17 juin 2026

EDWARD SHARPE AND THE MAGNETIC ZEROS : Home (Demo)


Consulté la première fois sur YouTube le 14 avril 2026
Réf : CSD7 1401 -- Édité par Community Music / Fairfax Recordings aux États-Unis en 2009
Support : 1 fichier FLV
Titre : Home (Demo)

Plusieurs fois ces derniers temps, j'ai repensé à Home d'Edward Sharpe and the Magnetic Zeros, une des grandes chansons joyeuses des années 2000, et je me suis dit que ça serait bien de me la procurer en single pour la chroniquer ici.
Oui mais voilà, on est au 21ème siècle, et si Home est bien le titre le plus populaire du groupe, si une vidéo a été tournée pour en faire la promotion, il n'y a pas eu de single commercialisé pour cette chanson tirée d'Up from below, leu premier album. Tout ce qu'on trouve sur Discogs, c'est plusieurs versions promo en CD-R. Si j'étais tombé dessus à l'époque, dans la cave de Record and Tape Exchange à Londres ou chez Gilda à Paris, j'aurais été content d'en acheter un pour pas cher, mais je ne vais pas payer plusieurs euros port compris pour un disque gravé qui ne passe sûrement plus et une pochette papier imprimée maison.
Mais quand même, à force de recherches, j'ai découvert que, en face B de Simplest love, le premier 45 tours du groupe, on trouve une version démo de Home. Là, port compris, on est à plus de 50 € pour les exemplaires actuellement en vente sur Discogs, donc pas question non plus d'acheter ce disque, mais la chanson est sur YouTube, alors j'ai pu l'écouter, la mettre sur ma compilation La colère des imbéciles, et je peux maintenant vous en parler aujourd'hui.

Edward Sharpe and the Magnetic Zeros  était un collectif folk-rock néo-hippie comme il y en a eu quelques-uns à la même époque.
Home, dans sa version album, est une chanson au rythme entraînant, lancée par des sifflements. Pour le chant, c'est un duo féminin/masculin. Sur les couplets, ils chantent l'un après l'autre en se répondant (dans le genre, ça me rappelle notamment Melon Galia). Sur le refrain, ils sont rejoints par leurs potes du groupe et on a immanquablement envie de chanter tous ensemble.
C'est une chanson d'amour aux paroles drôles, avec une grande complicité entre les chanteurs. On a l'impression que c'est du vécu, notamment parce qu'ils utilisent leurs véritables prénom (Alexander et Jade) dans la partie parlée, qui est l'un des grands moments de la chanson.

La version démo de Home est très bien. Tous les éléments intéressants sont déjà présents, y compris les anecdotes parlées. Le refrain est peut-être un peu mou du genou par rapport à la version disque, mais sinon on se demande si c'était bien utile de la réenregistrer pour l'album. J'ai souvent cette impression à l'écoute de démos, comme celles de Stax et j'apprécie la spontanéité de "premières versions" de classiques comme Moon River ou Hit the road Jack.

Question fraîcheur, regardez la version de Home pour Road trippin' with Ice Cream Man (ci-dessous), enregistrée en acoustique, en direct et en plein air sur le site d'un festival, proche dans l'esprit de la prestation de l'Orchestre Tout Puissant Marcel Duchamp qu'on écoutait la semaine dernière.

Home n'a pas eu un énorme succès commercial au moment de sa sortie, mais la chanson a été reprise de nombreuses fois depuis, et elle est souvent utilisée comme musique de film ou de pub, sans parler de diffusion virale sur les réseaux. Apparemment, une publicité Peugeot de 2013 a fait beaucoup pour son succès en France


Edward Sharpe and the Magnetic Zeros, Home, en direct en 2013 pour Road trippin' with Ice Cream Man.


La vidéo de la version de Home de l'album Up from below.


Edward Sharpe and the Magnetic Zeros pour un concert Tiny Desk de NPR Music. Trois chansons, dont Home au milieu..

14 juin 2026

THE OSMONDS : Crazy horses


Offert par Claire B. à Châlons en Champagne le 1er décembre 2024
Réf : 2006 142 -- Édité par MGM en Belgique en 1972
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Crazy horses -/- That's my girl

J'ai rarement été autant surpris par les premières secondes d'un disque. Il faut dire que, en mettant ce 45 tours sur la platine, je m'attendais à entendre de la pop bubble gum. Je connaissais les Osmonds surtout de réputation; à l'époque de leurs succès au début des années 1970, j'enviais surtout le petit frère Little Jimmy Osmond, et d'autres jeunes stars comme René Simard ou Roméo.
De la pop légère, les Osmonds en faisaient, mais c'était avant leur sixième album, en 1972. Là, la chanson-titre Crazy horses démarre par quelques secondes d'un son strident, puis c'est carrément un riff de hard rock bien lourd qui démarre. Quand le chant arrive, il est dans la même tonalité. Je ne m'y attendais tellement pas que j'ai vérifié deux fois si le disque et la pochette correspondaient bien !

Ce disque fait partie d'un paquet de plus d'une vingtaine de 45 tours offerts par ma sœur, dont certains comme celui-ci ont été ramenés d'un séjour en Belgique.
La pochette est un beau ratage. Le label a repris celle de l'album, mais en monochrome en lieu et place de la quadrichromie. Du coup, le titre de la face A, qui était sur la pochette originale, se retrouve presque invisible, en fumée bistre sur fond bistre. Comme en plus le titre de la face B, comme le nom du groupe, est en blanc, au premier coup d’œil on ne voit que ces informations.

Un peu à la manière des Monkees, Crazy horses est le premier album où les Osmonds se sont imposés vis à vis de leur label et ont obtenu d'écrire et interpréter eux-mêmes leurs chansons.
Le son aigu si particulier dans l'intro est obtenu à partir de la "bande portamento" d'un orgue Yamaha YC-30.
Il y a une originalité dans le son de rock lourd de ce disque : l'intégration réussie de cuivres aux guitares sur le refrain, qui sont arrangés par le bien nommé Jim Horn !
Le tout est bouclé en 2'30, pas mal, surtout pour l'époque.
Pour la photo de pochette, le groupe est pris en photo dans une casse auto. C'est parce que les chevaux fous en question sont les voitures polluantes, qui ne manquaient pas en Amérique et qui se multipliaient. Ça ne s'est pas amélioré dans le demi-siècle qui s'est écoulé depuis, et les paroles ("Si elles continuent à rouler, alors c'est entièrement de notre faute") restent d'actualité. 

La face B, That's my girl, également tirée de l'album, n'est pour le coup pas du tout surprenante. C'est une chanson lente, avec envolées de cordes et de cuivres, chœurs et tout ça. Je ne l'écouterai pas deux fois !

Crazy horses a été un grand succès, mais le hiatus entre le son du disque et l'image du groupe est impressionnant. Gros son rock ou pas, avec les Osmonds on est en plein show business. Il y a des mouvements chorégraphiés, et surtout, pour leurs tenues de scène à paillettes, ils ont suivi le conseil d'Elvis et se sont adressés à son tailleur préféré Bill Belew. C'est à la mode de l'époque, mais ça pique et je ne peux m'empêcher de les trouver plutôt ridicules.

Le single a été réédité en 1995 en Angleterre dans une version remixée techno par Utah Saints. En 2025, Dave Audé a fait une version "Future rave". Autant rester sur la plutôt bonne surprise de la version originale...!




The Osmonds, Crazy horses, en direct en 1972 dans l'émission Beat-Club de la chaîne Erstes Deutsches Fernsehen.




La pochette de l'édition française de ce single. Un disque qui a dû se vendre énormément : je l'ai vu en vente des centaines de fois ces trente dernières années.

10 juin 2026

ORCHESTRE TOUT PUISSANT MARCEL DUCHAMP : Coagule


Consulté la première fois sur YouTube le 1er juin 2026
Réf : [sans] -- Édité par Orchestre Tout Puissant Marcel Duchamp en Suisse en 2026
Support : 1 fichier FLV
Titre : Coagule

Depuis quelques temps, l'ami Philippe R., en terme de musiques nouvelles, s'intéresse principalement aux performances en direct, souvent acoustiques, à l'esprit spontané, parfois familiales ou amicales. De la musique jouée dans une cour de maison en Afrique, dans un salon aux États-Unis, ou un vendredi au marché d'Uturoa.
C'est lui qui m'a signalé cette toute récente vidéo de l'Orchestre Tout Puissant Marcel Duchamp qui interprète en direct Coagule, une chanson de son dernier album en date, Ventre unique.

J'ai eu la chance de voir trois fois l'OTPMP en concert. D'abord sous chapiteau au Ptit Faystival en 2012 (où j'étais allé pour Patrik Fitzgerald et où j'ai découvert Arlt), en salle à Reims en 2014 et en plein air à Châlons en 2021 pour le meilleur festival de la Marne, les Musiques d'Ici et d'Ailleurs.

La vidéo est tournée à Genève, la ville d'origine de l'Orchestre, dans un lieu nommé Porteous. Ce n'est évidemment pas par hasard si ce lieu a été choisi. Cette ancienne station d'épuration est réinvestie depuis 2018 par un collectif qui y développe un projet de transformation culturelle et sociale.

Il y a sûrement de l'électricité à Porteous, mais pour l'occasion, l'OTPMD a choisi de jouer dehors, sans amplification ni instruments électriques.
La formation compte 18 membres. Ils n'ont jamais été aussi nombreux quand je les ai vus en tournée. Nombreux, certes, mais il n'y a rien de surchargé dans l'excellente chanson qu'est Coagule. Chacun apporte sa pierre à l'édifice, tout le monde participe, personne ne se met en avant.

Le chant lui aussi est collectif, avec des paroles marquantes : une question macro-existentielle, "C'est assez inédit comme forme de tristesse, l'extinction d' l'espèce", et puis "Nous aussi on touche le fond", "On ne comprend plus bien l'intérêt qu'on avait autrefois à obéir"...
La phrase qui comprend à la fois le titre de la chanson et celui de l'album se situe dans la suite de ces paroles, mais elle pourrait évoquer aussi l'Orchestre lui-même, voire le projet Porteous : "Pour le moment, on coagule dans un ventre unique, on s'agglomère autour d'un rêve commun".

C'est un très bon moment de musique vivante. Pour en vivre d'autres, rendez-vous par exemple le 20 juin à Virieu le Grand dans l'Ain pour fêter la musique avec l'Orchestre Tout Puissant Marcel Duchamp. 




La version de Coagule de l'album Ventre unique (2024).

06 juin 2026

JUNIOR PARKER : Love my baby


Acquis sur le vide-grenier de Recy le 31 mai 2026
Réf : CEP 104 -- Édité par Charly en Angleterre en 1978
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Love my baby -- Mystery train -/- Feelin' good -- Fussin' and fightin' blues

Je devais passer par Recy en début d'après-midi. Même à cette heure tardive, ça valait le coup de s'y arrêter, d'autant que la brocante était plus grande que dans mon souvenir. Il n'y avait pas beaucoup de disques, comme c'est presque systématiquement le cas ces temps-ci, mais j'ai quand même acheté deux 45 tours à 1 € sur deux stands familiaux, qui proposaient chacun une boite à chaussures de quelques disques par ailleurs inintéressants.
Celui-ci, avec sa pochette colorée, j'ai cru un instant que c'était un disque de Ray Parker Jr que je ne connaissais pas. Mais quand j'ai vu la mention "Mystery train" j'ai tout de suite su qu'il n'y avait rien à voir avec les années 1980 ou la musique du film SOS Fantômes !

Mystery train, quand on lit ça, on pense à Elvis Presley et, pour beaucoup de ma génération à Peter Guralnick, puisque c'est le titre de son livre paru initialement en 1975, avec un chapitre entièrement dédié à cette chanson.

Ce super EP que j'ai trouvé est l'une des rares rééditions en 45 tours des quatre titres publiés de Junior Parker publiés par Sun Records en 1953 (quatre autres ont été enregistrés et sont restés inédits à l'époque). Ce disque devrait d'ailleurs être crédité à Little Junior's Blue Flames, puisque c'est sous ce nom que sont sortis les deux singles originaux, en 78 tours et 45 tours.
Cette réédition est une publication du label anglais Charly, fondé en France par Jean-Luc Young. On est à l'époque encore au début de leur gros travail de réédition des grands titres du rock and roll. C'est l'un de la vingtaine d'EP publiés dans leur collection A jukebox giant, avec des pochettes très réussies dessinées par Mike Davidson (Je n'ai trouvé aucune information à son sujet). Les notes de pochette érudites sont signées par un autre des premiers historiens du rock, Charlie Gillett, auteur dès 1970 de The sound of the city, traduit en deux volumes chez Rock & Folk / Albin Michel : Histoire du rock 'n' roll : 1. La naissance et Histoire du rock 'n' roll : 2. L'apogée.

Junior Parker (1932-1971) était un chanteur et harmoniciste associé à la scène blues de Memphis. Sa spécificité était d'avoir un style de chant assez doux pour un chanteur de rhythm and blues.
Il a joué avec Howlin' Wolf et a été soutenu par Sonny Boy Williamson II. Repéré par Ike Turner, il enregistre son premier disque chez Kent en 1952, avant les deux disques chez Sun. Il fera la majeure partie de sa carrière chez Duke, de 1954 à 1966.

L'introduction de Love my baby confirme que la réputation proto-rockabilly de cette chanson n'est pas surfaite. Quand le chant arrive, on est surpris car on s'attend à entendre "Train, train...". C'est tout simplement parce que, comme l'explique Charlie Gillett, on connaît cette musique avant tout par la version d'Elvis de Mystery train, qui incorpore plusieurs éléments de Love my baby.
C'est ma préférée des quatre chansons de l'EP. Elle a été en tant que telle reprise assez fidèlement par Hayden Thompson en 1957, sous la houlette de Sam Phillips de Sun. J'aime moins la version très blues enregistrée par Junior Parker avec son compère de tournée Bobby "Blue" Bland.

Mystery train dans sa version originale est plutôt lente. Le saxophone évoque le sifflet d'une locomotive à vapeur. Guralnick insiste sur l'origine des paroles, qui proviennent d'un couplet d'une chanson populaire enregistrée pour la première fois en 1930 par The Carter Family sous le titre Worried man blues. Je me suis intéressé tardivement à cette chanson quand j'ai écouté la compilation de Devo Pioneers who got scalped, où l'on trouve la rareté It takes a worried man, enregistrée pour le film de 1982 de Neil Young Human highway.
Grâce à la version d'Elvis, Mystery train est devenu un classique, souvent repris.

Feelin' good
est un blues électrique qui, toujours selon les notes de pochette, s'inspire de Boogie chillen de John Lee Hooker. Cette chanson a elle-même été reprise en 1967 par Magic Sam sous le titre I feel so good (I wanna boogie).

Le dernier titre, Fussin' and fightin', est un blues lent, avec guitare et saxophone et un chant doux. Ça fait quatre excellents chansons sur quatre !

Junior Parker est mort en 1971 à 39 ans des suites d'une tumeur au cerveau. Il avait moins de succès sur la fin de son parcours, mais ça ne l'empêchait pas de suivre un chemin original pour un bluesman. L'un des derniers albums qu'il a enregistrés, The outside man, contient carrément trois reprises des Beatles, Taxman, Lady Madonna et une version ralentie et intéressante de Tomorrow never knows.

Je me suis aperçu que j'avais déjà les quatre titres de cet EP sur l'excellent coffret Les triomphes du rhythm and blues, mais je suis très content d'avoir ce 45 tours ! Il ne me reste plus qu'à tomber un jour sur Annie get your yo-yo, l'unique EP français de Junior Parker, paru sur Disques Pop en 1962.

03 juin 2026

SPARKS : Je m'appelle Russell


Consulté sur YouTube au moins depuis décembre 2025
Réf : [sans] -- Édité par Columbia en France en 1993
Support : 1 fichier FLV
Titre : Je m'appelle Russell

Je crois que c'est en regardant la liste des titres de The hell collection de Sparks que j'ai repéré une chanson en français et que je suis allé écouter Je m'appelle Russell sur YouTube pour la première fois.

Comme je l'ai déjà expliqué ici, cela fait un bon moment que je m'intéresse aux titres chantés en français par des non-francophones.
Je contribue régulièrement à la rubrique Parlez-vous français ? de l'Arrière-Magasin de Renaud Sachet mais en 2024, pour la chanson Madonna de Sparks, un single de 1988 qu'ils ont enregistré en plusieurs langues, je m'étais contenté de suggérer la chronique à Renaud. Cette fois-ci je me lance.

Madonna et Je m'appelle Russell ne sont que deux exemples de la relation particulière que les frères américains Ron et Russell Mael entretiennent avec le français et les francophones.

Cette liste n'est sûrement pas complète, mais il y a aussi : 
  • la chanson The Louvre en 1973 sur l'album A woofer in tweeter's clothing 
  • l'album Pas dormir de Bijou en 1979 produit par les frères Mael;
  • les paroles anglaises pour un album de Lio sorti au Canada, Suite sixtine;
  • également, les paroles de l'album Sex de Telex en 1981;
  • la collaboration avec Les Rita Mitsouko sur trois titres de l'album Marc et Robert, Singing in the shower, Hip kit et Live in Las Vegas; 
  • la chanson When you're a French director, enregistrée avec Leos Carax, parue en 2017 sur l'album Hippopotamus;
  • et surtout, la collaboration avec ce même Leos Carax pour la comédie musicale Annette, projetée en ouverture du festival de Cannes en 2021, dont la musique et le scénario sont de Sparks.

The hell collection est une compilation de raretés. C'est le pendant de The heaven collection qui rassemble leurs succès. Les deux ont été publiées en 1993 par Columbia, uniquement en France.
Je m'appelle Russell fait partie des huit titres précédemment inédits qu'on trouve sur The hell collection.
La chanson date de 1977, une époque où le groupe était justement signé chez Columbia. On trouve sur Discogs un disque souple technique de Columbia avec cette chanson. Je n'en sais pas plus. Y a-t-il eu un projet de 45 tours pour le marché français ? Ont-ils créé cette chanson pour une grande émission de variétés à la télé ? En tout cas, la chanson est longtemps restée dans les cartons et je suis bien content qu'elle ait fini par en sortir.

Musicalement, ça démarre sur un léger disco bien d'époque, puis vient le chant avec notamment ces paroles
"Mais quand tu me dis que tu veux dormir j'ai peur,
Je ne sais pas quoi faire car chaque soir je suis angoissé
Tu rêves à haute voix,tu parles en chanteurs français.
Mais je m'appelle Russell, tu te souviens ? Johnny Hallyday ? Non !
Je me demande pourquoi tu penses que Julien Clerc habite chez moi.
Je m'appelle Russell, tu te souviens ? Michel Polnareff n'est pas là.
S'il te plaît, réveille-toi et pense juste à moi.
"

Je trouve bien délirante et assez représentative de l'humour particulier du groupe cette histoire du gars traumatisé parce que son amoureuse le confond dans son sommeil avec des grandes vedettes de la variété française !
Pour le son, il y a un petit côté brut de démo, mais le refrain est accrocheur et je chante dans ma tête depuis des semaines "Je m'appelle Russell, tu te souviens ?". J'ai même titré une de mes compilations Michel Polnareff n'est pas là. Qui sait, cette chanson aurait peut-être eu du succès si elle était sortie à l'époque ?

Sparks démarre une tournée ce mois-ci et jouera notamment au Cabaret Vert à Charleville-Mézières le 25 août.

La photo de Russell Mael en ouverture n'est pas une pochette de disque. Elle est parue dans le magazine Mirabelle en septembre 1974 et j'ai trouvé qu'elle était parfaite pour illustrer ma compilation Michel Polnareff n'est pas là.
Ci-dessous, la pochette et la rondelle du disque souple référencé sur Discogs.



30 mai 2026

ASH : Girl from Mars


Acquis neuf vers 1995
Réf : INFECT24CD -- Édité par Infectious en Angleterre en 1995
Support : CD 12 cm
Titres : Girl from Mars -- Astral conversations with Toulouse Lautrec -- Cantina Band

Ayant acquis l'impressionnante compilation double-45 tours  Crazed and confused, j'ai découvert Ash à leurs débuts, avec leur reprise de Punk boy d'Helen Love. Je les ai suivis de près ensuite avec le mini-album Trailer et le single Kung fu, avec une fameuse photo de Cantona sur la pochette.
Dès le moment de l'enregistrement de Trailer, en 1994, le groupe avait dans ses cartons la chanson Girl from Mars (en démo, mais ils en ont enregistré une bonne version pour une session radio de la BBC), mais les membres du trio n'avaient que 17 ans et étaient encore au lycée. Sentant que la chanson avait du potentiel, leur manager a conseillé de la réserver pour un moment où ils seraient plus disponibles pour en faire la promotion. Ils l'ont enregistrée au printemps 1995, avec Owen Morris comme producteur, qui avait notamment travaillé avec Oasis. Le single est sorti en juillet, une fois qu'ils en avaient terminé avec les examens de leurs A levels (le bac anglais). J'ai acheté le disque à sa sortie ou peu de temps après.

Tim Wheeler, le chanteur, guitariste et auteur de la chanson a expliqué qu'au départ Girl from Mars sonnait assez Teenage Fanclub, mais qu'une fois accélérée par le groupe en studio, elle s'approchait plutôt des Buzzcocks. Parmi beaucoup d'autres, on pourrait citer aussi les Undertones, originaires d'Irlande, comme eux. Quelque part, La fille de Mars c'est aussi un peu Une autre fille, une autre planète. En tout cas, quand la guitare se met à vrombir comme un aspirateur survolté, c'est immanquablement Dinosaur Jr. qu'ils évoquent.
Qu'elles aient été enregistrées en 1978, en 1986 ou en 1995, je suis toujours très bon public pour les pépites de pop bruyante de ce genre, de véritables concentrés de joie et d'énergie.
Le titre a été inspiré, non pas par une chanson country des années 1950, mais par le titre d'un téléfilm de 1991 aperçu dans un programme télé. Les paroles évoquent à la fois une première rupture amoureuse et des souvenirs de vacances en France, ce qui permet à Tim Wheeler de faire rimer Mars avec les cigares Winterman.

Les deux titres suivants sont co-produits par Phil Thornally, longtemps associé à The Cure. Pour le coup, ce sont de véritables faces B, des titres sympas, un pas de côté largement instrumental et une reprise, agréables à écouter mais qui n'auraient pas eu leur place sur un de leurs albums ou en titre principal de single.

Pour Astral conversations with Toulouse Lautrec, l'aspect astral s'exprime par l'utilisation d'un vocoder. Pour le reste c'est six minutes de rock électrique sans véritables paroles.

Cantina Band
est une version accélérée et à la guitare d'une composition de John Williams entendue dans une scène réputée du premier film Star wars.

Stars wars est sorti en 1977, année connue comme celle du punk. C'est aussi l'année de naissance de deux tiers des membres du groupe. Tout ça explique pourquoi le groupe a appelé son premier album 1977. On y retrouve notamment Girl from Mars, qui avait eu suffisamment de succès pour que le groupe passe à Top of the pops. L'album lui, a carrément été classé numéro 1 des ventes à sa sortie.
Et comme le temps a tendance à passer, on nous annonce pour cet automne une réédition pour les 30 ans de l'album, avec des bonus, dont une démo de Girl from Mars et un album live. Le groupe, qui ne s'est jamais séparé entre-temps, est en tournée toute cette année.



Ci-dessus, la vidéo originale réalisée pour Girl from Mars, et ci-dessous celle faite ensuite pour le marché américain.




Ash, Girl from Mars, en direct en 1996 dans l'émission Hanging out de MTV.


Ash, Girl from Mars, en direct en 2001 dans l'émission Boxed set de Scottish TV.

27 mai 2026

PIGEON : Miami


Acquis par correspondance via Bandcamp le 24 mai 2026
Réf : [sans] -- Édité par Memphis Industries en Angleterre en 2026
Support : 1 fichier MP3
Titre : Miami

Je suis depuis plusieurs années le blog I Left Without My Hat de -Twist-, qui publie notamment chaque jour la chronique d'un nouveau titre. Je lis toutes ces chroniques et, quand ça m'inspire, j'écoute le titre en question. C'était le cas le 19 mai dernier avec Black James Dean de Pigeon, tiré de leur premier album, Outtanational.

Falle Nioke, le chanteur de Pigeon est originaire du Ghana et vit à Margate, dans le Kent. C'est là que, à l'issue d'une jam, il a fait connaissance avec les autres membres du groupe, Graham Godfrey, Josh Ludlow, Steve Pringle et Tom Dream. Certains d'entre eux ont de la bouteille, puisqu'ils ont joué avec Michael Kawinuka ou Little Simz.

J'ai apprécié Black James Dean, qui m'a un peu fait penser à Basement 5, et j'ai écouté le reste de l'album. Il y a plein de bonnes choses, et c'est Miami qui a particulièrement retenu mon attention. Une chanson accrocheuse et dansante avec sa basse synthétique et son séquenceur. Là, c'est à Basil Clarke de Yargo que le chant m'a fait penser à certains moments.

Les paroles, et surtout la vidéo, font un parallèle entre Margate et Miami, inspiré par une mouche voyageuse, plutôt qu'un pigeon ! Certes, il y a à Margate un gratte-ciel (j'exagère à peine) entre la gare et la plage, mais les deux villes balnéaires restent très différentes. Margate est une petite ville qui se trouve à la croisée des chemins depuis quelques années : d'un côté elle reste économiquement défavorisée avec une population appauvrie, et de l'autre, dans la foulée de l'ouverture de la galerie d'art Turner Contemporary en 2011, la vieille ville est devenue un quartier culturel et branché en plein essor.

Outtanational est un disque prometteur. On ne sera pas étonné si le Pigeon prend son envol dans ces prochains mois.



23 mai 2026

KRAFTWERK : Radioactivity


Acquis neuf à Châlons-sur-Marne en 1976
Réf : 2C 010-82119 -- Édité par Capitol en France en 1976
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Radioactivity -/- Antenna

Voilà un disque que je possède depuis un demi-siècle, c'est presque vertigineux.
A 13 ans, je ne pense pas que j'avais suffisamment d'argent de poche de côté pour l'acheter moi-même. Ce 45 tours m'a donc sûrement été offert par mes parents (qui étaient la principale source de mon argent de poche, de toute façon !).
Il y a une indication très claire que ce disque fait partie des tous premiers de ma collection : il y a au recto de la pochette, bien visible en rouge, une étiquette faite à la Dymo avec mon surnom familial (et aussi mon nom au stylo bille). Heureusement, je n'ai pas eu longtemps accès à cette étiqueteuse... Trois autres disques de cette époque ont déjà été chroniqués ici : Autobahn, Moviestar de Harpo (pire : j'ai arraché l'étiquette...!) et mon premier exemplaire de The humours of Lewis Furey. Je ne pense pas qu'il en reste beaucoup d'autres dans mes étagères, mais je ne suis pas à l'abri d'une surprise.

C'est le premier disque de Kraftwerk de ma collection. Au maximum un an plus tard, je faisais avec Autobahn ce que je considère être ma toute première acquisition d'un 33 tours.
Je me suis rendu compte en lisant récemment une chronique de la réédition des 50 ans de Radio-activity que c'est l'album de la grande époque de Kraftwerk que j'ai dû le moins écouté (avec Electric café). Ce n'est pas que je l'aime moins, c'est principalement je pense parce que je l'ai acheté plus tard, dans le courant des années 1980. Cela explique aussi pourquoi cette chronique n'arrive que maintenant, alors que j'ai déjà abordé des disques liés à Autobahn, Trans Europe Express, The man-machine, Computer world et Electric café.

L'album est titré Radio-activity, un jeu de mots en quelque sorte puisque les chansons traitent d'activités autour de différents aspects de la radio, qu'il s'agisse d'ondes radioactives, radiophoniques ou même stellaires.
Le disque est synthétique, bien plus qu'Autobahn, mais il y a aussi un aspect rétro-futuriste, qu'on retrouvera de façon plus marquée avec Trans Europe Express, avec les photos à l'ancienne du groupe et le poste de radio choisi pour la pochette, qui date des années 1940 et doit être l'équivalent d'une Volkswagen.

La chanson Radioactivity (sans tiret car pour le coup il est question de radioactivité) est un classique des classiques. La version du 45 tours est réduite de moitié par rapport à celle de l'album, mais il ne manque aucun élément essentiel.
Je me souviens avoir été captivé après l'avoir entendue à la radio pendant l'été 1976 à la radio. La France est l'un des pays où elle a eu le plus de succès (300 à 600 000 exemplaires vendus). Je n'écoutais pas l'émission, mais ce succès a peut-être été aidé par le fait que Jean-Loup Lafont en avait fait l'indicatif de son émission Maximum de musique sur Europe 1, comme indiqué sur cette version de la pochette. Jean-Loup avait de la suite dans les idées, car l'année suivante il a pris une version d'Oxygène de Jean-Michel Jarre pour l'indicatif de son émission Basket.

Ce n'est que cette semaine que j'ai eu connaissance d'un ingrédient essentiel de cette chanson (et de l'album dans son ensemble) : le tapis sonore éthéré et magique qu'on entend en fond est produit par un instrument particulier, l'Orchestron de Vako, un clavier qui était une forme plus élaborée du Mellotron ou de l'Optigan, des instruments qui utilisent des sons pré-enregistrés. Visiblement, Kraftwerk a opté pour des sons de chant choral.
Il y a d'autres excellentes trouvailles dans ce morceau : l'utilisation du morse pour épeler de façon sonore le titre et certaines des paroles, les percussions électroniques novatrices, les dix notes accrocheuses du gimmick principal...
Les paroles sont en deux langues, anglais et allemand. Elles présentent la radioactivité de façon assez neutre ("Elle est dans l'air pour toi et moi", "Découverte par Madame Curie"), voire positive ("Branchez-vous sur sa mélodie", "Quand il s'agit de notre avenir").
Quand Kraftwerk enregistrera une nouvelle version de Radioactivity pour l'album The mix en 1991, outre qu'elle sera beaucoup plus dansante, les paroles seront revues pour alerter sur les dangers de l'énergie nucléaire. Depuis, ces paroles sont régulièrement adaptées en fonction de l'actualité.
Une des meilleures versions de la chanson est celle en concert à Captain Vidéo à Paris en mai 1981. Ce n'est pas du rock, mais contrairement aux concerts depuis le retour du groupe dans les années 2000, on a vraiment l'impression qu'ils jouent en direct, avec des variations notables par rapport au disque.

La face B est une autre de mes chansons préférées de l'album.
Antenna traite bien sûr de radio diffusion ou, plus précisément pour garder le côté rétro, de TSF (transmission sans fil).
Les paroles sont minimales : tu es l'émetteur, je suis l'antenne réceptrice.
Je me demande si cette chanson aurait aussi pu être un tube si elle était sortie en titre principal de single. En tout cas, avec séquenceur, synthés et percussions électroniques, c'est vraiment un prototype de techno pop. On se rend compte à l'écoute de ce titre paru fin 1975 que The Human League, The Normal ou Orchestral Manoeuvres In The Dark n'ont pas inventé grand chose. Pour ma part, après avoir été biberonné à Kraftwerk et Vangelis, je ne dois pas m'étonner d'être ensuite devenu un grand fan de New Wave.

Ralf Hutter est le seul membre qui reste du groupe qui a enregistré Radio-activity, mais une formation de Kraftwerk est en tournée en ce moment.






Kraftwerk, Radioactivity, dans l'émission Chorus sur Antenne 2 diffusée le 1er octobre 1978. Le groupe est sur la scène du Théâtre de l'Empire, mais c'est la version du disque qu'on entend.
J'ai probablement vu cette émission le jour de sa diffusion.



Michel Sardou et Danièle Gilbert présentent Kraftwerk au grand public français dans l'émission Midi-Première du 21 juin 1976.

20 mai 2026

DODUBABOUM : Cavalrire


Acquis par correspondance via Bandcamp le 17 mai 2026
Réf : [sans] -- Édité par Les Disques du Paradis en France en 2026
Support : 1 fichier MP3
Titre : Cavalrire

Bon, les Dodu ça ne court pas vraiment les sillons. Chez Discogs, très peu d'artistes Dodu sont répertoriés. Les seuls a priori qui donnent envie d'en savoir plus sont Dodu Dodo et sa Dodomanie, DonDonDodu avec Nah dead like a Dodu et Père Dodubaboum, qui a l'air bien allumé sur sa photo de profil, torse nu avec un tablier de cuisine, on dirait Gontard dans un grand jour.

Père Dodubaboum a sorti un tiers d'album en 2010. Avec un nom réduit à  Dodubaboum, il a publié pas mal de titres sur Bandcamp depuis 2012.
Un compère Dodu, on pourrait penser que j'y aurais prêté une oreille particulièrement attentive. Et pourtant, il a fallu attendre une chronique de Pop News le mois dernier pour que je découvre son existence.

Dodubaboum, c'est le nom sous lequel Dorian Verdier produit de la musique synthétique sans paroles. Il a joué précédemment avec le groupe Le Pingouin (dont j'ai l'album Hyperurbain) et avec J.C. Satàn.
Dodu, JC, un aspect culino-musical avec le tablier de cuisine qui me rappelle mon émission de radio Buffet froid, le titre du nouvel album L'espoir n'est pas mort qui est assez hip-pop optimiste. J'ai d'emblée plein d'atomes crochus avec Dorian Verdier !

Ce nouvel album est publié par le label bordelais Les Disques du Paradis. Il y a plein de bonnes choses dedans, mais j'ai sélectionné la chanson que Pop News avait mise en avant parce que, premièrement elle est entraînante et accrocheuse, avec de temps en temps des sons qui me rappellent le Devo d'E-Z listening disc, et deuxièmement, pour ce qui 
de nos jours la qualifie de "single", elle a donné lieu à la réalisation d'une vidéo bien rigolote.

Ne craignez pas la mauvaise humeur ou la déprime, tout espoir n'est pas mort, la Cavalrire de Dodubaboum arrivera toujours à temps pour vous remonter le moral et vous faire danser !



16 mai 2026

DAY ONE : I'm doin' fine


Acquis chez Gilda à Paris le 6 juin 2013
Réf : SADD 6 / 7243 8 96311 2 8 -- Édité par Melankolik / Virgin en Angleterre en 1999
Support : CD 12 cm
Titres : I'm doin' fine -- Say no more -- Ordinary man (Acoustic)

Quand le duo Day One est arrivé sur la scène en 1999, on l'a naturellement associé d'une part à Massive Attack, de Bristol comme eux, qui les avait signé sur son label Melankolik, et à leur co-producteur Mario Caldato Jr, réputé pour son travail avec les Beastie Boys ou Beck.
On pourrait dire qu'après Massive Attack, Tricky et Portishead, ils incarnent une deuxième génération du son trip hop de Bristol.
J'ai écouté et apprécié leur premier album Ordinary man à sa sortie. Mon titre préféré était Bedroom dancing, que j'avais mis sur une de mes compilations. Il n'est jamais sorti en single, mais il a été inclus plus tard sur la bande originale du film Ma femme est une actrice. Sur une autre compilation, j'avais mis mon deuxième titre préféré, qui est la face A du single qui nous intéresse aujourd'hui.

Avec des éléments de hip hop, un tempo léger, une voix doucement rappée, j'ai vu plusieurs fois cité The Streets à propos de Day One. Pour ma part, je penserais plutôt à l'américain Bobby Sichran ou à un autre duo, écossais lui, Arab Strap, principalement pour la façon de raconter des histoires, car il y a des grosses différences musicalement et thématiquement.

Quelques années plus tôt, la musique d'I'm doin' fine aurait été construite à partir d'échantillons de vieux vinyls craquotants, mais en 1999 le groupe a fait pour l'occasion appel à de "vrais" musiciens, dont une section de cordes, qui sont utilisées de façon intéressante.
L'attention à l'écoute des titres de Day One a tendance à se concentrer sur le récit du chanteur Phelim. Là, typiquement, on a tendance à ne pas le croire un instant quand il nous explique que "Ça va, je vais bien, Je survis bien sans toi, Et qu'est-ce que tu voulais ? Et à quoi tu t'attendais ? Que je parle encore de toi ? Non, non pas question, je suis tout seul maintenant et je m'en sors bien.".

Say no more est un titre qui n'est disponible que sur ce single (et que je n'ai pas trouvé en ligne). Il y a une rythmique assez marquée à la batterie, renforcée par un son samplé que je n'arrive pas à identifier, plus du synthé. L'ensemble est de bonne tenue.

Sur l'album à qui elle donne son titre, Ordinary man est déjà plutôt acoustique, piano et voix avec un tout petit peu de guitare. La version qu'on trouve ici a été enregistrée en direct pour une "session acoustique" pour la radio XFM et la guitare acoustique remplace le piano.
C'est l'histoire d'un gars ben ordinaire qui se demande s'il arrivera un jour à se faire remarquer par la femme qu'il croise dans la rue et dont il est un amoureux transi. 
C'est aussi une bonne chanson qui, mine de rien, reste en tête.

Ordinary man a été bien reçu. Le disque a eu un certain succès, il est notamment sorti aux États-Unis, le groupe a beaucoup tourné. Et puis après, plus rien pendant plusieurs années. Le deuxième album Probably art est sorti au Japon en 2005 et en Angleterre seulement en 2007. Le troisième, Intellectual property, est sorti en numérique en 2015 et il a encore fallu attendre fin 2016 pour qu'il soit disponible en disque (Je ne suis pas surpris de voir qu'un des titres, Just believe, a été remixé par Andrew Fearn de Sleaford Mods). A peine dix ans sont passés depuis, donc rien n'interdit d'imaginer que le groupe sortira un jour un quatrième album. Mais en tout cas, leur page Facebook n'a pas été modifiée depuis 2020.




Day One, I'm doin' fine, en concert aux Eurockéennes de Belfort en 2000.

13 mai 2026

COUP DUR : J'attendrai


Acquis par correspondance via Bandcamp le 10 mai 2026
Réf : [sans] -- Édité par Precious Recordings of London en Angleterre en 2026
Support : 1 fichier MP3
Titre : J'attendrai

Il suffit de voir le peu de disques des années 2020 que j'ai chroniqués pour comprendre que j'achète de moins en moins de disques récents, nouveautés ou rééditions. Parallèlement, mes achats de disques d'occasion sont eux aussi en train de se raréfier, tout simplement parce que jen trouve de moins en moins qui m'intéressent sur les vide-greniers ou dans les boutiques d'occasion (et moins j'en trouve, moins j'ai envie de perdre du temps à en chercher...).
Pour alimenter le blog, je puise dans le stock de ma discothèque. De ce point de vue là, il y a encore de quoi faire et j'ai toujours une longue liste de disques dont j'ai envie de parler, qui évolue constamment.
Au quotidien, j'ai régulièrement des coups ce cœur pour des titres, que je découvre le plus souvent en ligne. Actuellement, ceux qui me parlent le plus, je les case dans les compilations que je mets régulièrement en ligne. Mais ils y sont un peu perdus, et il n'y a pas de contexte ni de commentaire. Alors je vais essayer de pratiquer de façon plus régulière et systématique ce que j'ai déjà eu l'occasion de faire : chroniquer de la musique découverte sur les deux plate-formes que je fréquente régulièrement, Bandcamp et YouTube.
Pour Bandcamp, la différence avec la vingtaine de chroniques que j'ai faites pour le webzine Casbah de 2021 à 2023, c'est que je ne m'imposerai plus de partir à la découverte à partir d'un thème défini.
Je ne m'interdis pas d'acheter mes parutions préférées en disque, et je préférerais même le faire, mais je ne suis pas intéressé par les vinyls et les cassettes récents, et les groupes sortent de moins en moins de CD, alors le plus souvent on se contentera de fichiers numériques.

Pour commencer, voici un titre récent d'un nouveau groupe, Coup Dur, dont j'ai appris l'existence quand quelqu'un a partagé le lien en ligne. Je suis allé écouter, ça m'a plu, et le titre s'est aussitôt retrouvé dans ma compilation La colère des imbéciles.

Coup Dur est un trio franco-belge fondé en 2025, avec Avril de Broucker à la guitare, Clémence d'Hulst à la basse et César Laloux à la batterie. Ils sont liés d'une manière ou d'une autre au label des amis de 62 Records (anciennement 62TV), mais c'est chez Precious Recordings of London que leur premier disque sortira le 22 mai prochain. D'où le titre de ce mini-album huit titres : The English want... Coup Dur.

Precious Recordings of London
s'est fait connaître à partir de 2021 en éditant en single vinyl des sessions radio enregistrées dans les années 1980-1990 par la crème du rock indépendant anglais, des amis Jasmine Minks à Hefner, en passant par les Weather Prophets et Helen Love.
Au fil du temps, ils se sont mis à publier de nouveaux enregistrements de vétérans de cette scène (l'album Be careful what you wish for de The Pillars of Creation, un projet de Jim des Jasmine Minks, vient de sortir). Et depuis l'an dernier, avec des références catalogue PRENEW (Coup Dur sera la onzième), ils donnent leur chance à de jeunes groupes qui donnent eux aussi dans l'indiepop.

Un premier "single" tiré de l'album, Mon amie, est paru en février. Il est très bien, mais c'est le second, arrivé fin mars, qui m'a vraiment emballé.

J'attendrai est une chanson originale. Rien à voir avec la chanson J'attendrai popularisée en France par Rina Ketty, que ma génération a connue par la version de DalidaMon manuel de grammaire en quatrième pendant l'année scolaire 1975/1976 se servait de cette chanson pour des exemples et exercices à de multiples reprises dans tous ses chapitres. Ça m'a marqué à jamais.

Le J'attendrai de Coup Dur est une chanson pop légère et enlevée, avec des paroles réussies, un air qui reste fort en tête, une vidéo réussie et drôle. Le tout est bouclé en 1'40. Un fan de hip-pop optimiste ne demande rien de plus. Avec des points de référence similaires, on peut penser pour les francophones à Juniore ou aux Calamités.

C'est contre-intuitif, mais si sous sentez que vous avez un coup de mou, je vous prescris une bonne dose de Coup Dur ! Leur disque s'annonce comme un coup d'éclat, voire un coup de maître.



09 mai 2026

THE BARONS : Last night


Acquis chez Récup'R à Dizy le 29 avril 2026
Réf : 265.534 -- Édité par CID en France en 1961
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Last night -- Just a little -/- Perfidia -- Apache

Cela fait des années maintenant que j'étudie de près la question des disques qui parasitent commercialement un grand succès. Et pourtant, j'ai quand même eu un doute quand je suis tombé sur ce 45 tours à la ressourcerie. Je pensais bien que l'indicatif de l'émission Salut les copains au début des années 1960 était la version originale de Last night par les Mar-Keys. Mais quand même, outre la mention de l'indicatif au recto, on trouve une pub pour l'émission sur Europe 1 au verso. Mais mon doute n'a duré qu'un instant. C'est une belle réalisation, mais c'est bien un disque-sangsue, qui essaie de récupérer un peu du succès de la version "officielle".
En tout cas, on est le 9 mai, et c'est le premier disque acheté d'occasion cette année que je chronique. C'est la disette, alors je suis bien content d'avoir pris ce disque.

Salut les copains, ce n'est pas ma génération, mais l'impact de l'émission m'a quand même marqué, avec les suites de la vague yé-yé, et surtout le magazine, que ma tante, voire ma grand-mère, lisait dans les années 1970.

Les Mar-Keys, j'ai tendance à les confondre avec les autres groupes instrumentaux importants de Stax, Booker T and the MGs (les deux avaient plein de membres en commun, voire étaient un seul et même groupe, dont les titres sortaient sous un nom ou l'autre suivant que les cuivres ou l'orgue dominaient) et les Bar-Kays
Last night n'a pas eu du succès qu'en France, ce fut aussi un tube aux États-Unis, notamment. Comme il a fallu remplir un album en exploitant ce thème, on y trouve aussi, ainsi que sur l'EP français, les complémentaires Night before et Morning after !
Quant à Albert King, il ne s'est pas emmerdé, il a sorti à la même époque This morning, qui est un décalque pur de Last night, ce qui ne l'a pas empêché de le signer de son nom !

C'est le troisième 45 tours Last night que j'ai acheté ces dernières années (je n'ai jamais eu celui des Mar-Keys).
Le premier, trouvé en 2022, c'est une version par un groupe belge, The Daniels. Eux aussi exploitent bien le filon avec Next night et All night sur ce disque, leur premier.
Et pourquoi ont-ils choisi de s'appeler The Daniels ? Je parierais bien que, même si pour le coup Salut les copains n'est pas mentionné en clair sur la pochette, c'est dans le but de bénéficier de l'association de Last night avec Daniel (Filipacchi), l'animateur de l'émission (qui a fêté en janvier ses 98 ans).
Le second, acheté en 2023, est une version chantée par Nancy Holloway sous le titre Last night (Venez les copains).

Ce disque est le seul sorti par Les Barons. Ça confirme qu'il s'agit là d'une formation de circonstance, un nom derrière lequel on trouve des musiciens de studio.
Mais pourquoi Les Barons ? Eh bien figurez-vous que les Mar-Keys s'appelaient initialement The Spades. La fondatrice de Stax Estelle Axton, qui était aussi la maman de leur saxophoniste Charles "Packy" Axton, leur a suggéré au moment de sortir Last night de devenir The Marquis. Ils ont accepté, mais ont choisi de l'orthographier à leur manière. Il n'empêche que le nom du groupe se prononce bien à l'américaine Les Marquis et, quitte à vouloir les imiter, pourquoi pas s'appeler Les Barons ? On va pas se gêner, après tout.

La version de Last night des Barons est d'excellente facture. Seul petit reproche : elle est entièrement instrumentale. Pas de "Ooooh Last night" ou "Oh yeah" au moment des pauses, comme le fait le saxophoniste Floyd Newman avec les Mar-Keys, et ça manque un peu.

Just a little est un titre un peu jazzy, celui que j'aime le moins des quatre. En cherchant sur Discogs le nom de l'auteur, Sophia Johanna, j'ai trouvé un seul autre titre, Athens by night par The Downbeats. Une composition différente, mais dans la même veine (les deux titres de Sophia Johanna ont été inclus dans les années 1970 sur un album crédité à The Stereo Percussion Orchestra). En regardant la liste des titres de leur album Here, there and everywhere, j'ai noté qu'on y trouvait à la fois Perdifia et Apache, les deux titres de la face B de mon 45 tours. J'ai vérifié, et il s'agit bien des mêmes versions. On peut donc avancer (c'est certain en tout cas pour la face B) que les enregistrements présentés sous le nom des Barons sont en fait par The Downbeats, qui se trouve sans surprise être un groupe instrumental, probablement de New York, spécialisé dans l'enregistrement de reprises.

Perfidia est un boléro créé en 1939 et devenu très vite un classique. La version des Barons/Downbeats est dans un style de rock instrumental sixties, mais elle est cependant assez différente de celle des Shadows.

Les Shadows, il en est bien entendu question avec le dernier titre, Apache. Là encore, la version des Barons n'est pas une pâle copie de celle des Shadows. Elle a un son de guitare plus western, je dirais, avec des petits "grincements de cordes" surprenants et sympas.

En tout cas, ces usurpateurs n'ont beau être que Barons et même pas Marquis, leur disque, à un titre près, est d'excellente tenue. Mais je doute qu'on ait jamais entendu ce groupe sur l'antenne d'Europe 1.

02 mai 2026

PRINCE : Controversy


Acquis chez Récup'R à Dizy le 27 février 2021
Réf : WBS49808 -- Édité par Warner Bros. aux États-Unis en 1981
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Controversy -/- When you were mine

On vient de marquer le dixième anniversaire de la mort de Prince. L'occasion de chroniquer pour la première fois l'un de ses disques.
J'ai vraiment apprécié plusieurs de ses tubes des années 1980 :
When doves cry, Purple rain, Raspberry beret, Kiss et Sign "o" the times. Je les ai presque tous en disque, plus quelques autres, achetés le plus souvent pas cher.
C'est le cas de ce 45 tours, trouvé pour 10 centimes à la ressourcerie. Ce qui m'a étonné, c'est de voir arriver comme ça au fin fond de la Marne un import américain des débuts de sa carrière. Du coup, il n'a pas de pochette, mais bon, quand on voit celle du pressage français, on se dit qu'on ne perd pas grand chose :


La mochette de l'édition française de ce single.

De toute façon, édition française ou américaine, c'est un disque que n'avais jamais vu. Je n'avais non plus jamais écouté une de ses faces.

Bien sûr, le titre de la face A, Controversy, me parlait, puisque c'est celui d'un album, le quatrième de Prince.
Tout est dit sur le rond central : "Produit, arrangé, composé et joué par Prince". Son hyperactivité légendaire, sur scène et en-dehors, fonctionnait déjà à plein.
La version album de Controversy dure 7'15. Sa durée est réduite de moitié pour ce petit format, ce qui nous permet d'échapper à la récitation du Notre père par le Petit Prince.
Musicalement, la chanson est du funk léger et synthétique. J'ai pensé initialement à Tom Tom Club en l'écoutant.
Côté paroles, il revient sur les interrogations et rumeurs qui circulaient sur sa personne : "Am I black or white ? Am I straight or gay? - Controversy - Do I believe in God ? Do I believe in me ?".
La chanson est de très bonne facture, elle est accrocheuse et a eu un certain succès sur le moment, mais ce n'est pas ma préférée du disque, et sans la face B il n'y aurait pas eu de chronique.

Prince était déjà très prolifique dans ces années-là, avec au moins un album par an. Mais il n'avait peut-être pas beaucoup de titres en réserve. C'est sûrement pourquoi Warner est allé chercher pour la face B un titre de l'album précédent, Dirty mind. Un album enregistré rapidement à la maison au printemps 1980. Au départ, ces enregistrements devaient être des démos, mais Prince a décidé de les sortir tels quels.

Il y a eu un maxi promo avec When you were mine en face A, mais cette chanson n'a pas été commercialisée en titre principal de single.
C'est étonnant, tant elle est immédiatement accrocheuse.
Cette fois, on est dans un style pop-rock, influencé par le son du moment (certains citent en référence la New Wave, notamment les Talking Heads et Elvis Costello, sûrement pour le passage un peu reggae). Prince aurait composé la chanson dans sa chambre un soir de tournée, après avoir écouté du John Lennon, mais pour le coup ça ne s'entend pas particulièrement.
L'accroche mélodique dès le début est originale, rythmée et efficace. Toute la chanson est construite autour. Prince l'a souvent jouée en concert pendant tout son parcours. Ce n'est pas sa meilleure version live (je préfère celles en vidéo ci-dessous), mais on la trouve en 2002 sur l'album One nite alone...Live !, retitrée sans trop de surprise When U were mine.

Si Prince ne l'a pas sortie en face A de single, cette chanson tient quand même une place non négligeable dans sa discographie : elle a été reprise plus d'une quarantaine de fois en 45 ans (la huitième chanson la plus reprise de Prince; quelques sélections ici et ).
La première à se lancer en 1981, c'est une anglaise, Bette Bright, accompagnée par the Illuminations, suivie en 1982 par les américains de Hi-Fi, qui comptaient dans leurs membres un anglais renommé, Iain Matthews, ancien de Fairport Convention.
Deux versions sorties en 1983 ont eu plus de succès et de visibilité. Celle de Mitch Ryder, plutôt rock et assez proche de la version de Prince, s'est bien vendue en single, tandis que celle plus synthétique de Cindy Lauper est sûrement celle qui s'est le plus vendue tout court, puisqu'elle figure sur son premier album à succès, She's so unusal.  
Parmi toutes les autres reprises publiées depuis, il y a notamment la version acoustique par Crooked Fingers en 2002 et celle de Lambchop
Pas mal pour une chanson que je ne connaissais pas du tout...


Prince, When you were mine, en concert.


Prince, une version courte de When you were mine, en concert à Dortmund en 1988 dans le cadre de la tournée Lovesexy.




Prince, une bonne version de Controversy, principalement instrumentale et très cuivrée, en direct en 2004 dans l'émission d'Ellen de Generes. Une séquence pas diffusée à l'époque, apparemment.

26 avril 2026

ANTON KARAS : The "Harry Lime" theme


Acquis sur le vide-grenier de Condé-sur-Marne le 21 avril 2014
Réf : MG 9235 -- Édité par Decca en France en 1949
Support : 78 tours 25 cm
Titres : The "Harry Lime" theme -/- The Café Mozart waltz

Je ne sais pas si je la mènerais à bien, mais j'ai depuis quelques temps l'idée de faire une série de chroniques autour de la musique du film Le troisième homme. En effet, à force de les voir passer, je me suis mis à acheter différentes éditions des disques d'Anton Karas (1906-1985) quand je tombe dessus (cinq depuis 2014), car je trouve que c'est un cas intéressant de commercialisation de la musique.
Pour aujourd'hui, on va commencer par le début, l'édition originale sortie au même moment que le film, dans le format standard de l'époque, le 78 tours.

Même si j'ai sûrement eu l'occasion d'en entendre l'air pendant ma jeunesse, je crois que la première fois où j'ai prêté attention à la musique du Troisième homme, c'est en 1993, en lisant les notes de pochette de Pascal Comelade pour sa compilation de reprises Danses et chants de Syldavie (je profite de l'occasion pour signaler qu'il s'apprête à en sortir une seconde, Métaphysique du Hit-Parade). Il y expliquait que son Third man theme était paru initialement par erreur sous le titre Café Mozart. Il fait bien référence, sans erreur, aux deux faces de ce disque : le thème principal du film est sorti en Europe sous le titre The "Harry Lime" theme, en référence au personnage joué par Orson Welles dans le film, mais quand le disque a été publié aux États-Unis, le label a choisi de marquer plus clairement le lien entre la musique et le film, et la face A a donc été nommée The third man theme.

La particularité de la musique du Troisième homme, c'est qu'elle est jouée en solo à la cithare. Cet instrument me ramène instantanément chez mes grands-parents, qui en avaient une, voire deux, chez eux. Je ne sais pas d'où ils les tenaient, je ne pense pas que c'était en lien avec la vogue pour cet instrument suscitée par le film. C'étaient plutôt des objets de décoration que de véritables instruments de musique, mais avec frère, sœur et cousins, on se battait toujours pour être celui qui en jouerait.

Le troisième homme
, réalisé par l'anglais Carol Reed, est un film important de l'histoire du cinéma. Entre autres distinctions, il a remporté la Palme d'or à Cannes en 1949.
C'est en préparant cette chronique que j'ai appris que le scénario, signé Graham Greene, Reed et Alexander Korda, est original. C'est ensuite que Graham Greene a fait de l'histoire un roman.
Un des éléments marquants du film, outre la performance d'acteur d'Orson Welles, est le rendu d'une atmosphère tendue à Vienne, dans l'immédiat après-guerre et au début de ce qu'on appellera la Guerre froide.
L'autre élément marquant du Troisième homme, c'est sa musique, créée spécialement pour l'occasion. Le film aurait sûrement marqué les esprits même sans cette musique, mais il est clair que c'est un exemple très réussi de musique de film et que l'immense popularité du disque a contribué au succès du film.

Comment Carol Reed s'est-il retrouvé à confier la musique de son film à Anton Karas ? Les récits (ici en français et en anglais, par exemple) ont tendance à varier un peu dans les détails, mais dans l'ensemble ça donne ceci :
A l'automne 1948, Reed était à Vienne pour les préparatifs du tournage. Lors d'une réception, il a entendu Karas jouer de sa cithare, un instrument bizarre qu'il ne connaissait pas du tout. Il décide de lui confier la musique du film et parvient avec difficulté à convaincre le musicien et les producteurs d'accepter.
L'enregistrement commence dans la chambre d'hôtel de Carol Reed à Vienne et se poursuit pendant trois mois à Londres début 1949, où sont tournées les scènes en studio.
Anton Karas travaille chaque jour pendant des heures sur la musique, et ne souhaite qu'une chose : retourner chez lui en Autriche. Mais un incendie dans la salle de montage l'oblige à réenregistrer une bonne partie des pistes.
Au bout du compte, le résultat est là : le film sort en Angleterre en septembre 1949, avec uniquement de la cithare en solo comme musique, présente en fond sonore sur une bonne partie des scènes (des exemples de scènes-clés ici et ).

Il avait été question de sortir un album de la bande originale du film. L'idée a été abandonnée (il faudra attendre 1999 pour que cet album se matérialise), mais des versions enregistrées en studio de The "Harry Lime" theme et The Café Mozart waltz sortent en même temps que le film et le disque fait fureur.
Aux États-Unis, le 78 tours est n° 1 des ventes pendant 11 semaines. Ce serait le plus grand succès instrumental des années 1950 dans ce pays et il aurait incité les maisons de disques à éditer plus souvent des musiques de film.

The "Harry Lime" theme est effectivement un instrumental remarquable. Il s'ouvre directement sur le "riff" d'accroche. Il y a une partie centrale différente, avant un retour pour finir à la partie musicale immédiatement reconnaissable et qui reste en tête. Le jeu d'Anton Karas est visiblement virtuose. Il joue en même temps les mélodies et l'accompagnement rythmique, les sons sont variés, avec presque un effet "pedal steel" à certains moments.

The Café Mozart waltz
est bien également mais moins remarquable, rythmé par une corde basse. D'habitude, je sais repérer le rythme ternaire d'une valse, viennoise ou non, mais pas là.

Suite au succès du disque et du film, Anton Karas a tourné dans le monde entier et a eu droit à tous les honneurs. Mais, dès 1953, il est revenu chez lui à Vienne faire ce qui l'intéressait : jouer de la cithare dans un bar à vin. Sauf que cette fois il était propriétaire de l'établissement, baptisé sans trop de surprise Zum Dritten Mann.

Plus largement, il semble que Vienne s'appuie de façon assez marquée sur Le troisième homme pour attirer les touristes. Il y a des circuits touristiques, un cinéma qui diffuse constamment le film, et bien sûr un musée, où l'on peut notamment écouter 400 versions différentes de l'air principal du film. Je ne sais pas s'ils y ont ajouté celle des Beatles, révélée par le documentaire Get back en 2021, où ils s'amusent à le jouer en studio, le 3 janvier 1969. 


Une bande annonce pour The third man, problement pour la sortie du film aux États-Unis. On note la mise en avant de la cithare sur l'annonce du titre, suivie de la mention "Featuring the famous musical score by Anton Karas" et de la phrase, avec un jeu mot sur citare, "He'll have you in a dither with his zither". On s'appuyait bien sur le succès du disque pour la promotion du film.


Un reportage d'actualité Pathé tourné à l'Empress Club de Londres en 1950. Anton Karas est mis en scène dans le contexte professionnel qu'il a le plus longtemps pratiqué.