14 mars 2020

STAN FREBERG : Sh-boom


Acquis chez YMCA à Douvres le 2 mars 2020
Réf : CL.14187 -- Édité par Capitol en Angleterre en 1954
Support : 78 tours 25 cm
Titres : STAN FREBERG WITH THE TOADS AND ORCHESTRA CONDUCTED BY BILLY MAY : Sh-boom -/- STAN FREBERG WITH THE GEORGE BRUNS QUINTET : C'est si bon

Au fil des années, j'ai régulièrement trouvé des disques intéressants lors de mes passages à la boutique YMCA de Douvres, comme C'est un vrai paradis ce Cefalù' et l'album des Îles Salomon, ou un Dave Edmunds et un Ting Tings.
Là, à peine descendus du ferry on a fait un petit tour en ville et, si le rayon habituel des disques et livres ne contenait rien de particulièrement excitant, j'ai vu tout de suite qu'il y avait dans la pièce d'à côté plusieurs caisses de disques, provenant sûrement d'un gros don ponctuel.
Il y avait deux-trois caisses de 33 tours, et ce n'est qu'après avoir quitté la boutique que je me suis rendu compte que, dans l'excitation, j'avais complètement oublié de les regarder (Ce que j'en ai vu extérieurement ne m'attirait pas particulièrement, mais quand même...). Il y avait aussi des caisses de 45 tours et j'en ai trouvé une grosse poignée à mon goût. Il y avait surtout deux grosses caisses de 78 tours, et j'ai passé une bonne demi-heure à les examiner un par un pour faire ma sélection. Il faut dire que ces disques, qui visiblement ont tous appartenu au même propriétaire, ce n'était pas du classique, de la musique militaire ou du musette, comme souvent en France. Non, je suis reparti avec 24 disques, dont 7 de Les Paul, 4 de Tennessee Ernie Ford et 3 de Spike Jones et ses City Slickers ! Excusez du peu...
Et surtout, je me suis rendu que, s'il y avait une thématique dans cette collection, elle tournait autour de la country, certes, mais surtout de l'humour et de la parodie. Je le savais pour Spike Jones, je le savais aussi pour Stan Freberg, dont j'ai aussi trouvé 3 disques, mais j'ai découvert après coup que c'est également le cas pour certains des disques que j'ai sélectionnés sans en connaître les artistes.
Stan Freberg, je connais son nom depuis les années 2000. Une bonne génération avant "Weird Al" Yankovic, il était réputé pour ses satires musicales. J'avais dû récupérer un MP3 de sa version de Heartbreak Hotel, qui est à la fois excellente et hilarante, tellement bonne que je l'ai incluse en 2008 sur mon disque virtuel Testament du rock vol. 5.
Sur ce 78 tours, Stan Freberg, deux ans plus tôt, s'attaque non pas au rock and roll mais au doo-wop, en faisant une parodie de Sh-Boom, le grand et unique tube de The Chords.
C'est un titre de chanson qui a priori me parlait, mais en fait je ne sais pas si je la connaissais vraiment. Elle a été importante dans le succès du doo-wop en étant l'une des premières à figurer dans les classements de vente de pop music, et elle a joué un rôle non négligeable dans la transition du rhythm and blues au rock and roll. Elle a aussi été reprise très vite par The Crew Cuts, des petits blancs du Canada, avec succès puisque cette reprise a carrément été n°1 des ventes.
Malheureusement, Sh-boom sera le seul et unique tube de The Chords, mais l'impact de cette chanson est tel que certains militent pour que, à défaut du groupe The Chords, la chanson elle-même soit intégrée au Rock and Roll Hall of fame, comme expliqué dans ce documentaire de 40 minutes.


Des explications sur les origines de Sh-boom par des membres de The Chords.

Pour Stan Freberg, la parodie de Sh-boom débute dès l'étiquette du disque : le groupe original s'appelle The Chords (Les Accords), alors Stan est prétendument accompagné par The Toads (Les Crapauds). Il faut dire que pour lui les chanteurs de doo-wop ne croassent peut-être pas, mais ils marmonnent et c'est la base de la satire ici. A coups de sifflet, il dirige les chanteurs et les avertis que c'est un disque de rhythm and blues et, s'ils veulent vendre des disques, il ne faut pas qu'on comprenne les paroles et qu'ils marmonnent parfaitement.
Les paroles elles-mêmes ne sont pas parodiées, mais ça se colprend, quand on a un couplet comme celui-ci qui se suffit parfaitement à lui-même :
"A chaque fois que je te regarde j'ai quelque chose en tête
Si tu faisais ce que je veux que tu fasses, Chérie, on serait si bien
Oh, la vie pourrait être un rêve si je pouvais t'emmener au paradis là-haut."
Non, il suffit de tout chanter en exagérant, jusqu'au gargarisme, avec des sons dans tous les sens et une instrumentation qui est excellente (Le solo de saxophone et guitare électriques mélangés qui démarre à 1'42 est impressionnant). Au bout du compte, on a une version qui vaut largement l'originale. Je n'aurais pas saisi moi-même la référence, mais elle se conclut par une référence à Marlon Brando hurlant "Stella" à la fin de Un tramway nommé Désir. Un acteur qui, selon Freberg, avait lui aussi le tort de marmonner.
Aux Etats-Unis, la face B de Sh-boom était Wide-screen Mama blues, un titre qui promet, mais je ne l'ai pas car j'ai remarqué que, en Anglettre à cette époque, les maisons de disques, qui ne publiaient pas tous les singles américains, avaient l'habitude de coupler deux faces A sur un même disque. Donc, sur mon disque, j'ai droit à la version de C'est si bon, sortie aux USA quelques mois plus tôt, en 1953.
C'est si bon, c'est une de ces chansons françaises qui ont fait le tour du monde, avec les paroles originales ou traduites en anglais. J'ai déjà présenté ici la version de Louis Armstrong. Dans sa version, Stan Freberg, avec un accent français bien sûr, engueule là aussi ses choristes quand ils ne répondent pas bien à son signal, mais sinon l'humour tient surtout au coup classique du "Quand je vous donnerai le signal, chantez "C'est si bon" comme ça", avec évidemment les choristes qui répondent "C'est si bon comme ça". Facile, mais ça marche toujours, et cette version dont les couplets sont conservés en français est de très bonne tenue. Et je suis bien content d'être tombé sur le document filmé ci-dessous.
Voilà pour le premier de mes 78 tours. Les deux autres de Stan Freberg que j'ai trouvés ne sont pas aussi bons, mais il y a plein de bonnes choses dans mon lot et on aura l'occasion d'en reparler.



Un épisode de Sam and Friends, la toute première émission de Jim Henson (Le Muppets Show). Les marionnettes Moldy Hay, Hank et Frank "chantent", avec comme bande sonore C'est si bon dans la version Stan Freberg.

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