06 juillet 2018

Melle RATIBA EL-CHAMIAH : Anti ya oum ein


Acquis chez Emmaüs à Reims le 29 juin 2018
Réf : B 095741-T -/- B 095743-T -- Édité par Baidaphon probablement au Liban probablement dans les années 1930
Support : 78 tours 25 cm
Titres : Anti ya oum ein 1 -/- Anti ya oum ein 2

Vendredi dernier, je suis allé chez Emmaüs à Reims pour la première fois depuis plusieurs mois. Entre-temps, le rayon "culture" a changé d'emplacement, et j'ai été content de voir qu'il y avait plus de disques que la dernière fois.
J'ai trouvé une petite poignée de 45 tours, autant de CD, mais surtout il y avait une pile de 78 tours de laquelle j'ai extrait une dizaine de disques, dont deux "arabes".
J'ai écouté le premier, sur le label B. Rsaissi. Très bien dans le genre, mais peut-être pas aussi accrocheur que celui de Mahjouba. En sortant le second disque pour l'écouter, je me suis dit que j'aime beaucoup cette musique assez traditionnelle aux sons orientaux, mais que j'aimerais bien tomber sur quelque chose plus dans le style de la chanson francarabe à la Lili Boniche.
Sans génie à la Aladin, il est rare que les souhaits se réalisent dans l'instant, mais c'est pourtant précisément ce qui s'est passé car je me suis vite rendu compte que la chanson Anti ya oum ein de Melle Ratiba El-Chamiah est chantée à la fois en arabe et en français ! Ratiba El-Chamiah chante d'abord en arabe, puis elle enchaîne sur des phrases en français ("Vous êtes très jolie", "Oh ma belle folie", "La première fois", "Y a mademoiselle jolie"...), sans que je sois en mesure de dire si ces phrases, traduisent, complètent ou commentent celles en arabe. Ensuite, un chœur d'hommes reprend les paroles qu'elle a chantées. De façon très étonnante, le rythme en arrière-plan sonne presque binaire à mes oreilles.
Il semble que le titre signifie Toi ou moi. Dans la partie 2 de la chanson, sur l'autre face, je saisis d'autres bouts de phrases en français, mais pas tous : "Fais-moi petit plaisir", "Viens guérir ma plaie", "Quand est le rendez-vous", "De moi ayez pitié",... On se doute qu'il s'agit d'une chanson légère.
Comme souvent avec mes disques 78 tours, je me suis vite rendu compte que ce disque n'est pas référencé en ligne. En tout cas, je n'ai rien trouvé sur Discogs, ni chez Internet Archive ni à la Bibliothèque Nationale de France.
Le label Baidaphon est pourtant réputé. C'est l'une des toutes premières maisons de disques établies en Afrique du Nord. Créé par des membres de la famille Baida à Beyrouth dès les premières années du vingtième siècle, il a très longtemps fait fabriquer ses disques en Allemagne par l'intermédiaire de l'un des frères, médecin installé dans ce pays. Rainer E. Lotz, dans son projet The German 78rpm Record Label Book, dédie un chapitre très complet à Baidaphon.
Dans un article d'Emmanuel Haddad pour Al Jazeera, on trouve une explication possible pour le manque d'information disponible sur les productions Baidaphone. En effet, les archives de la firme ont souffert à la fois des bombardements de Berlin et de la guerre civile libanaise.
J'ai quand même trouvé quelques informations sur "Melle Ratiba El-Chamiah", dont le nom est plus souvent transcrit en Ratiba Chamia. Elle serait morte à 68 ans en 1981. J'ai même trouvé une photo d'elle page 9 du numéro du 16 janvier 1932 de L'Afrique du Nord illustrée :


Sur la même page, on trouve une photo de sa tante Flifla Chamia, chanteuse et danseuse comme Ratiba ("La meilleure danseuse orientale"). Les Chamia, famille juive de Tunisie, étaient visiblement une famille d'artistes. Flifla est notamment réputée pour avoir joué dans Le fou de Kairouan, le premier film musical et le premier film en arabe réalisé en Tunisie. Une autre tante de Ratiba, Bahia, était aussi artiste, et la chanteuse Hana Rached, fille de Flifla, a poursuivi la tradition familiale.
La famille Chamia était suffisamment connue dans les années 1930 en Tunisie pour que "Chamia" et "Bahia" soient mentionnées comme artistes animant des galas orientaux à Tunis à la suite du nom de la grande vedette Habiba Messika dans la nouvelle Ninette de la rue du Péché de Vitalis Danon (1938).
Je sais depuis quelques temps que j'ai plus de chances de trouver des raretés en fouillant les quelques 78 tours que je croise qu'en espérant qu'un 45 tours garage sixties se soit glissé parmi des centaines de disques de variétés. J'espère avoir encore bientôt la main aussi heureuse !

Melle RATIBA EL-CHAMIAH : Anti ya oum ein (1 & 2).
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