25 septembre 2011

GIANT SAND : Official bootleg series volume 2 : The rock opera years


Offert par Howe Gelb à l'Ekko d'Utrecht le 7 mai 2000
Réf : [Ow Om 1] -- Edité par Ow Om aux Etats-Unis en 2000
Support : CD 12 cm
13 titres

Dans sa folle campagne, lancée l'an dernier, de réédition de la quasi-intégralité de la production de Howe Gelb depuis plus de vingt-cinq ans, Fire Records va ressortir le mois prochain l'album Chore of enchantment, l'un des disques essentiels de Howe Gelb et peut-être le point d'entrée idéal dans son oeuvre pour un nouveau venu. Pas mal pour un disque conçu dans le chagrin et la douleur qui a bien failli ne jamais voir le jour !
Howe explique sur le site de Fire que les sessions pour l'album ont commencé à peine deux mois après la mort de son ami Rainer, à Tucson avec John Parish comme producteur, dans le studio même où Rainer avait fait ses ultimes enregistrements quelques semaines plus tôt. Howe n'allait pas bien et n'était pas capable, selon ses propres mots, de bien "écouter" ce qu'il venait d'enregistrer. D'où le début d'un long périple qui l'a mené à Memphis avec Jim Dickinson puis chez Kevin Salem. Cependant, une fois la sale période passée et Chore of enchantment finalement publié, Howe s'est rendu compte que les sessions initiales de Tucson, dont il restait relativement peu de choses sur l'album, étaient loin d'être mauvaises, et il a sorti ces enregistrements au printemps 2000 sur le deuxième volume de sa série de pirates officiels, un CD vendu lors des tournées et par correspondance. Aujourd'hui, c'est cet excellent CD, The rock opera years, qui se retrouve fort logiquement être le CD bonus de la réédition de Chore of enchantment.
En mai 2000, avec Philippe R., nous avons zappé le concert de Giant Sand à La Maroquinerie de Paris le 3 mai pour aller passer le week-end férié suivant en Hollande, où des amis pouvaient nous accueillir et où Giant Sand donnait deux concerts, au Paradiso d'Amsterdam le 6 et à l'Ekko d'Utrecht le 7. Le concert d'Amsterdam fut assez typique d'un concert de capitale : surchauffé, électrique et assez court. Pas mauvais, mais pas spécifiquement ce que j'attends d'un concert de Howe Gelb et consorts. Le concert du lendemain, comme j'ai eu l'occasion de le relater dans Vivonzeureux!, fut plus long et plus bordélique, marqué en ouverture et presque en clôture par une reprise de Just like a woman de Dylan et surtout empreint d'une grande tension sur scène, peut-être en grande partie due au fait qu'il s'agissait de la dernière date de Giant Sand pour cette tournée, les membres du groupe continuant leur périple européen séparément sous les intitulés de Calexico et de Howe Gelb.
C'est ce soir-là que Howe Gelb m'a offert ce CD de The rock opera years, alors que j'étais allé le saluer dans les loges et qu'il s'extasiait devant la dense coïncidence qui l'avait vu découvrir mon texte sur l'hommage à Rainer de Jonathan Richman & The Band of Blacky Ranchette chez lui, alors même que Jonathan Richman et Tommy Larkins se trouvaient dans la pièce !!
Je viens de réécouter The rock opera years plusieurs fois cette semaine. C'est vraiment un excellent disque et c'est presque dommage de le voir réduit à un appendice dans la discographie pléthorique de Howe Gelb. Il mérite mieux.
On a donc ici un album homogène enregistré à Tucson avec John Parish comme producteur et Head comme ingénieur du son (excusez du peu). On y retrouve les version originales de quatre des piliers de Chore of enchantment qui ont été réenregistrés ensuite à Memphis : Dusted, Astonished, Punishing sun et Shiver. Shiver est un chef d'oeuvre, quelle que soit la version. Je crois que celle de Punishing sun ici est supérieure à celle de Chore et j'ai une tendresse particulière pour Dusted, le premier titre joué par Giant Sand la première fois que je les ai vus en concert, en avril 1997 à Fribourg en Allemagne, et aussi pour Astonished, la chanson que le groupe était en train de répéter pendant les balances au moment où je suis arrivé sur la scène de l'Olympic le 23 octobre 2000 pour le fameux concert qui associait Giant Sand et Jonathan Richman à la même affiche.
Plusieurs des autres chansons de cet album ont eu une autre vie dans la discographie de Howe Gelb : Seldom matters again est une version toute en retenue de Seldom matters, qu'on trouvait en 1991 sur un autre disque essentiel de Giant Sand, Ramp ; une version de Catapult avait été publiée en 1998 sur Hisser de Howe Gelb ; on trouvera une autre version, moins bonne, de Hard on things sur Confluence de Howe en 2001, tandis que des éléments de cet enregistrement de Dilemma seront incorporés sur 3 sisters, toujours sur Confluence ; Quant à Not good, qui s'enchaîne parfaitement avec Dilemma, c'est fort logiquement une version de Bad, un titre publié uniquement sur la version vinyle et le CD japonais de Chore.
Tout cela est excellent, et il nous reste quatre titres spécifiques à The rock opera years, et pas des moindres.
Rock opera, d'abord. Alors que l'album Chore est marqué par l'utilisation d'une cassette d'airs d'opéra que Rainer écoutait souvent, on pouvait s'attendre à les retrouver ici. Il n'en est rien. Rock opera est un titre à la construction complexe, comme Howe les affectionnait à l'époque, une méditation sur le rock, bien sûr, et le succès. Il n'est pas impossible qu'il pense à lui-même, pionnier de l'Americana, artiste à l'influence marquante resté à la marge, quand il chante "You get by by what you can afford while millionaires with guitars exploit what you explore".
On trouve aussi ici, et uniquement ici, la chanson Chore of enchantment, qui fait probablement référence à Rainer. La discographie officielle Sa-Wa-Ro de Giant Sand créditait à l'origine Rainer à la slide sur cet album, sans préciser sur quel titre. A mon avis, c'est celui-ci.
Il a aussi Françoise, un titre de moins de deux minutes. Il est question d'une Françoise chanteuse : Françoise Hardy ou Françoiz Breut ? Probablement l'une des deux.
Terminons avec l'un des sommets du disque, et la seule reprise, Music arcade, collecté en 2001 sur la compilation Selections circa 1990-2000. Il faut être fou fan de Neil Young comme Howe Gelb pour aller piocher une ballade acoustique passée à peu près inaperçue en 1996 sur l'album Broken arrow et la réenregistrer dans une version électrique, qui prend son temps sur près de sept minutes. Et Howe n'est pas seul pour chanter le plus paresseusement possible ce récit d'une journée aux humeurs changeantes, puisque tour à tour les amis Victoria Williams et Evan Dando le rejoignent.
Sur la foi du premier couplet, j'ai longtemps pensé que cette chanson était plutôt gaie : "Je marchais dans la grande rue, pas sur le trottoir mais dans la rue, esquivant le trafic d'un pied agile, je me sentais bien à ce point. J'ai fait un tour à  la laverie, joué à la Music Arcade, je n'arrêtais pas de gagner pendant que le groupe jouait, je me sentais bien à ce point". Mais après diverses aventures, le refrain ne semble pas aussi optimiste : "As-tu déjà été perdu ? As-tu déjà été débusqué ? T'es-tu jamais senti tout seul ?". Un état d'esprit qui devait convenir  à celui de Howe à l'époque et une reprise magistrale pour un album qui ne l'est pas moins. A 10 £ le double-CD chez Fire, franchement il n'y a pas à hésiter !

2 commentaires:

sittin'pretty a dit…

Plutôt miss Breut à mon avis.
En août 2008, elle et d'autres de la même galaxie Pays de Loire (Dominique A, Katerine, French Cowboy ...) étaient à Tucson pour un festival nommé Some French Friends (sur une idée des ex Little Rabbits).
De plus, la jolie Françoiz a joué sur scène avec Calexico ...

Puisque je passe par là, puis-je te demander tes impressions sur le concert Herman Dune / Baxter Dury ... si tu y es allé comme prévu ?

Ludo

Pol Dodu a dit…

Oui, je penche aussi pour Françoiz, mais les paroles ne donnent pas trop d'indice.
Sinon, au bout du compte je ne suis pas allé comme initialement prévu au concert d'Herman Düne et Baxter Dury. J'essaierai quand même de trouver une occasion d'écouter l'album de ce dernier...

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