22 mars 2012

JONATHAN RICHMAN : Having a party with Jonathan Richman


Acquis probablement à Reims en 1991
Réf : ROUNDER CD 9026 -- Edité par Rounder aux Etats-Unis en 1991
Support : CD 12 cm
12 titres

Mardi 27 mars à La Cartonnerie, Jonathan Richman, accompagné du batteur/percussioniste Tom Larkins, se produira à Reims pour la troisième fois. Contrairement aux deux fois précédentes où j'étais du côté de l'organisation, je pourrai savourer ce concert en simple spectateur.
La première fois, c'était le 13 juin 1985 dans la salle des mariages de la Maison Commune du Chemin Vert (j'en parle un peu ici et ).

Pour le deuxième concert, il y a pile vingt ans le 19 mars 1992, c'était une affaire plutôt simple et légère, puisque pendant cette période, assez courte au bout du compte, Jonathan tournait tout seul.
Avec la fine équipe de Radio Primitive, nous avions réservé le centre culturel saint-Exupéry. Côté technique, il fallait une sono la plus petite possible pour la voix et la seule exigence dans le contrat était de fournir un ampli de guitare Fender Twin Reverb. Un copain nous en a trouvé un mais, manque de bol, la réverb avec son ressort ne fonctionnait pas. J'en ai été quitte pour un aller-retour une soirée à Châlons afin que le fer à souder magique de mon frère fasse son office.
Le concert en lui-même, je n'ai pas dû l'apprécier pleinement, avec le stress de l'organisateur. J'ai le souvenir d'une salle un peu froide, mais je me trompe sûrement. En tout cas, ça ne ressort pas dans le compte-rendu du concert signé Dominique Berthéas dans le journal L'Union, que vous pouvez lire ci-dessous après les deux annonces publiées dans le même journal.



Quand Jonathan Richman a joué à Reims en 1992, son dernier album en date était ce Having a party with Jonathan Richman et, autant que je m'en souvienne, il a joué ce soir-là une bonne partie de cet album, dont notamment Monologue about Bermuda (Le titre de Trenet dont il est question dans l'article, chanté tout à la fin du concert, est Coin de rue, j'en suis à peu près certain).
Ce disque est un peu bizarre. Il n'y a aucun de crédit de musiciens, contrairement à l'habitude, mais Jonathan n'est pas en solo complet pour autant. Des enregistrements ont eu lieu en concert dans quatre lieux différents mais au moins les deux-tiers du disque sont enregistrés en studio, probablement dans les conditions du direct. Le disque s'appelle Faisons la fête avec Jonathan Richman mais, sans être lugubre du tout, il est moins festif que le suivant, I, Jonathan.
La meilleure présentation du disque est probablement fournie par l'artiste lui-même dans les notes de pochette : "Une fois de temps en temps, un disque sort qui représente un tel changement de style pour un chanteur qu'une explication est nécessaire. Ce disque n'en fait pas partie. Autant que je sache, le style de chant, les mélodies et les paroles ont très proches de ce que j'ai fait ces dix dernières années. Alors si vous avez aimé cela, vous aimerez ceci."
En fait, les fidèles de Jonathan Richman auront sûrement compris depuis longtemps que ses albums, une fois tous les un, deux, trois ou quatre ans, ne lui servent qu'à chroniquer ponctuellement la création de ses chansons et que l'interprétation unique qu'ils fixent n'a pas plus d'importance que celle qu'il donne sur scène 150 à 200 soirs par an dans le monde entier.
Comme le titre l'indique, ce disque est bien à placer sous le signe de la fête, avec notamment d'excellents morceaux rock 'n' roll comme Capuccino Bar (en concert, rythmé par les claquements de main du public), They're not trying on the dancefloor (en studio, avec des percussions) et Our swingin' pad (avec un groupe au complet : basse ou guitarron, deuxième guitare, choeurs, claquements de mains), mais le thème du couple est aussi largement abordé, dès l'ouverture avec The girl stands up to me now (comme en écho à Since she started to ride, qui ouvrait l'album précédent Jonathan goes country),She doesn't laugh at my jokes (un rock'n'roll sur l'humour avec des mots d'origine française, une rime sur Freud et "Dude", et des mentions de Jean-Luc Godard et Albert Camus), Just for fun, qui sera réenregistré en espagnol sur ¡Jonathan, te vas a emocionar!, et l'hilarant When I say wife, enregistré en public, un des grands moments du disque et peut-être l'une de mes chansons préférées sur le mariage :
"Je dis "ma femme" car je n'ai pas trouvé d'autre terme pour notre situation
Mais "ma femme" ça sonne comme "crédit immobilier",
"ma femme" ça sent le linge à laver
Je dis "ma femme" car je n'ai pas trouvé d'autre terme pour notre ménage
Mais "ma femme" ça sonne comme "crédit immobilier",
"ma femme" ça sent la berline familiale
La déclaration d'impôts arrive et je coche "marié" car je sais ce qu'ils attendent
Mais je vous dis que je suis juste une personne, tout comme auparavant
Je dis "ma femme", parce que si on disait "ma maîtresse" tous les jours, on serait vite épuisé
Mais "ma femme" ça sonne comme "crédit immobilier", "ma femme" ça sent la corbeille de linge sale
La déclaration d'impôts arrive, je coche "marié", un artifice technique
Mais je vous dis que je ne suis pas marié, je ne suis pas célibataire, je suis juste moi
Je dis "ma femme" parce que ça coupe court à toute conversation sur notre situation
Mais "ma femme" ça sonne comme "crédit immobilier",
"ma femme" ça sent le linge à laver".
Si 1963 est un poème récité (Je vais vivre à la campagne car l'ambiance me rappelle celle des villes en 1963, une année qui ne reviendra certainement pas), When I say wife est une vraie chanson, même si son accompagnement est minimal au possible. La preuve, c'est que j'en ai trouvé trois reprises sur YouTube, par
Pat Vecchione, le groupe de reprises The Modern Ovens et ma préférée par John et Liz, qui ont tenu à montrer lors de leur fête de mariage qu'ils savaient dans quoi ils se lançaient, et qui s'en sortent très bien.
L'autre grand moment du disque, également enregistré en public (c'était à cette période un temps fort de ses concerts), c'est le Monologue about Bermuda. : Jonathan commence à interpréter Bermuda, une des chansons de l'album Rockin' and romance, s'arrête quand il mentionne combien il était coincé à l'époque où il a visité Les Bermudes et revient pour la première fois sur disque sur les Modern Lovers première période pour se moquer, citation de She cracked à l'appui, de ce groupe qui avait de beaux intruments pour jouer une musique monotone et expliquer que le début de la fin pour eux est intervenu quand il a vu jouer The Bermuda Strollers, des "vieux de quarante ans" on ne peut plus cool. C'est drôle et impeccablement exécuté.
Les autres chansons du disque sont très bonnes, de My career as a homewrecker, dont le thème peut rappeler The neighbors sans être quand même de ce niveau, à When she kisses me, que Jonathan a réenregistré sur l'album Surrender to Jonathan (et que The School s'apprête à reprendre sur son nouveau disque), en passant par At night ("that's when I get my bright ideas", avec une deuxième guitare, de la batterie et des choeurs).
Having a party n'est peut-être pas le disque auquel on pense en premier si on cherche à lister les albums les plus marquants de Jonathan Richman, mais il est divertissant et d'excellente tenue. D'ailleurs, Al Brown chez Sound Blab le tient pour un classique oublié.

Having a party with Jonathan Richman est toujours distribué par Rounder. On peut facilement le commander en neuf.


Habituellement, je ne mets pas ici de vidéo où il n'y a que le son, mais le gars qui a mis Just for fun sur YouTube a choisi pour l'illustrer une des photos que Marc Roger a faite lors du concert à Reims le 13 juin 1985. Ça mérite bien une exception. 

2 commentaires:

Emmanuel a dit…

Je ne sais pas qui est ce DB de l'Union de Reims, mais il parle de Jonathan avec beaucoup de sensibilité et beaucoup de justesse.

Pol Dodu a dit…

Emmanuel,
DB, c'est Dominique Berthéas, une journaliste qui travaillait à l'époque à L'Union de Reims. Ses articles sont de très bonne tenue car c'est une excellente professionnelle et aussi je pense dans ce cas précis parce que le sujet lui tenait à coeur.
Depuis plusieurs années, elle travaille à Sedan pour L'Union/L'Ardennais.

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