des disques souvent sympathiques mais rien d'exceptionnel. J'en ai déjà une grosse douzaine mais je ne connaissais pas ce Pop time à la pochette sympathique et au générique appétissant (deux tubes des Beatles et d'autres succès du Merseybeat ou non remontant à fin 1963-début 1964). Il faut dire le nombre de ces demi-albums Gala des Variétés est beaucoup plus important que ce que je pensais : Encyclopédique en liste rien moins que 63, sortis moins de dix ans.
La version anglaise de cette collection s'appelle Pop Parade. Il y a des disques qui sont strictement identiques d'un pays à l'autre mais il y a surtout un beau méli-mélo de titres de disque, de photos de pochette et d'interprètes qui doit constituer un beau casse-tête pour les collectionneurs. Par exemple, Dance with me... a la même pochette que Dansez avec moi..., mais le disque anglais est interprété par les Roland Shaw Strings alors que le français est crédité à l'Orchestre des Champs-Elysées avec la chanteuse Dominique...
Pop time est lui crédité aux Pop Paraders, comme le nom l'indique un orchestre maison anonyme, accompagnés par trois chanteurs, Herbie Coleman, Travers Crawford et Hugh Bryant.
On trouve ici des versions tout à fait compétentes, avec souvent un bon son de guitare de She loves you et I want to hold your hand, Glad all over du Dave Clark Five, 24 hours from Tulsa de Gene Pitney, Hippy hippy shake (repris par les Swinging Blue Jeans fin 1963), You were made for me de Freddie and the Dreamers et Needles and pins, créé par Jackie DeShannon en 1963 et repris par les Searchers en 1964.
J'étai en train d'écouter le premier titre, She loves you, plus ou moins distraitement, quand tout d'un coup j'ai dressé l'oreille. Une voix impressionnante, très basse et très profonde, venait d'entonner "And you know that can't be bad" d'une façon qui sort immédiatement l'interprétation de l'ordinaire. Du coup, je me suis mis à chercher des informations sur les trois chanteurs et j'ai vite découvert que, pour le coup, ce sont loin d'être des anonymes.
En effet, Herb Coleman, Traverse Crawford et Hugh Bryant constituaient avec Lee Gaines la formation des Delta Rhythm Boys au moment où ce groupe vocal américain s'est installé en Europe à la fin des années 1950. Et à ce moment, le groupe avait déjà une sacrée carrière et un immense succès derrière lui puisqu'il s'est formé en 1934 (Gaines et Crawford étant deux des membres fondateurs) et a débuté sa carrière discographique en 1940 ! Il s'agit de l'un des plus grands groupes vocaux pré-doo wop qui a été très populaire sur scène, au cinéma (quinze films de 1940 à 1956) et à la radio. Malheureusement pour eux, leur postérité est handicapée par le fait qu'ils n'ont eu qu'un tube aux Etats-Unis, Just A-Sittin and A-Rockin. Un autre de leurs titres populaires est Dry bones.
Une fois installé en Europe, le groupe a poursuivi sa carrière, principalement en France, où ils ont sorti un bon paquet de disques (dont un au Gala des Variétés, sorti chez Pop Parade avec une pochette différente). Je ne connais pas du tout les disques des Delta Rhythm Boys, mais si j'en crois le sublime scopitone de Come softly to me, ils étaient encore à leur meilleur niveau pendant leur carrière européenne.
La suite de l'histoire est malheureusement tragique. Herb Coleman s'est fait tirer dessus à Paris en 1974 et est mort dans les bras de Lee Gaines. L'année suivante, c'est Traverse Crawford qui est décédé. En 1987, Lee Gaines est mort à Helsinki à 73 ans. A son enterrement, Hugh Bryant a chanté He will understand and say well done... avant de s'effondrer et de mourir sur le coup, apparemment d'une crise cardiaque ! C'est cet événement, filmé par NBC, qui a ponctuellement remis les Delta Rhythm Boys à la une aux Etats-Unis.

She loves you est en écoute dans le radio-blog ci-contre. 
A lire chez Perfect Sound Forever, une interview passionnante de 2001 avec Carl Jones, membre des Delta Rhythm Boys des années 40 à la fin des années 50. 


L'édition anglaise de Pop time. Cette photo a été utilisée en France pour un autre disque Gala des Variétés, Beat time !

23 septembre 2010

CHANTS ET DANSES DES NOUVELLES-HEBRIDES - ILE VATE


Acquis chez Emmaüs à Essey-les-Nancy le 18 septembre 2010
Réf : AS 71175 -- Edité par MF en France dans les années 1960
Support : 33 tours 17 cm
Titres : Avec le "Bambou-Lagon" -- Chant d'amour -/- Chant célébrant les charmes de l'île de Vaté -- Chant de bienvenue, d'amitié et de départ

En week-end à Nancy, notamment pour assister à un concert de Jeffrey Lewis, je m'étais réservé un temps pour passer chez Emmaüs le samedi et un autre pour arpenter deux vide-greniers le dimanche.
Si les vide-greniers d'Essey et de Boncourt-sur-Meuse ont été plutôt décevants, ma récolte chez Emmaüs a été presque miraculeuse. En quelques minutes, alors que le rayon des 45 tours n'était pas d'une taille énorme, j'en ai sélectionné une quinzaine, dont quelques-uns, c'était d'emblée évident, finiront par être chroniqués ici. J'ai bouclé l'affaire en trouvant au dernier moment, alors que j'avais failli le rater et que j'étais revenu en arrière de quelques disques, un superbe album années 60 de Tahiti par Eddie Lund et ses Tahitiens.
Pour tout dire, ce disque-ci est le premier sur lequel mes yeux se sont posés en arrivant. Pendant longtemps dans le passé, il m'aurait laissé parfaitement indifférent mais mes goûts et mes intérêts se sont fortement diversifiés.
Ces enregistrements sont des documents recueillis par Maurice Bitter lors de ses voyages en Océanie. Il a publié de nombreux livres les relatant, dont Iles merveilleuses du Pacifique en 1976, et aussi des disques. On voit assez souvent ceux concernant Tahiti et la Polynésie, mais je n'en connaissais pas venant de Mélanésie (L'archipel des Nouvelles-Hébrides constitue depuis 1980 un état indépendant, la République de Vanuatu. La capitale se situe sur l''île Vaté, appelée également Efaté).
Maurice Bitter s'en excuse presque dans les notes de pochette, en justifiant l'authenticité de la musique produite par les jeunes musiciens, mais ce disque a été enregistré sur l'esplanade de l'hôtel Le Lagon. Cet exemplaire du disque a lui fait au moins une fois un tour du monde complet : fabriqué en France, il a été acheté en souvenir de l'île Vaté sur place par un marin du porte-hélicoptéres français "Jeanne d'Arc" le 30 janvier 1974.
Ces chants, accompagnés à la guitare ou au ukulélé, ne sont pas très différents des chants tahitiens, à un instrument près, dont Maurice Bitter détaille la description au dos de la pochette : "L'instrument que vous entendez et qui ressemble curieusement à une contrebasse n'a en réalité pas de nom. Il est composé de 12 bambous évidés, attachés ensemble et de taille croissante. Ils vont de un mètre à trois mètres environ. Cette sorte d'orgue tropical est manié par un jeune garçon qui en joue... en frappant sur les trous de bambou avec une vieille savate. Et voilà ce qui donne cette musique assez proche du jazz ma foi et réellement mélodieuse."
La description me disait quelque chose et cela a été confirmé à l'écoute dès les premières notes : cet instrument, dont le son très particulier fait effectivement tout le sel (marin) de ces enregistrements, est le même ou un très proche cousin de l'ensemble de douze tuyaux pilonnants que j'ai entendu il y a quelques temps sur un CD en accompagnement de l'ensemble de flûtes de Pan 'aré'aré des Îles Salomon.
En fouinant, j'ai trouvé la trace d'un autre 33 tours petit format chez MF enregistré par Marurice Bitter sur l'île Pentecote. Je pense que ce sont ces deux petits disques qui constituent l'album Chants et des danses des Nouvelles-Hébrides édité chez Visages du Monde.

Deux des titres de ce disque sont en écoute dans le radio-blog ci-contre.




La pochette de l'album des enregistrements recueillis par Maurice Bitter.

17 septembre 2010

OUM JEAN, PAULA ISIDORE, MBOO FERDINAND ET SON ORCHESTRE : Folklore du Cameroun


Acquis auprès de Dorian Feller à Villedommange le 10 septembre 2010
Réf : 424.801 BE -- Edité par Philips en France dans les années 1960
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Matoa - Mandjombi -- Hingondabidjou -/- Paula - Bassa -- Angonda - Gwes - Me

Dorian Feller achète tellement de disques qu'il ne peut tous les conserver. En plus de ceux dont ils m'a fait cadeau (dont un superbe album des Barefoot Boys avec Loma), j'en ai sélectionné trois vendredi dernier dans les caisses de ceux qu'il s'apprêtait à vendre sur un vide-grenier : deux maxis de Jona Lewie et des Talking Heads (The lady don't mind, pour faire pendant à And she was) et ce 45 tours de musique camerounaise sur lequel je me suis jeté dès que je  l'ai aperçu.
En effet, avec Philippe R., depuis notamment qu'on a écouté des compilations de rumba congolaise et d'autres rééditions, on guette sur les vide-greniers les disques africains, mais ils ne sont pas légion (peut-être parce qu'ils commencent à être recherchés) et les quelques-uns que j'ai trouvés depuis deux ou trois ans ne sont pas renversants.
Celui-ci est beaucoup plus intéressant. Enregistré au Cameroun, édité en France vers 1965, il a été acquis par l'un de ses précédents propriétaires en Cote d'Ivoire, en avril 1970. Voilà un disque voyageur !
J'ai trouvé la mention "Folklore du Cameroun" uniquement sur la tranche du disque et j'ai bien l'impression qu'il s'agit effectivement d'enregistrements de terrain de chanteurs et de musiciens. En tout cas, il semble bien que ceux dont les noms sont mentionnés sur la pochette n'ont pas publié d'autre disque dont on trouverait aujourd'hui la trace sur internet. D'ailleurs, la typographie est tellement fichue que j'hésite encore sur le nom du ou des chanteurs. J'ai décidé qu'il y en avait deux (et il y a bien au moins deux vois sur le disque), Oum Jean et Paula Isidore, sauf que, étant donné qu'il n'y a pas de voix féminine, ce dernier nom désignerait un homme et pas une femme.
La photo, elle, créditée au Ministère de la France d'Outre-Mer, ne représente sûrement pas les gens qu'on entend sur le disque.
Les quatre titres sont dans un style assez uniforme (deux d'entre eux sont en écoute dans le radio-blog ci-contre) à base de chant donc (plus du sifflement sur le troisième titre), de guitare acoustique et de percussions, principalement du tam-tam, agrémenté de pièces métalliques pour le premier titre et d'une bouteille frappée pour le second.
Il est précisé sur le disque que l'enregistrement concerné est en langue Bassa du Cameroun. Du coup, je me demande si le genre musical capté ici n'est pas une forme traditionnelle d'assiko, une musique à base de guitare et de percussions, comme le précise le site Zic Trad, l'assiko étant aussi une danse du pays Bassa.
Dans sa version modernisée, l'assiko s'est électrifiée. Son porte-drapeau était Jean Bikoko Aladin, qui est mort cet été.
Voilà en tout cas un disque excellent, pas si éloigné dans l'esprit de ceux de P'tit Frère ou Emile Volel. Je me méfie un peu des comparaisons un peu trop rapides que je pourrais être amené à faire dans un domaine musical que je ne maîtrise pas, mais quand je lis chez Zic Trad que la musique camerounaise prend parfois un rythme syncopé de beguine qui donne l'impression que c'est une musique des Antilles, je me dis que je ne me plante pas complètement.

12 septembre 2010

LOW : The great destroyer


Acquis par correspondance avec un abonnement à Magnet Magazine en 2005
Réf : ADVSP 643 -- Edité par Sub Pop aux Etats-Unis en 2005 -- Not for sale. Surrender on demand
Support : CD 12 cm
13 titres

Après être passés de Low de Bowie à Bowi de Lowe, continuons notre chemin avec Low, de Duluth, Minnesota (Je précise quand même qu'il m'a fallu presque deux jours après avoir décidé d'enchaîner ces deux billets pour me rendre compte que ça fonctionnait parfaitement. J'ai retenu ça de mon expérience à la radio ou comme compilateur : la part de chance et de hasard est très grande dans les enchaînements les mieux réussis). Peut-être que ça incitera Nick Lowe à continuer le jeu de la disparition en sortant un disque intitulé Th grat dstroyr pour répliquer à Low ? Pour l'heure en tout cas, c'est Robert Plant qui m'a poussé à réécouter ce disque (qui traînait depuis au moins deux ans sur l'une de mes nombreuses piles, celle des "à réécouter avant de ranger", dans ce cas précis) en reprenant deux titres de The great destroyer sur son nouvel album, Band of joy.
Je dois dire que, après l'avoir laissé macérer de longs mois, j'apprécie bien mieux The great destroyer maintenant qu'au moment de sa sortie. Comme beaucoup d'amateurs du groupe, j'imagine, j'avais été surpris à l'époque de voir le son de Low se normaliser en quelque sorte pour cet album co-produit par Dave Fridmann (réputé pour son travail avec les Flaming Lips et Mercury Rev). Les tempos s'accélèrent, les guitares sont plus saturées et plus présentes. J'ai eu l'impression que Low perdait un peu son identité pour se mouler dans un style pop-grunge.
Aujourd'hui, mon sentiment est que, certes, certains des titres de cet album, comme California, Everybody's song ou Step, ne dépareraient pas sur des disques des Posies, de Velvet Crush, de R.E.M. ou de Sugar, mais premièrement, dans cette catégorie ils sont de très bonne qualité, et deuxièmement, ils conservent la plupart du temps certaines des marques de fabrique du groupe (comme le chant en harmonie d'Alan Sparhawk et Mimi Parker, à la fin de California par exemple) qui font que ça reste immanquablement du Low.
D'autres excellents titres, comme Silver rider, When I go deaf, Cue the strings ou Death of a salesman, conservent le rythme lent caractéristique de Low, mais les bidouillages qui ont fait la réputation de Dave Fridmann sont souvent présents et les guitare saturées ne sont jamais loin, comme dans la deuxième partie de When I go deaf.
Low a dû annuler une partie de la tournée qui a suivi la sortie de cet album car Alan Sparhawk traversait une période de sombre déprime, accentuée par la vie en tournée. Après coup, on peut repérer dans les paroles de ce disque des indices de cet état d'esprit, notamment dans les deux chansons où il est fait explicitement référence au travail d'auteur-compositeur, When I go deaf ("Quand je serai sourd, j'arrêterai d'écrire des chansons, de raturer des vers, je n'aurai plus à penser, et ça n'aura plus à rimer") et Death of a salesman, dont je pourrais citer tout le texte, où il est question d'écrire des chansons, d'arrêter sur le conseil d'amis qui disent que l'avenir est dans les maths, pas dans la chanson. Ceci fait, les enfants sont nourris, mais le narrateur oublie ses chansons et brûle sa guitare de rage, avant de trouver le repos auprès de sa mie.
Heureusement, Low et Alan Sparhawk n'ont pas renoncé. Après Drums and guns en  2007, qu'il faudra aussi que je réécoute, Sparhawk a notamment été actif au sein de Retribution Gospel Choir. Quant à Low, que je trouvais très discret ces derniers temps, ils vont tourner cet automne en Australie et en Europe (mais pas en France, apparemment).

J'ai eu  cet album grâce à un abonnement à Magnet, un magazine américain. Pendant plusieurs années, pour un prix imbattable de 25 $ (mais à condition de ne pas être pressé car la revue mettait deux bons mois à arriver par voie de surface), j'ai reçu six magazines par an accompagnés chaque fois d'une compilation vingt titres, de jeunes groupes pour la plupart. Et à chaque renouvellement d'abonnement on avait la possibilité de choisir un CD cadeau dans une liste. C'est comme ça que j'ai eu ce disque, donc, et le Okkervil River.
En 2008, Magnet a sorti un numéro spécial avec Nick Cave en couverture pour fêter ses 15 ans. Depuis, la parution papier semble s'être arrêtée, sans qu'aucune annonce n'ait jamais été faite (particulièrement aux abonnés en cours dont je suis). A part ce manque d'information, ça ne me surprend pas vu les difficultés de la presse indépendante. On peut se consoler en consultant le site de Magnet, qui est lui resté très dynamique avec une mise à jour quotidienne  et un rédacteur en chef invité chaque semaine (Stuart Moxham l'a été récemment).