02 août 2009

THE BLACK INSPIRATION : Rythm and blues show


Acquis sur le vide-grenier de Moslins le 26 juillet 2009
Réf : 658 092 GU -- Edité par polydor/Privilège en France à la fin des années 1960
Support : 33 tours 30 cm
14 titres

Il devait vraiment y avoir un marché pour les compilations de rhythm and blues en France à la fin des années 1960 et au début des années 1970.
Chez Atlantic, qui avait notamment le catalogue Stax à sa disposition, on connait surtout la série Formidable Rhythm and Blues, la plus longue (12 volumes) et celle qui a été le plus souvent rééditée au fil des ans. Mais, comme nous le montrent les excellentes pages que leur consacre le site français consacré à Otis Redding, Atlantic a largement exploité le filon avec des séries plus courtes intitulées Surboum, Incroyable ou Terrible.
La concurrence ne s'en est pas laissé compter : par exemple, Chess a sorti au moins trois volumes d'une série avec un titre similaire, Remarquable, une maquette proche et une photo de pochette de Jean-Pierre Leloir comme pour les compilations Atlantic. Mais on se gardera bien de crier trop vite au scandale car Chess était à l'époque distribué en France par Barclay, et c'est bien Barclay qui a lancé la série Formidable, avant que Filipacchi ne reprenne la distribution Atlantic.
Par contre, on est dans un tout autre cas de figure avec ce Rythm and blues show, qui représente un bel exemple de parasitage commercial.



C'était le premier vide-grenier dans ce petit village qu'est Moslins. En général, c'est plus propice aux bonnes affaires. Là, il a suffi d'un stand avec un monsieur sympa, qui m'a dans un premier temps proposé de le débarrasser de sa caisse à vendanges pleine d'albums pour 10 €. J'ai refusé, mais comme j'avais déjà repéré qu'il avait dans sa caisse des albums africains de Côte d'Ivoire, je lui ai demandé le prix des disques à l'unité. Etant donné qu'il ma répondu 20 centimes, j'ai examiné toute la caisse avec attention, et j'ai sélectionné huit albums, principalement des disques africains ou de folk américain, plus cette compilation de rhythm and blues.
Quand j'ai retourné ce disque avant de l'acheter pour y jeter un rapide coup d'oeil, j'ai bien cru avoir à faire à l'une de ces séries moins connues et plus rares d'Atlantic.
J'ai une excuse pour m'être fait avoir : j'avais encore écouté le Formidable vol. 4 la semaine précédente et le dos de pochette est vraiment quasiment identique :



Ce n'est qu'en examinant mes achats quelques instants plus tard que j'ai découvert le pot aux roses : l'album ne propose pas les versions originales des standards listés, mais bel et bien des reprises par un groupe inconnu, The Black Inspiration, dans la longue tradition de l'industrie du disque. Pendant un instant, j'ai ressenti une grosse déception, puis je me suis dit aussitôt qu'après tout ce spécimen de parasitage était intéressant en tant que tel, avec sa faute d'orthographe à "Rythm" et sa maquette du verso habilement détournée.
Au recto de la pochette, on ne trouve pas une photo de Leloir, mais une illustration de JC Trambouze, un gars qui a signé pas mal d'illustrations de pochettes, de Henri Tisot à Dick Annegarn, en passant, et c'est amusant, par toute une série de 45 tours "Disc jockey" du début des années 1970, dont bon nombre pour des artistes Stax, mais les vrais cette fois !
Cela tend à confirmer que l'initiative de sortir cette compilation est bien venue de Polydor France, mais la grande question est de savoir d'où viennent les bandes de The Black Inspiration : de France, ou d'ailleurs ? La question reste ouverte. On sait qu'il y avait de très bons musiciens de rhythm and blues en France à l'époque, mais ce qui me fait penser à des américains, c'est que les chanteurs sont visiblement anglophones, ou en tout cas ils ont un très bon accent qui ne trahit pas de façon évidente des origines françaises.
Musicalement, les enregistrements proposés ici n'ont pas la pêche ni la clarté de production des enregistrements Stax, mais il s'agit de reprises tout à fait correctes.
Les titres rapides, notamment, passent plutôt bien comme Mustang Sally, avec des choeurs réussis, Sweet soul music et It takes two, une reprise d'un duo de Marvin Gaye et Kim Weston. L'orgue est très présent, et d'ailleurs c'est lui qui répond plutôt que les choeurs à l'invitation "Your turn" dans la version de Fa fa fa fa fa.
Les titres lents passent généralement un peu moins bien, mais je trouve les versions de My girl et Summertime réussies.
Au bout du compte, celui qui a acheté cet album, sûrement à prix réduit, n'a pas fait une mauvaise affaire. Ces compilations étaient surtout utiles pour les boums, et l'état de mon disque et de sa pochette prouve qu'il a dû en vivre un bon paquet.
Pour ce qui me concerne, j'aimerais bien qu'on me dise qui joue sur ce disque. On ne trouve bien sûr aucune information sur un groupe qui se serait appelé The Black Inspiration, vu qu'il s'agit évidemment d'un nom de circonstance. Comme j'aime bien me raconter des histoires, il me plait à penser qu'un certain Alan Shelly pourrait avoir participé à cette aventure. Après tout, cet excellent musicien de soul français, qui a beaucoup enregistré avec Manu Dibango, et que j'ai découvert tout récemment grâce à la présence de son titre You can do it sur une compilation sixties Top of the Pops, avait largement le niveau pour produire un enregistrement tel que ce Rythm and blues show, et il se trouve qu'il enregistrait pour Philips, un label du même groupe que Polydor à l'époque en France, il me semble...

Ajout du 6 mai 2016 :

Cela aura mis près de sept ans, mais j'ai enfin fini aujourd'hui par percer le secret de ce disque. Je sais enfin quelle est son origine et je connais ses interprètes principaux. Il y a encore quelques semaines, on en parlait avec Philippe R., qui a retrouvé un autre exemplaire de la pochette, avec, c'est presque logique, un disque Rhythm and Blues Formidable à l'intérieur, et on s'étonnait qu'aucun indice n'ait encore fait surface.
Tout est parti de la fiche Discogs de ce disque de The Black Inspiration, que je suis allé consulter en espérant y trouver des indices.
Il n'y avait rien sur la fiche elle-même, mais en commentaire quelqu'un posait la question de savoir si c'était le même disque que Soul & inspiration par The Black Cats. Eh bien, la réponse est oui ! Les quatorze titres sont les mêmes, ils ont juste été mélangés pour fabriquer les séquences façon Formidable et on peut vérifier sur Deezer par exemple que les enregistrements sont bien identiques.
Le disque original a été édité en Allemagne en 1968 par Tip, une filiale de Deutsche Grammophon, carrément. Et, grâce aux notes de pochette, on apprend que les Black Cats étaient un duo composé de Melvin Jackson et Bill Mars, deux américains arrivés en Allemagne comme soldats et qui avaient décidé de s'y établir pour faire carrière dans la chanson.
Je ne sais pas s'ils ont enregistré quoi que soit d'autre par la suite, mais leur interprétation sur cet album est vraiment de grande qualité. On ne sait toujours rien des (bons) musiciens qui les accompagnent, et on n'en saura sûrement jamais rien car ils ne sont pas crédités sur le disque original, mais je suis déjà bien content de connaître enfin l'origine de ces enregistrements.


8 commentaires:

Anonyme a dit…

Alan Shelly est le frère de Manu Dibango.
Je suis sidéré en lisant les articles de ton blog, des diverses approximations ou erreurs qu'on peut y trouver à chaque fois.
Le mieux pour parler de musique c'est de s'y connaître un minimum.

BOUFFON !

Pol Dodu a dit…

Anonyme,
Je suis amateur de musique, ni plus ni moins. Une chose est sûre, j'écris ce que je veux sur mon blog sans avoir à me soumettre à une quelconque validation !
Puisqu'on parle musique, j'écris qu'Alan Shelly a beaucoup enregistré avec Manu Dibango. Ce qui semble exact.
Tu affirmes qu'ils sont frères. C'est peut-être important pour toi d'un point de vue ragot people, ça l'est beaucoup moins d'un point de vue musical. Et tu n'es pas très précis : son petit frère ? son grand frère ? même père même mère ou demi-frère ?
En tout cas, rien ne t'oblige à lire ces billets. Je te conseillerais plutôt de passer ton chemin, à moins bien sûr que tu n'aies rien de mieux à faire que d'essayer d'être insultant en commentant anonymement des blogs.

blogger perewenceslas a dit…

3 ans après c'est surement inutile mais on ne sait jamais.
Alan n'était pas le frère de Manu n'importe quoi - sans doute à cause du nom du groupe "Manu di Bango brothers"
Alan était Guadeloupéen il s'appelait Alain Deloumeaux je l'ai connu à l'école dans le quartier Flandres-Riquet. il signait ses compo de son vrai nom dans les 70's.
Manu comme chacun sait est Camérounais.

Pol Dodu a dit…

Non, ce n'est pas inutile ! Merci pour cette précision, au contraire.

Bam Balam.records a dit…

Quel toupet quand même de venir insulter un amateur passionné sur son blog!

En lisant cette chronique j'ai eu envie de réécouter ce disque que je n'avais pas passé depuis au moins 25 ou 30 ans. C'est vrai qu'aujourd'hui l'album semble plutôt mieux qu'à l'époque. Alors finalement, trois ans plus tard, vous savez qui c'est ce groupe ?

Pol Dodu a dit…

Bam Balam,
Heureusement, l'immense majorité des commentaires sur ce blog sont faits dans un bon esprit !
Malheureusement, je n'ai eu aucune information utile concernant les musiciens qui composent The Black Inspiration, mais ça finira peut-être par venir...

Pol Dodu a dit…

J'ai finalement résolu le mystère de ce disque de The Black Inspiration et je sais qui se cache derrière ce Rythm and Blues show. Réponse en ajout à la fin du billet...

Anonyme a dit…

Bien joué sherlock dod! Entre parenthèse j'ai relu les commentaires et j'ai bien rigolé de la niaiserie débilotte du 1er commentateur, dommage, il ne saura sûrement jamais à quel point il m'a fait rigoler pdt des années. Allez couché de bonne heure hein, demain c'est broc.
ph

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