19 juin 2010

M. WARD : Live music & the voice of strangers


Acquis au Pop Art Café à Reims le 26 octobre 2001
Réf : [MWARD2001] -- Edité par M. Ward aux Etats-Unis en 2001
Support : CD 12 cm
12 titres

Après le Road map 98-99 de Calexico, voici un autre exemple de disque auto-édité vendu uniquement aux concerts.
Ce 26 octobre 2001, M. Ward se produisait au Pop Art Café de Reims pour un concert à entrée gratuite organisé dans le cadre du festival Octob'rock. Il était accompagné de son Band of Two (Jordan Hudson et Tony Moreno) mais, contrairement à son précédent passage en ville moins d'un an plus tôt et de façon très étonnante, ils ont donné une prestation très électrique, rock au point que le concert a été écourté par la police pour tapage avant même 22 heures suite à des plaintes de voisins. Et dire que ce festival était devenu quasiment "institutionnel" et bénéficiait du large soutien de la municipalité ! Sans ça, les propriétaires du café auraient peut-être eu droit en prime une fermeture administrative... En tout cas, cette fin abrupte m'a donné l'occasion d'aller voir Brigitte Fontaine faire son show au Cirque, mais pas sans que j'ai acheté à Matt ce Live music & the voice of strangers.
Le titre de l'album annonce bien la couleur : de la musique enregistrée en concert (à un titre près) mais sans fioriture et peut-être même avec un simple magnétophone dans le public pour certains titres, si bien qu'on entend sur plusieurs titres la voix d'étrangers, membres du public souvent. Pendant la bonne reprise de Pale blue eyes, enregistrée à la MJC Claudel de Reims le 11 décembre 2000, la toux enfumée d'un spectateur est presque comme un instrument supplémentaire.
La plupart de ces titres ont en effet été enregistrés pendant les premiers passages en Europe de M. Ward fin 2000 et peut-être aussi début 2001. J'ai moi-même un peu l'impression d'avoir passé une bonne partie de l'automne 2000 avec M. Ward. Nos chemins se sont croisés une première fois le 20 octobre à Reims, où il faisait partie de la formation superstar de Giant Sand avec Candie Prune et John Parish, jouant à chaque fois quelques-uns de ses propres titres. Trois jours plus tard, il était évidemment encore là à l'Olympic de Nantes pour l'affiche de rêve associant Giant Sand et Jonathan Richman. Il y a sur ce disque trois titres de cette tournée, enregistrés à Marburg en Allemagne, avec la participation du trio de base de Giant Sand, Joey Burns, John Convertino et Howe Gelb.
Rebelote en décembre, mais là Matt tournait sous sa propre bannière. En première partie de Grandaddy à l'Aéronef de Lille le 8, le concert a débuté très tôt, si bien qu'avec Philippe R. nous avons raté le début de sa courte prestation. Nous étions par contre au premier rang et à l'heure trois jours plus tard pour le retour de Matt à la MJC Claudel, en tête d'affiche cette fois-ci.
Quatre des titres de ce CD ont été enregistrés à Claudel ce 11 décembre 2000. Deux autres l'ont été sûrement entre les concerts de Lille et de Reims, lors de l'une de ces fameuses "scènes partagées" du Théâtre d'Arras, avec sur un titre la participation de The Married Monk.
Ce disque propose des titres de la période de Duet for guitars #2, le premier album de Matt dont il faisait la promotion à l'époque (excellentes versions de Beautiful car, Good news, Carolina, Scene from #12), associés à des reprises et des titres inédits, dont le court instrumental Brazillience (finalement sorti en 2005 avec le titre Regeneration n°1 sur l'album Transistor radio), l'excellent Flashlight (avec Giant Sand; je pensais que ce titre était disponible officiellement ailleurs mais je n'en trouve pas trace), Famous Dave (une chute de studio des sessions de End of Amnesia) et E.S.P. (& a knockout punch), inspiré par une chanson de Cibo Matto du même titre.
Parmi les reprises, outre celle de Pale blue eyes, on trouve Saturday de Yo La Tengo et, pour deux des grands moments du disque, Let's dance de David Bowie et Someday de Louis Armstrong.
Cette version de Let's dance enregistrée au Spitz de Londres, la première fois que je l'ai écoutée (quelques semaines plus tôt, sur le CD Let them in, all of them de Comes with a smile), j'ai été à la fois surpris car, après que Matt a annoncé en intro "This is a love song", il m'a fallu un moment pour reconnaître le tube de Bowie, tellement matraqué partout avec son clip dans les années 80 qu'il m'a toujours été insupportable) et pris aux tripes par cette interprétation poignante et prenante. La version studio sortie en 2003 sur Transfiguration of Vincent, si elle a le même arrangement, perd une grande partie de l'émotion ici présente.
M. Ward est l'un des rares chanteurs contemporains à s'intéresser de près à Louis Armstrong. Il a inclus une version de Sweethearts on parade en 2005 sur Transistor radio (et la même année, il reprenait Wonderful world sur la scène de La Guinguette Pirate) que j'ai toujours trouvée décevante en comparaison de cette reprise de Someday. Le principe est le même que pour transformer Let's dance : le rythme est fortement ralenti et la voix est retenue. Avec la spontanéité du live ça marche vraiment bien et l'émotion est aussi très présente, d'autant plus qu'on bénéficie des prestations de Howe Gelb au piano, John Convertino à la batterie et Joye Burns à la contrebasse.

(Someday est en écoute ci-contre, dans le radio-blog de la colonne de droite)


Jordan Hudson, Matt Ward et Tony Moreno à la M.J.C. Claudel de Reims le 11 décembre 2000. Photo : Pol Dodu.


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