
Consulté pour la première fois sur YouTube en juin 2025
Réf : KR003CD -- Édité par Kuroneko en France en 2025
Support : 9 fichiers flv
9 titres
Depuis sa publication en 2007, ma chronique de l'album Les églantines sont peut-être formidables d'Areski Belkacem et Brigitte Fontaine est l'une des plus lues et commentées du blog. Cela tient surtout au fait que les deux artistes ont toujours refusé de rééditer cet album, qui s'est peu vendu à sa sortie, parce qu'ils n'étaient pas satisfaits des arrangements et de la production de Mimi Lorenzini pour ce disque (petit aparté : je n'ai pas d'affinités particulières avec le style jazz-rock du groupe de Mimi, Édition Spéciale, qui joue sur l'album, mais leur logo, vu sur des affiches à Châlons-sur-Marne à la fin des années 1970, est l'un de mes premiers souvenirs d'affiches de concerts, avec celles d'une tournée de Thiéfaine).
Pour ma part, je trouvais que cet album ne méritait certes pas qu'on vide son portefeuille pour se le procurer, mais j'ai toujours apprécié ses titres au son assez dépouillé, principalement l'enchaînement Le ménage/L'éternel retour et La maison du café.
Les fans du duo ont eu une très bonne surprise l'an dernier quand a été annoncée la sortie de Baraka 1980, un disque présenté ainsi, "récemment exhumées, les maquettes originales [de Les églantines sont peut-être formidables] révèlent une version plus brute et sincère du projet. Ces prises dépouillées mettent en lumière l’alchimie vocale unique de Brigitte et Areski". Il a été salué au moment de sa sortie par l'ami Renaud Sachet dans Section 26.
Dans ses notes de pochette, le biographe de Brigitte Fontaine Benoît Mouchart précise que l'enregistrement s'est fait dans le home studio du compositeur et plasticien Guy Bezançon, sans être accompagnés d’aucun autre musicien. La voix d'Areski est à gauche de la stéréo, celle de Brigitte à droite, et les seuls instruments sont une guitare acoustique et un instrument "oriental" à cordes (peut-être un oud ?).
J'ai eu l'occasion de réécouter ce disque plusieurs fois depuis le décès d'Areski en juin dernier, et à chaque fois ma première impression de l'an dernier est confirmée : l'album est excellent de bout en bout, dans un tout autre style mais un peu à la manière d'un autre album en noir et blanc de 1980, le Colossal youth de Young Marble Giants : il est intime et dépouillé, Areski et Brigitte nous murmurent presque à l'oreille et on peut apprécier pleinement la qualité et l'originalité des textes.
On me l'avait signalé pour la première fois en commentaire de la chronique des Églantines, et Benoît Mouchart en parle en détails dans son livre Brigitte Fontaine : Intérieur/extérieur, certaines des chansons de cet album sont intrinsèquement liées au livre L'inconciliabule de Brigitte Fontaine, paru à cette époque (que je n'ai pas lu). Les textes de Le ménage, L'éternel retour, et peut-être d'autres chansons comme Tout le monde se rappelle peut-être de quoi il s'agit, sont tirés du livre.
En fait, il me semble qu'on a un groupe de cinq œuvres sous quatre titres différents autour de ce projet :
- Le livre L'inconciliabule (Editions Tierce, 1981, réédité aux Belles Lettres, 2011).
- Le projet d'album Baraka, édité chez Kuroneko en 2025 sous le titre Baraka 1980.
- L'album Les églantines sont peut-être formidables (Saravah, 1980).
- Le 45 tours L'inconciliabule (Saravah, 1981), avec deux chansons, Le train 2110 et L'éternel retour. 2ème. Le verso de la pochette a été repris pour Baraka 1980.
- La pièce de théâtre jouée par Brigitte et Areski pendant une bonne partie des années 1980, sous deux titres différents, L'inconciliabule et Acte 2.
Dans ces versions qui ont la baraka, Le ménage, L'éternel retour et
La maison du café me plaisent toujours autant. Le titre qui offre le plus grand contraste avec la version des Églantines, c'est probablement Baby boum boum, qu'on peut maintenant pleinement apprécier.
En fait, je n'ai plus de réserve pour aucune des neufs chansons de l'album. J'apprécie particulièrement désormais La vache, chantée par Areski ("Les temps s'annoncent difficiles, pour les saints et les imbéciles, il serait temps d'apprendre à voir, une vache dans un couloir") et La traversée, chantée par Brigitte, dont la mélodie rappellerait presque un générique de dessin animé.
Baraka 1980 est en vente chez Kuroneko en CD ou 33 tours. L'album est en écoute sur YouTube.
A voir : une passionnante sélection de documents de l'INA, dont plusieurs concernent L'inconciliabule.
Au moment où je préparais cette chronique, la réédition du classique Comme à la radio a été annoncée, en deux parties : Comme à la radio - Special edition (l'album original plus 11 bonus) et Comme à la radio : On air (12 titres, en grande partie enregistrés à l'ORTF).
Brigitte Fontaine et Areski Belkacem, L'éternel retour, en direct à la télévision en 1980. Une version très proche de celles de Baraka 1980. et Les églantines sont peut-être formidables.