12 août 2012

LOVE : Reel to real


Offert par Philippe R. à Ludes vers le début des années 1990
Réf : SO 4804 -- Edité par RSO aux Etats-Unis en 1974
Support : 33 tours 30 cm
11 titres

Philippe avait mis de côté cet album, un pressage américain "cut", pour s'en débarrasser dans une bourse aux disques ou un vide-grenier. Mais il savait que je m'intéressais à Love, que j'avais découvert tardivement, avec la reprise de 7 & seven is que faisaient les Jasmine Minks lors de leurs concerts à la Living Room en 1984, il m'en a donc gentiment fait cadeau.
Je ne sais pas où et quand Philippe avait acheté ce disque (en soldes quelque part à mon avis), mais je suis bien certain qu'il ne l'a pas choisi pour sa pochette ! J'en collectionne quelques-unes dans différents styles, mais c'est une des pires horreurs choisies pour emballer un disque. Le fond bleu turquoise est à dégueuler, et surtout l'illustration, qui semble tenter de traduire visuellement le titre de l'album (de la bobine de bande magnétique à la réalité du bébé), est à pleurer. Même s'il a l'air d'un bonze, il aurait mieux fallu mettre au recto la photo d'Arthur Lee prise par le célèbre Barry Feinstein qui se trouve sur la pochette intérieure.
Cet album est arrivé, en 1974, au terme d'une période particulièrement compliquée pour la vie du groupe (et ce sera ainsi jusqu'à la mort, et même après, de celui qui était alors le seul membre original du groupe, Arthur Lee). Après False start chez Blue Thumb en 1970, un album a été enregistré pour Columbia, qui est resté inédit (les bandes ont été éditées en 2009 sous le titre Love lost). Ensuite, Arthur Lee a sorti chez A&M son premier album solo, Vindicator, aux tonalités très hard-rock, apparemment. Puis, il a enregistré un deuxième album solo, Black beauty, produit par Paul Rothchild pour le label Buffalo, qui a fait faillite avant de le sortir (ce disque vient d'être édité pour la première fois cette année par High Moon). Finalement, Arthur Lee enregistrera avec à peu près les mêmes musiciens que Black beauty ce Reel to real, sorti en 1974 chez un énième label, RSO, sous le nom de Love (Love...with Arthur Lee au dos et sur la pochette intérieure).
Le comportement erratique d'Arthur Lee n'est parait-il pas étranger à ces incessants changements de maison de disques. Il aurait eu pour habitude de manger ses avances, de ne pas tenir ses engagements et de ne pas assurer le service après-vente. Ce disque chez RSO sera d'ailleurs le seul pour ce label et le dernier pour Love et Arthur Lee avant le retour chez New Rose en 1992.
En tout cas, il y a eu des moyens pour l'enregistrement de cet album fortement teinté de rhythm and blues, avec trois guitaristes, des claviers et une section de six cuivres. Malheureusement, le résultat n'est pas à la hauteur des espérances.
Sur la face A, on trouve six nouveaux titres signés Arthur Lee, très R&B. Les ingrédients sont là, mais la sauce ne prend pas. Signe qui ne trompe pas, Lee ne semble pas y croire lui-même : il éclate de rire tout à la fin de Stop the music, après avoir fini de chanter ce qui est censé être une ballade soul poignante.
Quand ça tourne funky comme sur Who are you ?, c'est encore pire, et sur cette face seul Which witch is which rappelle un instant la magie du Love des années 1960.
Pour la face B, Lee commençait visiblement à manquer de matière. Il y a une reprise, de Be thankful for what you got. La version est sans intérêt particulier mais la chanson est trop bonne pour que ça soit complètement mauvais.
On trouve aussi trois nouvelles versions de titres déjà sortis par Lee. Singing cowboy était sur l'album Four sail en 1969. Je crois me souvenir que la version originale était bien meilleure que celle-ci. Busted feet et Everybody's gotta live étaient toutes les deux sur Vindicator. En écoutant Busted feet, on arrive à imaginer, malgré les congas, le son hard-rock que devait avoir l'original. L'enchaînement est très violent avec Everybody's gotta live, dont les paroles sont nases mais on retrouve là aussi l'ambiance hippie du Love des sixties. Devendra Banhart a construit tout son début de carrière en ressuscitant ce genre de truc.
Reste un dernier titre, You said you would, qui est à mon sens la seule grande réussite du disque. Là, pour ce morceau rapide, marqué par la guitare slide de John Sterling, qui me fait un peu penser aux Rising Sons, les éléments sont tous parfaitement en place. Ce n'est pas un chef d'oeuvre, mais cette chanson mérite de figurer dans toute anthologie retraçant le parcours complet de la carrière de Love et d'Arthur Lee. Cette anthologie a peu de chances de voir le jour, vu le nombre de labels pour lesquels le groupe a enregistré. D'autant que, si les inédits du groupe fleurissent, Reel to real est à ce jour le seul album officiel de Love à ne pas avoir été édité en CD. Peut-être que c'est pour éviter de refaire circuler sa pochette, mais de toute façon, ça ne fait pas pour autant de ce disque un chef d'oeuvre méconnu.



2 commentaires:

Anonyme a dit…

Si mes souvenirs sont bons: symphoman,bvd gambetta,reims à petit prix. D'ailleurs j'en profite pour signaler tout le bien que le couple qui tenait le magasin une paire d'années à Reims à apporté aux fans de rock. Après ça s'est gaté mais bon c'est chez eux que j'ai découvert jonathan richman.Ils savaient se dépenser pour trouver des disques improbables et inconnus. race leur soit rendu pour cette période!
Ph

Pol Dodu a dit…

Cet album vient d'être réédité par High Moon Records, avec 11 titres bonus, dont 4 chansons complètement inédites.

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