22 janvier 2015

CAT STEVENS : Lady d'Arbanville


Acquis d'occasion près d'Epernay dans les années 2000
Réf : 6014 014 -- Edité par Island en France en 1970
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Lady d'Arbanville -/- I wish I wish

Je devais avoir onze ans, douze ans, peut-être treize. J'étais chez mes grands-parents, seul un moment, ce devait donc être un mercredi après-midi ou pendant les vacances. Je ne sais pas si j'avais eu l'autorisation, mais toujours est-il que j'étais dans la chambre de ma jeune tante, aménagée dans le grenier de la maison, avec une petite fenêtre qui faisait la jonction entre le plafond et le sol.
La chambre était couverte de photos et de posters venant de Podium, Salut !,Hit Magazine ou Mademoiselle Age Tendre, représentant pour la plupart Julien Clerc, son chanteur préféré.
Sur le petit bureau recouvert de vénilia orange, il y avait un électrophone rond, blanc avec un couvercle transparent bleu foncé, et quelques disques. Des 45 tours, de variétés sûrement, mais aussi de Slade, The Sweet, parmi lesquels ce Lady d'Arbanville de Cat Stevens. Je ne sais pas si je connaissais déjà la chanson, mais je crois que c'est la première fois que j'ai été fasciné à ce point par un disque. Je l'ai écouté plusieurs fois à la suite, et je me revois encore en train de scruter le rond central, plutôt moche pourtant, injecté sur fond grenat. Je n'imaginais pas que, quelques années plus tard, ce serait à mon tour d'occuper cette chambre.
Je n'ai connu Wild world que plus tard, d'abord dans la version de Jimmy Cliff. Je n'ai pas connu Matthew and son, ni Father and son, tant et si bien que j'ai toujours associé Cat Stevens uniquement à cette chanson. De nombreuses fois, j'ai hésité à acheter Mona Bone Jackson, l'album avec sa poubelle dessinée sur la pochette qui contient Lady d'Arbanville. J'ai toujours donné la priorité à des nouveautés quand mon budget était serré, mais j'ai quand même fini par m'en procurer un exemplaire.
J'aime toujours autant Lady d'Arbanville, avec son intro très calme à la guitare, avec les quelques notes égrenées entre chaque phrase. Puis ça prend du rythme et de la vitesse, avec les percussions, la basse, puis un instrument discret (un orgue je crois) et des choeurs. Ça finit de façon très entraînante, presque joyeusement, avec les "Ah ah ah ah ah" et les "I loved you my lady". Une grande Lady de la chanson, digne de ses congénères des années 1960, Lady Jane (très proche musicalement) et Lady Rachel. J'ai aussi pensé à un rapprochement musicalement avec Solsbury Hill, juste avant de découvrir que Peter Gabriel joue justement de la flûte sur l'album.
A l'époque, je ne savais absolument pas qui était Lady d'Arbanville. En y repensant, ce n'est pas si courant, et pas très élégant de la part de Cat Stevens, d'avoir mis le vrai nom de celle qui l'a inspiré comme titre de la chanson, même si, mannequin et actrice, Patti d'Arbanville était déjà un personnage public. D'autant que, telle une Dormeuse du Val, et à l'inverse de la Belle au Bois Dormant, la Lady de la chanson est belle et bien morte !
Je ne pense pas que j'aurais aimé autant cette chanson si me tante avait eu le 45 tours de Dalida plutôt que la version originale de Cat Stevens ! Et pour ne pas rompre le charme, mieux vaut ne pas se pencher sur l'incursion comme chanteuse en 1977 de Patty d'Arbanville, interprétant La chanson de Mélissa, inspirée du film Bilitis dans lequel elle a joué.
En face B du 45 tours anglais, il y avait les titres Time et Fill my eyes, enchaînés de la même façon sur l'album. En France, le label a préféré un autre titre de Mona Bone Jackson, I wish, I wish, et je ne vais pas me plaindre car ce titre folk-rock aux légers accents psychés est peut-être mon second titre préféré de l'album.
Depuis quelques années, Yusuf s'est réconcilié avec la phase Cat Stevens de son parcours. Il publie de nouveaux albums et, sur scène, intègre des titres de Cat Stevens à son programme. Le tout récent Tell'em I'm gone, co-produit par Rick Rubin, avec la participation notamment de Will Oldham, avait l'air alléchant, mais j'en ai écouté quelques échantillons et ça ne m'a pas trop plu. Par contre, Yusuf a fait de nombreuses apparitions dans les médias à l'occasion de sa tournée à l'automne 2014, et à chaque fois, seul avec sa guitare, il est charmant et intéressant, comme par exemple pour son Tiny Desk Concert.

Pour l'anecdote, rappelons que Cat Stevens fait les choeurs avec Tim Curry sur un titre du premier album de Lewis Furey, lequel lui a rendu la pareil sur l'album Numbers de 1975.


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