13 mars 2012

LEONARD COHEN : Winter Lady


Acquis d'occasion dans la Marne dans les années 2000
Réf : CBS 7684 -- Edité par CBS en France en 1971
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Winter Lady -- Sisters of Mercy -/- The stranger song

Pour fêter la parution de son nouvel album Old ideas, Mojo, dans son édition datée de mars 2012, a mis Leonard Cohen sur sa couverture et a fait reprendre l'intégralité de son premier album Songs of Leonard Cohen (et même plus) par divers artistes sur le CD qui l'accompagne. Il y a du beau monde là-dessus, de Palace Songs (le seul titre pas inédit) à Bill Callahan, en passant par Cass McCombs, Marc Ribot, et plein de jeunes talents. A l'écoute, il y a des choses bonnes, intéressantes ou agréables sur ce disque, mais comme souvent avec ce genre de compilation, le principal effet qu'elle a eu sur moi, c'est de me donner envie d'aller réécouter les versions originales !
J'aurais pu chroniquer tout l'album, que j'ai depuis une  vingtaine d'années, ou même le 45 tours original français de Suzanne, que j'ai eu la chance d'acheter neuf et en soldes pas plus tard que l'an dernier (!), mais mon choix s'est finalement porté sur ce 45 tours où l'on retrouve trois titres (sur dix) du premier album de Leonard Cohen. Il a été publié en 1971, l'année du troisième album Songs of love and hate et près de quatre ans après la sortie du premier, tout simplement parce que ces trois chansons ont été incluses dans le film John Mc Cabe (Mac Cabe and Mrs. Miller en VO) de Robert Altman.
CBS a été la première des grandes maisons de disques à concentrer et unifier sa production européenne (hors Royaume-Uni) : tous leurs disques étaient fabriqués en Hollande et distribués à l'identique sur tout le continent. Mais au tout début des années 1970, ce n'était pas encore le cas et, dans le cas des 45 tours de Leonard Cohen, les pochettes et le choix des titres changeaient d'un pays à l'autre. Pour celui-ci, le titre principal est Winter Lady en France, mais c'est Sisters of Mercy en Angleterre tandis qu'en Allemagne c'est The stranger song (et le disque n'a que deux titres).
Quand j'ai appris que John Mc Cabe est un western qui se déroule au début du XXe siècle, j'ai eu du mal à saisir le rapport possible entre les chansons de Leonard Cohen des années 1960 et le film (que je n'ai pas vu). Mais, après avoir lu le synopsis du film, où il est question d'étrangers à la ville, de parieurs et de bordel, et les paroles des chansons sélectionnées, je comprends mieux comment celles-ci peuvent s'insérer en contrepoint du récit.
Selon Wikipedia, si Cohen s'est retrouvé à signer la musique du film, ce n'est pas dû au fait qu'il a été tourné au Canada mais tout simplement parce qu'Altman avait adoré l'album et a contacté directement Cohen pour le lui proposer. Dans l'article de Mojo, on apprend que le groupe américain Kaleidoscope (avec David Lindley) a contribué à six des titres de The songs of Leonard Cohen (dont les trois de ce disque) et que certaines des pistes instrumentales qu'ils ont enregistrées ont été incluses dans la musique du film.
Il y a une bonne moitié de très grandes réussites sur The songs of Leonard Cohen, mais Winter Lady n'en fait pas vraiment partie à mon sens. Certes, dans sa version de 1994 Will Oldham en fait quelque chose de bien à lui, grâce à son chant notamment, mais la version de Cohen, très folky, est lisse et s'oublie très vite dès qu'arrivent les titre suivants (The stranger song, Sisters of Mercy, So long, Marianne et Hey, that's no way to say goodbye, quand même, sacrée concurrence !).
Sisters of Mercy, par contre, est bel et bien l'un des monuments de la chanson écrits par Cohen. Quand je l'ai connue et appréciée pour la première fois, j'étais tout content d'avoir compris et traduit le titre (Les Soeurs de la Miséricorde). Sauf que, bien sûr, il n'y est pas question de religieuses. Loin de casser le charme, Cohen a sûrement encore renforcé l'attrait de la chanson en expliquant dans les notes de pochette de son Greatest hits en 1975 qu'il l'avait écrite en quelques heures une nuit d'hiver dans sa chambre d'hôtel à Edmonton, inspiré par Barbara et Lorraine, deux auto-stoppeuses qu'il hébergeait pour la nuit et qui dormaient sur le canapé. Une très belle chanson de désir et d'amour (platonique, pour une fois chez Cohen), qui démarre avec juste de la guitare, comme quand Cohen devait la jouer seul en scène, jusqu'à ce que surgisse de nulle part une valse de fête foraine qui vient l'accompagner.
Le CD de Mojo a aussi eu le mérite de me faire mieux apprécier encore The stranger song. C'est une chanson qui fonctionne très bien avec une grande économie de moyens. Il y a beaucoup de texte et c'est donc avant tout un récit, pas si loin du Bob Dylan période folk, mais apaisé. Le chant est plus rythmé que mélodieux, mais c'est impressionnant comment, simplement grâce à la façon dont il répète "I told you when I came I was a stranger", cette chanson réussit à s'insinuer dans ma tête et à y rester pendant des heures.
Pour l'anecdote notons que, de nos jours, Mc Cabe and Mrs. Miller, c'est aussi un groupe fondé par Victor Krummenacher de Camper Van Beethoven et Alison Faith Levy (The Sippy Cups, The Loud Family).

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