06 août 2013

JONATHAN RICHMAN : I, Jonathan


Acquis probablement à La Clé de Sol à Reims en 1992
Réf : ZENSOR CD 129 -- Edité par Zensor en Allemagne en 1992
Support : CD 12 cm
10 titres

Quand Jonathan Richman a joué à Reims le 19 mars 1992, seul avec sa guitare électrique, le son et l'ambiance étaient proches de ce qui était alors son dernier album en date, Having a party with Jonathan Richman, mais le disque suivant, I, Jonathan devait déjà être en boite depuis l'été précédent (il est sorti quelques semaines après le concert). Et la différence principale avec ce précédent disque et le concert, c'est que Jonathan est ici largement accompagné par un groupe de potes, et ça change pas mal de choses question ambiance. Les notes de pochette, signées par trois des participants à l'enregistrement du disque (et une fois de plus hilarantes, notamment pour les précisions techniques - "Jonathan chantait et jouait et, tous les trois jours environ, il accordait sa guitare" et, visiblement le plus important, gastronomiques) nous le précisent : "Les Jojologues ont fait la remarque que l'album précédent, Having a party with Jonathan Richman, n'avait pas beaucoup de discussions du public ni de tintements de verres, et qu'il est peut-être effectivement le seul disque de fête à être presque solo. Jonathan a depuis remarqué qu'on pouvait se sentir seul dans son repaire de la Sierra. «C'était plutôt moi qui rêvait d'une fête», a-t-il dit. Eh bien, voilà cette fête, entrez.".
Et ça commence très fort, avec justement une chanson où il est question de fêtes, Parties in the USA, et d'un autre sujet très présent sur l'album, la nostalgie. En écho à son Party in the woods tonight de 1979 et sur un motif rappelant Louie Louie ou Hang on Sloopy, Jonathan attaque : "Salut tout le monde ! Je suis des sixties, l'époque de Louie Louie et Little Latin Lupe Lou. Et je sais qu'on ne peut pas faire revenir cette époque, mais on peut faire des fêtes comme alors. Il nous faut plus de fêtes aux Etats-Unis.". Avec des choeurs qui répondent et réagissent, des claquements de mains, on est tout de suite dans l'ambiance. Le son sixties est aussi très présent sur Tandem jump (il s'agit de saut en parachute, et ça fait... peur !), sur l'instrumental twangy-surf Grunion run, et bien sûr sur Velvet Underground, l'hymne que Jonathan a composé à ses idoles de jeunesse. Sur l'album précédent, Jonathan avait pour la première fois depuis longtemps fait référence aux Modern Lovers des débuts en citant She cracked dans le Monologue about Bermuda. Ici on a droit à une imitation de Lou Reed et à une version de Sister Ray compactée en moins d'une minute.
Côté nostalgie, il y a aussi l'excellent et très dansant Rooming house on Venice Beach, où Jonathan se souvient d'un meublé qu'il louait sur la plage, Twilight in Boston, une de ses nombreuses chansons sur sa ville natale, qui clôt l'album, et surtout une nouvelle version du monument That Summer feeling. Jonathan a pris l'habitude, comme Howe Gelb depuis, de revisiter régulièrement son répertoire sur disque. On ne sait pas précisément pourquoi il a choisi à ce moment-là de réenregistrer cette très belle chanson, dans une version plus longue de deux minutes, avec un couplet en plus, mais on ne se plaindra d'en avoir deux interprétations studio à la fois différentes et toutes les deux excellentes.
Tout ça, et je n'ai pas encore évoqué les deux chansons originales qui ont fait partie du répertoire de Jonathan sur scène pendant toutes les années 1990 et même encore maintenant. You can't talk to the dude, d'abord, où Jonathan joue au conseiller matrimonial pour une amie. J'associe souvent cette chanson avec Let her go into the darkness, apparue en 1995 sur l'album de chansons originales suivant, You must ask the heart, qui aborde globalement le même thème, sauf qu'il s'y adresse à un gars. L'autre est devenue de fait un classique. Il s'agit de I was dancing in the lesbian bar. Il y est encore question de faire la fête et surtout de danser (avec l'épisode Bee Gees de Give Paris one more chance, ça doit être le titre le plus disco de Jonathan), et Jonathan sort une de ses rimes qui tuent : "Well the first bar things were stop and stare but in this bar things were laissez faire". Une autre version, au son plus lourd, sera publiée en 1996 sur Surrender to Jonathan, et je me souviens particulièrement de Jonathan, en solo, tirant sur les cordes de sa guitae acoustique pour imiter remarquablement une basse disco lors de son concert à Nantes le 23 octobre 2000. Il semble qu'actuellement, ça reste l'une des chansons les plus réclamées par le public lors de ses tournées.
La dixième et dernière chanson, c'est A higher power, l'une des nombreuses odes à son épouse enregistrées par Jonathan. Dès 1994, il y en aura une autre version, en espagnol sur l'album ¡Jonathan, te vas a emocionar!.
J'ai du mal à me rendre compte que cet excellent disque a déjà plus de vingt ans. Je ne me risquerai pas à me lancer dans un classement de ses albums, mais clairement il s'agit de l'un de mes préférés du Jonathan Richman post-Modern Lovers. De façon assez surprenante, c'est mon hebdo gratuit local qui a publié il y a deux mois une chronique d'I, Jonathan le classant parmi les dix meilleurs disques... du monde ! C'est exagéré, même si ça part d'une bonne intention, et je veux bien y lire des chroniques de disques de cette trempe toutes les semaines !
Grâce à Rounder, le label original américain, ce disque a toujours été disponible depuis sa sortie. Si vous ne l'avez pas, vous savez ce qui vous reste à faire...


Jonathan Richman, I was dancing in the lesbian bar, en direct et en solo dans l'émission Late night with Conan O'Brien, vers 1992.


Jonathan Richman, Velvet Underground, sur scène vers 1992.

3 commentaires:

Nounours a dit…

Une merveille que tout le monde devrait connaître. Merci !

Charlie Dontsurf a dit…

Bientôt deux nouveaux singles de notre Jonathan

Pol Dodu a dit…

Merci pour l'info Charlie, je n'étais pas au courant. "Keith" est une chanson que je ne connais pas mais qu'il joue en scène depuis quelques temps. Je vais suivre ça de près.

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