31 octobre 2010

KRAFTWERK : Autobahn


Acquis aux Nouvelles Galeries à Reims en 1976 ou 1977
Réf : 6305 231 -- Edité par Philips en France en 1974
Support : 33 tours 30 cm
5 titres

Blogonzeureux! a fêté son cinquième anniversaire cette semaine (Ceci est le 711e billet).
Quand je me suis lancé, je savais qu'en choisissant de raconter l'histoire des exemplaires de mes propres disques j'avais de la matière pour m'occuper un bon bout de temps. J'avais alors l'intention aussi bien de parler des disques que je possédais depuis longtemps que de partager les recherches d'information que j'avais l'habitude de faire sur les disques, souvent inconnus,que je venais d'acheter. La bonne surprise, c'est que ces "nouveaux" disques représentent en fait une majorité des billets du blog, ce qui signifie que mon stock de disques-souvenirs s'épuise moins vite que prévu. Prochains points d'étape en vue, donc, au millième billet, puis aux dix ans...
D'étape, il en est question aujourd'hui puisque nous partons en voyage avec Kraftwerk, pas à vélo sur le Tour de France ni en train avec le Trans Europe Express, mais en voiture sur l'autoroute.
Il y a une rubrique dans Mojo tous les mois avec une question posée à des invités : "Quand et où avez-vous acheté votre premier disque ?". J'y porte une attention particulière et j'ai noté que presque tout le monde répond à cette question, et souvent de façon très précise, même quand il s'agit d'un 78 tours acheté dans les années 50, avec le nom du magasin, le prix payé ou les circonstances particulières de l'achat.
Pour ma part, je suis bien incapable de me souvenir quel a été mon tout premier disque, ou même le premier 45 tours que j'ai acheté avec mon argent de poche.
Pour le premier 33 tours, par contre, pas de problème je m'en souviens très bien : c'est précisément ce disque de Kraftwerk.
Je ne sais plus si c'était aux vacances de Pâques, de la Toussaint ou de Février, mais toujours est-il que j'ai passé quelques jours de vacances vers mes 13-14 ans seul chez ma tante Renée, qui venait de reprendre la gérance d'un hôtel à Reims, rue de Thillois. Ma Tante ne pouvait pas quitter l'hôtel de la journée, hôtel qui était en plein centre-ville : c'est donc à cette occasion que j'ai découvert Reims.
Je ne pense pas avoir trop fréquenté les disquaires de la place à ce moment-là. Ce qui est certain, c'est que j'ai pas mal traîné dans les passages et aux Nouvelles Galeries rue de Vesle (actuellement les Galeries Lafayette). J'étais même fasciné, parce que je venais d'étudier Au bonheur des dames de Zola en cours de français, et à chaque fois que je rentrais dans ce magasin, avec ses grands escaliers et ses ascenseurs antiques, j'avais l'impression de me retrouver plongé d'un seul coup dans les pages du roman.
Mon exemplaire porte tous les stigmates du débutant. Bien qu'il ait été joué pendant des années sur un simple électrophone à saphir, le disque lui-même passe encore étonnamment bien, à part quelques craquements et un ou deux sauts. La pochette, elle, a eu droit à tout : l'étiquette à la Dymo indécollable, la pochette recollée au scotch (jauni, bien sûr, avec le temps) et même le nom inscrit au stylo bille, mais là au moins j'ai eu la bonne idée de faire ça sur la face intérieure de la pochette !
L'étiquette NG est toujours là, ce qui aurait tendance à confirmer la validité de mon souvenir et à authentifier en quelque sorte cet exemplaire. Le prix lui-même par contre est effacé. Il me semble que c'était autour de trente francs.
Si j'ai alors investi les économies de toute une vie dans un album de Kraftwerk, ce n'est pas complètement par hasard. Déjà, j'avais beaucoup aimé Radioactivity en 1975, à tel point que j'avais acheté (ou que je m'étais fait offrir) le 45 tours (C'est sûrement parce que j'avais déjà deux titres de l'album que j'ai choisi d'acheter Autobahn plutôt que Radio-Activity). Ensuite, j'avais eu l'occasion d'écouter cet album, probablement chez l'un de nos voisins, Eric S. (Dans notre rue, il y avait un Eric presque dans une maison sur deux !), qui avait deux ans de plus que moi et qui possédait Autobahn, mais aussi l'album Radio-activity et l'un des deux disques plus anciens avec les plots de signalisation.
Je n'aurai pas souvent l'occasion de chroniquer ici des disques avec un titre couvrant une face entière de 33 tours interprété par des chevelus visiblement pas encore sortis de la période baba cool, tout simplement parce que généralement je n'aime pas ce genre de disques et, fort logiquement, j'en ai aussi très peu achetés.
Autobahn, ce titre qui occupe toute la face A, a été et demeure une exception. Évidemment, je prends assez peu souvent le temps de l'écouter, mais lorsque je le fais j'apprécie toujours autant cette reconstitution sonore d'un trajet en voiture sur une autoroute, du bruit de la porte qui claque et du démarreur qui s'enclenche (vingt ans avant City life de Steve Reich) jusqu'aux coups de klaxons et au son des voitures qu'on croise.
Si on peut écouter Autobahn plus de vingt minutes sans s'ennuyer, c'est parce que la composition est variée, comportant plusieurs phases (ou mouvements), clairement identifiables. Dans l'ensemble, c'est très électronique mais il y a encore des instruments acoustiques et électriques, avec notamment à un moment une belle partie de guitare jouée sur des notes assez hautes. En réécoutant l'un des passages très percussifs, j'ai eu l'idée de l'accélérer de 33 à 45 tours et cela a confirmé mon impression : jouée sur un tempo beaucoup plus rapide, cette partie sonnerait exactement comme de la techno.
Mes passages préférés de Autobahn restent les plus mélodiques et ceux qui sont chantés. Franchement, comme cela a été le cas plus tard pour d'autres générations avec Nena ou Tokyo Hotel, le seul fait de comprendre une phrase comme "Vor uns liegt ein weites tal" a justifié pour moi le fait d'avoir suivi des cours d'allemand depuis la sixième ! Les membres de Kraftwerk ne manquant pas d'humour et étant fans du groupe américain, on appréciera le fait qu'en élidant le "e" de "Fahren", ils ont fait sonner la phrase "Wir fahr'n fahr'n fahr'n auf der Autobahn" aux oreilles des anglo-saxons comme le "Fun fun fun" des Beach Boys !
Il y a une dernière partie chantée vers la fin du morceau et là j'ai eu un petit choc en la réécoutant. J'ai beau savoir en effet que dans la pop et le rock la voiture et la radio sont inséparables de la musique, sans parler de la country où les "driving songs" sont un genre à part entière. J'ai beau savoir également que, la chanson étant restée officiellement inédite jusqu'en 1975, la seule façon pour Kraftwerk de la connaître en 1974 aurait été d'assister à un concert du groupe aux Etats-Unis (ce qui est aussi probable que de les voir influencer par une prestation des Robots-Music...), je ne peux m'empêcher en écoutant le passage où il est question d'allumer la radio ("Jetzt schalten wir das radio an") de faire un parallèle avec une autre de mes obsessions musicales et de penser instinctivement au "Radio on" du Roadrunner des Modern Lovers, même si le voyage de Kraftwerk a lieu de jour dans la Ruhr alors que celui de Jonathan Richman se déroule en pleine nuit dans le Massachussets !
Des quatre titres instrumentaux de la face B, j'en retiens particulièrement deux que j'aime beaucoup.
Kometenmelodie 2 d'abord, un titre rythmé et rapide, complètement électronique. Un morceau 100% new wave avec quelques années d'avance qui ne déparerait pas sur les premiers enregistrements de Human League, auquel je ne vois qu'un prédécesseur pour le côté dansant et électronique, le Psyché rock de Pierre Henry et Michel Colombier pour la Messe pour le temps présent.
Morgenspaziergang ensuite, un titre bucolique qui clôt l'album. Là encore, j'associe cette promenade matinale à un titre connoté lui avec le soir et la nuit puisque la partie de flûte me fait irrémédiablement penser à l'indicatif de Bonne nuit les petits !!
En tout cas, si mes goûts musicaux ont forcément varié au fil des années et se sont fortement diversifiés, j'apprécie toujours énormément ce disque qui, ainsi que le Albedo 0.39 de Vangelis et même le Oxygène de Jean-Michel Jarre, a préparé mon esprit  pour qu'il soit réceptif aux sons les plus synthétiques de la new wave.


Autobahn par Kraftwerk en 1975 lors de leur première apparition à la télévision anglaise pour l'émission Tomorrow's world de la BBC.

1 commentaire:

Anonyme a dit…

roule roule roule sur l'autoroute c'est qd même autre chose que ma ma ma marylène! Bon fallait oser musicalement rapprocher ça à roadrunner mais bon,au diable les varices le temps d'un anniversaire c'est aussi le moment de se lâcher un peu!
Ceci dit c'était (sans jeu de mot) un tournant sur la route de kraftwerk, perso j'ai lâché à partir de là. ph

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