30 septembre 2026

THE DEL VIKINGS : Flat tire


Consulté sur YouTube en septembre 2026
Réf : 14 209 -- Édité par Mercury en France en 1959
Support : 4 fichiers flv
Titres : Flat tire -- Whacha gotta lose -/- Cool shake -- The white cliffs of Dover

Il faut s'y faire, il y a un grand nombre de disques qu'on peut découvrir (pochette et musique) sans vraiment espérer les tenir un jour en mains. Mais ce n'est pas pour autant qu'on va continuer à les ignorer complètement.

Ce 45 tours français quatre titres, je l'ai "découvert" quand quelqu'un a fait circuler en ligne la reproduction de sa pochette. Et quelle pochette ! Pas besoin de quadrichromie ni de gros moyens quand on a une photo aussi réussie, bien mise en page, qui illustre parfaitement le thème de la chanson, un pneu crevé.
Bon, il n'y pas de hasard, non plus. Si on regarde en bas à gauche de la pochette, on voit le nom du photographe, Herman Leonard, un américain qui a longtemps vécu à Paris. C'est un grand de la photographie, qui est surtout réputé pour ses photos de musiciens de jazz, mais il a fait aussi dans la mode et la publicité et à l'époque il bossait pour Barclay (qui, notamment, sortait les disques Mercury en France).

The Del Vikings était un groupe de doo-wop qui avait pour double particularité d'être composé de jeunes recrues de l'armée, et d'être noir et blanc, ce qui n'était pas courant en pleine ségrégation.
Ils ont eu des problèmes contractuels et des divisions, ce qui fait qu'au plus fort de leur succès, vers 1957, il y a eu deux groupes, The Del Vikings chez Mercury et The Dell Vikings chez Dot, qui parfois ont tous les deux sorti le même titre !
Parmi ces titres, il y a notamment Down in Bermuda, une des chansons, avec le Bermuda des Bell Sisters, qui ont dû inspirer Jonathan Richman pour son propre Down in Bermuda. 

Cet EP compile des titres de quatre disques américains différents, deux faces A de 45 tours, une face B et un titre d'album.

Flat tire est une chanson originale. Clyde Otis a dû se charger des paroles. Son nom ne me disait rien du tout, mais c'est quelqu'un d'important dans la musique : il a écrit et produit des centaines de chansons, notamment pour Brook Benton et d'autres artistes signés chez Mercury. Le compositeur est lui aussi, à tous les sens du terme, un très grand du blues et du rhythm and blues, Monsieur Willie Dixon.
La chanson raconte une mésaventure rigolote, un peu à la Coasters : le gars emmène sa chérie faire un tour en bagnole; il ne lui fait pas le coup de la panne, mais un pneu crève; pendant qu'il le change, un beau gosse passe par là, la chérie le hèle et se barre avec lui; il part à leur poursuite sur la jante, mais finit par se faire arrêter par la patrouille routière.

Whacha gotta lose (What'cha sur l'édition originale) est une face B bien réussie, dans un style plutôt rock and roll léger, avec chœurs et solo de guitare.

Cool shake est bien aussi. Là, je crois qu'il est question d'une nouvelle danse, avec comme souvent un double sens ("Quand on se retrouvera ensemble, on fera le cool shake, quand je crierai, chérie ne t'arrête pas, tu sais que je parle du cool shake")

Le dernier titre est une reprise, et c'est surprenant dans ce contexte de voir arriver The white cliffs of Dover, une chanson à succès pendant la deuxième guerre mondiale, popularisée en Angleterre par Vera Lynn. La version des Del Vikings est doo-woppée : rythmée et enlevée, avec une belle voix de basse.

Je crois que c'est la première fois que je chronique un disque d'époque sans l'avoir (c'est arrivé assez souvent avec des disques récents disponibles en physique et en numérique), mais je pense vraiment que je ne tomberai jamais sur ce 45 tours, et on a quand même accès à la photo de la pochette et aux quatre enregistrements, alors on ne va pas se priver.

27 septembre 2026

ALVIN STARDUST : Tell me why


Offert par Le Vieux Thorax à Bagnolet le 21 septembre 2013
Réf : 2C 004-96229 -- Édité par Magnet en France en 1975
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Tell me why -/- Roadie roll on

Alvin Stardust, c'est un nom que je connaissais comme star du rock des années 1970, mais c'est tout. Et puis en 2013, j'ai récupéré deux de ses 45 tours. L'un, tardif chez Stiff, trouvé en Belgique, et celui-ci, que Le Vieux Thorax m'a offert quand on a passé une journée ensemble. J'avais déjà acheté un bon paquet de disques le matin chez Gilda/Parallèles et je suis reparti de chez lui avec quelques 45 tours qu'il avait mis de côté à mon intention, plus le 25 cm Le garage se rebiffe, sur lequel il joue avec Gloria & the Greenspiders.

C'est un article de Pete Paphides qui m'a fait ressortir ce disque, qui raconte l'histoire folle de Bernard Jewry (1972-2014), le gars qui incarnait Alvin Stardust, qui s'est retrouvé par deux fois à endosser la personnalité d'un autre.

La première, c'était dans des circonstances tragiques.
A 19 ans, en 1961, Bernard était fan de Shane Fenton and the Fentones, groupe inconnu de Mansfield, dans la région de Nottingham. Il les aidait même de temps en temps à porter leur équipement.
Un jour, il passe voir le chanteur Johnny Theakston (alias Shane Fenston), mais sa mère lui explique qu'il est malade et hospitalisé. Deux jours après, il était mort à 17 ans, de rhumatisme articulaire aigu.
L'histoire aurait pu s'arrêter là, mais Johnny avait envoyé une candidature à la BBC pour passer dans une émission de télé à Birmingham. Quand l'invitation est arrivée après la mort de Johnny, sa mère leur a proposé de se reformer pour l'occasion en hommage à son fils, avec Bernard comme chanteur, qui reprendrait pour l'occasion l'identité de Shane Fenton.
C'est ce qui s'est passé, et ça ne s'est pas arrêté là. Le groupe a signé avec Parlophone (le label qui engagerait les Beatles l'année suivante). Ils ont sorti une dizaine de singles quand même, dont quatre ont été classés dans les hit-parades.

Les choses se sont un peu calmées ensuite, mais Bernard Shane avait quand même encore un manager, qui l'a contacté en 1973 avec une proposition surprenante. Peter Shelley (rien à voir avec le Shelley des Buzzcocks), auteur-compositeur-interprète et co-fondateur du label Magnet, venait de lancer My coo ca choo, le premier disque d'une nouvelle "pop star" qu'il avait baptisée Alvin Stardust. Le disque a commencé à marcher, mais après avoir interprété la chanson une fois à la télévision, Shelley a décidé qu'il ne voulait pas faire carrière comme "Alvin Stardust" et a cherché quelqu'un pour incarner sa création. Rôle que Bernard Jewry a accepté : Shane Fenton est donc devenu Alvin Stardust du jour au lendemain.
Dans l'entretien ci-dessous, Bernard donne une version légèrement différente de l'histoire : il aurait été recruté juste avant l'enregistrement de My coo ca choo. Ça parait moins crédible que la version donnée par Pete Paphides et d'autres, mais ce qui est sûr c'est que tous les autres disques de Stardust sont chantés par Jewry, la plupart dans les premières années étant écrits et produits par Shelley.
Et des disques, il y en a eu un bon paquet, le deuxième single Jealous mind se classant même numéro un des ventes en 1974. 

Mon disque, Tell me why, est le troisième sorti après ce tube dans la même année 1974, avec moins de succès (classé 16e dans les charts anglais).
Alvin Stardust est souvent présenté comme un chanteur de glam rock. En 1974, il avait bien sûr comme beaucoup des tenues "outrageuses", avec pattes d'eph et compagnie, mais pour moi son créneau c'est avant tout le revival des grandes années du rock and roll, l'équivalent de ce que sera Shakin' Stevens dans les années 1980. Tell me why en est un bon exemple : c'est du rock mou, une balade un peu doo wop, complètement dans le moule de nombre de succès d'Elvis Presley.

Pour la face B, Roadie roll on, la référence est encore plus simple à trouver. La chanson est co-signée par Shelley et Stardust, mais il manque un troisième auteur, Chuck Berry, tellement c'est une resucée en partie acoustique de Johnny B. Goode !

Même sans Shelley, Alvin Stardust a continué à avoir du succès au débuts des années 1980. Par la suite ça s'est tassé et, tout en continuant à chanter et à tourner, il s'est tourné vers les comédies musicales et vers la télévision, comme acteur et présentateur.
Bernard Jewry est mort en 2014 à 72 ans, et avec lui Shane Fenton et Alvin Stardust. Tout le monde ne peut pas se vanter d'avoir eu trois vies bien remplies...


Alvin Stardust mime Tell me why dans l'émission Top of the Pops.


Bernard Jewry raconte à Cherry Red TV comment Shane Fenton est devenu Alvin Stardust. Ailleurs, il revient sur sa rencontre avec Buddy Holly et les Crickets. L'entretien complet est ici.

23 septembre 2026

VESTALE VESTALE & RAY BORNEO : T'as encore trop parlé


Acquis par correspondance via Bandcamp le 18 septembre 2026
Réf : [sans] -- Édité par Petrol Chips en France en 2026
Support : 5 fichiers mp3
5 titres

Voici une nouveauté toute fraîche.
C'est depuis qu'il a commencé à collaborer avec Gontard vers 2018 que j'ai commencé à repérer le nom de Ray Bornéo (plus ou moins un anagramme teinté BD/Aventure d'Arnaud Boyer). Depuis son fief de Haute-Loire où sont installés son studio et son label tous deux nommés Petrol Chips, il est discret mais prolifique, ne se contentant pas d'être producteur/éditeur : en tant qu'artiste/musicien, il a publié des disques de Tara King Th, Lomostatic, 8 (un duo avec Brisa Roché), Gilia Girasole,...

Pour le duo avec Vestale Vestale, j'avais acheté le premier album, Pour adultes et adolescents à sa sortie en 2018. Voici comment le projet était présenté : "Pour Vestale Vestale, Ray Bornéo compose des mélodies simples, aux sonorités 80’s; des chansons parfois fluos, parfois sombres, ou entre les deux; Une new-wave un peu sucrée mais jamais jusqu’à l’écœurement; un peu tordue aussi, parce que tout n’est pas si simple.". Il y a eu des parutions régulières depuis, dont l'album Petite apocalypse.

Clairement, le son de Vestale Vestale & Ray Bornéo est rétro, pointant vers la période 1980-1981, mes années lycée. C'est parfait pour moi, qui suis tombé dans cette new wave synthétique quand j'étais petit, d'autant que, tout en sachant que je ne suis pas impartial, je trouve que ces sons ont bien vieilli.

T'as encore trop parlé est un maxi numérique avec quatre nouvelles chansons. Musicalement, on se rapproche, pour des disques chroniqués ici, de Pit et Rik, Kas Product ou Braque. Comme le chant féminin est en français, on peut aussi penser à Mathématiques Modernes, ou Elli et Jacno bien sûr.

Les trois chansons originales sont des réussites, à commencer par Les filles de l'école, parfaitement d'actualité en ce mois de rentrée scolaire.
Si on s'en tient aux titres, T'as encore trop parlé et Une médaille pour me taire sont peut-être à mettre en miroir. La première est rapide et pourrait faire son effet en soirée novö diskö. Mais c'est la seconde, dansante aussi à sa façon, qui a eu droit à sa vidéo.

Le disque se conclut avec une reprise du classique Amoureux solitaires de Lio. Sur la version en ligne sur Bandcamp, c'est une reprise en espagnol qui est disponible mais, quand on achète l'album numérique, on récupère en bonus une version en français, que je préfère.
Pour la musique, les arrangements de Jacno sont crédités, c'est dire si Ray est est resté fidèle à la version originale, mais l'intérêt principal est de renvoyer à Lio pour ceux qui ne connaîtraient pas ce tube.

Je pense que ce duo est un projet 100% studio, il ne faut donc pas espérer voir passer l'annonce de concerts, mais je suivrai avec attention leurs prochaines parutions.





20 septembre 2026

ROBERT CHARLEBOIS "AVEC MOUFFE" : Madame Bertrand


Acquis sur le vide-grenier de l'aérodrome à Plivot le 13 septembre 2026
Réf : 61 151 -- Édité par Barclay en France en 1969
Support : 45 tours 17 cm
Titres : [MOUFFE ET ROBERT CHARLEBOIS] : Madame Bertrand (Cœur en chômage) -/- [ROBERT CHARLEBOIS AVEC LE ROCK LIBRE DU QUÉBEC] : Tout écartillé

Cela fait quelques années maintenant qu'il y a deux brocantes dans l'année à Plivot, "l'historique" dans les rues du village en mai, et "la nouvelle" sur le terrain de l'aérodrome en septembre. Au fil des années, j'ai eu tendance à faire de bonnes affaires dans les deux.
A l'aérodrome il y a cinq ans, j'avais acheté un beau lot de 45 tours, dont un Nina Simone et un Love.
Cette année, je ne m'en suis pas mal tiré non plus. A plus de dix heures pourtant, un gars avait quelques dizaines de 45 tours empilés par terre sur une couverture. Il a essayé de me refiler le tout pour 15 €, mais je préfère ne pas m'encombrer, d'autant que j'étais venu à vélo, alors j'ai préféré viser des achats à l'unité à 50 centimes.
A priori, il y avait surtout de la variété, mais par deux fois, je suis carrément tombé sur un filon de 45 tours années 1960 des Stones. Neuf disques en bon état avec pochette, dont six que je n'avais pas. Pas mal, mais le disque que j'ai été le plus content de trouver, c'est celui qui nous intéresse aujourd'hui, que je recherchais depuis dix ans...

En effet, c'est il y a dix ans que Philippe R. m'a offert le 33 tours Un gars ben ordinaire de Robert Charlebois. C'est à cette occasion que j'ai appris que ce disque de 1971 est avant tout une compilation de titres parus en 45 tours en 1969 et 1970.
A l'écoute, parmi plein de bonnes choses, Madame Bertrand (Cœur en chômage) a particulièrement retenu mon attention. J'ai regardé, et j'ai vu qu'on trouvait cette chanson sur un 45 tours canadien et un 45 tours français. J'ai même regardé les prix par correspondance, mais avec le port c'est pas donné, alors je me suis contenté d'espérer finir par tomber dessus un de ces jours, ce qui a fini par arriver !

C'était le plus probable, c'est sur le 45 tours français que je suis tombé. Pour cette édition française, Barclay est allé piocher les chansons dans deux 45 tours canadiens différents, édités par le label Gamma, une maison importante au Québec, qui a notamment édité en 1972 le premier 45 tours de Lewis Furey.
Madame Bertrand était la face B du 45 tours Jusqu'au coeur (Réf AA-1036), sauf qu'à l'origine la chanson s'appelle Cœur en chômage, mais commercialement le changement se comprend, car si quelqu'un entendait la chanson à la radio, il risquait plus de chercher chez son disquaire un titre appelé Madame Bertrand.
La face A était la chanson-titre du film Jusqu'au cœur de Jean-Pierre Lefebvre, avec Mouffe et Robert Charlebois, un couple dans le film comme à la ville (on peut voir le film, bien de son époque, en intégralité ici).
C'était la première chanson écrite par Mouffe. Cœur en chômage doit donc être la deuxième. Contrairement à ce qu'on peut lire par-ci par-là, Cœur en chômage n'est pas dans le film. Par contre, la photo au verso de la pochette, avec Robert qui dessine un cœur sur Mouffe, est bien une scène du film. Elle est reprise au dos de la pochette française. Dommage qu'elle n'est pas été promue au recto car elle illustre bien mieux la chanson que celle qui a été choisie, qui est en fait la pochette du 45 tours Tout écartillé (Réf AA-1044), chanson qu'on retrouve ici en face B.
Le nom sur le contrat de disque, les albums et les affiches de concerts était Robert Charlebois, et c'est clairement celui-là que Barclay voulait mettre en avant, pas le duo constitué avec Mouffe.

La musique de Madame Bertrand fait penser à un jug band, avec je pense contrebassine, planche à laver, piano et guitare sèche. Le chant est un duo par Mouffe et Robert, avec le renfort de potes aux chœurs sur le refrain.
Les paroles de chanson basées sur les petites annonces, ce n'est pas rare. Dans des styles différents, on a déjà chroniqué ici le Person to person des (Hypothetical) Prophets et surtout le Top ten sexes de Lewis Furey, un autre montréalais, qui a par ailleurs adapté en anglais l'Ordinaire de Mouffe et Charlebois. Celles de Madame Bertrand, qui donnent la voix à des gens pas tout jeunes qui cherchent l'âme sœur, sont une réussite, les situations étant bien posées et l'humour survenant sans qu'il soit besoin d'ajouter le moindre commentaire.
Notons que Madame Bertrand n'est pas un personnage de fiction. Cela devait être évident pour tout le monde à l'époque à Québec, mais Madame Bertrand c'est bien Janette Bertrand, auteur et journaliste de radio et de presse écrite, qui tenait à ce moment-là deux rubriques dans Le Petit Journal, le courrier du cœur Le refuge sentimental et L'agence matrimoniale, celle qui a inspiré la chanson. Je pense qu'elle avait une popularité équivalente à celle de Ménie Grégoire en France.
La chanson est enjouée et joyeuse et franchement réussie.
Rien à voir avec cette chanson, mais on trouve dans le patrimoine de la chanson française, aussi bien un Cœur en chômage interprété par Maurice Chevalier et une Madame Bertrand interprétée notamment par Gaby Verlor et Jean-Pierre Cernay.

En 1968-1969, Robert Charlebois, Louise Forestier, Mouffe et Yvon Deschamps, avec le Quatuor de Jazz Libre du Québec pour la musique, ont tourné au Québec avec un spectacle en partie improvisé, L'osstidcho, qui a fait grand bruit.
Avec le succès en France d'une des chansons du spectacle, Lindbergh, Robert Charlebois, avec Louise Forestier, a été invité à se produire à L'Olympia en mars 1969. Ce n'était plus L'osstidcho, mais l'esprit était encore là, et Charlebois était programmé en première partie d'Antoine et... Georgette Plana. Résultat : ça a fait des étincelles, Charlebois a été accusé de jouer trop fort et d'avoir envoyé un tambour dans le public et son engagement a été écourté.

C'est à cette période que Tout écartillé a dû être enregistré. Ce titre figure aussi sur l'album Québec love de 1969. Sur le 45 tours original, il est précisé que Robert est accompagné par le Rock Libre de Québec. On peut avancer sans se tromper que dans ce cas précis Rock Libre et Jazz Libre ne font qu'un.
La chanson est un blues à la Screaming Jay Hawkins. Toujours sur le 45 tours original, il y avait un avertissement : "Refrain peut-être parsemé de meuglements de p'tit veau après sa mère ??".
Les paroles sont de Marcel Sabourin. Elles sont comme un cri d'amour à... Marie Laforêt ! : "Jamais jamais oh non oh non jamais, neveur neveur neveur neveur, je n'oublierai Marie Laforêt, les yeux dans le cou, je r'garde en arrière, queuqu' p'tits moments à deux, en pensant qu'on était bien tous les deux". Là aussi, c'est un très bon moment.

Il me reste à écouter I wanna be your man, 2,000 light years from home et Street fighting man, mais en attendant je suis vraiment content d'avoir enfin trouvé ce disque.
Et pour conclure, une autre bonne nouvelle cette semaine, elles sont toujours bonnes à prendre : Janette Bertrand, qui a 101 ans, vient d'annoncer son retour à la télévision pour une nouvelle émission dédiée à l'amour, Janette - Les jeunes et la vieille. Quant à Robert Charlebois, il annonce des spectacles pour fin 2026-2027, avec deux dates au grand Rex à Paris les 16 et 17 mars.


Mouffe et Robert Charlebois miment Cœur en chômage dans l'émission Coup de soleil le 13 juin 1969.


Reportage par Martine de Barsy à l'occasion du passage à L'Olympia de Robert Charlebois et Louise Forestier en mars 1969. Diffusé dans l'émission Aujourd'hui le 8 avril 1969. On y aperçoit Mouffe très brièvement.


Tout écartillé, court-métrage d'André Leduc de 1972.

16 septembre 2026

THÉ PASTELS : S/T


Acquis par correspondance via Bandcamp le 13 septembre 2026
Réf : [sans] -- Édité par Thé Pastels aux États-Unis en 2015
Support : 6 fichiers MP3
6 titres

Je suis abonné à la lettre d'information de Monorail Music, excellent disquaire de Glasgow. Même si je ne leur commande quasiment jamais des disques, ça me permet de suivre les nouveautés, d'être au courant de leurs offres spéciales et de leurs animations. Je suis également attentif aux recommandations des disquaires. Dans la lettre du 8 septembre dernier, Stephen Pastel, qui est l'un des co-propriétaires de Monorail, indiquait qu'il était obsédé par l'album de Susanne Lewis qui vient d'être réédité. Comme je lui fais confiance, je suis allé écouter l'album, mais il m'a suffi de quelques secondes d'extraits de deux chansons pour comprendre que ça n'était pas ma tasse de thé.
Comme j'aime bien découvrir de la musique sur Bandcamp, j'ai profité d'être sur le site pour y rechercher des artistes nommés Pastels.
On y trouve en bonne place nos Pastels de Glasgow, mais il y en a plein d'autres, un peu partout dans le monde.
J'ai ouvert quelques pages, écouté rapidement un peu de musique, et je me suis vite arrêté sur un groupe qui m'a fait dresser l'oreille, Thé Pastels, de Pittsburgh en Pennsylvanie, qui ont une seule publication sur Bandcamp, un mini-album sans titre de 2015.

A part la ville d'origine, je ne possède aucune information sur ce groupe, d'autant que leur page Facebook n'est plus en ligne.
La seule chose que je peux avancer sans grand risque de me tromper, vues leurs voix et leurs paroles, c'est que ses membres devaient être jeunes, des lycéens ou des étudiants.
Je ne pense pas que l'accent grave sur le "e" donne un sens particulier au "Thé" du nom du groupe. En tout cas, je ne l'ai pas saisi. Je suppose que c'est une façon de se distinguer des groupes en "The".

Ils sont adeptes de pop bruyante approximative, un style que j'apprécie, représenté par exemple dans le blog par Superstar Disco Club, The Feelings, MOSKDL ou même Little Wings. Je mets aussi les Pastels dans le lot, surtout dans leurs premières phases.

Or donc, la question qui se pose, sachant que les jeunes Thé Pastels, probablement nés dans les années 1990, font une musique dans une veine assez proche de celle des vénérables The Pastels, fondés au début des années 1980, c'est : Est-ce que les membres de Thé Pastels connaissent et apprécient la musique de The Pastels ?
Si la réponse est non, c'est une coïncidence vraiment étonnante. Si la réponse est oui, c'est encore moins compréhensible. Quel intérêt y aurait-il à reprendre quasiment à l'identique le nom d'un groupe dont on est fan ? Un truc genre Les Enfants des Pastels aurait été nul, mais assez clair.

Le premier titre, Other boys, est bien foutraque. C'est un de mes deux préférés. Il y a deux voix qui chantent plus ou moins ensemble, ce qui une des marques de fabrique du groupe. La basse et la batterie sont minimales, il y a des coups de guitare saturée. Ils arrivent même à produire une accélération du tempo pour le refrain.

Pour Same mistakes par contre, ils ont des difficultés à garder le tempo, comme s'ils visaient plus haut que leur niveau technique, mais malgré tout ça a un certain charme.

Dans le titre de She deafinitely doesn't care, je pense qu'il faut voir un mot-valise avec "Deaf" et "Definitely" plutôt qu'une faute d'orthographe. Quant à I'm no tattletale, but I'll tell on you, ça signifie Je ne suis pas un cafteur mais je te dénoncerai.
Ces deux titres ont du mal à décoller et ne font pas partie de mes préférés.

I think all my bones are broken
est loin d'être une chanson parfaite, mais ça ne m'empêche pas de bien l'aimer, surtout pour la façon dont ils chantent "Maybe we're the only ones" et "I woke up already drunk". Pour le coup, je pense vraiment à Little Wings, et j'aime bien quand à un moment ils citent les accords de Sweet Jane.

Mating season
dure moins de quatre minutes, mais c'est quand même la chanson la plus longue du lot. Dommage, elle n'est pas géniale.

Sur leur page Bandcamp, Thé Pastels recommandent It may take years, if not months, l'unique publication d'un autre groupe de Pittsburgh, sortie une semaine avant la leur. J'imagine qu'il s'agit de potes à eux, voire qu'ils ont des membres en commun. En tout cas, ce groupe s'appelle Waitresses. C'était peut-être un jeu à l'époque à Pittsburgh de "reprendre" le nom de groupes des années 1980 !

Thé Pastels n'a rien publié d'autre depuis 2015. Ces six chansons seront probablement la seule trace sonore qu'ils auront laissée. Pas si mal, sachant que des milliers de groupes éphémères ou non n'en laissent aucune.

13 septembre 2026

SHELLEY : Never again


Acquis neuf probablement chez New Rose à Paris en 1984
Réf : 12 IMMAC 1 -- Édité par Immaculate en Angleterre en 1984
Support : 45 tours 30 cm
Titres : Never again (Extended version) -/- Give it to me -- I I I / One one one (Extended version)

Même si je n'avais pas toute leur discographie, j'étais fan de Buzzcocks, alors quand je suis tombé peu de temps après sa sortie sur un exemplaire d'occasion d'Homosapien, le premier album solo de Pete Shelley, je l'ai acheté et apprécié. Ce n'est que bien plus tard que j'ai trouvé pour pas cher le deuxième album XL.1, mais je l'ai rarement écouté. Entre-temps, j'avais investi à sa sortie dans ce maxi en import. Je suppose que j'avais entendu  et apprécié la face A au préalable.

Ce disque est la première sortie du label indépendant Immaculate, fondé par le producteur Martin Rushent (peut-être bien avec la participation de Shelley). Pour cette occasion, Shelley a raccourci son nom d'artiste en supprimant le Pete. Il l'a repris dès le disque suivant.

Après un début encourageant, la carrière solo de Pete Shelley a eu un succès assez moyen. Le contrat avec Island a dû s'arrêter après le deuxième album et ce single de fait auto-produit sur un label indépendant était sûrement un moyen pour lui de se relancer et de trouver un nouveau gros label. Ce sera bien le cas, puisque le troisième album sortira en 1986.
Autant les pochettes de Buzzcocks étaient pour la plupart très réussies, autant celle-ci est plutôt moche...!

En grand fan de Magazine, je pense que j'aurais reconnu la patte de Barry Adamson dès les premières notes de Never again même sans avoir vu son nom dans les crédits. Sa basse joue un rôle important dans cette chanson, construite sur une rythmique synthétique et ponctuée légèrement par une guitare acoustique.
La dynamique principale de la chanson vient du chant, avec des changements de ton et de rythme, des vers qui à divers moments semblent se répondre. Le refrain lui-même est en deux parties; ce qui s'en détache, c'est juste un "Never again", mais ça suffit pour bien rester en tête.
Le single n'a pas été un grand succès. Shelley a quand même fini par signer avec Mercury, et c'est seulement en 1986 que le troisième album Heaven and the sea est sorti. Il est produit par Stephen Hague (New Order, Pere Ubu,...) et on y retrouve une version de Never again. Comme il n'y a rien de précisé dans les crédits, c'est censé être une version entièrement nouvelle. Il y a clairement eu du remixage et sûrement du réenregistrement mais, après écoute comparative, je parierais bien que la prise vocale sur l'album est identique à celle du single.

Give it to me donne aussi dans le versant électronique de New Order, avec à un moment une basse funky à la Gang of Four époque Sara Lee. Les paroles sont minimales, le son se coupe brutalement à la fin, mais c'est une face B de bonne tenue.
C'est ce que Pete Shelley lui-même a dû penser, puisqu'il a réenregistré cette chanson en 1988 pour la face B de l'unique single de Zip; une version assez proche de l'originale. Zip était un trio composé de Shelley, Gerrard Cookson et Mark Sanderson, qui a notamment tourné en première partie d'Erasure, comme raconté chez The (new) Vinyl Villain.
Et après tout, ce serait dommage de gâcher : Shelley a encore ressorti sa chanson en 1996, pour l'album All set des Buzzcocks reformés. Pour l'occasion, la chanson a été réarrangée dans le style pop bruyante du groupe, et ça passe très bien.

Le dernier titre, One one one, est à base de boite à rythmes et de synthés. Il est instrumental, en-dehors d'un chœur religieux qui est plus que probablement échantillonné. C'est sans vraiment d'intérêt, mais bon, c'est juste une deuxième face B de maxi...

Pete Shelley n'a plus sorti d'album solo après Heaven and the sea. En duo avec Howard Devoto, il y a eu l'album Buzzkunst en 2002, mais il a surtout été bien occupé avec la reformation des Buzzcocks à partir de 1989. Il est mort en 2018 à 63 ans

Si l'âge d'or des Buzzcocks vous intéresse, je vous conseille la lecture de Buzzcocks (76-81) : Une brève éternité de Nicolas Sauvage (Le Boulon, 2026).


Pete Shelley mime Never again dans l'émission Music convoy en 1984.


Pete Shelley, Never again, en concert au Camden Palace à Londres en 1986. Tiré de l'émission Cue the music, également publié en DVD, Live from London. Pas de Barry Adameson, mais il y a un autre ex-Magazine dans le groupe, le batteur John Doyle.

09 septembre 2026

KRAFTWERK : A Paris le 6 juillet 1981 au Captain Vidéo


Consulté sur YouTube en 2026
Réf : [sans] -- Diffusé par Kajis Music sur YouTube le 29 mai 2024
Support : 1 fichier FLV
16 titres

Je garde un très bon souvenir du concert de Kraftwerk à la Cité de la Musique auquel j'ai assisté en septembre 2002. Plus qu'à un simple concert de musique, j'ai eu l'impression d'être plongé dans une œuvre multimédia immersive, sonore, visuelle et multi-sensorielle. Une grande réussite, réglée aux petits oignons, mais avec quand même dans un coin de la tête une question que je n'étais sûrement pas le seul à me poser : quelle est la part de musique qui est jouée "en direct" ?
Au fil des années qui ont suivi, les prestations du groupe ont été de plus en plus léchées, comme en témoigne le live Minimum-Maximum, pour aboutir à 3-D The catalogue, un coffret où Kraftwerk rejoue intégralement en concert huit de ses albums. C'est tellement propre, sans un son d'ambiance, que le groupe aurait tout aussi bien pu nous vendre ça comme de nouvelles versions studio.

L'enregistrement pirate de 1981 qui nous intéresse aujourd'hui est en parfait contraste avec les concerts du 21ème siècle de Kraftwerk. C'est vraiment ce qui m'a surpris à la première écoute : on a l'impression que c'est vraiment un groupe qui joue en live, même si, quand on voit ci-dessous les extraits d'un concert à Vienne quelques mois plus tard, on se rend compte qu'il y a beaucoup de séquences préparées, dont certaines peuvent être modifiées en direct. Il y aussi pas mal de chant, des hésitations, des pains; c'est vivant, excellent et même rock par moments !

Ce concert fait partie de la tournée qui a suivi la parution de Computer world en mai 1981. Le groupe n'avait pas tourné depuis trois ans car il travaillait à rendre son studio Kling Klang mobile. Il a eu lieu au Captain Vidéo, une salle désormais connu sous le nom de Studio Gabriel.

Hors rappels, les titres joués sont rassemblés en séquences par album (Autobahn, Radio-activity, Trans Europe Express, The man-machine et Computer world).  
Parmi mes titres préférés, il y a The hall of mirrors, Neon lights, Computer world et Mini calculateur.

Mais il y en a trois qui m'ont vraiment surpris et impressionné :
  • Autobahn tout d'abord. Je n'étais pas très chaud à l'idée de me taper une version de 17 minutes de cette composition, mais ça passe très bien et il n'y a pas le temps de s'ennuyer. Et notamment, un peu après la barre des 10 minutes, il y a une partie chantée en plus, qui n'est pas dans le disque : Ralf Hütter égrène en allemand les  étapes de nombreux trajets en autoroute, Barcelone, Lyon, Zürich, Münich et plein de villes au Royaume-Uni. J'ai l'impression que tout cela correspond plus ou moins à l'itinéraire d'une partie de leur tournée de 1981.

  • Les mannequins ensuite, une chanson prise sur un tempo bien plus rapide que la version studio. Et en plus, ils accélèrent de plus en plus pour finir sur un rythme carrément effréné.

  • It's more fun to compute enfin, le dernier titre joué ce soir-là. Intro à la batterie/boite à rythmes, basse synthétique énorme, c'est carrément du rock électronique, d'autant que le chant est énergique lui aussi. A plusieurs reprises au cours du concert, on a l'impression d'entendre des prémices d'Electronic Body Music ou de House.
En y réfléchissant, je me dis que, avec cette longue tournée de 1981, Kraftwerk était à l'apogée de son parcours, après une série impressionnante d'albums. Par la suite, ils ont encore passé des années à améliorer la qualité technique de Kling Klang, pour finir par sortir le single Tour de France en 1983 et l'album Electric café en 1986, deux disques relativement décevants. Et j'ai été encore plus déçu par Expo2000 en 1999 et Tour de France soundtracks en 2003...


Kraftwerk dans l'émission Ohne Maulkorb de la chaîne autrichienne ORF du 29 janvier 1982, avec entretiens et extraits du concert du 21 novembre 1981 à la Sofiensaal de Vienne.

07 septembre 2026

LES PAUL : Tennessee waltz


Acquis chez YMCA à Douvres le 2 mars 2020
Réf : CL.13434 -- Édité par Capitol en Angleterre en 1951
Support : 78 tours 25 cm
Titres : Tennessee waltz -/- Little rock getaway

Tout début mars 2020, j'ai acheté un très beau lot de vingt-quatre 78 tours juste après être arrivé à Douvres dans un ferry quasiment vide, les voyages scolaires venant d'être suspendus dans le cadre des premières mesures face à l'épidémie de COVID.
J'ai déjà chroniqué quatre de ces disques, par Stan Freberg, Bonnie Lou, Red Ingle et The Cheers, mais les artistes les mieux représentés dans ce lot, avec sept disques, sont Les Paul et Mary Ford. Ce nombre est significatif de leur productivité et de leur succès dans les années 1950, et aussi de mon intérêt pour leur musique. Il est temps de s'intéresser à eux.  

Les Paul (1915-2009) ne se résume pas à un légendaire modèle de guitare Gibson. Je me souviens avoir été marqué par un article dans Mojo ou Uncut, où on apprenait que, à plus de 80 ans, il continuait à jouer toutes les semaines avec un groupe de potes dans un club de Manhattan.
Dans un documentaire de 1979 (visible ci-dessous), il expliquait que la scène et le contact avec le public comptaient énormément pour lui. Pourtant, en plus d'être un guitariste virtuose, c'était aussi un homme de studio et de technique, un grand inventeur et innovateur, pionnier de l'enregistrement son sur son et multi-pistes, de plein d'effets sonores dont le flange et de l'enregistrement à la maison.
Dans cet article présentant son "New sound", dévoilé à partir de 1947, c'est fascinant d'apprendre que, avant les bandes magnétiques, il utilisait des graveurs de disques acétate pour faire du son sur son, empilant jusqu'à douze enregistrements différents, sachant qu'il fallait tout recommencer au moindre problème. Il ne simplifiait pas les choses en enregistrant certaines pistes de guitare à demi-vitesse (avec le playback dans les oreilles ralenti lui aussi), pour qu'elles soient accélérées à la lecture. Et comme ils enregistraient en ville à la maison, Mary Ford se mettait parfois sous une couverture pour chanter.
Tout cela ne les a pas empêchés de produire des disques au son impressionnant, qui se sont très bien vendus. 

La valse pour moi, ça a longtemps été juste une danse ou une musique, viennoise comme la baguette, d'un Strauss ou un autre, que les "vieux" dansaient dans les bals ou les mariages, en se demandant si untel ou untel menait bien la danse.
Outre la valse n° 2 d'Elliott Smith dont on parlait justement la semaine dernière (c'est un hasard), j'ai commencé à m'intéresser à cette forme musicale depuis que je me suis passionné en 1978 pour le premier album de Lewis Furey, qui contient une chanson appelée tout simplement The waltz. Et je suis tout fier parce que, grâce aux conseils de Philippe R., je suis capable depuis les années 1990 de reconnaître le rythme ternaire de la valse.

La face A est créditée à Les Paul seul, son épouse n'étant mentionnée en complément que pour son "duo vocal", mais c'est parce que Les avait signé en solo avec Capitol. Par la suite, il a fait modifier le contrat et les disques ont été attribués à Les Paul et Mary Ford.
Je ne sais plus trop comment j'ai connu la version de Tennessee waltz par Les Paul et Mary Ford, avec des guitares presque hawaïennes sans trop de virtuosité ni de rapidité, un solo serein et les voix multipliées de Mary. Je sais juste que j'ai toujours apprécié cette excellente version d'une chanson nostalgique, l'histoire d'un gars qui voit un de ses potes à qui il vient de présenter sa bonne amie la séduire pendant qu'ils dansent la valse du Tennessee. Apparemment, l'éditeur Fred Rose a modifié un seul vers quand les auteurs lui ont présenté la chanson, et c'est "I remember the night and the Tennessee Waltz", la phrase qui a tendance à m'accrocher le plus !
Les Paul et Mary Ford ont enregistré leur version probablement fin 1950, dans la foulée de celle de Patti Page, parue en novembre 1950, avec voix doublée, cuivre (une trompette ?) et piano. C'est elle qui a fait de cette chanson un énorme succès mondial.
J'aime beaucoup la version originale par ses auteurs Pee Wee King et Redd Stewart, parue tout début 1948, très country avec violon et guitare, mais avec une touche originale, la présence d'un accordéon.

Secondhand Songs répertorie 588 versions différentes de Tennessee waltz. L'adaptation française de référence est Tennesseee valse par Tino Rossi. Très décevante, bien sûr, ne serait-ce que pour les paroles. Hors de question que Tino se fasse humilier : il y a une belle, mais pas de bal et pas de rival...!
J'ai repéré dans la liste La valse de Tennessee par Lou Lupo en 1968, par un saxophoniste canadien. Cette reprise instrumentale est surprenante car elle est funky ! D'un autre côté, cette chanson est assez souple : il y a en a aussi bien des versions rock que rhythm and blues.

La face B du 78 tours, Little rock getaway est une reprise d'une composition de 1935 du pianiste Joe Sullivan. Les Paul y joue de la guitare avec Les Paul, et plutôt trois ou quatre fois qu'une !, tout comme son disciple Marcel Bianchi le fera quelques années plus tard.

Virtuose à la fois instrumentalement à la guitare et techniquement pour les enregistrements, Les Paul est une grande figure de la musique, qui ces temps-ci doit être à peu près inconnu par chez nous.


Le 25 octobre 1953 dans l'émission Omnibus, Les Paul explique à Alaister Cooke comment il enregistre ses disques.


The wizard of Waukesha, un documentaire de 1979 de Catherine Orentreich.


Les Paul's journey to his new sound, un hommage à son père par Gene Paul.

03 septembre 2026

BRIGITTE FONTAINE - ARESKI BELKACEM : Baraka 1980


Consulté pour la première fois sur YouTube en juin 2025
Réf : KR003CD -- Édité par Kuroneko en France en 2025
Support : 9 fichiers flv
9 titres

Depuis sa publication en 2007, ma chronique de l'album Les églantines sont peut-être formidables d'Areski Belkacem et Brigitte Fontaine est l'une des plus lues et commentées du blog. Cela tient surtout au fait que les deux artistes ont toujours refusé de rééditer cet album, qui s'est peu vendu à sa sortie, parce qu'ils n'étaient pas satisfaits des arrangements et de la production de Mimi Lorenzini pour ce disque (petit aparté : je n'ai pas d'affinités particulières avec le style jazz-rock du groupe de Mimi, Édition Spéciale, qui joue sur l'album, mais leur logo, vu sur des affiches à Châlons-sur-Marne à la fin des années 1970, est l'un de mes premiers souvenirs d'affiches de concerts, avec celles d'une tournée de Thiéfaine).
Pour ma part, je trouvais que cet album ne méritait certes pas qu'on vide son portefeuille pour se le procurer, mais j'ai toujours apprécié ses titres au son assez dépouillé, principalement l'enchaînement Le ménage/L'éternel retour et La maison du café.

Les fans du duo ont eu une très bonne surprise l'an dernier quand a été annoncée la sortie de Baraka 1980, un disque présenté ainsi, "récemment exhumées, les maquettes originales [de Les églantines sont peut-être formidables] révèlent une version plus brute et sincère du projet. Ces prises dépouillées mettent en lumière l’alchimie vocale unique de Brigitte et Areski". Il a été salué au moment de sa sortie par l'ami Renaud Sachet dans Section 26.
Dans ses notes de pochette, le biographe de Brigitte Fontaine Benoît Mouchart précise que l'enregistrement s'est fait dans le home studio du compositeur et plasticien Guy Bezançon, sans être accompagnés d’aucun autre musicien. La voix d'Areski est à gauche de la stéréo, celle de Brigitte à droite, et les seuls instruments sont une guitare acoustique et un instrument "oriental" à cordes (peut-être un oud ?).

J'ai eu l'occasion de réécouter ce disque plusieurs fois depuis le décès d'Areski en juin dernier, et à chaque fois ma première impression de l'an dernier est confirmée : l'album est excellent de bout en bout, dans un tout autre style mais un peu à la manière d'un autre album en noir et blanc de 1980, le Colossal youth de Young Marble Giants : il est intime et dépouillé, Areski et Brigitte nous murmurent presque à l'oreille et on peut apprécier pleinement la qualité et l'originalité des textes.

On me l'avait signalé pour la première fois en commentaire de la chronique des Églantines, et Benoît Mouchart en parle en détails dans son livre Brigitte Fontaine : Intérieur/extérieur, certaines des chansons de cet album sont intrinsèquement liées au livre L'inconciliabule de Brigitte Fontaine, paru à cette époque (que je n'ai pas lu). Les textes de Le ménage, L'éternel retour, et peut-être d'autres chansons comme Tout le monde se rappelle peut-être de quoi il s'agit, sont tirés du livre.
En fait, il me semble qu'on a un groupe de cinq œuvres sous quatre titres différents autour de ce projet :
  • Le livre L'inconciliabule (Editions Tierce, 1981, réédité aux Belles Lettres, 2011).
  • Le projet d'album Baraka, édité chez Kuroneko en 2025 sous le titre Baraka 1980.
  • L'album Les églantines sont peut-être formidables (Saravah, 1980).
  • Le 45 tours L'inconciliabule (Saravah, 1981), avec deux chansons, Le train 2110 et L'éternel retour. 2ème. Le verso de la pochette a été repris pour Baraka 1980.
  • La pièce de théâtre jouée par Brigitte et Areski pendant une bonne partie des années 1980, sous deux titres différents, L'inconciliabule et Acte 2.
J'avais évoqué un dialogue de sourds à propos de L'éternel retour. On pourrait aussi penser à deux monologues éternellement parallèles. Dans l'émission Mosaïques en 1987, Brigitte Fontaine présentait les choses comme ça : "Il s'agit d'une lutte d'inconciliables, et d'une tentative de conciliation des inconciliables".

Dans ces versions qui ont la baraka, Le ménage, L'éternel retour et
La maison du café me plaisent toujours autant. Le titre qui offre le plus grand contraste avec la version des Églantines, c'est probablement Baby boum boum, qu'on peut maintenant pleinement apprécier. 
En fait, je n'ai plus de réserve pour aucune des neufs chansons de l'album. J'apprécie particulièrement désormais La vache, chantée par Areski ("Les temps s'annoncent difficiles, pour les saints et les imbéciles, il serait temps d'apprendre à voir, une vache dans un couloir") et La traversée, chantée par Brigitte, dont la mélodie rappellerait presque un générique de dessin animé.

Baraka 1980 est en vente chez Kuroneko en CD ou 33 tours. L'album est en écoute sur YouTube.

A voir : une passionnante sélection de documents de l'INA, dont plusieurs concernent L'inconciliabule.

Au moment où je préparais cette chronique, la réédition du classique Comme à la radio a été annoncée, en deux parties : Comme à la radio - Special edition (l'album original plus 11 bonus) et Comme à la radio : On air (12 titres, en grande partie enregistrés à l'ORTF).


 
Brigitte Fontaine et Areski Belkacem, L'éternel retour, en direct à la télévision en 1980. Une version très proche de celles de Baraka 1980. et Les églantines sont peut-être formidables.

29 août 2026

ELLIOTT SMITH : Waltz #2 (XO)


Acquis chez Age UK à Boscombe le 1er juin 2017
Réf : DRMCD 22347 -- Édité par Dreamworks en Angleterre en 1998
Support : CD 12 cm
Titres : Waltz #2 (XO) -- Our thing -- How to take a fall

Pete Paphides a récemment publié une chronique sur le passage en direct d'Elliott Smith dans une émission de télé matinale, en insistant sur le changement d'ambiance et l'émotion dès qu'il prend sa guitare pour interpréter Clementine. Il était aussi peu à sa place là qu'il ne le sera trois ans plus tard, jouant sa chanson du film Good will hunting sur la scène de la cérémonie des Oscars.
Les contrastes, ça le connaissait, lui le membre du groupe rock Heatmiser, qui s'est fait remarquer pour la qualité pop de ses chansons dès qu'il a commencé à diffuser sous son nom les enregistrements acoustiques de ses chansons.
Elliott Smith a sorti cinq albums entre 1994 et 2000. Un sixième était en préparation quand il s'est suicidé à 34 ans en 2003. Il est à peu près impossible d'écouter ses enregistrements sans penser à son destin.

Je n'ai pas écouté toute sa discographie, mais deux chansons d'Elliott Smith m'ont particulièrement marqué, et je les ai toutes deux découvertes grâce à une compilation fournie aux abonnés des Inrockuptibles. Speed trials de l'album Either/or était sur Un été 97, tandis que Waltz #2 (XO), quasiment la chanson-titre de l'album XO, était sur Une rentrée 98. Deux excellentes cuvées, au passage.
C'est presque vingt ans plus tard que j'ai trouvé ce single pour 1 £ dans une boutique caritative anglaise.

L'album est co-produit avec Smith par Rob Schnapf and Tom Rothrock, qui avaient notamment travaillé avec Beck. C'est son premier chez le gros label Dreamworks.

Le rythme de valse de Waltz #2 (XO) est bien marqué. L'orchestration est "complète" (batterie, piano, orgue, etc.), des instruments quasiment tous joués par Smith). Il y a même en plus des cordes. Le chant est doux, avec voix doublée et chœurs. Le pont évoque particulièrement les Beatles. C'est une très belle chanson.
Le point de départ des paroles semble être une session de karaoké, où sa mère et son beau-père chante chacun leur tour, Cathy's clown des Everly Brothers pour elle, à laquelle répond You're no good de Dee Dee Warwick, Betty Everett ou Linda Ronstadt pour lui.
Pour l'anecdote, il existe bien une Waltz #1, qui est sur le même album. Pas une mauvaise chanson, mais elle ne m'accroche pas autant.

Les deux faces B sont des titres inédits par ailleurs.
Our thing est un excellent instrumental. A tel point que je me suis dit que c'était un peu du gâchis, car le titre est véritablement construit pour accueillir du chant. Eh bien, même si la chanson était jouée aussi en instrumental sur scène, il existe bien une version chantée, enregistrée en répétition en 1997 et diffusée après sa mort et pas officiellement. Mais son auteur avait déjà des problèmes avec les paroles de la chanson, puisqu'à un moment il s'exhorte ainsi : "Souviens -toi des paroles, cette partie a des paroles et ça donne ça :". 

How to take a fall
doit être un autre titre enregistré pendant les sessions de l'album. Avec batterie et guitare électrique, on se rapproche là du son qu'il devait avoir sur scène quand il était accompagné par ses amis de Quasi.
La question de la chute le préoccupait visiblement : il y a la pochette de son album Elliott Smith de 1995, et aussi Taking a fall, une démo inédite de l'album posthume From a basement on the hill.


Elliott Smith, Waltz #2 (XO), en direct en décembre 1998 dans l'émission Later... with Jools Holland.


Elliott Smith, Waltz #2 (XO), en direct à la télévision.


Elliott Smith, Waltz #2 (XO), en direct le 29 novembre 1998 dans l'émission 2 meter sessies. Une version brusquement interrompue par Elliott Smith, qui explique qu'il n'en peut plus de jouer cette chanson qu'il a déjà interprétée des centaines de fois.

26 août 2026

CHIENDENT : Chiendent


Acquis par correspondance via Bandcamp le 23 août 2026
Réf : [sans] -- Édité par Chiendent en France en 2025
Support : 6 fichiers MP3
6 titres

Il n'a fallu que 15 secondes d'extrait de la chanson Le temps du danger dans le film-bilan du 35e F'estival des Musiques d'Ici et d'Ailleurs de Châlons en Champagne pour que je sache que j'ai fait une connerie en faisant l'impasse sur ce concert.
La touche des deux gars, la musique, les paroles ("Quand vient le temps du danger, je suis le premier des derniers")..., l'ambiance aurait été différente mais j'aurais sûrement passé un aussi bon moment qu'avec Vicki Kristina Barcelona.


Le film-bilan du 35e Festival des Musiques d'Ici et d'Ailleurs. Chiendent est à 1'06.

Chiendent est un duo basé à Lille, composé d'Hugo Clarence, l'auteur des paroles et co-compositeur, qui est par ailleurs photographe, et du musicien Samuel Allain, un marnais d'origine.
Samuel est un habitué du festival MIA : je l'y ai vu en 2011 avec le groupe John Grape, et il avait déjà participé à deux résidences de création, en 2016 avec John Grape et 2017 avec Black Bones. Il est par ailleurs membre de Temps Calme.
Ce concert de Chiendent s'inscrivait dans le cadre de la semaine de concerts proposés autour de la création 2026 du festival, confiée à Grindi Manberg, un projet pour lequel Samuel Allain était aux claviers et aux chœurs.

Trop tard pour le concert, mais j'ai cherché à en savoir plus sur Chiendent. Je ne sais pas quand ils se sont formés, mais je pense que c'est un projet récent : leur seule publication, l'EP Chiendent, date d'il y a un an, et il se trouve qu'en fait le concert de Châlons était le tout premier du groupe.

Je n'avais entendu que 15 secondes de musique auparavant, et ma première réaction en commençant à écouter La mauvaise poésie, a été de me demander si le groupe se situait totalement dans le second degré, voire la grosse blague. Le ton à la fois parlé et distant du chant est particulier, et la basse et les synthés sonnent décalés, ou pour tout dire (volontairement) faux. C'est différent pour les cinq autres titres, et au bout du compte je pense que le but ici était d'illustrer musicalement ce dont il est question : "Mais tout ça n’est rien que de la mauvaise poésie, rien que des chansons d’amour et des bruits".

Le fait que La mauvaise poésie est une exception se confirme avec mon titre préféré du lot, Sans amont ni aval, que j'ai eu le temps d'inclure dans ma récente compilation, Nous commençons à gambiller. Rythme légèrement dansant, guitare twang et ambiance western, ça pourrait être le tube du groupe. Pourtant, contrairement à deux des autres titres, il n'a pas eu droit à sa vidéo.

L'autre titre "club" de l'EP, c'est Le temps du danger, en version complète d'un peu plus de 4'30.

Écrire des chansons
explicite quelque peu le propos du groupe ("J’ai parfois besoin d’écrire des chansons, je ne l’explique pas mais j’aime le son qu’elles font (...) J’ai parfois besoin d’écrire des chansons, comme Brel, Cohen ou Aragon").

Des chansons, on en a deux bons autres exemples, avec les assez classiques Un échafaud ("Ils ont bâti un échafaud pour les bonshommes de neige") et Entre-deux-Guiers.

Chiendent sera à nouveau en concert, ce dimanche 30 août à Lille. L'entrée est libre. Si vous êtes dans le coin, ne ratez pas l'occasion !




Chiendent, Chien sûr, en concert le 1er juillet 2026 au Festival des Musiques d'Ici et d'Ailleurs à Châlons en Champagne. Une chanson qui ne figure pas sur l'EP Chiendent.



22 août 2026

COLDCUT : Stop this crazy thing


Acquis chez The Children's Trust à Canterbury le 9 mars 2016
Réf : CCUT 4 -- Édité par Ahead Of Our Time/Big Life en Angleterre en 1988
Support : 45 tours 17 cm
Titres : COLDCUT featuring JUNIOR REID and THE AHEAD OF OUR TIME ORCHESTRA : Stop this crazy thing -/- Stop this crazy thing (Speng)

Coldcut est un duo rassemblant deux DJs bidouilleurs, Matt Black et Jonathan More, qui s'est illustré à partir du milieu des années 1980 en construisant des tubes hip hop/house, notamment à partir d'échantillons sonores de sources variées. A ce titre, on peut les considérer comme des pionniers de ce que j'ai appelé un peu plus tard la hip-pop optimiste.

J'ai acheté ce 45 tours pour 50 pence il y a dix ans dans une boutique caritative à Canterbury mais je connaissais cette chanson depuis longtemps, puisqu'il y a en a deux versions sur le CD de What's that noise ?, le premier album de Coldcut, que j'ai acheté en solde peu de temps après sa sortie, vers 1990.

Les bidouilleurs ne sont pas spécifiquement chanteurs, alors il y avait des invités sur cet album, à commencer par Yazz et Lisa Stanfield, dont les carrières à grand succès ont été lancées par leur collaboration avec Coldcut, mais aussi Mark E. Smith de The Fall, Queen Latifah et Junior Reid de Black Uhuru pour le titre qui nous intéresse aujourd'hui.
Junior a eu du succès avec ce titre, mais il en aura beaucoup plus un peu plus tard avec une autre collaboration hors Uhuru, puisqu'il est invité sur la version d'I'm free par les Soup Dragons.

Le site WhoSampled recense 17 échantillons musicaux présents dans Stop this crazy thing. Aujourd'hui encore, je n'aurais été capable d'en identifier que deux par moi-même, le cri de Tarzan et les halètements du King Kong de The Jimmy Castor Bunch.
Le cas de l'échantillonnage de Super grit de Trouble Funk est intéressant. Coldcut a copié les huit premières secondes cuivrées de la chanson, les a triturées et en a fait l'accroche principal de sa chanson. C'est super, et on se rend compte qu'ils ont bien sélectionné leur extrait puisque les dix autres minutes de ce titre de 1981 sont du funk avec basse slap et tout qui est beaucoup moins intéressant et accrocheur à mon sens.

L'illustration de Michael Bartalos pour la pochette annonce bien le thème de la chanson : la terre passe un sale quart d'heure. Les paroles de Junior Reid sont malheureusement éternellement d'actualité : les gens crèvent de faim, les enfants pleurent, les animaux meurent, c'est un monde insensible, c'est à nous de nous rassembler pour arrêter cette folie.

La face B, Stop this crazy thing (Speng), est une version sans le chant principal, qui permet de se concentrer sur le travail de collage et mixage réalisé pour produire la chanson.



19 août 2026

THE SOUL OF CONGO - TREASURES OF THE NGOMA LABEL (1948-1963)


Consulté pour la première fois sur Bandcamp en décembre 2023
Réf : [sans] -- Édité par Planet Ilunga en Belgique en 2023
Support : 69 fichiers MP3
69 titres

Ça fait un moment que je me fais la remarque : les coffrets de disques c'est très bien, mais j'ai quand même tendance à les écouter une fois ou deux au moment de l'achat, à lire attentivement le livret, et ensuite à les ranger pour rarement les ressortir.
Bon, pour être honnête, il y a plein de disques à l'unité pour lesquels le processus est identique. Mais j'ai plus de chances de ressortir un disque seul qu'un gros coffret, qui par ailleurs prend de la place.

Et puis, il y a les coffrets d'archives qui sont intégralement en écoute sur Bandcamp. C'est le cas des deux derniers auxquels on s'est intéressé ici, Written in their soul : The Stax songwriter demo et Bobo yéyé : Belle époque in Upper Volta.

C'est le cas également du coffret The soul of Congo, publié en 2023 par le label Planet Ilunga, à l'occasion de son dixième anniversaire. Je l'ai écouté en partie au moment de sa sortie, et je l'ai survolé à nouveau au printemps dernier, quand je suis tombé sur une info qui y faisait référence.
En toute logique, je devrais soutenir le travail de recherche et d'édition du label en achetant le coffret, en CD (avec livret) ou en numérique, mais ce n'est pas toujours facile de se décider à débourser quand on a déjà accès au contenu musical. Je le fais plus facilement pour des sorties par des artistes en activité.

The soul of Congo est une anthologie d'enregistrements publiés par le label Ngoma. Le seul disque que j'ai de ce label très productif (4500 enregistrements de 1948 à 1971), c'est un très beau 45 tours de Rochereau, acheté et chroniqué quelques mois avant la sortie du coffret. Et avant ça, je ne le connaissais ni le label, ni ses piliers de la période 1948-1963 comme Léon Bukasa, Manuel d'Oliveira, Wendo ou Paul Mwanga.

Il y a 69 titres sur la version CD du coffret. C'est varié et globalement d'excellente qualité. Après avoir survolé l'ensemble, j'ai fait une sélection de 10 titres parmi mes préférés :
Voilà un bon exemple de la richesse de la production musicale d'Afrique dans ces années-là, aussi bien en qualité qu'en quantité. Richesse insoupçonnée pour le public français, alors que, dans les années 1960 au moins, les disques Ngoma étaient fabriqués en France.

Le coffret est toujours disponible à la vente, en CD ou en 33 tours (14 des titres de l'édition vinyl ne sont pas sur les CD).



Un film publicitaire pour la publication du coffret.