11 juillet 2010

NINO FERRER : Je veux être noir


Acquis sur le vide-grenier de Montcetz-Longevas le 4 juillet 2010
Réf : 121 104 -- Edité par Riviera en France en 1966
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Je veux être noir -/- Si tu m'aimes encore (It's a man's man's man's world)

Ce jour-là, après Cramant, j'avais calé mon itinéraire sur le calendrier des vide-greniers. Pour Montcetz-Longevas, celui-ci précisait qu'il s'agissait de la première manifestation de ce type organisée dans le village, ce qui promet généralement une probabilité un peu plus grande de bonnes affaires.
Montcetz, ça fait grosso modo trente ans que je n'y pas passé autant de temps, depuis les boums lycéennes rendues possibles grâce à une copine de classe  qui pouvabit nous avoir un accès gratuit à la salle municipale. Mais ça fait longtemps que cette vieille salle, dont les murs dégoulinaient d'humidité dès que l'ambiance montait, a été remplacée par un bâtiment plus grand.
La brocante était plus grande que je ne l'avais espéré, très familiale, alors que le soleil tapait déjà fort sur la rue principale où elle avait lieu.
J'y ai trouvé des disques à plusieurs stands dont, bizarrement quand même, le CD américain du premier album des Flat Duo Jets (à 50 centimes), un groupe que j'ai vu aux Transmusicales en 1994.
Au stand où j'ai fait mes premiers achats, il y avait une grosse poignée de 45 tours sixties, dont plusieurs portaient une mention indiquant que leur utilisation était réservée aux exploitants de juke-box. J'en ai extrait deux disques, un beau 45 tours sixties avec pochette en couleurs d'Ella Fitzgerald chez Reprise (Get ready) et ce deux-titres sans pochette de Nino Ferrer.
Ce n'est pas écrit dessus, mais je sais que ce disque a lui aussi été édité à destination des juke-boxes, ne serait-ce que parce qu'il y avait justement un 45 tours deux tubes (Mirza et Les cornichons) de Nino Ferrer à  la référence Riviera 121 quelque chose dans le lot de disques de juke-box qu'un oncle avait offert à notre famille au début des années 70.
On trouve donc ici les deux titres de la face A du EP Je veux être noir de 1966, EP extrait tout entier du premier album de Nino Ferrer, un album qui n'est pas comme on aurait pu le penser une compilation des premiers tubes mais officiellement un Enregistrement public. J'écris "officiellement" car il parait clair à l'écoute de ce 45 tours, vues notamment l'exceptionnelle qualité technique de l'enregistrement et la grande discrétion des cris et applaudissements de fans, qu'on a ici un "faux live" typique, comme l'époque en a beaucoup produit (une intuition partagée avec les rédacteurs de Wikipedia). Mais, studio ou live, le principal c'est évidemment que les deux chansons ici présentées sont excellentes.
Côté musique, pas de surprise ni vraiment d'originalité. Le "nouvel orchestre" de Nino Ferrer joue soul et rhythm and blues façon Stax, mais il le fait excellemment, comme peu de formations françaises étaient capables de le faire en 1966. Il y a du rythme, du coeur, de la technique, de l'âme. C'est excellent.
Quant à Nino Ferrer, même s'il exprime sur Je veux être noir son regret de ne pas avoir la voix d'un chanteur noir, il chante parfaitement bien, utilisant à bon escient ses propres qualités vocales et prouvant par la même que le français peut parfaitement s'adapter au rhythm and blues (tout comme au rock d'ailleurs, quoi qu'en disent certains).
Nouvelle preuve encore en face B, avec l'exploit de réussir à ne pas se planter en reprenant en français It's a man's man's man's world de James Brown. Là encore, c'est parfaitement dosé. Nino n'en fait pas trop et n'essaie surtout pas de se mesurer au Parrain de la soul. Quant aux paroles, elles restituent une bonne partie de l'esprit de la chanson, sans chercher à fournir une traduction littérale. Au bout du compte, Si tu m'aimes encore finit par évoquer un des titres fétiches de Nino Ferrer, Pour oublier qu'on s'est aimé, un titre qu'il a publié au moins quatre fois au cours de sa carrière.
Pour revenir à Je veux être noir, on se souvient qu'en 1978, Lou Reed a enregistré sur Street hassle une chanson intitulée I wanna be black., aux paroles provocatrices poussant les stéréotypes à l'extrême ("Je veux être noir, avoir le rythme dans la peau et faire gicler mon foutre à six mètres").
Et quitte à enregistrer ce disque soi-disant à l'Ambassy de Dijon, comme il est indiqué au dos de la pochette du EP Je veux être noir, Nino et sa bande auraient peut-être pu pousser une centaine de kilomètres plus au sud, jusqu'à Mâcon, qu'on aurait pu considérer comme l'équivalent français de Macon, Géorgie, la ville d'Otis Redding !

5 commentaires:

Christophe a dit…

Sans aucun doute un titre qui m'avait définitivement vissé à Nino, tardivement découvert (j'avais 16-17 ans) mais aussitôt conquis.

2 remarques :

Sans ambiguïté, il s'agit aussi pour moi d'un faux live, une sorte d'hommage inspiré aux bribes d'émissions des grands réseaux télé qui devaient sûrement inspirer les mods européens (enfin, c'est ma perception de ce qui a pu se passer dans la tête des producteurs).

Les paroles : elles sont outrageusement provocatrices, et n'étant pas né à l'époque, je me demande comment ce morceau a t-il été vécu alors. Les radios l'ont-elles autant passer que d'autres ?

Reste un ep à la pochette sobre qui est posée debout sur mon Teppaz dans une petite niche d'étagère, sorte d'autel de mes passions, et qui n'a pas décarré de cet endroit depuis plus de 15 ans maintenant, malgré déjà 5 déménagements de cette étagère.

Pol Dodu a dit…

Christophe,
Pour ma part, autant on chantait tous "Le téléfon" dans la famille fin 60's/début 70's, d'autant plus qu'un de mes oncles s'appelait Gaston, autant je n'ai entendu "Je veux être noir" que dans les années 80 quand je me suis offert une compile de Ferrer.
Je ne suis pas sûr du tout que les paroles de cette chanson ont pour vocation première à provoquer. Il y a bien sûr l'humour habituel chez Ferrer et sûrement la volonté de choquer un peu le bourgeois, mais pour ma part je ressens la chanson avant tout comme un hommage sincère d'un fan de soul/rhythm and blues aux interprètes de cette musique.
Je ne sais pas quel a été le succès de cette chanson et si elle passait souvent à la radio, ce qui est sûr c'est que les plus gros tube sixties de Nino Ferrer ont été "Le téléfon" et "Mirza".

Ppcaillou a dit…

j'arrive un peu tardivement mais je confirme que Nino a chanté "Je veux être noir" à l' Ambassy dans les années 66/67 ... maintenant je ne peux pas jurer que le disque est l'enregistrement de cette soirée, je ne m'entends pas crier yeah yeah ! ...

Pol Dodu a dit…

Tout le monde, y compris Requiem pour un twister, qui a récemment chroniqué "Enregistrement public", semble penser que c'est du studio maquillé en enregistrement de concert, mais c'est intéressant d'avoir le témoignage d'un spectateur de l'Ambassy de Dijon !

Anonyme a dit…

Ce fut un gros succès, il passait sur les radios, dans toutes les "boums", au hit parade je ne sais plus , rien d'outrageux dans le texte à l'époque c'était évident que ça parlait de musique et pas de racisme. Par contre je ne connais que le single et j'ai pas souvenir du ep
Ph

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