21 décembre 2009

HOWE GELB & HIS MELTED WIRES : Holiday eyes


Acquis par correspondance chez Amazon en France le 19 décembre 2009
Réf : B0031DIST8 -- Edité par Ow Om aux Etats-Unis en 2009
Support : 1 fichier MP3
Titre : Holiday eyes

J'ai beau me moquer de l'industrie musicale, qui ne sait plus où elle habite (ou plutôt, qui ne sait plus trop quoi vendre ni comment le vendre), ce n'est pas pour autant qu'on risque de m'entendre me plaindre des évolutions technologiques. Au contraire, je me réjouis chaque jour d'avoir accès à une technologie qui, pendant longtemps, pour ma génération et les précédentes, a relevé purement et simplement de la science-fiction : fabriquer son propre disque, transporter presque instantanément de la musique d'un bout à l'autre de la planète...
Samedi soir, à 23h05, j'apprends en consultant la page des Commentaires du site de Giant Sand (le point de rencontre indispensable des fans de Howe Gelb depuis 1998) que Howe Gelb vient de diffuser chez Amazon un nouveau titre, Holiday eyes. A peine cinq minutes plus tard, délesté de la somme de 89 centimes (dont une bonne partie ira dans la poche de Howe, j'espère, étant donné que c'est de l'auto-édition), j'avais le casque sur les oreilles et j'écoutais cette chanson.
On sait que j'évite les disques de Noël en période de fêtes (j'ai pris grand soin ces deux dernières années de chroniquer les disques de Noël de Low et d'Aamok le 25 juin, la date la plus éloignée possible du 25 décembre), mais pour Howe Gelb je suis tout prêt à faire une exception. Après tout, depuis une bonne quinzaine d'années maintenant je le suis dans les tours et détours de son parcours musical. Il n'y a guère que sur l'un de ses deux albums de piano solo que j'ai fait l'impasse.
Cette toute nouvelle chanson ne m'était pas complètement inconnue. Toujours grâce aux Giant Sand Comments, j'avais appris que Howe avait donné une interview pour Radio Eins en Allemagne le 1er décembre, au cours de laquelle il avait joué deux titres en solo. Une de ses plus vieilles chansons publiées, Artists, qu'on trouvait en 1985 sur Valley of rain, le premier album de Giant Sand. Et une toute nouvelle, d'ailleurs pas encore finie puisque Howe l'a interrompue brutalement en expliquant : "C'est tout ce que j'ai pour l'instant, il m'aurait fallu un trajet en train plus long." (Ces deux titres peuvent être téléchargés ici).
Depuis le 1er décembre, Howe est visiblement revenu à Tucson et il a pris le temps de finir cette chanson, provisoirement intitulée Christmas lights, qui est devenue Holiday eyes, enregistrée, mixée et masterisée sur deux semaines, en famille (les plus jeunes enfants de la famille font les choeurs) et avec les amis (Thoger Lund, le bassiste de Giant Sand, John Convertino et Jacob Valenzuela de Calexico).
Le propos de la chanson est simple : mon vol a été annulé pour cause de neige, le temps joue pour nous; quand ils vont se lever demain matin et découvrir que leur père est à la maison, les yeux des enfants vont s'allumer comme un jour de fête.
Il y a sûrement eu une expérience récente qui a inspiré cette chanson au Danemark (la seconde maison des Gelb : ce n'est pas demain qu'on verra de la neige à Tucson !), mais on peut en retracer le sentiment au moins à octobre 2008,quand Howe a annulé un concert à Phoenix car il n'a pas pu se résoudre à quitter la maison.
Il le racontait ainsi dans ses carnets de tournée :
"today we were meant to play a sweet place with a wonderful vibe and i could not even muster the get up and go to go and get up there. (...) they said they had 40 pre sales tickets, and i began to just stare off at my kids in the room and figured them into an evening of snuggle instead. i suppose i had simply gotten about 12 minutes too old for heading up there like this now. something felt wrong about it and i would never know why until it would be too late. (...) i only have so many gigs left in me. it’s not a morbid thought, its just more precise then any younger guestimater. (...) had the sadness this morning after my canceling fever."
Guitare, basse, batterie, les choeurs appliqués des enfants Gelb, Holiday eyes n'est certainement pas le chef d'oeuvre de Howe Gelb, mais c'est bien plus que ça, un bon moment que la famille Gelb partage avec nous.

Dans le même esprit, sans prétendre évidemment mesurer Les Petits Sablés à l'aune du Sable Géant, je ne saurais trop conseiller à ceux qui ne la connaitraient pas d'écouter Nulle part, la reprise du Nowhere de The Band of Blacky Ranchette/Giant Sand, que j'ai eu le plaisir d'enregistrer en 2003 pour un hommage à Giant Sand, en famille aussi, mais avec les Roger, pas les Gelb !

Holiday eyes est en vente en MP3 chez Amazon
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20 décembre 2009

LANGHORNE SLIM : Rebel side of heaven


Acquis au Record and Tape Exchange de Notting Hill Gate le 24 septembre 2009
Réf : KEM 077 -- Edité par Kemado aux Etats-Unis en 2008 -- Not for sale. Promotion record.
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Rebel side of heaven -/- Sometimes

Ce disque est un objet paradoxal. Je dirais même qu'il pourrait incarner à lui tout seul le paradoxe qui paralyse l'industrie musicale ces derniers temps.
Une industrie qui vend de la musique numérique si cher que le prix de quelques titres achetés isolément est très vite supérieur à celui d'un album en CD, alors qu'il est évident pour tout le monde que les coûts de fabrication et de distribution d'un CD et de son livret n'ont rien à voir avec ceux de la musique en ligne (Pour le label Kemado, dans ce cas précis, l'album Langhorne Slim dont ce 45 tours est tiré est vendu en CD, pas cher, à 10 $ mais la version en MP3 ne bénéficie que de 20% de réduction à 8 $. Il y a aussi pour les nostalgiques du vinyl un 33 tours à 15 $).
Le paradoxe donc, c'est que pour pour faire la promotion de cette musique auprès des professionnels, en espérant qu'ils relaieront positivement l'information auprès du public, même un label indépendant comme Kemado ne se contente pas de faire parvenir aux journalistes un MP3 et un dossier de presse, ou même un CD. Non, ils font presser spécialement pour l'occasion, à un coût évidemment prohibitif, un 45 tours sur un vinyl plus épais que les 45 tours des sixties, sans pochette mais avec une étiquette centrale très travaillée au design des plus rétros. Si ce qu'ils souhaitent vendre c'est uniquement de la nostalgie pour un pseudo-âge d'or passé, ils devraient aller jusqu'au bout de la démarche et ne distribuer que du vinyl, il me semble.
En tout cas, contrairement à d'autres, cet objet promotionnel ne semble pas avoir été distribué à des centaines d'exemplaires. En cherchant des informations, je n'en ai trouvé aucun en vente sur Internet et il n'est même carrément référencé nulle part.
Au prix de départ de 3 £, personne n'en a voulu à Londres, chez Music and Video Exchange. Il n'a pas trouvé preneur non plus aux prix intermédiaires et, quand je suis arrivé, il avait atteint le prix plancher de 10 pence, celui du fond de la cave, juste avant la poubelle. Même à 50 pence je l'aurais pris sans hésiter même si je n'en attendais pas grand chose car, sur le coup, j'ai confondu Langhorne Slim avec Watermelon Slim, dont j'avais emprunté un album l'an dernier à la Médiathèque auquel je n'avais pas trop accroché.
Langhorne Slim, en fait, je ne le connaissais pas du tout. Il est rattaché à la mouvance [insérez ici l'étiquette de votre choix]-folk new-yorkaise, mais son excellent Rebel side of heaven ("We ain't going to hell, we're going to the rebel side of heaven") n'est jamais qu'une excellente chanson pop-rock, à l'instrumentation en partie acoustique (contrebasse, cuivres) mais aussi avec de la guitare et de l'orgue. La face B Sometimes, également extraite de son troisième album Langhorne Slim, avec juste une guitare et de la voix, est plus dans une certaine tradition folk. A l'écoute, cette chanson me rappelle quelqu'un, mais je n'arrive pas à retrouver qui ! Mais dans l'ensemble, je trouve qu'on est assez proche dans l'esprit de G. Love and Special Sauce.

Langhorne Slim a sorti en 2009 un quatrième album, Be set free. Il a déjà joué plusieurs fois en France, encore récemment à Paris au début de ce mois de décembre.


13 décembre 2009

LES COMPAGNONS DE LA CHANSON : A Bobino vol. 2


Acquis sur le vide-grenier de Magenta le 11 octobre 2009
Réf : S 63494 -- Edité par CBS en France en 1968
Support : 33 tours 30 cm
10 titres

Ça y est, c'est fait, je n'écoute quasiment plus de cassettes. Le dernier endroit où j'en écoutais encore, c'était sur l'auto-radio de la voiture, mais j'ai changé de voiture et par la même occasion d'auto-radio. Adieu les cassettes, bonjour les CD et les MP3 sur clé USB. Je conserve mes cassettes, bien sûr, mais elles sont stockées au grenier (sauf celles qui contiennent des enregistrements vraiment rares, comme le premier concert de Jesus and Mary Chain en France ou le premier passage de Jonathan Richman à Reims : les deux ont un son pourri de toute façon, ne pleurez pas après) et je ne compte aller farfouiller dedans qu'en cas de besoin avéré.
En tout cas, juste avant le grand changement, en juin dernier, en route pour le boulot, j'écoutais une de mes vieilles compilations cassette des années 1980 et j'ai rééentendu Le petit oiseau joli. Ça m'a mis de bonne humeur pour la journée, mais je ne me souvenais plus du tout qui étaient les interprètes. Vérification faite, c'était Les Compagnons de la Chanson.
Pour le coup, Les Compagnons, c'est absolument pas mon truc. Evidemment, vu leur discographie longue comme le bras et surtout leur popularité, j'ai ingurgité les tubes des Compagnons pendant toute ma jeunesse, via la radio et la télé, mais nous n'avions pas ou peu de disques d'eux à la maison et il y a peu de chances que j'en achète d'autre un jour. Mais après avoir réécouté la cassette, je m'étais promis de me procurer l'album avec Le petit oiseau joli et Les Compagnons ont été tellement populaires qu'il ne m'a fallu que quelques mois pour le trouver en bon état et pas cher du tout.
Je me souviens comment cette chanson s'est retrouvée sur ma cassette. C'est Jef et Sylvie qui m'ont fait écouter l'album, je ne sais plus à quelle occasion mais ils m'avaient sûrement invité à manger. Le disque,lui, provenait sûrement de la collection de la maman de Jef.
Absolument rien ne m'a accroché sur l'album, sauf cette pochade, qui m'a bien entendu rappeler Le vilain petit zoziau d'Odeurs, puisque qu'il question d'oiseau et que c'est chanté en chorale, même si Le petit oiseau joli, due au poète-chansonnier Charles Monelly, est en fait bien plus ancienne que la chanson d'Odeurs puisque Les Compagnons indiquent qu'elle date de vers 1930.
On retrouve Le petit oiseau joli dans nombre d'anthologies de chansons paillardes ou de salles de garde. C'est surprenant : c'est sûrement la plus sage du lot, la preuve étant que Les Compagnons l'ont chantée à Bobino ! Je vous laisse la découvrir dans le radio-blog ci-contre, dans la colonne de droite, mais retenez-en surtout la morale : "Quand on a bouffé d' la merde, faut pas l' gueuler sur les toits".
Le reste du disque m'est à peu près insupportable, surtout des trucs comme Le clown et l'enfant triste, Jérusalemen en or ou Quand la mer monte. Pour Si j'avais des millions, la chanson d'Un violon sur le toit, je la connais surtout et la préfère dans la version Ah! si j'étais riche par Ivan Rebroff. Leur version de L'amour est bleu passe quand même à peu près pour moi, mais c'est parce que je suis trop sensible à cette scie.
Un seul titre m'a vraiment fait lever l'oreille. Ça tombe bien, on trouve l'enregistrement filmé à Bobino de cette chanson sur Dailymotion :

"Sur des paroles de Jean Broussolle", mon oeil ! Il y a vingt ans on aurait pu me la faire, mais aujourd'hui il ne me faut pas plus de quinze secondes pour savoir que Jean Broussolle n'a signé que l'adaptation en français des paroles. On a bel et bien à faire ici à une reprise de The unicorn, chanson dont les paroles et la musique sont de Shel Silverstein. Il n'est pas étonnant que Les Compagnons l'aient reprise, car les Irish Rovers en avaient justement fait un énorme tube en 1968 (8 millions d'exemplaires vendus dans le monde).
Si on peut comprendre à la limite qu'en plein concert on fasse une annonce imprécise sur l'auteur de la chanson, il est plus surprenant et inadmissible (même si c'était très courant dans les années 50-60) que les crédits indiqués sur le disque soient faux. On nous donne Jean Broussolle (des Compagnons) comme parolier et Ch. Bud Dant comme compositeur. Vérification faite Charles Bud Dant est... le producteur de l'enregistrement des Irish Rovers ! Jean Broussolle doit être lui l'adaptateur des paroles en français. L'éditeur et le label n'ont pas fait leur boulot et si ça se trouve Silverstein n'a jamais touché un centime de ses droits d'auteur sur cette reprise...
Ce disque a autre chose de remarquable : l'étalage de pulls sur la pochette ! 14 pulls pour 9 Compagnons, avec des variations : pull à col roulé, sous-pull à col roulé avec pull à col ras ou rond, sous-pull avec col en V. Impressionnant. C'était la mode à l'époque, mais je me demande si Les Compagnons n'ont quand même pas aussi emprunté des sous-pulls aux Irish Rovers :

12 décembre 2009

ODEURS : Ramon Pipin's Odeurs


Acquis d'occasion dans la Marne dans les années 1990
Réf : 2393 222 -- Edité par Polydor en France en 1979
Support : 33 tours 30 cm
12 titres

Je ne me souviens absolument plus du passage d'Odeurs dans l'émission Chorus d'Antoine de Caunes à Pâques 1979, tel que Ramon Pipin le relate dans le magazine Juke-Box, avec Shitty Telaouine en Jésus sur une croix en mousse, mais c'est obligatoirement à cette occasion que j'ai découvert Odeurs.
Odeurs, c'est le groupe de copains qu'a fondé Ramon Pipin pour déconner dans son studio Ramses après son départ d'Au Bonheur des Dames. Le passage à Chorus, c'est d'ailleurs complètement une affaire de copinage, de Caunes étant un pote de tout ce beau monde, Shitty Telaouine (ex-ABDD lui aussi) ayant été son premier comparse dans Chorus avant d'être remplacé par Jacky, que l'on reconnait sur la pochette de cet album (Il y a aussi un gars à la moustache fine qui ressemble furieusement à Fred Chichin au recto, mais moins au verso).
Il n'y a aucun crédit détaillé sur l'album original, il faudrait donc consulter le livret de la réédition CD pour avoir une liste au moins partielle des participants à cet enregistrement, mais il y a selon Ramon Pipin plein de beau monde.
Dans la lignée d'Au Bonheur des Dames, Odeurs est un groupe parodique, sauf qu'au lieu de se concentrer sur le rock'n'roll des années 50 et 60, Odeurs s'attaque à une palette musicale plus large, de la chanson au rock, en passant même par le classique.
Je n'ai pas acheté ce 33 tours à l'époque, mais il est certain que j'y ai eu accès, par un copain ou la discothèque de Châlons, et que je l'ai enregistré sur cassette car j'en connaissais certaines chansons par coeur. Je pense notamment à Je suis mou, du rock mou, donc, que je chantais à tue-tête pendant des journées entières pendant ma (première) terminale (rétrospectivement, je plains mes camarades de classe !). Il suffisait d'un cours de sciences naturelles avec Mme Jacquet pour que je ressorte ma science, avec ces paroles que je n'ai jamais oubliées : "Je suis une amibe gélatineuse, entre la méduse et le pied de veau. Ma mère crut accoucher d'un plat de tripes au vin blanc, je suis flasque, gluant, visqueux, dégoulinant. Je suis mou, j'en suis fier, faible, dégonflé mais sincè-è-è-è-ère". Je reproduisais même la parodie de Johnny tout à la fin, quand il n'y a plus que le chanteur ("Oh me laissez pas tout seul. Je suis seul, seul. Désespéré. Ah, tu es sans moi et je suis sans toi").
Mon autre chanson préférée reste la toute dernière, Le vilain petit zoziau, joliment interprétée par une chorale d'enfants : "Le vilain petit zoziau, perché sur sa bran-branche, il a fait son caca, sur mon duffle-co-coat". Je vous laisse découvrir la suite.
Pour le reste, ça référence dans tous les sens, des Michel (Delpech et Sardou) avec Youpi la France (chanson extrêmement d'actualité, malheureusement) à Jane et Serge (Douce crème) en passant par Dominique de Soeur Sourire en version disco (chanté par Sapho, apprend-on en lisant l'article de Juke-Boxe). Il y a des choses qui ont été faites dans le même esprit avant (La version marche militaire d'I want to hold your hand fait évidemment penser au Third reich'n'roll des Residents) ou après Odeurs, mais quand ce disque est sorti en 1979, les Bidochons ou les VRP étaient loin d'être formés, et à part ABDD, peu de groupes faisaient dans le rock parodique aussi abouti.

Ramon Pipin's Odeurs a été réédité dans le coffret Odeurs : L'intégrale saison 1 (1979-1983)
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L'album est en écoute sur Deezer.

06 décembre 2009

THE GIST : Fool for a valentine


Acquis dans l'un des Record & Tape Exchange de Notting Hill Gate en 1984
Réf : RT125 -- Edité par Rough Trade en Angleterre en 1983
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Fool for a valentine -/- Fool for a version

J'étais dans la cave de l'un des Record & Tape Exchange, probablement l'un de ceux qui n'existent plus, sur Pembridge Road, à fouiller dans les 45 tours à 10 pence, les maxis à 20 pence et les albums à une livre. D'un seul coup, je tombe sur plusieurs exemplaires de ce 45 tours sorti de nulle part, un disque de The Gist dont je n'avais jamais entendu parler avec des titres que je ne connaissais pas ! Et, comme ils étaient sans étiquette, ça voulait dire que ces disques avaient été directement mis à la cave, sans passer par les étages au-dessus et la baisse du prix au fil du temps.
Comment ce disque a-t-il pu sortir sans que je sois au courant ? Pourtant, je suivais The Gist de près : j'avais acheté le premier 45 tours This is love à sa sortie, puis Love at first sight. Après, comme tout le monde, j'ai attendu pendant des mois la sortie de l'unique album du groupe, Embrace the herd, annoncé pendant tout 1982 mais qui n'est sorti qu'en 1983 parce qu'entre-temps Stuart Moxham avait eu un accident de moto, mais ça on l'a su plus tard.
Et donc, ce que je n'ai appris qu'en mettant la main sur le disque (très sympathique surprise, quand même !), c'est qu'il existait un troisième et dernier 45 tours de The Gist sorti juste quelques semaines avant Embrace the herd, si j'en crois les dates d'entrée dans les charts indépendants (source bien plus fiable que les numéros de catalogue Rough Trade ou que les discographies en ligne, dans ce cas précis, à l'exception de la quasi-définitive discographie complète de Rough Trade de Perfect Sound Forever).
Fool for a valentine est resté cinq semaines dans les charts indépendants, mais n'a pas dépassé la 30e place. Comme de juste avec les labels indés de l'époque, aucun titre du single n'est repris sur l'album.
Je ne veux pas trop me répéter car j'ai déjà eu l'occasion de ronchonner à ce sujet, mais c'est vraiment dommage que la réédition CD d'Embrace the herd en 1999 n'ait pas été, à cinq titres près, une réédition de l'intégrale de la discographie de The Gist, même si on ne se plaindra qu'elle ait inclus deux démos inédites. N'empêche, ce CD ne contient pas les deux faces de This is love, et il n'y a pas non plus les deux faces de ce Fool for a valentine (le 5e titre manquant étant Greener grass, paru sur la compilation C81 du NME). Et, comme les erreurs de l'histoire se répètent autant que les ronchons, la réédition de la réédition chez Cherry Red a repris exactement la même liste de titres.

Fool for a valentine est joué intégralement en solo par Stuart Moxham, et c'est incontestablement un reggae : la basse, la batterie, la guitare jouent un reggae cool. Derrière, l'orgue rappelle discrètement une musique de manège. Entre deux couplets, on a droit à un solo de guitare léger qui m'évoque un peu le Monochrome Set. Stuart, lui, chante doucement, à propos d'une amoureuse sûrement perdue :
Looking back on my life again
Losing you don't seem right but then
Left alone in my home town
I'm a fool for a valentine.
All my life I have wanted you
I didn't care what you put me through you
Travelled miles just to say goodbye
and came away without knowing why.
I'm gonna try but I don't know how
to love you more than I do right now
cos left alone in my home town
I'm a fool for a valentine.

La face A a été enregistrée, comme Embrace the herd, à Cold Storage, l'ancienne chambre frigorifique transformée en studio située à Brixton, ce qui explique en partie peut-être l'influence reggae très marquée de la communauté de groupes qui le fréquentaient : The Flying Lizards, Family Fodder, Essential Logic, etc.
Ce sont des membres de ces groupes, et notamment du collectif People In Control, que l'on retrouve sur la face B qui, dans la grande tradition des singles de reggae est une "version" instrumentale. Cet enregistrement a dû coûter énormément plus cher que celui de la face A car, outre que c'est un groupe qui joue, il a eu lieu avec le même producteur, Phil Legg, mais aux studios Abbey Road, dont le tarif horaire devait s'approcher du tarif hebdomadaire de Cold Storage, j'imagine.

Fool for a valentine est disponible en téléchargement chez Consolation Prizes
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05 décembre 2009

PETE SEEGER : American favorite ballads, Vol. 1


Acquis sur le vide-grenier de Moslins le 26 juillet 2009
Réf : FWX 52320 --
Edité par Folkways/Le Chant du Monde en France vers 1968
Support : 33 tours 30 cm
17 titres

C'est un paradoxe dû au privilège de la vieillesse : Pete Seeger qui, depuis les années 1930, agit pour garder vivantes les chansons et musiques du passé est lui-même devenu, à plus de 90 ans, un monument vivant de la musique, celui qui nous relie directement au travail d'Alan Lomax, à Leadbelly, Elisabeth Cotten (la vision dans les années 80 de ce passage télé des deux ensemble dans un documentaire m'avait beaucoup marqué) mais aussi à Woody Guthrie (avec qui il a joué dans les Almanac Singers) et à tout le mouvement néo-folk des années 1960.
Militant de la musique folk à la discographie impressionnante (ne serait-ce que parce qu'elle commence en 1941 !), Pete Seeger a toujours été un militant politique sincère et très actif. Le chapitre que consacre Howard Fast dans ses Mémoires d'un rouge aux émeutes de Peekskill en 1949 (le chapitre en VO est ici), à l'occasion d'un concert organisé entre autres par Pete Seeger et avec son groupe les Weavers, en est une excellente illustration. Cette année ou l'an dernier, il y a eu aussi dans Mojo un excellent reportage sur le Clearwater Festival que Pete Seeger organise depuis des années au bénéfice de l'association écologiste qu'il a fondée il y a plus de 40 ans pour dépolluer l'Hudson.
Vulgarisateur de la musique folk traditionnelle, musicien (au banjo) et interprète, Pete Seeger a alimenté au fil du temps la mémoire collective mondiale de chansons qu'il a diffusées ou créées, de Goodnight Irene à If I had a hammer/Si j'avais un marteau, en passant par Wimoweh/Le lion est mort ce soir, We shall overcome, Little boxes/Petites boites et Turn, turn, turn.
Je présume que les éloges et nécrologies vont foisonner le jour où la vie de Pete Seeger se terminera, mais en attendant, même en cherchant bien, j'ai trouvé en ligne peu de biographies détaillées en français le concernant, la meilleure étant celle de la Médiathèque de la Communauté Française de Belgique.
J'ai laissé passer pendant très très longtemps les disques comme celui-ci, même si ponctuellement j'ai choisi d'acheter certains des ces disques Folkways/Le Chant du Monde avec les pochettes ouvrantes à trois volets comportant les paroles en anglais et en traduction française. Mais Pete Seeger, les quelques fois où je l'ai vu en vidéo, il avait tendance à me porter un peu sur les nerfs, et surtout sa musique ne correspondait pas à ce qui m'intéressait et que j'écoutais. Mais mes goûts ont évolué et ce disque en parfait état dans une caisse d'albums à 20 centimes au premier vide-grenier de Moslins, en 2009 il n'était plus du tout question que je le laisse passer !
Pete Seeger a enregistré cinq volumes de ces American favorite ballads de 1957 à 1962. Il les interprète seul au banjo et les chante de sa voix claire. C'est juste, net et sans chichis, calme et relaxant. Ça manque peut-être bien sûr de quelques grains de folie, mais on sent bien que le but est avant tout de se faire le passeur de chansons et, ce qui m'a le plus surpris ici, c'est combien il y en a un grand nombre qui font désormais partie de ma culture musicale, qu'elles aient été interprétées par Johnny Cash (The Wabash Cannon Ball et The wreck of the old '97), Solomon Burke (Down in the valley), Les Pinsons (Yankee doodle) ou Vic Chesnutt (Home on the range). En plus de toutes celles-ci, mes titres préférés du disque sont The blue tail fly, Cielita lindo, Frankie and Johnny, Mary don't you weep et la seule chanson créditée à un auteur quasi-contemporain, So long, it's been good to know you, de Woody Guthrie. Pas mal pour quelqu'un qui n'était pas fan de folk et pour un disque de seulement 17 titres !

La pochette américaine originale de cet album (Folkways, 1957). Le livret de l'édition originale américaine (avec les paroles). L'édition CD 28 titres d'American favorite ballads vol. 1 chez Folkways. Le livret de ce CD (avec l'historique des chansons). Mais pourquoi se contenter du volume 1 ? Pour pas cher, préférez-lui le coffret des volumes 1 à 5 chez Folkways (139 titres, près de 6h de musique).