11 avril 2020

FRANÇOIS LOUGAH : Na you wi oh


Acquis à la Broc' Livres-BD-CD-DVD du 111 à Châlons-en-Champagne le 24 novembre 2019
Réf : B 370.961 F -- Édité par Philips en France en 1969
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Na you wi oh -/- Ya Ya du Togo

Le jour de l'automne dernier où j'ai trouvé à Châlons Tu as calé le moteur des Haricots Rouges, j'avais acheté au même stand plusieurs autres disques pas chers, dont ce 45 tours, perdu sans aucune pochette entre deux autres. Je l'ai tiré de cette situation périlleuse principalement parce qu'un disque avec une face intitulée Ya Ya du Togo, même sans en savoir plus, ça ne se laisse pas passer !
Depuis, après écoute, ce disque figurait sur ma petite pile de disques en attente de chronique et je regrette bien de ne pas l'avoir fait un peu plus tôt car, de manière générale, je préfère chroniquer quand c'est possible les disques des artistes de leur vivant. Or, celui-ci, chanté par François Lougah, est une collaboration avec Manu Dibango, qui en assure les arrangements et la direction d'orchestre.
Manu Dibango, qui est mort le mois dernier, ça fait un moment que je pense à chroniquer un de ses disques. Notamment depuis que j'ai lu il y a quelques années son autobiographie de 1989 Trois kilos de café, dans laquelle j'avais appris que, à son arrivée en France, il avait été élève à Château-Thierry puis à Reims où, plutôt que de préparer le bac, il avait fait ses débuts de musicien professionnel avant de filer assez vite à Paris. J'aurais bien repris le livre pour y vérifier quelques détails, mais l'exemplaire que j'avais emprunté est actuellement confiné dans les rayons de la Médiathèque d’Épernay. A l'époque, j'avais ressorti son célèbre 45 tours Soul makossa pour éventuellement le chroniquer, mais c'est un classique auquel je n'ai jamais accroché.
L'an dernier, j'aurais vraiment pu choisir un de ses disques pour le présenter ici puisque, en moins de six mois, j'ai acheté un 45 tours et deux de ses albums en CD, et surtout Philippe R. m'a offert son 33 tours Super kumba de 1974, sur lequel on trouve le très beau titre Soir au village. C'est une chanson qui devait être importante pour lui, puisqu'il l'avait déjà enregistrée en 1964 et il a récidivé en 1983, 1986 et 1998 ! Il l'a aussi jouée longtemps en public, par exemple en 2001 pour la télévision suisse ou en 2016 à Bobigny. Mais Super kumba dans son ensemble ne me plaisait pas trop, alors je me suis contenté d'inclure Un soir en village sur ma compilation Jeunesse aveugle il y a un an.
Quant à François Lougah, je ne le connaissais pas du tout. Venu de sa Côte d'Ivoire natale lui aussi pour étudier en France, il a obtenu un CAP en bâtiment en 1961 et a commencé à travailler dans cette branche. Après avoir été gravement malade, son parcours va vite bifurquer, d'abord avec une expérience dans le football professionnel, puis vers le monde du spectacle : théâtre, cinéma, télévision et enfin musique, grâce notamment à une rencontre décisive avec Manu Dibango. Il est mort à 55 ans en 1997.
Je n'ai aucune pochette avec mon disque, mais la maison de disques Philips devait croire en ce 45 tours puisqu'elle en a imprimé deux différentes : une, sûrement l'originale, bleu clair avec la photo de François Lougah, l'autre, jaune, qui présente le disque comme étant "Spécial club" pour un "été show". Avec le "Spécial Badaboum" du Watts 103rd Street Rhythm Band et le "Slow de l'hiver ?" de Pharaoh Sanders, on peut dire que les publicitaires de 1969 ne manquaient pas d'imagination ! Quant à 2020, je ne sais pas comment sera l'été, mais pour le printemps on peut qu'il est d'ores et déjà très chaud et surtout pas show !
Même avec ses deux pochettes, je ne pense pas que Na you wi oh a été un grand succès. C'est pourtant une chanson légère, très rythmée et très entraînante, avec notamment une flûte en accompagnement et une imposante section de cuivres. Je crois entendre le mot "chérie" à un moment, mais sinon je ne sais pas dans quelle langue sont les paroles. Mais je parierais que le titre est une transcription phonétique d'un mot comme "Nayowio". En tout cas, c'est super dansant et il se passe plein de choses en 2'15.
On retrouve les cuivres en position proéminente sur Ya Ya du Togo et ce n'est pas une surprise quand on sait que Manu Dibango est aux manettes. Là, c'est clair, l'ambiance est au rhythm and blues et les paroles en français y font directement référence, avec mention de Louis Armstrong, James Brown, Otis Redding et Wilson Pickett, et en miroir le souvenir des racines africaines. Il y a même un brin de philosophie sur le refrain ("Il arrive un moment dans la vie où nous regrettons le temps qui fuit. Il faut se battre et savoir gagner sur le chemin qui nous est tracé"). C'est excellent.
A cette époque, Manu Dibango sortait, également chez Philips ou sa filiale Mercury, des 45 tours comme Ode to Papa and Mama et Salt pop-corn ainsi que son premier album, Saxy-party, qui contenait une bonne moitié de reprises.
La collaboration Lougah-Dibango a produit au moins trois autres 45 tours, le très funky Pecoussa, Mameulah et Yoco yomon. A ma connaissance, aucun n'a jamais été réédité. Il y aurait là matière à un très bel album-compilation en hommage à ces deux artistes.

A écouter : François Lougah : Na you wi oh



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