18 décembre 2022

SHAKIN' STREET : Solid as a rock


Acquis sur la braderie-brocante d'Ay le 30 octobre 2022
Réf : CBS 8282 -- Édité par CBS en France en 1980
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Solid as a rock -/- Every man, every woman is a star

L'ami Damien avait pris un stand à Ay cette année, où il revendait quelques-uns de ses disques. J'ai d'abord laissé passer ce 45 tours de Shakin' Street, puis je me suis ravisé car il se trouve que j'avais une anecdote à raconter à propos de ce groupe. Dix mètres plus loin, je suis tombé sur un autre exemplaire de ce 45 tours (moins cher...!). Je l'ai pris aussi, pour mon frère, qui pour le coup est un vrai fan de cette musique.

Mes premiers souvenirs de concert (Martin Circus, Il Etait Une Fois, Souchon,...) sont liés à la Foire Exposition de Châlons et j'y suis allé en famille.
C'est à l'automne 1978 que j'ai commencé à aller seul aux concerts. Pas seul en fait, mais en tout cas sans adulte accompagnant. J'avais quinze ans et demi, j'étais en première. De 1978 à 1980, j'ai vu sans surprise des concerts à Châlons, où j'habitais (Thiéfaine au moment d'Autorisation de délirer, peut-être Memphis Slim et/ou une tournée genre Chicago Blues Festival), mais ce qui me surprend aujourd'hui c'est que je suis allé à 20 km à Épernay voir Higelin, et plusieurs fois à Reims, où j'ai dû voir notamment Béranger. Ça veut dire qu'à chaque fois il y avait quelqu'un dans la bande qui avait plus de 18 ans, le permis et accès à une voiture. Je ne sais plus du tout comment ces voyages se sont arrangés. Je pense que, les premières fois, l'ami Bruno a dû être impliqué pour m'associer à ses plans. Mais je suis encore étonné d'avoir eu l'autorisation d'y aller à chaque fois, tout comme je m'étonne moi-même encore d'être allé voir Lewis Furey à Bobino à 16 ans, alors que je ne connaissais pas du tout Paris...



J'ai très peu de souvenirs de ces premiers concerts. Je n'ai gardé en tête que quelques événements marquants, comme la porte en verre qui a éclaté au Palais des Fêtes à Épernay, car les organisateurs avaient tardé à ouvrir les portes du concert d'Higelin et ça poussait pour entrer. Pour Shakin' Street, ce fut un peu folklo, aussi.

On se rend compte que l'union de la gauche avait gagné les élections municipales de 1977 à Reims rien qu'en regardant les concerts organisés dans la ville dans les mois qui ont suivi.
Le 24 juin 1978, Téléphone a joué au Parc de la Patte d'Oie pour la Fête du P.S. (il faudra que j'attende presque un an, pour les voir à Reims, le 18 mai 1979 à la Maison des Sports). Trois mois plus tard, en septembre (je n'ai pas retrouvé la date exacte, mais les amis de Reims Punk 'N' Roll ont récupéré un fragment de billet de l'événement), le P.S. a remis ça au même endroit pour la Fête de la Rose.
C'est à cette manifestation que j'ai assisté. Pour la partie concert, il y avait des groupes folkloriques, mais aussi le groupe Terre, Catherine Derain et, on ne voit que le "A" final sur le fragment de billet, mais je pense que la tête d'affiche était Mama Béa.

Tout ça devait être bien bricolo dans l'organisation, puisque le seul souvenir qui me reste de la journée, c'est que, le soir venu, il y avait un problème d'éclairage de la scène. Le groupe jouait (Shakin' Street, je pense), mais dans l'obscurité ! La seule solution que les organisateurs ont trouvée pour pallier ce problème, ce fut de pousser des voitures (au moins deux...) jusqu'à l'arrière de la foule, puis de tenter tant bien que mal d'éclairer la scène avec leurs phares...!

Mine de rien, on peut relier Shakin' Street à pas mal de beau monde, de Téléphone (Corinne et Louis sont des membres fondateurs de Shakin' Street) aux américains Chrome (la chanteuse Fabienne Shine a été mariée à Damon Edge), en passant par les Dictators, dont le guitariste Ross "The boss" Friedman" a été membre avant de rejoindre Shakin' Street puis de fonder Manowar, et Era, le projet à succès du guitariste-fondateur du groupe, Eric Lévi.
Pour ma part, j'avais sûrement vu la prestation du groupe dans l'émission Blue jean (voir ci-dessous), mais je ne me suis jamais particulièrement intéressé à eux.
Ils étaient en tournée pour leur premier album quand je les ai vus en concert. Il avait été enregistré à Londres, mais pour le deuxième, dont mon 45 tours est extrait (La photo de pochette, identique pour le 33 et le 45 tours, est parfaite pour un disque de rock), c'est carrément aux États-Unis qu'ils sont allés, sous la houlette de Sandy Pearlman (Blue Öyster Cult, notamment).
C'est peut-être en ayant cette référence en tête que je me suis dit, en écoutant le refrain qui ouvre Solid as a rock, qu'il n'aurait pas déparé sur Give 'em enough rope de The Clash, lui aussi produit par Pearlman. J'aime bien ce refrain, avec les effets sonores façon "en public", les "Rock Rock" en écho après le titre et le riff de guitare, qui m'en rappelle un peu un autre (des Who ?). Les débuts de couplet passent aussi pour moi, mais pas les parties qui suivent avant de retourner au refrain. N'empêche, dans son style c'est efficace.
Every man, every woman is a star, de la guitare solo aux roulements de batterie, c'est pas pour moi...! Et c'est bizarrement produit, on a l'impression que certaines parties ont été copiées-collées, avec des traces de scotch bien visibles !

Pour la tournée de ce deuxième album, Shakin' Street a rejoué à Reims, le 24 novembre 1980 à la Maison des Sports, mais je n'y étais pas. La dernière tournée en date du groupe, avec Fabienne Shine et Ross the Boss, remonte à 2019.
Jean-Eric Perrin a publié en 2014 une biographie romancée de Fabienne Shine, Sexe, drogues & rock 'n' roll.

Quant à un possible nouveau concert de rock au Parc de la Patte d'Oie, avec ou sans éclairage à la Renault/Peugeot, à mon avis il ne faut plus trop y compter depuis le retour de la droite à la mairie en 1983, avec la construction du centre des congrès et la transformation du parc en 1994.




Shakin' Street, No time to loose, dans l'émission Blue jean de Jean-Loup Lafont diffusée le 21 mai 1978. J'ai probablement vu cette émission, quelques mois avant le concert de Reims.
Cette chanson a la particularité de figurer à la fois sur le premier et sur le deuxième album du groupe (dans des versions différentes).



Portrait de Fabienne Shine en 1980, avec un extrait de Solid as a rock en concert dans une salle de province.

10 décembre 2022

!DELADAP with voice & musicians of THE 17 HIPPIES : Lautlos


Acquis par correspondance via Ebay en octobre 2022
Réf : CCR007-5 -- Édité par Chat Chapeau en Autriche en 2006
Support : CD 12 cm
6 titres

Depuis un peu plus d'un an que je fais une chronique mensuelle pour Casbah, c'est la deuxième fois, après Juniore, que ça me conduit à découvrir un disque que j'achète et chronique ici.
Pour rappel, le principe de la chronique est, à partir d'une thématique donnée, de me balader sur Bandcamp juste qu'à ce que je découvre une musique emballante.
En novembre, j'ai commencé par m'énerver contre les groupes zombies du rock, qui continuent à enregistrer et tourner en ayant perdu leur âme, parfois sans aucun des membres originaux. Je citais Dr. Feelgood et les Stranglers avant même les décès récents de Wilko Johnson et Jet Black, mais je suis quand même parti à l'aventure dans Bandcamp sur une note positive en retenant le "feelgood".
Comme je le raconte dans la chronique, c'est au dernier moment et presque par hasard que j'ai écouté le premier titre de la compilation Balkanyca V1 ! et que j'ai été saisi par le fait que les premières paroles de la chanson soient en français, ce qui était complètement inattendu dans ce contexte.

Après quelques recherches, j'ai appris qu'il s'agissait d'un enregistrement de Deladap (Donne-Moi le Rythme en romani), un projet développé par Stani Vana, qui est né à Prague et qui vit en Autriche. Lautlos (Silencieux) est extrait du deuxième album, Dela paji, sorti en 2006.
J'ai aussi repéré que Lautlos avait été sorti en single, en maxi-45 tours quatre titres (réédité et disponible en vinyl et en numérique sur Bandcamp) et en CD six titres, que j'ai trouvé en vente pour pas cher et que je me suis dépêché d'acheter.

La particularité de Lautlos, ce n'était pas précisé sur la page de Balkanyca, c'est que c'est une collaboration entre Deladap et des membres d'un groupe que j'aime beaucoup, 17 Hippies de Berlin. Quatre des musiciens participent à l'enregistrement, et c'est Kiki Sauer qui a écrit les paroles, un mélange d'allemand, de français et d'anglais, et qui les chantent.

Il y a cinq versions différentes de Lautlos sur le CD. La version de l'album est déjà très bien. Le Remix4Radio en est assez proche. La version essentielle, c'est le Remix4Club, soit sept minutes qui passent très bien : une rythmique avec un instrument qui sonne comme un violoncelle, des coups de guimbarde et d'accordéon, de la guitare slide, des solos de violon, de trombone et d'accordéon. Ça coule bien et c'est dansant. Superbe.
Il y a deux autres remixes, un par Jeremiah (un peu électro, ça passe, mais bof) et l'autre par Dunkelbunt, sur un rythme reggae.
Deladap a retravaillé Lautlos en 2014 : la chanson est devenue Tu es beau sur l'album This is Deladap. Je préfère la version originale.

Le sixième titre, c'est Goldregen (Pluie d'or), lui aussi tiré de Dela paji. On est dans une veine similaire, enjouée, entre ska et balkans, avec l'adaptation d'une musique traditionnelle.

Le dernier album en date de Deladap, c'est Play, qui est sorti fin 2021.
Au cours de ma balade du Bandcamp, j'étais aussi tombé sur Feelgood, une collaboration entre Maribou State et Khruangbin. Les deux titres s'enchaînent parfaitement sur ma toute récente compilation, Ta brioche est beurrée ?.



02 décembre 2022

VALIUM ORGASMS : A CREATION COMPILATION


Acquis par correspondance via Discogs en novembre 2022
Réf : RTD/CRE 1-39 -- Édité par Rough Trade / Creation en Allemagne en 1986
Support : 33 tours 30 cm
12 titres

On va dire qu'on fait dans la pochette à thématique comestible cette année : après l'épi de maïs des Léopards, voici la moule de Creation.

J'ai repensé à ce disque quand l'ami Bertand a entrepris de passer en revue ses compilations Creation. Je lui ai parlé de celle-ci, qu'il ne connaissait pas, et comme cela faisait longtemps qu'elle manquait à ma collection, j'ai décidé de me l'offrir.
En fait, c'est depuis 1986 que j'ai envie d'avoir ce disque. Depuis le jour où Luke de Chromatone Design m'a montré chez lui ses dernières productions graphiques, deux compilations jumelles, I love the smell of napalm, pour le marché américain, et Valium orgasms, pour le marché allemand. Il m'avait offert un exemplaire de la première, mais il n'avait pas de double de la seconde.
Luke m'avait aussi expliqué comment il avait pris ces photos de pochette: pour I love the smell of napalm, il était allé un soir récupérer des fleurs sur un massif devant une église près de chez lui sur l'Île aux Chiens à Londres, qu'il avait ensuite étalées et photographiées sur sa table de salon. Pour Valium orgasms, il avait tout simplement pris un gros plan d'un mollusque tiré d'un bocal de moules au vinaigre !

Alan m'a expliqué un jour l'intérêt qu'il y avait pour lui de sortir ces compilations (Il y en a eu en moyenne une par an pendant dix ans. Quelqu'un a pris la peine d'en faire une liste sur Discogs). Cela permettait de prolonger la "durée de vie" des 45 tours du label, souvent tirés à juste 1000 exemplaires, mal distribués et pourtant vite épuisés quand même. Les albums pouvaient se trouver plus facilement partout dans le pays, et même à l'étranger. Et, comme c'est le cas ici, quand un contrat de licence était signé à l'étranger, il pouvait être inauguré par une compilation.

Le prototype de Valium orgasms, c'est Different for Domeheads, la compilation anglaise de 1985. A double titre : six des huit titres sont repris ici, et surtout, on trouvait gravé en fin de face sur les sillons du disque, "Valium orgasms" pour la face A et "Syphilis mouth" pour la B (la pochette figurait un tube de pommade prescrit contre cette maladie vénérienne). I love the smell of napalm, parue au même moment aux États-Unis est la compilation sœur de celle-ci : elles ont neuf titres en commun sur douze.

Avec plus de trente-cinq ans de recul, on peut réécouter ces chansons avec une oreille neuve et voir comment elles ont passé l'épreuve du temps (même si pour la plupart je les ai régulièrement écoutées entre-temps...!). Six artistes ont droit à deux titres chacun.

Les amis de Biff Bang Pow ! s'en sortent particulièrement bien avec deux titres du premier album Pass the paintbrush, honey..., Love and hate et le classique et également single There must be a better life.
Pour ceux que ça intéresse, Cherry Red a sorti cette année la compilation ultime de BBP!, un coffret de 6 CD (!) avec l'intégrale et bien plus.

Les autres amis The Jasmine Minks ont eux aussi deux titres imparables et classiques, Think! et Where the traffic goes, les faces A énergiques de leurs deux premiers singles, qui figuraient également sur leur premier album One, two, three, four, five, six, seven, all good preachers go to heaven
Jim Shepherd le chanteur a sorti cette année un album solo, The circle, dont j'ai rédigé les notes de pochette. Le groupe prépare un nouvel album pour 2023.

Dans le lot, c'est Primal Scream qui a eu le parcours le plus impressionnant depuis. A peu près inimaginable quand on écoute les deux faces de leur premier 45 tours qui sont reprises ici, All fall down et It happens. C'est très poppy, la face B est meilleure que la A, ils ont fait bien mieux depuis mais c'est quand même très bien.

Les deux faces du premier single de Slaughter Joe (alias Joe Foster), I'll follow you down et Napalm girl passent moins bien la rampe aujourd'hui. On les entend pour ce qu'elles étaient vraiment, un exercice de style pour recréer l'ambiance d'Upside down, le premier single de The Jesus and Mary Chain, que Joe avait co-produit. Je n'avais jamais fait attention au fait que la basse de Napalm girl sonne pas mal comme celle de Jah Wobble époque Metal box.

Les deux titres que j'aime le moins du lot, c'est God bless et Paradise, soit le premier single des Bodines. C'est déjà ce que je pensais quand j'avais chroniqué ce disque en 2006.

In the afternoon est une chanson écrite par Alan McGee, qui existe dans plusieurs enregistrements, alternativement par Revolving Paint Dream ou Biff Bang Pow !. Là, on a droit à la première version publiée, celle de la face B de Flowers in the sky de Revolving Paint Dream (CRE 002). Elle est chantée par Christine Wanless, qui est morte il y a quelques semaines.

L'autre titre isolé, c'est Worm in my brain, le tout premier enregistrement de The Weather Prophets. Une excellente chanson publiée pour la première fois sur It's different for domeheads.
Pete Astor vient de sortir un nouvel album, Time on Earth.

Cela fait des années que je n'ai pas eu de contact avec Luke Hayes, qui aux dernières nouvelles vivait aux États-Unis, mais je suis bien content d'avoir complété ma collection de ses pochettes.
Comme pour celle-ci, j'ai tous les titres bien sûr, et même souvent en plusieurs exemplaires, mais un de ces jours je m'offrirai peut-être deux autres compilations Creation qui me manquent, Creation : Flowers in the sky et Purple, parues toutes les deux en CD en 1988, et toutes les deux avec des fleurs sur la pochette.

25 novembre 2022

FLEUR OFFWOOD : French indie folk & alternative pop


Acquis chez Gilda à Paris le 23 septembre 2022
Réf : PP050 -- Édité par Perfect Pitch en Allemagne en 2017
Support : CD 12 cm
16 titres

J'ai fait le voyage de Paris en septembre pour revoir Lawrence en concert (pour la première fois depuis 1989), cette fois-ci avec son Mozart Estate, dont le premier album au titre à rallonge est annoncé pour janvier prochain.
Ça m'a permis de vérifier que j'arrive toujours à trouver des CD intéressants à petit prix dans mes boutiques préférées, Parallèles, Gilda et Boulinier.
Dans le lot, il y avait cet album de Fleur Offwood. Je la connais surtout pour ses collaborations avec l'ami Seb Adam : ils se sont produits sur scène ensemble et un de mes titres préférés d'Une plage en hiver, le dernier album de Seb, est leur duo Mots croisés.

Ce disque est un bel objet. Pochette cartonnée ouvrante, couleurs pastel, illustrations sympathiques. Il y a un code-barres au dos et aucune mention du style "Disque promotionnel interdit à la vente", mais je parierais bien qu'aucun exemplaire de ce disque n'a jamais été en vente dans les bacs d'un disquaire (sauf en occasion comme dans ce cas précis, où un professionnel a dû revendre son stock à Gilda).
En effet, Perfect Pitch est un label de Warner Chappell Production Music, un éditeur musical dont l'objectif est de diffuser au maximum les œuvres des artistes qu'il a sous contrat, sur disque éventuellement, mais aussi et surtout en synchronisation musicale.

Ceci explique que le titre de l'album, French indie folk & alternative pop soit juste une tentative de description la plus attrape-tout possible du style musical de Fleur Offwood. On trouve sur la tranche du disque trois mots-clés complémentaires : "Female - Advertising - Easy-going".
En fait, les huit chansons de ce disque ont été publiées sur deux albums différents en 2017 : L'un, titré Bouquet, disponible uniquement au format numérique, et donc l'édition Perfect Pitch en CD et numérique. Et cet album est une compilation : deux des titres proviennent de son premier album, Des mots (que j'avais trouvé il y a quelques années, soit dit en passant, déjà chez Gilda) et on y trouve aussi les quatre titres du EP de 2019 crédité à Fleur Offwood and the Conifers.
Ce sont donc bien des "chansons indépendantes" qu'on entend sur ce disque. Parmi celles-ci, mes préférées sont Mon amour (décrite ainsi dans les notes de pochette : "French girly punk with retro garage pop flavour"), Chez Roberto Barr (qui est un artiste qui existe vraiment, mais il est actuellement installé au 45 rue Blaes à Bruxelles, plutôt qu'au 41 comme le dit la chanson) et La ballade d'elle et lui, avec son petit côté country and western.
Après les huit chansons, on a droit aux pistes instrumentales, inédites par ailleurs, ce qui est l'habitude pour les disques d'illustration musicale.

Fleur Offwood a produit en 2019 un autre album pour Perfect Pitch, Loulou, qui est entièrement instrumental. Son dernier album en date, Les chansons naïves, est sorti au printemps dernier.







19 novembre 2022

CLAUDE BERSOUX SES MUSICIENS SES ELEVES : Patro-blues


Acquis chez Emmaüs à Tours-sur-Marne le 16 octobre 2021
Réf : MG 001 -- Édité par Patrodisc en France dans les années 1960
Support : 45 tours 17 cm
Titres : CLAUDE BERSOUX : Patro-blues -- PATRICK RAAFLAUB : Swing-valse -/- CHRISTIAN GRYMONPREZ : Carrefour des échos -- PHILIPPE PICOT : Classique accordéon

Il n'y avait pas grand chose ce jour-là à Emmaüs, mais j'étais bien content de tomber sur ce disque.
Je l'ai pris d'abord pour sa très belle photo de pochette, avec les accordéonistes sur le manège et les gamins qui regardent tous le photographe, mais aussi pour les circonstances de sa parution, le 25e anniversaire du Patronage Laïque de Champigny-sur-Marne.
Pour l'occasion, on a fait les choses en grand : lancement d'un label pour auto-éditer le disque (a priori, c'est le seul disque publié sous l'étiquette Patrodisc), découpage au dos de toutes les pochettes pour qu'elles puissent servir de présentoir, et aussi une publicité au verso pour les accordéons Fratelli Crosio.

Je pense que ce disque date du début des années 1960 (les lettres pour les numéros de téléphone, comme le NOR 94-95 de Fratelli-Crosio, ont été abandonnées fin 1963). On sait par ailleurs que le Patronage Laïque, probablement fondé sous le Front Populaire, existait en 1939, puisque Louis Talamoni, qui fut maire de Champigny dans les années 1950, s'est impliqué dans sa gestion quand il est arrivé dans cette ville cette année-là.

C'est Claude Bersoux qui a mené ce projet. Il a eu à la fois une carrière d'instrumentiste, de chef d'orchestre, de compositeur et d'enseignant pendant 17 ans au conservatoire de Champigny.

Les quatre pistes de ce disque sont de très bonne tenue. Il ne s'agit pas d'accordéon solo : il y a un accompagnement d'orchestre.
Le titre le plus intéressant pour moi est Carrefour des échos, une composition d'André Astier et Tony Fallone. On y entend le son particulier de l'instrument joué par Christian Grymonprez. il s'agit d'un orgue électronique Orgacor CI. J'ai cherché des informations au sujet de cet instrument, mais j'ai fait chou blanc. Cependant, j'ai constaté que Fratelli-Crosio avait poursuivi dans l'électronique, puisqu'ils ont commercialisé par la suite un synthétiseur accordéon Orgacor !

Ce disque est très sympathique et n'a pas dû être beaucoup diffusé. Ça n'en fait pas pour autant un collector, contrairement à ce que semblent en penser deux vendeurs, sur Discogs et Ebay, qui en réclament respectivement 50 et 139 €. Ils ne sont pas prêts de trouver preneur à ce prix-là...

11 novembre 2022

TALKING HEADS : I zimbra


Acquis par correspondance via Ebay en janvier 2022
Réf : 2C008-63307 -- Édité par Sire en France en 1979
Support : 45 tours 17 cm
Titres : I zimbra -/- Air

Ce qui m'a décidé à acheter ce 45 tours, c'est que je venais de lire le Fear of music de Jonathan Lethem dans la collection 33 1/3 et dans la foulée de regarder le documentaire de l'émission South Bank show spécial Talking Heads, tourné en août 1979 et diffusé en décembre de la même année. On y voit notamment le groupe répéter dans le loft new yorkais de Tina Weymouth et Chris Frantz, là même où toutes les bases musicales de l'album ont été enregistrées les 22 avril et 6 mai 1979 (A défaut de lire le livre, on peut trouver chez guitar.com une chronique assez détaillée de l'album).
Initialement, j'ai moins aimé et moins écouté More songs about buildings and food et Fear of music, les deuxième et troisième albums de Talking Heads, que 77 et Remain in light, le premier et le quatrième. Désormais, je trouve que Fear of music contient un nombre impressionnant d'excellentes chansons.

Bon, une fois reçu le 45 tours, il m'aura fallu une dizaine de mois pour le chroniquer...! J'aurais même pu me contenter de chroniquer l'album, que j'ai dans son édition originale française, avec couverture en carton embossé. C'est l'une des premières fois où j'avais dû me battre pour acheter un disque. En effet, quelques mois après sa sortie, je l'avais trouvé soldé chez France Loisirs, à 25 ou 30 francs (à une époque où les disques neufs valaient environ 45 francs). Au moment de payer, la vendeuse m'avait expliqué que les produits étaient réservés aux adhérents, dont je ne faisais pas partie. Pour une fois, j'ai fait preuve de répartie puisque je lui ai dit que, si le disque était soldé, c'est que les adhérents n'en avaient pas voulu. Et du coup elle a daigné accepter mon argent.

Tout comme Jonathan Lethem, ce n'est qu'assez récemment que j'ai su que les paroles d'I zimbra sont adaptées d'un poème dadaïste d'Hugo Ball de 1916. J'avais toujours pensé qu'il s'agissait soit de paroles dans une langue d'Afrique, soit d'un langage inventé. Le langage est inventé, certes, mais par Ball, pour l'un des ses "poèmes sonores", Gadgi beri bimba. Ce n'est pas par inattention que nous avons loupé cette information. Certes, "H. Ball" est bien crédité sur l'étiquette du rond central après "D. Byrne" et "B. Eno", mais c'est tout et c'est le service minimum. Comme les paroles sont reproduites sur la pochette intérieure, ça n'aurait pas coûté grand chose d'indiquer en référence le titre du poème qui les a inspirées et le nom complet de son auteur.
Côté musique, l'idée initiale pour I zimbra était apparemment de faire un hybride de highlife et de disco. Au bout du compte, on n'entend pas vraiment le côté disco, mais l'aspect musique africaine est bien présent. Il est clair que c'est précisément cette chanson qui annonce assez bien l'évolution du groupe qui aboutira à l'album suivant, Remain in light. Certains éléments se retrouveront également plus tard chez Tom Tom Club, et surtout, on a l'impression d'entendre ici en germe tout le son de Vampire Weekend à ses débuts.
Il y a plein d'invités sur ce titre, dont aux congas un certain Gene Wilder, pas l'acteur mais un musicien de rue invité par le groupe à les rejoindre, et une Ari, qui serait Ari Up des Slits. Robert Fripp intervient aussi avec une partie de guitare traitée aux Frippertronics (Musicalement, Fripp c'est rarement ma tasse de thé, mais comme beaucoup j'ai découvert son humour depuis le début de la pandémie de COVID avec les reprises qu'il enregistre chaque dimanche avec son épouse la chanteuse Toyah. La dernière en date, Can your pussy do the dog ? des Cramps, vaut son pesant de cacahuètes).
La version originale d'I zimbra de trois minutes est parfaite. On trouve sur YouTube une version longue qui serait une version remixée d'époque inédite. Pas sûr que ça soit pas juste un bidouillage de fan, mais ça fonctionne très bien aussi avec une durée doublée ! Et sur le double live The name of this band is Talking Heads, la version live de novembre 1980 est pas mal accélérée.

En face B, on trouve un autre extrait de Fear of music, Air, l'une des nombreuses chansons de l'album avec un seul mot pour titre. Elle est marquée par des chœurs féminins très aériens, si j'ose dire, crédités à The Sweetbreathes, soit Tina Weymouth et deux de sœurs.
Pour la musique, David Byrne explique à son propos dans l'émission South Bank show qu'on peut voir ci-dessous: "J'ai écouté beaucoup de Kurt Weill récemment. Une de mes ambitions était d'écrire ce genre de mélodies que je trouve très obsédante. Je ne crois pas avoir complètement réussi, mais je crois m'en être un peu approché. Je voulais écrire une chanson triste qui ne décrit pas d'une relation amoureuse. Pour moi, elle décrit comment on se sent quand on se sent très triste."
Les paroles sont à la fois simples, marquantes et énigmatiques (donc bonnes !) : l'air peut blesser et la peau avoir besoin de s'en protéger.
A l'excellente version de l'album, je crois que je préfère encore la version "de répétition" qu'on entend dans The South Bank show, qui est un peu plus rapide, avec un solo de guitare bien plus tranchant. Il y a aussi une version live de 1979 sur The name of this band is Talking Heads (A ce sujet, j'ai été impressionné par le nombre de concerts donnés par Talking Heads de 1977 à 1979).


Talking Heads, documentaire de l'émission South Bank show, filmé en août 1979, diffusé le 23 décembre 1979. Air commence à 23'10.


Talking Heads, I zimbra, en concert au Westfalenhalle à Dortmund le 20 décembre 1980, diffusé dans l'émission RockPop.




L'affiche promotionnelle pour Fear of music utilisée pour la pochette du 45 tours français. Le carroyage vert ajouté dessus rappelle plutôt la pochette de More songs about buildings and food.