15 août 2026

HENRI TEXIER : Amir


Acquis chez Récup'R à Dizy le 18 juillet 2026
Réf : 913 082 -- Édité par Eurodisc en France en 1976
Support : 33 tours 30 cm
7 titres

Ce disque était égaré à la ressourcerie au milieu d'un lot sans unité ni intérêt particulier. A 20 centimes, je l'ai acheté, en pensant l'offrir s'il ne me plaisait pas, le jazz n'étant d'une manière générale pas trop ma tasse de thé.
Mais l'album m'a intéressé, alors j'ai décidé de le garder et j'en profite pour le chroniquer. Il faut dire que les occasions (à deux sens du terme) sont rares, alors on va pas gâcher : ce n'est que la sixième chronique cette année d'un disque chiné récemment.
Ce jour-là, j'ai aussi trouvé deux 45 tours, de Nancy Holloway et Alphonso et son Orchestre.

J'ai quand même eu l'occasion de voir Henri Texier en concert au Festival des Musiques de Traverses de Reims le 20 mai 1982, en quartet avec Philippe Deschepper, Louis Sclavis et Jacques Mahieux, le même jour que Rip Rig and Panic.
Autant je me souviens vaguement ce même week-end de la prestation un peu spectaculaire du Willem Breuker Kollektiev et du Mike Westbrook Brass Band, autant je n'ai aucun souvenir du concert du Quartet.

Amir est le premier disque d'Henri Texier paru sous son nom.
La pochette est surprenante, et donc réussie. Ce qui m'a le plus surpris, c'est la tenue d'Henri Texier. Je ne sais pas vraiment à quoi je me serais attendu pour un contrebassiste de jazz au milieu des années 1970, mais sûrement pas à le voir dans un champ, en casquette, chemise à carreaux, gilet et pantalon de velours, un peu comme un paysan endimanché.
Mon exemplaire chez Arabella correspond à l'édition originale. Il a été réédité dès 1979 sur le label du producteur et éditeur de l'album, Jean-Marie Salhani.

La particularité d'Amir, c'est que c'est littéralement un disque solo. En s'appuyant sur les possibilités de ré-enregistrements de pistes des magnétophones Revox, il joue de tous les instruments (contrebasse, violoncelle, oud, percussions, flûte, piano...), et même, il chante, sans paroles, certaines des mélodies. Il en est de même pour le deuxième album Varech, sorti en 1977.

L'autre particularité de l'album, c'est que ce n'est pas un disque de jazz "pur". On n'utilisait pas le terme à l'époque, mais les "musiques du monde" influencent fortement ce disque, suite notamment à un séjour en Tunisie en 1969, d'où il a ramené un tambour bendir. Amir,un ami égyptien, lui avait aussi offert un oud.
Henri Texier aurait aimé que son disque soit classé chez les disquaires dans un rayon "jazz folk", mais ce rayon n'a jamais existé, et il était réputé dans le monde du jazz, alors..
.
En tout cas, ce sont ces mélanges d'influences qui font que j'accroche à une bonne partie des compositions, à commencer par le morceau-titre, qui ouvre l'album, Amir, qui a même été diffusé à l'époque par le label en 45 tours promo pour les radios.
Dans des veines similaires, j'apprécie également Le piroguier, une composition de Jean Sauvielle (on n'est pas si loin d'Areski), Homme rouge et le très court Quand tout s'arrête.

J'ai plus de mal avec la partie Les petits enfants du triptyque Le sage, le singe et les petits enfants et Hommage, un solo de contrebasse il me semble, mais après quelques écoutes, j'ai fini aussi par accrocher aux parties de Les korrigans qui ne sont pas de la contrebasse en solo !

La démarche d'Henri Texier a dû surprendre le monde du jazz à l'époque, mais le disque a visiblement trouvé son public et il a reçu le en 1977 le Prix Django Reinhardt de l'Académie de Jazz.

Depuis ce premier album, Henri Texier a multiplié les rencontres, les voyages et les productions musicales. En 2018, sur l'album Sand woman, il a repris en quintet à la fois Amir (dans une version allongée à 12 minutes, alors bien sûr les musiciens tricotent chacun leur tour et une fois l'intro passée c'est pas du tout pour moi), et Quand tout s'arrête, dans une version également allongée à 7 minutes, mais qui passe très bien.

Henri Texier est actuellement en tournée. Il sera de retour dans la région de Reims au Caveau d'Hermonville les 19 et 20 septembre 2026.



Henri Texier, voix libre du jazz français, une série de 5 émissions de 27 minutes de 2018, est à écouter sur France Musique.

12 août 2026

ROBERT : Le model


Consulté pour la première fois sur YouTube le 4 août 2026
Réf : [sans] -- Édité par Karina Square en France en 1997
Support : 1 fichier flv
Titre : Le model

The model de Kraftwerk est une chanson importante pour moi. Je crois que j'ai commencé à vraiment m'y intéresser avec la reprise par Snakefinger sur son premier album en 1979, avant de (re)découvrir la version originale de 1978 au moment de son succès grâce à une réédition en 45 tours en 1982.
J'ai déjà chroniqué ici la version originale, celle de Snakefinger, et celles de Big Black et Fall of Saigon. Il existe d'autres versions par le Balanescu QuartetRammstein ou Prince Fatty.

La semaine dernière, j'ai consulté la page Wikipedia de la chanson, pour vérifier à quel moment de l'année 1978 elle a été publiée pour la première fois. En la relisant, j'ai appris qu'il en existait une reprise publiée par la chanteuse Robert sur son premier album Sine en 1993. Je ne suis pas le seul je pense à ne connaître Robert que pour le succès qu'elle a eu en 1990 avec son premier 45 tours, Elle se promène.
Je me suis mis en quête de cette reprise par Robert, en me disant que ce serait peut-être une adaptation en français. Quand j'ai vu qu'elle reprenait le titre original allemand Das modell, j'ai tout de suite su que ce n'était pas le cas. La version est assez fidèle à l'original, mais avec un peu de piano, des "Dou dou dou dou" chantés et une voix féminine qui m'a rappelé Sonoko.

En l'écoutant, j'ai noté sur la droite de l'écran que YouTube me proposait d'écouter Le model par Robert...! Ah !, me suis-je dit, Robert a bien fait une version française de The model !
Sauf que cette chanson publiée en 1997 sur le deuxième album Princesse de rien n'est pas une reprise. Elle est créditée à Robert pour les paroles, Robert et Mathieu Saladin pour la musique.
Je ne comprends pas pourquoi le "model" en anglais a été choisi pour le titre, alors que les paroles sont bien en français et "modèle" avec le sens de "personne qui pose" aurait bien convenu. 

Ce qui est surtout surprenant à l'écoute, c'est qu'il n'y a pas que le titre qui rappelle la chanson de Kraftwerk. Côté musique, les lignes mélodiques de synthé, la basse électronique, tout rappelle la chanson reprise en allemand sur le premier album. Côté chant, on retrouve les "Dou dou dou dou", et les paroles françaises sont par moments une adaptation presque directe des paroles anglaises : "She's a model and she's looking good" devient "Elle est belle, elle est model", "I saw her on the cover of a magazine" se transforme en "Son corps se dessine sur tous les magazines" et "Personne ne l'approche, ne la touche" évoque "She plays hard to get".

Bref, la limite entre reprise, plagiat et hommage est très fine. Je penche plutôt pour un hommage, tout comme J'écoute la K7 de la vedette par La Variété faisait référence à Mini calculateur. Sauf que dans les deux cas les créateurs originaux ne sont pas du tout crédités dans la chanson-hommage.
Il ne peut pas être question de plagiat pour Robert, car quand on veut plagier une chanson on ne commence pas par en faire une reprise créditée en bonne et due forme sur un disque précédent !
C'est assez incompréhensible, mais des précisions sont fournies dans la présentation de l'album Sine sur l'ancien site officiel de Robert. "L'album est riche en reprises, la plus fameuse étant "Das Model" de Kraftwerk, désormais l'une des chansons fétiche de Robert, à tel point qu'elle en fera en français une adaptation baroque dans "Princesse de rien". Un single aurait dû voir le jour, accompagné d'une version anglaise.".
Le model était donc bien envisagé initialement comme une adaptation en français de Das Modell, et on aurait même pu avoir un single avec The model. Je suppose que la raison du changement de pied est à chercher dans des questions de droits et dans les gros problèmes que Robert a eus avec Sony après la sortie de Sine.

Amie de Robert, Amélie Nothomb a écrit des paroles originales pour plusieurs de ses chansons et elle s'est inspirée de son passé de danseuse pour son roman Robert des noms propres.
La biographie de Robert par Mathieu Saladin s'intitule elle Robert des non dits.
Le dernier album en date de Robert, Le chant des égarés, est sorti en 2021.

08 août 2026

THE TIMES : Beat torture



Acquis probablement chez A La Clé de Sol à Reims en 1988
Réf : CRELP 038 -- Édité par Creation en Angleterre en 1988
Support : 33 tours 30 cm
10 titres

The Beautiful Music
, le label basé au Canada de Wally Salem, a d'abord attiré notre attention avec une série de compilations en hommage aux Television Personalities. Il y a eu également deux volumes de reprises de chansons d'Adrian Borland de The Sound. Mais au fil des années, TBM a aussi développé un catalogue de titres originaux, reflet de la production d'une sorte d'internationale pop underground,pour reprendre une expression de K records, avec notamment Dupont Circles, Dot Dash, The Yellow Melodies, Roy Moller ou Armstrong.
Mais TBM continue à rassembler des musiciens passionnés du monde entier pour rendre hommage à de grandes figures. Le dernier en date, avec un lien avec les TVPs, est I Helped Edward Ball Escape, un hommage à The Times et Ed Ball, dont le titre fait référence au classique de The Times, I helped Patrick McGoohan escape.

C'est l'aboutissement d'un projet au long cours qui a attiré de nombreux fans d'un artiste prolifique et sympathique. Pas étonnant donc qu'au bout du compte que cet hommage prenne la forme d'un double CD de 44 titres !
Et le mieux dans tout ça, c'est que le nombre de titres qui m'ont plu à l'écoute est largement supérieur à la moyenne de ce genre de compilation. Par exemple, les dix premiers titres du CD 2, dans une veine pop électrique, m'ont tous accroché l'oreille sans exception. Dans le lot, il y a mes deux préférés tout court, Britannia sleeps tonight par The Woermwood Scrubs et Pinstripes par The Great Auk Fanciers' Society. Parmi les autres titres, j'ai notamment apprécié ceux de Rotifer, Summerhouse, The Yellow Melodies, April Events, Terryball, Tender Engines et The Answers.

I helped Ed Ball escape est en vente ici.
La réaction détaillée d'Ed Ball à l'écoute de ces reprises est à lire ici.
Une chronique en français par Benjamin Berton a été publiée par Sun Burns Out.

Pour fêter ça, j'ai ressorti Beat torture, le premier disque d'Ed Ball sorti chez Creation. Le premier d'une très longue série sous de multiples identités jusqu'à la dissolution du label tout début 2000.
En 1988, mes fonctions de conseiller spirituel de Biff Bang Pow ! venaient de s'interrompre brutalement. Je ne recevais donc plus de disques du label en cadeau et j'ai choisi d'acheter celui-ci quand je suis tombé dessus en magasin à Reims. Comme c'est arrivé quelques fois dans l'histoire du rock, par exemple avec le troisième Starshooter ou l'Agents of change EP de Blue Orchids, le disque à la pochette très dépouillée était vendu dans un sac plastique. C'est un pressage anglais, mais une étiquette de code prix collée dessus indique qu'il est passé par les mains d'un distributeur français plutôt que d'un importateur.
Dans un entretien pour le site Creation Records en 2005, Ed explique qu'Alan McGee lui a proposé début 1988 de sortir un album et de travailler pour le label. Problème, la formation précédente de The Times s'était séparée en 1987, alors Alan a proposé les services de BBP!. Dans les faits, l'album a été enregistré avec Alan et Dick Green de BBP!, Jowe Head (Swell Maps, TVPs, The Palookas, etc.) et le batteur Paul Mulreany, qui est resté un temps membre de The Times et a aussi joué avec The Blue Aeroplanes, Jazz Butcher et Primal Scream.
La tonalité noire de la pochette fait bien la transition avec l'album Love is forever de BBP!, sorti quelques mois plus tôt et sur lequel on entend Ed aux chœurs. Les deux ont en commun un son clair et énergique.

Ma période préférée de The Times est celle que je qualifierais de période sous ecstasy, de E for Edward en 1989 à Pure en 1991, mais Beat torture arrive juste derrière. C'est vraiment un disque que je trouve très bon, que j'apprécie plus par exemple que les premiers albums de The Times, pourtant réputés et recherchés.

Cela tient en partie à l'excellence et à la fougue du morceau d'ouverture, Godevil, celui qui a été le plus diffusé puisqu'il figurait sur la compilation pas chère de Creation, Doing it for the kids.
L'intro est très rock and roll, avec un saxophone bien gras (je me demande bien qui le joue). Je me suis persuadé à l'époque que la deuxième voix, celle qui chante "What have you ever done ?" et "Godevil's waiting in the shadows", était celle d'Alan. J'ai eu des hésitations aujourd'hui, mais je pense quand même que c'est bien le cas.

On enchaîne ensuite sur un ton moins furieux et plus dans le style habituel d'Ed Ball avec une autre très bonne chanson, Heaven sent me an angel, la seule de l'album reprise sur I helped Ed Ball escape, en version électro-pop par Si Farrier
Elle donne le ton de la suite de l'album, qui est d'excellente tenue, à part une baisse de régime sur les deux derniers titres.
Il y a plusieurs autres titres rapides et électriques (I'll be your volunteer, Department store et It had to happen), mais aussi la ballade avec harmonica Love like haze or rain, Chelsea green avec un arrangement surprenant et How to start your own country au rythme un peu martial.

J'ai découvert en préparant cette chronique qu'il y avait quatre titres en plus sur l'édition CD de l'album. Il s'agit en fait de démos de quatre des chansons, en solo, avec boite à rythmes. Elles auraient été suffisamment bonnes pour sortir telles quelles, en EP par exemple.

Après la fin de Creation, Ed Ball n'a plus sorti aucun nouveau disque de ses projets. On l'a retrouvé en 2006 à l'époque de My dark places pour épauler son pote Dan Treacy en enregistrant et tournant avec Television Personalities. Il pensait en 2005 sortir un nouvel album solo. J'ai l'impression qu'il ne faut pas trop compter dessus.

Contrairement à un grand nombre de disques de The Times publiés avant ou après, Beat torture n'a jamais été réédité depuis 1988, mais l'album est intégralement en écoute sur YouTube, les quatre titres de l'édition CD compris.

05 août 2026

RODRIGO AMARANTE : Mon nom


Consulté sur Bandcamp le 16 juillet 2026
Réf : [sans] -- Édité par Polyvinyl aux États-Unis en 2014
Support : 1 fichier flv
Titre : Mon nom

C'ets un article de The Conversation, « Ils sont parmi nous » : la nouvelle plateforme de la Maison‑Blanche et la déshumanisation des sans‑papiers, qui a attiré mon attention sur le site aliens.gov.
Avec une charte graphique rappelant la série X files, plus la musique du générique en fond sonore, ce site annonce des documents déclassifiés sur les aliens. Au fur et à mesure qu'on fait défiler le texte, on nous annonce que les aliens sont parmi nous depuis 60 ans et semblent vivre une existence humaine normale, sauf qu'ils n'ont rien à faire ici. Les autorités ont laissé faire, mais la vérité n'est plus ailleurs, elle est ici car seul le président Trump a eu le courage de s'opposer au danger que les aliens posent à la société américaine.
C'est alors qu'on découvre un décompte et une carte avec les "rencontres" avec les aliens. Il s'agit en fait des arrestations faites par les agents de l'Immigration and Customs Enforcement (ICE), car tout le site repose sur le double sens du mot "alien" en anglais : il n'est pas question ici d'extra-terrestres mais d'étrangers, présumés en situation irrégulière.
La page se termine avec un message prétendument rassurant ("Si vous assistez à l'enlèvement d'un alien, ne vous inquiétez pas, l'alien est entre de bonnes mains"), complété bien sûr par un appel à la délation.
On trouve en bas de page un ajout présenté comme déclassifié en 2026, avec un appel à déporter tous ces "illégaux" qui ne sont pas des petits hommes verts :



Comme Fatima-Zahra Aklalouch l'explique dans son article, il s'agit bien de déshumaniser les étrangers, tout en se moquant d'eux et en faisant comme un clin d’œil au public avec des références à la culture pop. 
En découvrant ce site non seulement j'ai eu la nausée, mais, comme ça m'est arrivé à de nombreuses reprises ces derniers temps, j'ai eu l'impression d'être transporté dans une réalité alternative, une horrible dystopie. Car ce qui est d'autant plus glaçant avec ce site, c'est que ce n'est pas un simple abruti qui l'a mis en ligne sur les réseaux sociaux, ou une quelconque organisation extrémiste qui fait sa com, mais c'est bien le site officiel de la Présidence des États-Unis qui diffuse cette information.

La lecture de cet article m'a aussi fait penser à la chanson Mon nom de Rodrigo Amarante.
Je l'ai redécouverte récemment en allumant ma radio dans la voiture, restée branchée sur une émission de France Culture. Je l'ai reconnue tout de suite sans retrouver tout de suite les références : j'ai dû découvrir cette chanson de 2014 début 2020 et elle m'a plu suffisamment pour que je l'intègre dans ma compilation du moment, Comme un papillon sous la glace.
Cette chanson vient s'ajouter à d'autres déjà chroniquées ici, sur les thématiques du racisme et de la condition de l'exilé : L'affront national, Voilà, voilà que ça recommence, C.facile et Je suis venu chercher du travail.

Rodrigo Amarante est né à Rio de Janeiro en 1946. Il s'est d'abord fait connaître comme membre du groupe Los Hermanos. Après leur séparation en 2007, il a notamment participé au big band Orquestra Imperial, collaboré avec Devandra Banhart et été membre du trio Little Joy.

Mon nom est extrait de son premier album sous son nom, Cavalo. Dans son texte d'accompagnement, il explique que l'album a été écrit alors qu'il vivait de façon inattendue en exil à Los Angeles. Il explique notamment : "J'ai utilisé plusieurs langues pour me forger une nouvelle voix, une voix rendue plus forte par le manque de vocabulaire, sans subterfuges, une voix qui devait savoir ce qu'elle voulait chanter".
C'est intéressant puisque, on le comprend avec le titre, Mon nom est une chanson écrite en français par un lusophone vivant dans un pays anglophone. Elle aurait eu sa place dans la rubrique Parlez-vous français ? de l'Arrière-Magasin.
Comme Catherine Laugier l'indique chez Nos Enchanteurs, ce n'est pas la première fois que Rodrigo s'essaie au français : il avait signé en 2001 Cher Antoine pour Los Hermanos.

Le sentiment exprimé par les paroles est simple : l'étranger est par définition un déraciné, un "autre" qui se trouve dans une situation terrifiante. C'est simplement un humain, contrairement à ce que le site aliens.gov, les informations d'actualité et tous ceux qui font de cette question un enjeu électoral laissent entendre.

La vidéo est une réussite, qui exprime l'étrangeté de l'étranger en mélangeant les lettres des mots de la traduction anglaise des paroles.
Avec sa guitare acoustique, sa boite rythmes et un peu de claviers, Mon nom est une très belle chanson. Elle se fait une place dans le répertoire de la chanson française : elle a notamment été reprise en 2017 par Superbravo et en 2020 par Feu Chatterton, dans des versions très fidèles.

Le deuxième album de Rodrigo Amarante date de 2021. Il a signé en 2023 la musique du film Ses trois filles.






Rodrigo Amarante, Mon nom, en direct pour la radio KEXP à Seattle le 19 juin 2014.

01 août 2026

VICKI KRISTINA BARCELONA : Pawn shop radio


Acquis au F'estival des Musiques d'Ici et d'Ailleurs à Châlons le 19 juillet 2026
Réf : JARO 4354-2 -- Édité par Jaro Medien en Allemagne en 2020
Support : CD 12 cm
10 titres

Le 35e F'estival des Musiques d'Ici et d'Ailleurs de Châlons en Champagne s'est achevé en beauté dimanche 26 juillet avec, fort logiquement, le spectacle Le dernier concert de la Compagnie I.Si. Une édition un peu particulière, puisque c'était la dernière portée par son directeur-fondateur, l'ami Patrick Legouix.

Je n'ai pas vu beaucoup de concerts du festival cette année, mais les deux moments les plus marquants pour moi ont été les prestations de
Bassi Bakambi, de la rumba congolaise au féminin (pas de chronique car ce groupe a pour l'instant très peu de musique disponible en ligne, et pas du tout en disque), et de Vicki Kristina Barcelona.

Les précédents dimanches, il faisait tellement chaud que les concerts ont dû se replier à l'intérieur de l'église Saint Alpin, mais là le temps était idéal et le groupe a joué sur le parvis, le public étant installé dans la petite rue des Lombards, juste à côté de la maison où l'on trouvait à la fin des années 1970 le HiFi Club, le disquaire chez qui j'ai acheté mon premier disque d'Elvis Costello.

Vicki Kristina Barcelona est le projet de trois musiciennes new yorkaises, qui chantent toutes les trois : Rachelle Garniez, qui joue principalement de la basse et de l'accordéon; Amanda Homi, qui joue toutes sortes de percussions; et la guitariste Kirsten Thien, qui a succédé en 2025 à Terry Radigan.
Toutes ont un parcours musical varié, sous leur nom ou en groupe, mais ce qui les rassemblent spécifiquement au sein du VKB Band, ce sont les chansons de Tom Waits (et Kathleen Brennan pour un bon nombre d'entre elles), qui constituent quasiment l'intégralité de leur répertoire.
Le nom du groupe est inspiré du film Vicky Cristina Barcelona de Woody Allen (2008), pour faire un parallèle entre le film, qui s'intéresse aux relations de trois femmes avec un homme, et le groupe, où les trois musiciennes se penchent sur l’œuvre de Tom Waits.

Il se trouve qu'il s'agissait du premier concert en France de VKB, pour la plus grande joie du trio, assez francophile, et du public, qui comme moi a passé un excellent moment. Les arrangements sont inventifs, les instruments nombreux et surprenants. En solo, en duo ou en trio, les prestations vocales sont variées et à aucun moment la voix si particulière de Tom Waits ne manque : on se contente d'apprécier la qualité et l'originalité de ses chansons.

A la fin du concert, j'ai choisi en souvenir ce Pawn shop radio, leur premier album, parce qu'il contient plusieurs chansons que j'aime particulièrement, notamment ma préférée du concert, I don't want to grow up, qui avait notamment été reprise de façon mémorable par les Ramones en 1995.
Depuis, deux albums et demi sont parus, Yesterday is here (2022), Crooked little heart (2024) et Second hand moon (2025), pour marquer l'arrivée de Kirsten Thien.

Le titre d'ouverture, Cold cold ground, joué à Châlons avec un peu de guitare saturée je crois, est un bon exemple du traitement appliqué aux chansons par VKB : leur version est presque sautillante et elles s'entraident pour le chant.
Jersey girl associe rythmes latinos et accordéon.
Parmi les chansons que je connaissais et appréciais déjà, il y a notamment Tango till they're sore et Innocent when you dream. Mais il y en a que j'ai (re)découvertes le jour du concert, comme God's away on the business, à l'origine sur Blood money, et I'll be gone, de Frank's wild years.
Mon titre préféré reste I don't want to grow up, cuisiné ici à la sauce cajun. Les paroles sont vraiment une réussite : le narrateur-enfant aurait pu se retrouver chez Jonathan Richman.

Voilà un très bon album, donc, avec d'excellentes chansons dans des versions intéressantes, mais l'écouter est une expérience un peu terne si on la compare avec le très bon moment vécu pendant l'heure et quart du concert, un moment plein de vie, avec la joie des musiciennes d'être là, les petites sautes de vent, les réactions attendues et inattendues du public, les enfants qui jouent, les explications données à l'oreille de ma mère sur la thématique des chansons, les gens qui ne font que passer... On retrouve un peu de tout ça dans la vidéo de la version émouvante de I'll be gone jouée à Châlons.

Et réjouissons-nous,  car même après le dernier concert par Le Dernier Concert, le festival n'est pas tout à fait terminé. Rendez-vous vendredi 11 septembre dans le quartier du Verbeau pour un concert de Lucia de Carvalho et une frite party.

Le CD de Pawn shop radio est en vente sur Bandcamp. L'album entier est en écoute sur YouTube.


Vicki Kristina Barcelona, I'll be gone, en concert le 19 juillet 2026 au F'estival des Musiques d'Ici et d'Ailleurs, sur le parvis de l'église Saint-Alpin à Châlons en Champagne.








Vicki Kristina Barcelona le 19 juillet 2026 au F'estival des Musiques d'Ici et d'Ailleurs.

29 juillet 2026

JUILLET FIRE : Wildfire


Consulté pour la première fois sur Bandcamp le 26 juillet 2026
Réf : [sans] -- Édité par Juillet Fire aux États-Unis en 2015
Support : 1 fichier mp3
Titre : Wildfire

Comme je manquais un peu d'inspiration pour trouver un sujet de chronique de musique en ligne, j'ai procédé comme je le faisais pour mes chroniques pour le webzine Casbah : j'ai fait une recherche sur Bandcamp.
Eh non, je ne suis pas obsédé par l'actualité brûlante au point d'avoir fait une recherche sur "feu" ou "forêt". Non, tout bêtement, j'ai commencé par une recherche sur le mois en cours, "juillet" (inconsciemment, je devais me souvenir que j'avais procédé de façon similaire en novembre 2021 pour ma toute première chronique Casbah).
Et dans la première page de résultats, j'ai aperçu ce titre en anglais Feu de forêt par Feu de Juillet...! Là, je ne pouvais qu'aller écouter et, comme ce que j'ai entendu m'a paru suffisamment intéressant, mon choix a été vite fait.
Ce que j'avais complètement oublié c'est que, toujours pour Casbah, j'avais bien fait il y a trois ans une recherche sur "forest fire", en référence à l'excellente chanson de Lloyd Cole. Il en avait résulté la chronique de A Forest Fires, The Bamboo Shoots.

S'agissant d'un artiste américain, je n'arrive pas à expliciter l'utilisation du terme "Juillet" dans le nom. On se serait attendu par exemple à "July" ou "Juliet", mais là ça reste intrigant.
Derrière ce nom, on trouve une musicienne de Grand Junction dans le Colorado, diplômée en 2015 du fameux Berklee College of Music.

Parmi les mots-clés choisis pour caractériser Juillet Fire, il y a "electronic" et "pop vocals", et ça convient très bien pour décrire Wildfire, une chanson d'amour, avec la basse synthétique en intro et les synthés et percussions électroniques qui viennent ensuite. La voix pop est bien là, doublée par moments, et la chanson décolle vraiment dans la deuxième moitié avec les répétitions du refrain "Let the wildfire burn". Ça me rappelle évidemment un peu mes années new wave, mais ça me plaît bien.

La chanson est extraite du Mile high in 2015 EP, sur lequel mes deux autres titres préférés sont Living in the age et Really rad, en collaboration avec A spineless mind.

Juillet Fire n'a rien publié d'autre sur Bandcamp depuis 2015, et il n'y a rien non plus sur Discogs ou ailleurs en ligne. J'imagine quand même que la musicienne/chanteuse en question reste active, avec d'autres projets.

Quant à nous, si l'inspiration manque on pourra toujours s'intéresser à la canicule la semaine prochaine...

25 juillet 2026

JEAN CHRISTOPHE avec ANDRE CHACKALL : Chante ses chansons 2


Offert par Dorian Feller à Villedommange le 13 juillet 2026
Réf : JM 21-22 -- Édité par Agora en France en probablement dans les années 1950
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Toi c'est toi -- Pourquoi, pourquoi -/- Inconstance -- Étrange attente

Dorian avait mis de côté ce disque spécifiquement à mon intention, en raison du nom de l'artiste bien sûr, un JC comme moi. Je l'ai remercié, en faisant la remarque en passant que, dans ce cas précis, Jean était le prénom et Christophe le nom de famille.
Eh bien, figurez-vous que j'avais tort ! En consultant Discogs, j'ai tout de suite appris que ce nom d'artiste reprend les deux premiers prénoms de Jean Christophe de Mauraige (1928-2021), comme indiqué au verso de son premier 45 tours, qui avait en réserve dans sa besace un troisième prénom, Fernand.

Avec l'ami Philippe R., on a pris l'habitude depuis quelques temps de s'échanger des articles à propos de personnes, célébrités ou anonymes, artistes ou non, qui ont eu un parcours de vie qui nous parait remarquable. Celui de Jean Christophe de Mauraige, retracé par son fils Ghilhem au moment de son décès, rentre dans cette catégorie. Sous le pseudonyme de Kizoff et aux côtés de sa mère Elisabeth, il a participé à la Résistance pendant la seconde guerre mondiale, de 1943 à 1945, c'est à dire à partir de 15 ans, notamment au sein de l'Armée Secrète de Dordogne.
A partir de 1950, il aura de nombreuses activités dans les domaines social et culturel, notamment au sein de la Fédération des Colonies de Vacances Familiales. Il est notamment l'auteur de pièces de théâtre, le co-auteur d'un livre sur l'initiation au mime, et donc il a publié deux 45 tours de ses chansons, le mien étant de le deuxième.

André Chackall accompagne Jean Christophe sur les deux disques. Je n'ai trouvé aucune information à son sujet. Aucune information non plus sur Maryse Tulasne, qui a dessiné la pochette de ce deuxième volume.

Les deux chansons de la face A sont en duo et ce sont mes deux préférées; je les ai numérisées.

Pour Toi c'est toi, l'instrumentation est minimale, avec guitare acoustique et percussion. Ils chantent les refrains ensemble. Pour les couplets, l'un chante et l'autre fait des vocalises. Cette mise en place permet de surmonter leurs limites question technique vocale. La simplicité de l'ensemble fait beaucoup pour rendre la chanson intéressante.

Pourquoi, pourquoi est une chanson courte, avec un côté folk prononcé qui tendrait à me faire dater le disque du début des années 1960 plutôt que de la fin des années 1950. Là encore, c'est minimal, léger ("Moi je suis fou de toi, toi tu te fous de moi") et sympathique.

Sur la face B, Inconstance est chantée par André Chackall seul, avec juste de la guitare acoustique. On est plus proche du Père Duval que de Georges Brassens, les deux, on le sait, n'étant pas incompatibles.

Étrange attente est chantée par Jean Christophe façon crooner, ce qui n'est pas vraiment dans ses cordes. Cette chanson est orchestrée par Pauline Campiche, pianiste et compositrice, auteur notamment de la musique du feuilleton Le temps des copains et du film Mon oncle du Texas.

A écouter :
Jean Christophe et André Chackall : Toi c'est toi
Jean Christophe et André Chackall : Pourquoi, pourquoi


18 juillet 2026

NENAD : (Marie's the name) His latest flame


Acquis au Record & Tape Exchange de Notting Hill Gate à Londres vers 1984
Réf : ama 1 -- Édité par CAMAB en Angleterre en 1982
Support : 45 tours 17 cm
Titres : (Marie's the name) His latest flame -/- Sanja

J'ai acheté ce disque, comme des dizaines d'autres, pour 10 pence dans la cave du Record and Tape Exchange. La pochette assez réussie a dû m'attirer, avec ce jeune gars en chemisette et les couleurs derrière qui font penser à celles d'un drapeau. La face A est une reprise d'un tube d'Elvis Presley, mais je ne le savais sûrement pas à l'époque.
Je n'ai trouvé aucune information sur  cet artiste Nenad, qui est un prénom d'origine slave. Discogs nous apprend juste qu'il a sorti un autre 45 tours après celui-là, Green grass.

Il y a un an, l'ami Phil King a publié All the young droids, un double album compilation de raretés de pop synthétique de salon, des bricolos qui après le punk se sont emparés des nouveaux synthés au prix devenu accessible. Ce disque de Nenad n'a pas le côté futuriste/mutant droid et est sans doute trop gentillet, mais il est de la même époque et il est également électronique et pop, auto-produit et sûrement aussi auto-édité : le seul autre disque référencé sur le label CAMAB est le deuxième de Nenad, qui a utilisé les services d'Ellie Jay Productions, une boite genre Le Kiosque d'Orphée en France qui proposait de vous organiser toutes les étapes de la publication d'un disque. Nenad disposait d'un certain budget, y compris pour la promotion, puisqu'il y a sur mon exemplaire une étiquette avec le téléphone du publiciste Geoff Collings.
Ce n'est pas mon repiquage MP3 qui est raté : je ne sais pas si ça vient de l'enregistrement, du mixage ou de la gravure, mais le son du disque n'est en tout cas pas génial.

His latest flame est donc la reprise d'une chanson écrite par Doc Pomus et Mort Shuman. Si c'est Elvis qui en a fait un tube en 1961, c'est Del Shannon qui avait publié la première version quelques semaines plus tôt. La chanson de départ, avec son léger rythme à la Bo Diddley, est très bonne. Je trouve la version électronique de Nenad très réussie. Je l'ai régulièrement écoutée et appréciée ces quarante dernières années.
J'avais en tête comme point de comparaison une autre reprise sixties d'époque, Chantilly lace par R. Stevie Moore, mais l'original n'est pas d'Elvis comme je pensais (c'est Big Bopper) et le son est assez différent. Mais je n'étais pas tombé bien loin : sur l'album Under the covers de 1983, Chantilly lace est enchaîné avec... His latest flame, et là on n'est pas si loin de la version de Nenad (ces titres ont été publiés en France par New Rose en 1984).

La face B, Sanja, est une chanson originale de Nenad. Le titre est un prénom, mais il signifie aussi "Rêves" en croate. Dans sa première partie, c'est une ballade, un slow quoi, une ode à Sanja. Le dernier tiers est instrumental et un peu plus rythmé, mais l'ensemble est assez quelconque. N'empêche, j'aimerais bien en savoir plus sur ce Nenad...

A écouter :
Nenad : (Marie's the name) His latest flame
Nenad : Sanja


15 juillet 2026

JOAN BAEZ : Time rag


Consulté pour la première fois sur YouTube le 8 juillet 2026
Réf : [sans] -- Édité par Portrait en Europe en 1977
Support : 1 fichier flv
Titre : Time rag

C'est Wrongtom qui expliquait sur Bluesky l'autre jour qu'il estime depuis longtemps que Time rag de Joan Baez mérite d'être considéré comme l'un des premiers disques de hip hop. Sachant que cette chanson date de 1977, c'est très surprenant.
Évidemment, je suis aussitôt allé écouter Time rag, et oui, la filiation avec le rap saute aux oreilles : sur une rythmique légèrement funky, Joan enchaîne les couplets parlés.
La grande question est de savoir si Joan Baez était branchée au point de suivre de près les débuts balbutiants du hip hop à New York, deux ans avant Rapper's delight, ou si son parcours et ses propres influences l'ont amenée à se retrouver à ce moment-là sur un chemin proche de celui des rappers. C'est plutôt pour la seconde option que je penche, et Elizabeth Sandifer développe très en détails cet argument dans son article de 2023, Queen Shit : The case for Joan Baez, la meilleure indication étant la description que Joan donne elle-même de la chanson avant de l'interpréter dans l'émission de Johnny Carson : elle a été écrite comme un "talking disco blues", associant donc le parler du talking blues et la rythmique du disco. Même sans chercher à faire du hip hop, elle ne pouvait pas atterrir très loin de la cible. Mais elle savait certainement aussi ce qu'elle faisait puisqu'elle conclut par "OK fellows, this is a rap" (selon les paroles sur la pochette intérieur de l'album, d'après Elizabeth Sandifer), alors qu'on se serait attendu à "This is a wrap" ("C'est dans la boîte").

Les paroles de la chansons sont à la fois mordantes et pleines d'humour. Il y est question d'un entretien avec le magazine Time, qui avait fait sa couverture avec la chanteuse folk Joan fin 1962.
Là, c'est un épisode vécu qu'elle nous conte, alors qu'elle prépare son premier album pour un nouveau label, que sa carrière est en déclin et que son management lui conseille de tenter un gros coup avec Time.
Elle aurait pu se contenter d'intituler la chanson Time mag, mais Time rag est très bien vu, "Rag" désignant à la fois un type de chanson folk et... un torchon !
Ayant l'impression que le journaliste s'intéresse vraiment à ce qu'elle a à dire, Joan enchaîne sur les sujets d'actualité qui lui tiennent à coeur ("I babbled my way through the worldwide list, Ireland, Chile and the African states, Poetry, politics and how they relate, Motherhood, music and Moog synthesizers, Political prisoners and Commie sympathizers, Hetero, homo and bisexuality, Where they all stand in the nineteen-seventies"), mais elle se finit par se rendre compte qu'il n'y a qu'une seule chose qui l'intéresse vraiment : des potins sur sa relation avec Bob Dylan. Autant dire que ça se termine mal et qu'elle n'a jamais refait la couverture de Time !

Sur scène au Palladium de New York en 1977, la version de Time rag, est orchestrée de façon proche de celle de l'album, mais à la télévision, au moins par deux fois, c'est en solo et a cappella que Joan Baez l'a chantée, dans le Johnny Carson show en 1977 et à la télévision française sur Antenne 2 dans un Spécial Joan Baez diffusé le 24 janvier 1978. Les sous-titres de traduction des paroles ont du mal à suivre le débit de la chanteuse !


Joan Baez qui se retient de rire pour chanter Time rag, en direct en 1977 dans le Johnny Carson show aux États-Unis.7

11 juillet 2026

STEVE MILLER BAND : The joker


Acquis chez Récup'R à Dizy le 13 juin 2025
Réf : 2039757 -- Édité par EMI en France en 1990
Support : 45 tours 17 cm
Titres : The joker (Single version) -/- Don't let nobody turn you around

Dans les années 1980 et 1990, le fabricant de jean's Levi's s'est fait une spécialité d'utiliser de bonnes musiques de l'univers du rock pour ses pubs pourrites. Ce fut le cas en 1991 avec Should I stay or should I go de The Clash, et l'année précédente avec The joker du Steve Miller Band. Il y a même eu des compilations rassemblant ces sélections, comme Levi's music en 1994, ce qui signifie aussi qu'il y avait des gens pour les acheter.
The joker a été réédité en single en 1990 pour l'occasion. Dans la majorité des pays, France incluse, la photo de pochette montrait le motard de la pub. Mais ce n'était sûrement pas assez clair pour EMI France, qui a ressorti le disque avec une autre pochette, avec au recto, en gros en haut, la mention "La chanson de la pub Levi's" avec le logo de la marque, et au verso un de ses slogans et un remerciement pour avoir autorisé l'utilisation de ces éléments !! Et pour autant, ce 45 tours n'était pas un cadeau publicitaire offert aux clients, mais un disque vendu au prix fort dans le commerce. Et cette réédition a bien fonctionné : le disque s'est classé n°1 des ventes en Angleterre, et a pas mal été diffusé aussi en France.
C'est comme ça que j'ai découvert The joker, cette chanson de 1973 qui avait déjà été un tube au moment de sa sortie (n°1 aux États-Unis, cette fois). Il faut dire que jusque-là j'avais soigneusement évité le Steve Miller Band. J'avais vu quelques-uns de leurs disques chez des copains ou dans la presse. J'avais repéré le logo avec le cheval ailé, mais j'avais décidé que c'était du truc de baba, des années 1970 avant le punk. En fait, c'était plutôt à l'origine du blues-rock, et The joker c'est encore autre chose. On ne gagne jamais rien à refuser d'être curieux.

The joker est une excellente chanson. Dans la présentation de la réédition des 50 ans de l'album, Steve Miller détaille rapidement la session et indique que le tout a été enregistré en une demi-heure. C'est valable pour l'enregistrement lui-même, mais il y a eu du boulot en amont; par exemple il lui manquait un refrain et, comme il l'explique par ailleurs, il l'a pioché dans une autre chanson qu'il avait sur le feu, Travelin'.
J'aime bien le fait que ce portrait du Joker fait référence à des personnages qui apparaissent dans d'autres chansons de Steve Miller, le Space Cowboy, le Gangster of Love et Maurice. Il a écrit les paroles au dernier moment et les a complétées en intégrant quelques vers de Lovey dovey des Clovers. Ça lui a coûté, assez logiquement, quelques pourcentages de droits d'auteur.
Je crois que ce qui m'accroche le plus dans cette chanson, c'est la rythmique, particulièrement la basse. L'enrobage de guitares acoustique et slide est très bien également.
D'une manière générale, je trouve le style de chant, ainsi que l'orchestration et les arrangements, assez intemporels. Lors d'une première écoute, j'aurais eu bien du mal à dater précisément cet enregistrement. Significativement, j'ai  rétrospectivement été amené à réévaluer la chanson de 1979 de Joe Jackson, Is she really going out with him ?, comme je l'écrivais en 2008 : "mon appréciation de la chanson de Joe Jackson est un petit peu gâchée par la connaissance du tube de Steve Miller, sorti à l'origine en 1973. Je ne crois pas qu'il y ait un quelconque repompage direct de notes entre les deux titres, ni un plagiat éhonté, mais il y a un petit quelque chose indéfinissable dans la rythmique et le chant qui à chaque fois me fait immanquablement associer les deux titres, au profit du plus ancien bien sûr."

Je ne sais pas pourquoi, mais la face B de cette réédition n'est pas la même que celle du 45 tours original de 1973. Le label est allé déterrer Don't let nobody turn you around, un titre de l'album Saving grace de 1969, produit par Glyn Johns, sorti en single aux États-Unis mais je ne pense pas qu'il a été un tube. Pour le coup, c'est vraiment du blues-rock bien de son époque, d'excellente facture, bouclé en 2'30.

J'ai appris au passage que Steve Miller était tombé dans la marmite de la musique quand il était tout petit : ses parents étaient des passionnés de musique, amis avec notamment Les Paul, le parrain de Steve, et T-Bone Walker, qui lui a donné des conseils pour jouer de la guitare dans le dos ou avec les dents !
A 82 ans, Steve Miller semble en bonne forme. Il a fait une grande tournée en 2024 et des concerts sont annoncés à New York en octobre prochain.




Steve Miller Band, The joker, en direct dans l'émission américaine The midnight special, le 25 janvier 1974.

08 juillet 2026

THE SMITHS : Barbarism begins at home


Consulté pour la première fois sur YouTube en 2023
Réf : [sans] -- Diffusé par Antenne 2 en France le 19 mai 1984
Support : 1 fichier flv
Titre : Barbarism begins at home

Ça doit être au moment de la mort d'Andy Rourke en 2023 que pas mal de vidéos ont circulé et que j'ai vu pour la première fois le passage des Smiths dans l'émission The Tube en mars 1984Barbarism begins at home se termine avec juste le duo basse/batterie pendant que Morrissey et Johnny Marr dansent. Un très bon moment. Je ne sais pas si c'est la première fois que ça se passait ainsi, mais la scène s'est reproduite à Hambourg le 4 mai et, c'est la version que j'ai sélectionnée, à Paris le 9 mai.

On comprend que des fans aient choisi Barbarims begins at home pour rendre hommage au bassiste des Smiths : la colonne vertébrale de la chanson est une ligne de basse très élaborée, assez funky pour rappeler Freak Party, le groupe dans lequel Marr et Rourke ont joué brièvement avant les Smiths. Si c'est Andy Rourke qui a trouvé cette ligne de basse, il n'a pas volé les quelques pourcentages de droits d'auteur qu'il a récupérés quand il s'est plaint après la séparation du groupe.
Elles sont musicalement différentes, mais cette chanson qui prend le temps de se dérouler sur six minutes se rapproche sur ce point de How soon is now ?, qui allait suivre quelques temps plus tard. 

La chanson  a été jouée pour la première fois sur scène en décembre 1983. La ligne de basse n'était pas encore complètement en place. C'était une période de folie pour le groupe, avec les singles à succès qui s'enchaînaient et le premier album qui venait de sortir. Pourtant, les Smiths ont joué régulièrement en 1984 cette chanson pas encore publiée, parfois même deux fois le même soir, dans le corps du concert et en rappel. Il faudra attendre février 1985 pour qu'elle sorte sur disque, sur le deuxième album, enchaînée avec une autre chanson au titre choc, Meat is murder. La sortie de ce titre en face A de single a été programmée pour l'Angleterre mais, comme pour Reel around the fountain, elle a été annulée et il n'y a qu'en Allemagne qu'un single est sorti à l'époque.

Le concert des Smiths à l'Eldorado le 9 mai 1984 est à la fois le premier et l'avant-dernier du groupe en France (je vous laisse calculer combien il y en a eu en tout). Il a été couvert par Antoine de Caunes pour son émission Houba houba et un pirate a été publié. Morrissey avait des fleurs dans la poche arrière du jean et il y en avait partout dans la salle, ne serait-ce que parce que l'affiche et le billet suggéraient au public d'en apporter.
Pour ma part, j'étais en Angleterre ce printemps-là. Les fleurs, les articles dans la presse et les passages télé m'avaient irrité, et j'ai bêtement évité tout ce qui avait trait aux Smiths, alors même que j'étais fourré deux fois par semaine dans la boutique Rough Trade !
La version jouée à Paris ce soir-là est excellente, et c'est bien de voir le bassiste qui sourit sur la fin en voyant ses compères gesticuler. On préfère voir Morrissey et Marr s'amuser comme ça et faire un pied de nez à la barbarie, plutôt qu'être à couteaux tirés comme ils le sont depuis des années (avec plein de bonnes raisons de ne pas être d'accord...!).



The Smiths, Barbarism begins at home, en concert à L'Eldorado à Paris le 9 mai 1984, diffusé dans l'émission Houba houba le 19 mai sur Antenne 2.
Ci-dessous, la séquence complète avec deux autres chansons.

05 juillet 2026

MUSICAL YOUTH : Tell me why ?


Acquis chez Happy Cash à Dizy le 9 novembre 2024
Réf : 105 571 -- Édité par MCA en Europe en 1983
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Tell me why ? -/- Reason

Ce disque fait partie des quelques "bricoles" que j'ai achetées le même jour que le Raymond Sangaria.
Je ne l'ai pas acheté à l'époque de son succès, mais j'ai toujours apprécié le tube Pass the dutchie et, depuis quelques temps, je prends les disques de Musical Youth quand j'en vois passer pour pas cher. Généralement, ils sont au minimum sympathiques. 

C'est bien le cas ici de Tell me why ?, la face A du premier single sorti pour annoncer le deuxième album du groupe, Different style !.
Il s'agit d'une reprise d'un titre de l'album Dusty roads de John Holt, sorti en 1974. Une chanson que Musical Youth a rendue encore plus sautillante. La version allongée US remix est plus intéressante, notamment car le mixage est plus roots et elle inclut le toast qu'un des chanteurs réclame mais n'a pas le temps de placer dans la version de base.

A l'écoute de Reason, j'ai eu exactement la même bonne surprise que quand j'ai découvert l'improbable Disco Reggae Band, derrière lequel on avait dissimulé le groupe anglais Black Slate : on oublie la pop-reggae, on a tout simplement là un excellent titre très roots, mieux que sympathique. Et là aussi, je conseille plutôt la version "complète" de la chanson sur le maxi, qui dure près de sept minutes. Contrairement à l'habitude, ce qu'on trouve sur le 45 tours, ce n'est pas la partie chantée de la première moitié, mais la rallonge toastée de cet excellent "discomix".
La particularité ce cette face B, quand on examine les crédits, c'est qu'elle est produite par Toney Owens. C'est le seul titre de la discographie MCA de Musical Youth qu'il a produit (tous les autres ou quasiment sont produits par Peter Collins). Mais si on regarde la discographie dans le détail, on note que Toney Owens a aussi produit en 1981 le tout premier disque de Musical Youth, Political, sorti comme le You d'Au Pairs sur le label 021, notamment pour financer le Saltley Music Workshop. Et ceci nous ramène à l'actualité et à un disque de Musical Youh qui vient de sortir, Mash down Birmingham: The early recordings of Musical Youth.

Cet album est publié par Needle Mythology, un label fondé par Will Harris et le journaliste Pete Paphides. On trouve à son catalogue des projets très soignés de rééditions avec inédits de disques notamment de Stephen Duffy, Ian Broudie, Robert Forster. Et aussi l'anthologie indiepop Sensitive, sur laquelle on trouve même Someone stole my wheels.
Pete Paphides est originaire de Birmingham, comme Musical Youth. Si vous comprenez l'anglais, je vous conseille la lecture de son livre de mémoires Broken Greek : A story of chip shops and pop songs.
Le déclic pour ce projet, c'est la découverte en 2016 de Political sur la compilation The Midland roots explosion. Pete Paphides a voulu en savoir plus, mais il lui a fallu des années de ténacité pour réussir à rencontrer Toney Owens, qui conservait des dizaines de bandes enregistrées dans une cabane dans son jardin. Il en résulte deux disques, celui de Musical Youth, et celui d'un groupe familial oublié du Birmingham des années 1970, Natrus.

A l'occasion de la sortie de ce disque, l'histoire des débuts de Musical Youth est racontée dans Mojo (n° 391 daté de juin 2026) et dans The Quietus.
A l'origine de tout, il y a Frederick Waite, un jamaïcain qui, avant d'émigrer à Birmingham pour travailler dans une usine automobile, avait eu une carrière musicale remarquable, puisqu'il est membre fondateur de groupe rocksteady The Techniques.
Quand ses fils Freddie Junior (batterie et Patrick (basse) se sont mis à la musique, il a rencontré par l'intermédiaire de Toney Owens ceux très jeunes de George Grant, Kelvin (guitare) et Michael (claviers). C'est ainsi que, au sein du Saltley Musical Workshop est né "le groupe de reggae le plus jeune du monde", initialement nommé Culture Musical Workshop Youths, dirigé par son chanteur, papa Waite, avec les quatre enfants Waite et Grant.
Cette formation originale a enregistré le 45 tours Political et une  session pour John Peel. Sans surprise, Freddie Waite connaissait du monde dans la scène reggae, et parmi les enregistrements restés inédits jusqu'en 2026 il y a des collaborations avec Sugar Minott et Jackie Mittoo. Mais au moment de signer avec un gros label, et pour respecter l'image de jeunesse associée au groupe, Freddie Waite a dû se résoudre à laisser la place et le chanteur de quinze ans Dennis Seaton a été recruté. Leur succès a été immédiat dès le premier 45 tours Pass the dutchie.

Et comment s'intercale Reason dans tout ça, avec Toney Owens à la production mais Dennis Seaton au chant, pas Frederick Waite père ? Eh bien, soit cette chanson date de juste avant la signature avec MCA, juste après les enregistrements qu'on trouve sur Mash down Birmingham, soit le groupe est retourné bosser avec lui après son succès pour une session dont ce seul titre aurait émergé.

Après leur tube initial, jeunes ou pas, les membres de Musical Youth ont été pressés comme des citrons par l'industrie du disque. Le groupe s'est séparé en 1985. Les deux frères Waite sont morts depuis, Patrick en 1993 et Freddie "Junior" en 2022. Une reformation de Musical Youth existe encore, avec Dennis Seaton et Michael Grant. Quant à Kelvin Grant, il se produit en solo.



01 juillet 2026

AMADOU & MARIAM : Once in a lifetime


Consulté la première fois sur INA le 24 juin 2026
Réf : [sans] -- Diffusé par Le Mouv' le 5 avril 2012
Support : 1 fichier FLV
Titre : Once in a lifetime

J'étais persuadé à tort que j'avais chroniqué il y a bien longtemps mon CD single de Je pense à toi d'Amadou et Mariam, dans les premières années du blog. Et ça fait un moment que j'envisage de m'intéresser à un autre de leurs disques, peut-être mon maxi promo de Les beaux dimanches. Au bout du compte, ce n'est pas avec un disque mais avec une session radio filmée et diffusée à la télé qu'on va "étrenner" ici "le couple aveugle du Mali".
Sachant que Mariam Doumbia (1958-) et Amadou Bagayoko (1954-2025) ont commencé à jouer ensemble au début des années 1980, ce n'est que tardivement, quand l'album Sou ni tilé est sorti en France en 1998, que j'ai commencé à m'intéresser à eux. Je regrette fort de ne pas être allé les voir en concert quand ils ont joué dans la Marne autour de l'an 2000. Ils avaient le don de créer d'excellentes chansons très accessibles.

Comme avec Daouda, c'est en allumant ma box télé internet pré-réglée sur Melody d'Afrique que je suis tombé au milieu de cette chanson. J'ai notamment été impressionné par le jeu de guitare d'Amadou sur cette prise en direct, sachant qu'il assure aussi le chant. J'ai été surpris de voir à la fin que la chanson était titrée en anglais et que ce titre était le même que celui du classique de 1980 de Talking Heads.
Ça n'a pas suffi pourtant pour que j'ai le déclic. Pour moi, j'avais entendu une chanson originale d'Amadou et Mariam. Ce n'est que le lendemain, quand j'ai cherché à la réécouter et à voir sur quel disque on la trouve (aucun...) que j'ai bien dû me rendre à l'évidence : le Once in a lifetime d'Amadou et Mariam est une reprise de Talking Heads.

D'abord, il faut dire qu'Amadou et Mariam ne chantent pas la chanson en anglais (plutôt en bambara, je suppose). Je ne sais pas s'ils ont traduit les paroles, mais vu le contexte, je parierais bien que ce sont des paroles originales.
Les autres musiciens sont excellents eux aussi, mais c'est la guitare qui porte le morceau. Le riff de base, c'est carrément du rock and roll le plus basique possible. C'est pas Louie Louie, mais on en n'est pas loin.
Ce que je reconnais le mieux de la chanson originale, ce sont les refrains ("Letting the days go by..."). Pour le reste, je me dis que ce sont les couplets qu'ils chantent en duo. Mais, comme indiqué sur la page Dailymotion, il s'agit vraiment d'une réinterprétation complète, pas d'une simple reprise, et, sans manquer d'honnêteté, je n'aurais rien trouvé à redire si Amadou et Mariam s'étaient attribués cette chanson.

On sait que  des musiques d'Afrique ont largement influencé la création de l'album des Talking Heads. En 2018, Angélique Kidjo a en quelque sorte bouclé la boucle en reprenant intégralement Remain in light. Beaucoup plus proche de l'originale, je trouve son Once in a lifetime moins impressionnant que celui d'Amadou et Mariam..

Un documentaire de Ryan Marley, Amadou et Mariam : Sons du Mali, est sorti en 2025.
Un an après la mort de son époux, Mariam a repris la route. Elle est actuellement en tournée en France pour continuer à chanter Amadou & Mariam.



Amadou & Mariam en Mouv' Session dans Rodéo sur le Mouv' le 5 avril 2012.