20 septembre 2008

JONATHAN RICHMAN : You can have a cell phone that's OK but not me


Acquis par correspondance chez Amazon aux Etats-Unis en septembre 2008
Réf : 7-482364 -- Edité par Vapor aux Etats-Unis en 2008
Support : 45 tours 17 cm
Titres : You can have a cell phone that's OK but not me -/- When we refuse to suffer (Third version)

7 mai 2008 au Nouveau Casino de Paris, Jonathan Richman chante en rappel, pour la deuxième fois de la soirée, sa chanson Tu peux avoir un téléphone portable si tu veux, mais pas moi et il boit du petit lait. Il s'amuse même comme un petit fou, je dirais, à essayer de séparer le public en deux groupes pour leur faire chanter le refrain. C'est très rare de le voir procéder ainsi sur scène. Généralement, le public participe beaucoup à ses concerts, en tapant dans les mains, en chantant, en souriant, mais, à part pour réclamer un rythme quand il jouait en solo, je crois bien ne l'avoir jamais vu utiliser ce genre de technique. Mais je pense que personne n'est dupe et que, aussi bien Jonathan que l'immense majorité de l'assistance goûte tout le sel de la situation : parmi tous ceux qui entonnent de bon coeur le refrain, presque tous ont un portable, et une partie d'entre eux l'a même utilisé pendant le concert, pour prendre des photos, enregistrer, filmer, voire même pour écrire ou téléphoner !
Si on en croit les différents témoignages, et ce document, la même scène s'est reproduite à la plupart des concerts de la tournée nord-américaine qui a immédiatement suivi. Aussi, quand la sortie en 45 tours de You can have a cell phone that's OK but not me a été annoncée, j'ai cru que, de façon assez surprenante pour un label indépendant qui met à jour son site une fois par an, Vapor le faisait pour répondre à une sorte de buzz que cette chanson aurait pu faire naître. C'est peut-être en partie le cas, mais j'ai appris ensuite que ce 45 tours était déjà disponible, en bonus de la version vinyl de l'album Because her beauty is raw and wild.
Pour moi, ce disque est entièrement placé sous le signe de l'ironie. Ironie de voir chanter des accros au portable qu'ils n'en veulent pas. Ironie, bien sûr, de sortir cette chanson uniquement en vinyl, technologie encore très utilisée, par moi le premier, mais complètement dépassée. Une fan se demandait naïvement en commentaire du Jojoblog si le 45 tours serait accompagné d'un coupon pour télécharger les titres au format numérique. Je lui ai répondu, sans grand risque de me tromper, que, vu l'attitude de Jonathan Richman par rapport à certaines technologies - il a demandé à ce que soit spécifié sur le Jojoblog et sur la page officielle que son label lui consacre qu'il n'est pas impliqué dans ces sites, ni dans aucun autre - et vu le sujet de la chanson, on pouvait être certain qu'il n'y aurait PAS de coupon pour télécharger les titres.
Il est paradoxal également de constater que cette courte chanson, dans laquelle Jonathan Richman se demande ce qu'il fera lorsqu'il n'y aura plus de cabines téléphoniques publiques, lui qui est souvent sur la route, enregistrée complètement en acoustique (guitare, piano, batterie si mes oreilles ne me trompent pas), est dans un style proche du 1969 des Stooges, avec en tout cas pas plus d'accords (c'est à dire un, on ne peut pas faire moins je crois, et peut-être deux en tout), ce qui en fait le single le plus proche des Modern Lovers première version depuis que Beserkley a sorti Roadrunner en 1977 !!
Cette impression est corroborée par la face B, la troisième version de When we refuse to suffer (les deux premières, une plutôt acoustique et une plutôt électrique, sont sur Because her beauty is raw and wild). Celle-ci est visiblement issue des mêmes sessions que la deuxième, dont elle est très proche. Avec sa basse et sa guitare solo électriques, on pense aussi aux premier Modern Lovers, donc, mais surtout à la BO de Revolution Summer, dont le réalisateur joue d'ailleurs de la basse ici, si j'en crois les notes de pochette de l'album.
Les deux chansons n'ont rien à voir musicalement, mais Jonathan exprime dans When we refuse to suffer à peu près la même chose que ce qu'il disait avec Affection en 1979.
Pour Affection, il disait qu'il fallait donner une chance à ce sentiment de s'exprimer et ne pas le laisser s'ennuyer tout seul dans son coin. Pour When we refuse to suffer, il explique aussi qu'il faut pouvoir ressentir les choses, et que donc il faut savoir parfois accepter la souffrance sous toutes ses formes et ne pas toujours s'abriter derrière des protections illusoires, que ce soit du désodorisant (pour les souffrances odorantes), de l'air conditionné pour la chaleur ou du Prozac pour la dépression, car sinon on triche et la nature finira par nous faire souffrir encore plus.
A propos de nature, il y a encore une forte ironie associée à ce disque. On sait que Jonathan se soucie fortement de l'écologie. Il l'a exprimé en chansons (je pense par exemple à Circle I) et par de nombreuses prises de position, notamment dans sa ville de San Francisco. Je crois aussi que Vapor, ou en tout cas son propriétaire Neil Young pour ses propres disques, prend grand soin d'utiliser du papier recyclé et des encres certifiées pour les livrets de ses CDs. Mais, pour éditer des microsillons, il faut pouvoir les presser. Je savais qu'en Europe la République Tchèque était le dernier bastion du pressage de disques. Et bien, il semble qu'il ne reste pas beaucoup plus de presseurs aux Etats-Unis, puisque mon 45 tours a été fabriqué en Tchéquie, ce qui signifie que, pour qu'il me parvienne en France, il a traversé deux fois l'Atlantique, en avion plus que probablement, ce qui doit lui donner un bilan carbone catastrophique !!

4 commentaires:

Jacques_ a dit…

Tres belle analyse de cette petite merveille. Tu pourrais la poster sur le :jojoblog:, meme en francais !
J.

Pol Dodu a dit…

Bonjour Jacques,
et merci !
Je ne suis pas sûr que beaucoup de lecteurs du Jojoblog lisent le français, mais j'ai mis un lien vers mon billet en commentaire de l'annonce de la sortie du single sur le Jojoblog...

Patrick a dit…

Tout à fait d'accord avec ta superbe chronique - télécharger le morceau en MP3 et puis quoi encore ?

Bien vu pour le "1969" des Stooges, si on rajoute que cela sonne "1969" mixé avec "She Cracked", il en vend des millioins, Jonathan ? Pas sûr.

J'attends avec impatience ta chronique du nouvel album de Chris Wilson.

Patrick

Pol Dodu a dit…

Patrick,
Merci beaucoup !
Pour Chris Wilson, n'attends pas trop : non seulement je n'ai pas son nouvel album mais, à moins que j'ai conservé une vieille réédition des Flamin' Groovies, je crois bien n'avoir aucun disque de lui !

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