02 juillet 2016

JOHNNY "ROCK" FELLER ET SES "ROCK CHILD" : Dansez avec Johnny "Rock" Feller et ses "Rock" child


Acquis sur le vide-grenier du Mont-Héry à Châlons-en-Champagne le 26 juin 2016
Réf : 460.793 ME -- Édité par Fontana en France en 1961
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Je n'suis pas bien portant -- Le rock coco -/- J'aime pas le rock -- Saint-Rock

Bon, il faut croire que j'ai bien fait de pleurer un peu dimanche que je ne trouvais plus de disques un peu excitants cette année. Comme annoncé à la fin de la chronique, je suis ressorti pour me rendre à Châlons en début d'après-midi. Je suis arrivé sur le vide-grenier par un temps clair et sec, mais avec un sol complètement détrempé car une grosse averse quasi-orageuse venait de tomber. Les gens enlevaient les bâches de leur stand, vidaient et essoraient les objets en vente, voire remballaient pour certains.
Sur l'un des stands qui avait visiblement été bien protégé pendant la pluie, j'ai trouvé une boite à chaussures pleine de 45 tours années 1960 et 1970. Vue l'heure, je me doutais bien qu'ils n'étaient pas à 50 centimes pièce. Madame ne connaissait pas les prix et Monsieur était en vadrouille sur la broc. En l'attendant, j'ai fait ma sélection et retenu quatre disques.
Quand Monsieur a fini par revenir, on a pu marchander aimablement. Il me demandait 15 € pour les quatre disques, ce qui était somme toute raisonnable, mais je lui ai dit que seul celui-ci m'intéressait vraiment. Il m'en a demandé 5 €, mais j'ai fait la moue ne lui montrant que la pochette avait pas mal vécu, ce qui est vrai, et il a baissé à 3 €, prix que j'ai accepté de très bon cœur car je savais que je venais de faire ce qui serait pour moi l'affaire de la journée.
Je m'intéresse à Johnny "Rock" Feller, pas seulement à cause de l'ami Dorian Feller et de son ancien projet Rock Feller, même si, coïncidence, il s'apprête d'un jour à l'autre à diffuser un nouvel album de Brodé Tango, Appel d'air (on aura sûrement l'occasion d'en reparler...).
Non, le plus important à propos de cet unique disque de Johnny "Rock" Feller, c'est qu'il contient l'excellent J'aime pas le rock, que je connais bien grâce à une compilation Master série de Jean Yanne, et qui a fait l'objet à l'époque d'un Scopitone.
Car, ce n'est un secret pour personne, Johnny "Rock" Feller est incarné sur disque par Jean Yanne et sur la pochette par l'acteur Jack Ary, selon l'info donnée par Amour du Rock 'n' roll, un grand "second rôle" du cinéma français.
Je me sens un attachement particulier pour Jean Yanne car il est mort en 2003 à quelques kilomètres de chez moi, d'une crise cardiaque dans sa maison de Morains.
Ce 45 tours a été édité par Fontana. Au dos, on trouve des notes de pochette assez loufoques, signées d'un pseudonyme des plus improbables, Honzlagur Pompernickel, qui présentent Johnny "Rock" Feller comme un artiste du litron de rouge (d'où la photo de Jack Ary en clochard poivrot...).
Si ce disque était sorti en 1959 ou avant, on aurait parié que ces notes de pochette étaient à attribuer au directeur artistique de la boite, un certain Boris Vian, lui aussi auteur d'un 45 tours de rock comique pour Henry Cording, alias Henri Salvador.
Mais en 1961, Boris Vian était mort et enterré depuis un moment, donc pas de doute sur l'identité de celui qui se cache sous le pseudonyme Honzlagur Pompernickel. J'ai quand mếmé tiqué quand j'ai vu au bas du verso de la pochette du disque un 45 tours attribué à Honzlagur Pompernickel et sa Dame. J'ai pensé qu'à force d'être improbable il était peut-être virtuel, mais non, il existe bien et on peut être sûr que la chanson Suivez le veuf, tout comme La vache à mille francs de Jean Poiret), fait référence à la campagne de promotion nationale "Suivez le boeuf".
Johnny "Rock" Feller et ses "Rock" Child, dans un premier temps ce nom d'artiste m'a énervé à cause de la faute d'anglais : Avec un pluriel, on s'attendrait à voir "Children" plutôt que "Child". Mais au bout d'un moment, je me suis dit que ce n'était pas possible, que cette erreur était obligatoirement volontaire (même si on a vu de pires horreurs sur des disques français...). Du coup, j'ai rapidement eu l'illumination : il faut prononcer "Child" à la française et du coup, pour ce clochard, on a non pas une mais deux références à des millionnaires célèbres dans le nom de l'artiste, Rockefeller et Rothschild !
Le principal point faible de ce disque, c'est son premier titre, une reprise de Je n'suis pas bien portant. La version d'Ouvrard se suffit à elle-même et cette version "rock" ne lui apporte pas grand chose.
Les trois autres titres sont beaucoup plus intéressants. Ce sont des originaux co-signés par Jean Yanne et Jean Baïtzouroff, alias Popoff, un pianiste réputé notamment comme le complice Jean Yanne, justement, mais aussi de Jacques Martin. On ne sait pas qui fait quoi, mais je suppose que Jean Yanne s'est chargé des paroles et Popoff de la musique. Musicalement, les trois titres proposent du rock dans la droite ligne d'Henry Cording, avec des paroles qui multiplient les jeux de mots sur "rock". Par exemple, ils se sont visiblement emparés de Le rock coco un petit peu avant Léo Ferré, et ils placent aussi à cette occasion "le rock fort". On a droit aussi à Saint-Rock, une prière rock dérivée de La Marseillaise, que je n'ai malheureusement pas trouvée en ligne : "Ô Rock, les blousons noirs, sautez sur vos pick-up, dansons, dansons et que le rock abreuve nos microsillons".
Mais le sommet du disque, c'est sans conteste J'aime pas le rock, une chanson qui se serait peut-être un peu plus démodée si elle s'était appelée J'aime pas le twist ou même J'aime pas le rock 'n' roll. Mais "le rock" est un terme qu'on utilise encore au quotidien et, avec un son décidément très années cinquante, cette chanson donne une excellente occasion à Jean Yanne d'endosser son rôle préféré, celui du français gueulard et bougon.
Dans un style proche, le tandem Baïtzouroff-Yanne a signé, avec Gérard Sire, au moins deux autres excellentes chanson que je ne désespère pas de me procurer (Je peux rêver tout haut, puisque ça semble me porter chance...). Elles ont été interprétées en 1963 par Hector et les Médiators sur un EP qui comportait deux reprises en anglais sans intérêt sur la face A. Ces deux chansons, ce sont T'es pas du quartier (Antoine s'égare chez les babanes deux ans avant le début de sa carrière) et ma préférée, Je vous déteste, un véritable hymne punk, pour le coup près de quinze ans avant la lettre : "Je vous déteste, oui je vous hais, et d'un seul geste je vous balaie (...) Je vois que vous ne m'aimez pas, mais je vous le rends bien.". En réécoutant la chanson, j'en suis presque à me dire que je ne serais pas surpris d'apprendre que c'est Jean Yanne lui-même qui la chante.
En tout cas, je m'étonne que, à ma connaissance,aucun groupe punk n'ait repris Je vous déteste à la grande époque. Mais c'est peut-être tout simplement parce que presque personne ne connaissait cette chanson.
J'ai connu Hector par un mini-album reprenant ses deux premiers 45 tours, édité par Libération et Philips en 1984 (avec des notes de pochette de Bayon, je crois). L'ami Jean-Philippe avait ce disque qui, depuis, est lui-même devenu très rare. Quant au 45 tours original, il est à peu près introuvable, sûrement parce qu'Hector aurait fait un procès à sa maison de disques juste après sa sortie.
En tout cas, je croise les doigts et, s'il ne pleut pas, je terminerai peut-être le week-end avec un disque d'Hector et les Médiators dans ma besace. En attendant, je suis bien content d'avoir déjà Johnny "Rock" Feller et ses "Rock" Child.



1 commentaire:

Anonyme a dit…

Bonne pioche incontestablement et je n'aurais pas hésité non plus. Ceci dit c'est surtout intéressant pour ce qu'il montre de la france musicale de cette époque vis à vis du rock, un ratage total avec une hostilité des médias largement restée bloquée sur la chanson d'avant guerre, piaf etc etc... Bien que je n'aime pas le personnage les débuts de Hallyday vont jeter un pavé salutaire dans la mare et apporter de l'air frais quoiqu'on puisse en penser. Yanne, Vian, Salvador musicalement sont plus dans l'esprit d'avant guerre. un type comme Aznavour qui pourtant n'a jamais fait de rock (et à droite politiquement) non seulement n'a jamais montré une quelconque hostilité au rock mais à même soutenu hallyday à ses débuts alors qu'il n'avait rien à y gagner. Ph

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