23 février 2014

NEW WAVE


Acquis au Record & Tape Exchange de Pembridge Rd à Londres en 1984
Réf : 6300 902 -- Edité par Vertigo en Angleterre en 1977
Support : 33 tours 30 cm
16 titres

Quand on regarde la pochette, il y a quelque chose de bizarre. La compilation s'appelle New wave, mais le mec en photo qui crache sa bière est clairement un punk. Ça demande quelques explications.
D'abord, notons que ce disque a été édité en 1977, en Angleterre, en pleine vague punk, avant qu'on soit vraiment entré dans le post-punk, donc, et surtout avant que la retombée de nouveaux groupes engendrée par l'explosion punk ait été labellisée new wave.
Si ce disque de punk rock s'appelle New wave, on le doit avant tout à une personne très influente, Seymour Stein, le patron du label américain Sire Records. Il avait décidé que, vu le caractère ordurier du terme "punk" aux Etats-Unis, il aurait du mal à vendre cette musique dans les magasins et dans les foyers. Il s'est donc employé très activement à remplacer le mot punk par une expression qui lui convenait mieux, "new wave rock 'n' roll" (voir Are we not New Wave ? : Modern pop at the turn of the 1980s par Theo Cateforis, page 25). Cela a donné notamment une campagne de publicité dans les médias et les magasins avec le slogan "Don't call it punk", et aussi un double 45 tours promo, New wave rock 'n' roll : Get behind it before it gets past you. Avec le recul, on sait que Stein a plus ou moins réussi aux Etats-Unis à faire désigner le punk "new wave". En Europe, par contre, si le terme a pris, c'est au contraire en opposition au punk, pour qualifier tout ce qui a commencé à apparaître de nouveau en 1977-1978 et qui n'était visiblement pas du punk.



J'ai trouvé ce disque dans la cave au Record & Tape Exchange, pour 50 pence, à l'époque où mon séjour à Londres m'a permis d'y passer des heures. C'était un temps aussi où, des compilations de ce genre à moins d'une livre, il y en avait des centaines. J'ai dû faire des choix, et j'ai souvent des regrets en repensant à ce que j'y ai laissé, comme Is the war over ?, avec les premiers titres de Young Marble Giants. Sur ce disque, il y n'y avait quasiment aucun titre que j'avais déjà, je ne pouvais que me laisser tenter, au bout d'un moment.
Cet album est édité en Angleterre par Vertigo, un label du groupe Phonogram, qui distribuait alors Sire, ceci explique cela. Il sert donc à faire la promotion du catalogue Sire, mais aussi d'autres étiquettes du groupe. Ça donne une sélection très hétéroclite de douze artistes (dont quatre ont droit à deux titres chacun).
Il y a d'abord des précurseurs du punk. Si les New York Dolls sont ici parfaitement à leur place (avec Personality crisis surtout), ce n'est pas absolument le cas pour Patti Smith, surtout que le titre choisi est Piss factory, la face B de son tout premier disque, Hey Joe, un OVNI limite free jazz. Par contre, c'était intéressant pour ses fans de trouver ce titre ici car le 45 tours original ne devait pas être facile à trouver. Smith au moins a côtoyé les punks au CBGB's, ce qui n'est pas le cas de Skyhooks, les véritables intrus ici (les seuls à ne pas être listés au recto de la pochette, d'ailleurs), puisque Horror movie a certes été un tube dans leur pays en Australie, mais c'était en 1974 !, et ils ont plus à voir avec le glam que le punk.
Il y a aussi de purs rockers, qui se trouvent là surtout par la force de l'air du temps, les Flamin' Groovies (Shake some action), notre Little Bob Story national (une reprise d'All or nothing des Small Faces produite par Sean Tyla et extraite de Livin' in the fast lane) et les Runaways.
Côté punk, les américains de chez Sire sont présents en force, avec un doublé dans les dents des Ramones (Judy is a punk / Suzy is a headbanger), les Dead Boys (surtout avec Sonic reducer, un titre créé par Rocket From The Tombs et donc co-signé par David Thomas de Pere Ubu) et Richard Hell, avec l'excellent Love comes in spurts, extrait de son premier album, qui n'était pas encore sorti quand cette compilation a été diffusée. Pour les anglais, les compilateurs ont pris sous licence un classique de chez Stiff, le New Rose des Damned et aussi inclus un groupe d'un label proche de Phonogram, les Boomtown Rats, avec leur tout premier single, Lookin' after n° 1. Si ce titre est très punky, la suite allait très rapidement sonner beaucoup plus new wave.
Il y a ici un groupe, un seul, qui n'a jamais sonné rock ou punk , et qui très vite allait devenir emblématique de la new wave, au sens où on l'entend le plus communément. Il s'agit des Talking Heads, présents avec Love goes to buildings on fire, leur excellent premier single. C'est presque un crime de ne pas l'avoir inclus sur leur album 77 et c'est à cause de ça que, avant d'acheter cet album, je n'avais jamais entendu cette chanson. Je pense d'ailleurs que c'est surtout la présence de ce titre qui m'a décidé à l'acheter, un achat que je ne regrette absolument pas !



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