13 février 2009

THE CURE : Three imaginary boys



Acquis à La Clé de Sol à Châlons-sur-Marne en décembre 1979
Réf : 2383 539 -- Edité par Fiction/Polydor en France en 1979
Support : 33 tours 30 cm
12 titres

J'ai lu les critiques qui sont parues au moment de la sortie de cet album au printemps 1979, et j'ai sûrement entendu par-ci par-là pendant cette période dans Feedback de Lenoir un titre de The Cure, mais c'est avec le passage du groupe dans l'émission Chorus en décembre 1979 que je les ai vraiment découverts et que je suis instantanément devenu fan.
Grâce à la magie d'une rediffusion télé il y a un peu plus d'un an et d'internet, on peut actuellement facilement revivre ce moment :

(Et l'on redécouvre au passage que A forest s'appelait encore At night quelques mois avant la sortie de Seventeen seconds. Un titre qui plaisait tellement à Robert Smith qu'il l'a attribué à une autre chanson sur l'album).

Je pense que, dès le mardi suivant (Chorus passait le dimanche et le magasin devait être fermé tout le lundi à l'époque), j'ai foncé voir Gilbert le disquaire de La Clé de Sol pour lui acheter Three imaginary boys. Dans les semaines qui ont suivi, je l'ai tanné pour qu'il commande en import le maxi A forest puis l'album Seventeen seconds, ce qu'il a fait et il s'en est vite félicité car les disques se sont très bien vendus pendant plusieurs mois. Pour ma part, pour des questions de budget, je me suis contenté du petit 45 tours et de l'album en pressage français.
Apparemment, Robert Smith s'est plaint de ne pas avoir eu un contrôle complet sur le choix des titres de l'album et sur la conception de la pochette. En tout cas, cette idée de Bill Smith de représenter le groupe par des objets ménagers et de remplacer les titres de l'album par des pictogrammes, si elle peut apparaître à juste au titre au premier abord comme un gimmick bien creux, a renforcé l'attrait qu'a exercé sur moi un disque qui, si l'on s'en tient uniquement à la musique, est de toute façon excellent. Cette pochette rajoute une dimension de mystère au disque, un peu de la même façon que le tombeau de Closer après la mort de Ian Curtis, mais graphiquement la pochette de Three imaginary boys est bien plus proche dans l'esprit de celles des trois premiers albums de Wire.

Il faut bien s'imaginer le lycéen en train d'écouter cet album, essayant de déchiffrer les paroles et de mettre des titres sur les numéros de morceaux de ce disque. Car les titres, on ne les avait pas, ou pas tous. Aujourd'hui, ils sont sur le CD ou on les trouve en dix secondes avec une recherche sur internet, mais à l'époque, pas moyen de les connaître tous. 10.15 saturday night, Accuracy, Fire in Cairo étaient cités dans la critique de Best. Pour Three imaginary boys c'était pas trop dur. Manoeuvre qui, en bon rocker, n'avait pas accroché à l'album, mentionnait Foxy lady, une reprise de Jimi Hendrix, mais c'était quel morceau ? Et les autres ?
En tout cas, le fait de ne pas connaître non plus les paroles a inscrit dans ma mémoire des réflexes qui reviennent à chaque écoute : j'entends "Me talk" plutôt que "Meathook", et surtout je me suis demandé en réécoutant aujourd'hui ce que pouvaient bien vouloir dire les paroles en yaourt chantées par Robert Smith après "If I hurry I an see..." dans le refrain de Fire in Cairo. Il s'avère tout bêtement qu'il n'est pas du tout en train de chanter ce que j'entendais, mais d'épeler le titre de la chanson ! Mes oreilles ne sont pas prêtes en tout cas à entendre ces "vraies" paroles !
Avant de ressortir le disque pour préparer ce billet, j'avais complètement oublié que, en plus de la pochette il y avait un insert recto-verso à l'intérieur du disque :


On reste dans la logique de la pochette : la place des objets-personnes, membres du groupe et autres, dans la maison est indiquée par des traits de couleur, et l'on retrouve leurs noms au verso. Aujourd'hui, ces traits de couleur, pour rester dans la deuxième moitié des années 70, me font à la fois penser à certains travaux de Barney Bubbles et aux couleurs qui "maquillaient" Lewis Furey sur la pochette de son premier album.

Bon, et la musique alors ? Vous êtes sûrement très nombreux à la connaître. On a vraiment à faire typiquement à un classique de la new wave, parfaitement représenté par le titre qui ouvre l'album, 10.15 saturday night : voilà un trio dans une formation des plus traditionnelles (basse, guitare, batterie) qui produit avec ces ingrédients de base du blues et du rock une musique vraiment nouvelle qu'on ne peut rattacher à rien de ce qui a précédé, même pas les outsiders comme le Velvet Underground ou Can. Non, les seuls auxquels on peut penser à l'écoute de l'album ce sont des contemporains new wave, comme Wire surtout et le XTC des tous débuts.
Grosso modo, on pourrait classer les titres de l'album en trois groupes, les trucs extra-terrestres comme 10.15 saturday night (Grinding halt, Subway song, Meathook viendraient s'y ajouter), les titres à tempo moyen (Accuracy, Another day, Fire in Cairo, Three imaginary boys) et les plus punky-rapides (Object, Foxy lady, So what, It's not you).
Quand on pense que trois titres sortis en single (Killing an Arab, Boys don't cry et sa face B Plastic passion) ont été enregistrés grosso modo pendant les sessions de cet album et aurait pu venir en renforcer encore le niveau, on se dit que vraiment que le groupe était bourré de créativité à ses tous débuts, comme c'est souvent le cas. A l'époque, j'aurais dit que Seventeen seconds était mon album préféré de The Cure mais aujourd'hui je pense que Three imaginary boys a bien mieux vieilli. La seule vraie faute de goût, c'est l'espèce de petit instrumental jazzy ajouté en toute fin de disque après le morceau-titre : autant dans les meilleurs moments du disque il y a des espaces qui peuvent faire penser à un esprit jazz, autant ce Weedy Burton (ils lui ont même donné un numéro et un titre dans les rééditions) est sans intérêt.

Polydor qui, à l'époque, distribuait non seulement Fiction mais aussi Virgin (Magazine, XTC, Devo, PIL, etc., excusez du peu) a eu la très mauvaise idée en 1979 de substituer pour certains disques une pochette imprimée faisant la promotion de son catalogue à l'habituelle sous-pochette blanche :


Au moins, trente ans plus tard, je peux me féliciter de ne posséder qu'un seul de ces albums (Allez, je réponds à la question avant qu'on ne me la pose : c'est le Dick Annegarn, que je n'ai malheureusement que dans une réédition en double album avec une autre pochette).
Je crois que cette sous-pochette, et le fait que la pochette française n'était pas légèrement gaufrée comme l'originale anglaise), explique en grande partie pourquoi je me suis séparé (presque) sans regret de mon 33 tours de Seventeen seconds quand j'ai acheté cet album en CD pour pas trop cher.

3 commentaires:

KMS a dit…

On notera le "Tochurst" des credits sur la video youtube.

Je n'arrive pas à ma souvenir de ce Chorus et du passage des Cure que j'ai pourtant très certainement vu... je ne devais pas être dans un bon jour, il m'aura fallu encore un peu de temps pour accrocher sur Cure du coup...

Je me suis toujours demandé des trois objets lequel symbolisait Robert Smith... j'ai toujours penché pour le frigo (pour y stocker les bières et la vodka).

Pol Dodu a dit…

KMS,
En fait, si on lit l'interview de Bill Smith sur laquelle j'ai fait un lien dans le billet, il semble que le concepteur de la pochette lui-même associe plutôt Robert Smith à l'abat-jour...! ("Was Robert really a lampshade ?")

klinsmark a dit…

excellent billet.
né trop tôt (1975), j'ai découvert cure en 85-86 "comme tout le monde". et en découvrant ensuite la disco au fur et à mesure de l'adolescence, je me suis souvent projeté mentalement dans l'esprit d'un aîné qui aurait découvert ces albums en direct. avec jalousie.

quelle délicieuse sensation ce devait être de découvrir cette série de morceaux glacés, pop, énergiques, mais déjà froids, austères et mélancoliques. à ce titre, le morceau de l'album qui annonce le mieux ce qui va suivre est de mon point de vue "Another Day", qui mixé et arrangé différemment ne ferait pas tâche dans 17s ou faith.

avec en prime, ce 'jeu de pistes' finement décrit par l'auteur pour retrouver les titres des morceaux, jeu qui révèle la part de mystère qu'exerce la musique sur nos pauvres âmes en péril.

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