20 mai 2023

RICKY SHAYNE : Mamy blue


Acquis chez Récup'R à Dizy le 14 janvier 2023
Réf : SG 331 -- Édité par Disc'AZ en France en 1971
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Mamy blue -/- I've got it all

Si je me souviens avoir été marqué quand je me suis rendu compte que Le sous-marin vert des Compagnons de la Chanson et le Yellow submarine des Beatles étaient la même chanson, je crois que c'est vraiment avec Mamy blue que j'ai eu la démonstration qu'il pouvait y avoir plusieurs enregistrements d'une même chanson, et dans des langues différentes.
Il faut dire que c'est un cas particulier : en 1971, cette chanson a donné deux énormes tubes en même temps à deux chanteurs, Joël Daydé dans une version en anglais et Nicoletta dans une version en français. Et ces versions étaient complémentaires plus que concurrentes, puisque les deux ont eu du succès et surtout, fait étonnant, elles ont été sorties par la même maison de disques, Riviera !

C'est déjà assez compliqué comme ça, mais à l'époque je ne connaissais pas la genèse complète de la chanson, qui a été dévoilée depuis. On la trouve racontée un peu partout, mais chez Histoire des Chansons c'est raconté clairement, avec les vidéos qui vont bien pour illustrer le propos.

C'est Hubert Giraud (1920-2016) qui est l'auteur de la chanson. L'inspiration lui serait venue au printemps 1970 alors qu'il était coincé dans un embouteillage à Paris.
Par je ne sais quels méandres, c'est en Italie et en italien (paroles d'Herbert Pagani) que sort la première version de Mamy blue, interprétée par Ivana Spagna (qui aura de grands succès dans les années 1980 sous le seul nom de Spagna).
C'est là qu'on commence à se rendre compte que l'histoire de Mamy blue est une histoire européenne, puisqu'ensuite Phil Trim, du groupe espagnol Pop-Tops, l'adapte en anglais et la sort au printemps 1971. L'édition française du 45 tours proclame aussi fièrement que faussement qu'il s'agit de la "Version originale"...

Sentant qu'un gros filon est en train de leur glisser entre les doigts, Giraud et le label Barclay/Riviera commissionnent deux nouvelles versions. A Londres, à l'Olympic Sound Studio et avec son chant à la Joe Cocker, Daydé l'enregistre en anglais, en conservant les paroles de Phil Trim. La pochette du 45 tours proclame aussi fièrement que faussement qu'il s'agit de la "Version originale"...! En parallèle, Nicoletta enregistre la chanson en français sous la direction musicale d'Ivan Jullien. Je note que Phil Trim est crédité pour les paroles : peut-être que les paroles ont été en partie retraduites en français à partir de la version anglaise ?

Toujours en 1971, il y a aussi eu une version en italien par Dalida, qui a eu un certain succès. Mais les deux versions les plus populaires et celles qui ont toujours compté pour moi sont celles de Daydé et Nicoletta.
Mais quand même, j'ai été intrigué quand je suis tombé au début de l'année sur ce 45 tours de Ricky Shayne que je ne connaissais pas du tout. Cette fois-ci la pochette proclame haut et fort qu'il s'agit ENFIN de la VERSION DÉFINITIVE de Mamy blue. Et si la pochette le dit, c'est que ça doit être vrai ! Faut dire que, vue la concurrence, il était difficile de prétendre que c'était une nouvelle "version originale".
Le disque n'a pas dû se vendre beaucoup chez nous, mais il a quand même eu droit à une autre pochette légèrement différente, qui comporte aussi la mention de la version définitive.

Si Mamy blue a fait le tour de l'Europe en 1971, Ricky Shayne a lui fait le tour du monde : Il est né au Caire d'un père français et d'une mère libanaise. Il a vécu en au Liban, en France, en Italie, en Allemagne, aux États-Unis... En tant que chanteur, c'est surtout en Allemagne qu'il a eu du succès. Il a aussi été acteur, commerçant et est artiste peintre !

Je ne dirais pas qu'elle est définitive, mais sa version de Mamy blue est de bonne tenue. C'est elle qui se rapproche le plus de l'interprétation de Daydé, il me semble. Elle est en anglais sur le 45 tours mais il l'a aussi chantée en allemand.

Je n'irais pas prétendre que c'est une pépite cachée, mais la face B, You've got it all, dans un style de rhythm and blues léger, est elle aussi tout à fait correcte.

Définitives ou pas, il y a des dizaines d'autres versions de Mamy blue. Wikipedia en mentionne même une par Joe Cocker, mais elle n'est pas dans Discogs et, quand on essaie de l'écouter sur YouTube, c'est en fait la version Daydé qu'on entend ! Pour ma part, je vous en ai sélectionné juste une autre, celle reggae d'Horace Andy, sortie en 1972 single et sur l'album Skylarking.


Ricky Shayne, Mamy blue, dans l'émission ZDF Disco du 11 décembre 1971.


Ricky Shayne, Mamy blue, dans l'émission Ein Kessel Buntes du 29 janvier 1972.

14 mai 2023

TOM NOVEMBRE : Dépêche-toi


Acquis par correspondance chez Momox en avril 2023
Réf : 884 103-7 -- Édité par Philips en France en 1985
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Dépêche-toi -/- Silhouettes anonymes

Je me suis intéressé à Charlélie Couture au moment de la sortie de Pochette surprise, ce qui fait que je suis allé l'écouter deux fois en concert en six mois, fin 1981 au Grand Théâtre de Reims et au printemps 1982 à Châlons.
Pour ce qui est de son frère Tom Novembre, j'ai vu passer toute la publicité autour de son premier album Version pour doublage fin 1982, j'ai dû entendre à un moment ou un autre le 45 tours Je cherche mon scoubidou, mais je n'ai pas creusé plus. Je n'ai donc pas cherché à le voir sur scène quand il est passé une première fois à Reims (à la salle des Cordeliers il me semble me souvenir, salle qui aujourd'hui est devenue un garage automobile...), puis une seconde au Grand Théâtre en 1984. Par contre, je n'ai pas manqué son spectacle à Reims le 25 mars 1987, à nouveau au Grand-Théâtre). Il faut dire qu'entre-temps je m'étais procuré la cassette du deuxième album Toile cirée et j'avais écouté et pas mal diffusé sur RFM 93 le troisième, L'insecte.

Un peu à la manière de Lewis Furey, Tom Novembre ne se contentait pas de faire des concerts, il proposait des spectacles, où il était le plus souvent seul en scène, avec un titre, un minimum de mise en scène, un fil rouge scénaristique entre les chansons, ponctuées de monologues et de sketches. Le spectacle que j'ai vu en 1987 était sûrement Le cocktail de Sergio, qui devait incorporer une bonne partie des chansons de L'insecte.

Sur cet album, ce que j'ai le plus écouté et passé dans mes émissions à l'époque, ce sont les intermèdes qui doivent être directement tirés du spectacle : Tout ce qui est rare est cher, Je veux bien qu'on me prenne pour un guignol, Écoute-moi bien p'tit gars façon Gabin et surtout la fausse bande annonce de western Djimbo, qu'on a pu entendre pendant des années dans les programmations musicales de nuit de Radio Primitive.

Ce faisant, j'ai sûrement négligé les belles chansons de cet album, à commencer par Dépêche-toi, le premier 45 tours qui en a été extrait (le deuxième fût Les nains de 1m80; je ne les ai quasiment jamais vus, je pense qu'ils ont été très peu diffusés).
Dépêche-toi est une ballade, tout comme le tube de Charlélie Comme un avion sans aile. C'est une chanson de rupture, qui décrit le moment même de la séparation. Et comme souvent, tout est très confus dans ces moments-là : c'est elle qui voulait partir, mais c'est lui qui fait sa valise et la quitte. Une grande réussite.

La face B, Silhouettes anonymes, avec son style légèrement funky, figure aussi sur l'album. Elle fait partie de ces chansons de Tom Novembre qui associent énumérations et observations.

Après L'insecte, le parcours d'acteur de Tom Novembre a pris le pas sur ses activités de chanteur. C'est qu'en 2002 qu'il a sorti un quatrième album, Le pion. Je l'avais emprunté à la médiathèque, mais j'avais été déçu à son écoute. Quant à André..., l'album de reprises de Bourvil de 2006, c'était un bel hommage, mais qui m'aurait sans doute plus intéressé sur scène que sur disque.

On peut écouter intégralement sur YouTube la double compilation TOMe 1 TOMe 2, qui reprend l'intégralité des trois premiers albums de Tom Novembre.

06 mai 2023

STANLEY BRINKS : BC


Acquis par correspondance chez Stanley Brinks en avril 2023
Réf : [sans] -- Édité par RadBab en Allemagne en 2023
Support : CD 12 cm
12 titres

C'est une colonne dans le n° 11 du fanzine Groupie qui m'a alerté sur l'existence d'une chanson en français de Stanley Brinks. Un événement qui m'a suffisamment marqué pour que cette chanson, Marionnettes, donne son titre à ma dernière compilation en date, et joue un rôle dans ma balade du Bandcamp d'avril pour le webzine Casbah.

Marionnettes est tiré d'un album sorti en janvier, Bc, disponible en numérique sur Bandcamp. Pour avoir un CD (gravé), on peut, comme indiqué sur Facebook, passer commande directement par mél. Ce que j'ai fait, en ajoutant pour l'occasion l'album sorti en février, Taf-taf (Stanley Brinks reste très prolifique, avec au moins 44 albums sortis depuis 2006 !). Ça permet d'avoir un objet, avec sa pochette imprimée en noir sur papier couleur, comme toutes ses sorties, et même un petit livret avec les paroles.

Guillaume Delcourt, qui a chroniqué les deux albums pour PopNews, a une préférence pour Taf-taf. Pour ma part, ce serait plutôt l'inverse, mais j'apprécie de toute façon les deux disques.

Même si c'est un CD, je note que cet album conserve une face A et une face B. Stanley y joue de tous les instruments, de la guitare au saxophone, en passant par le violon et les sifflets, à l'exception de la batterie et de l'accordéon. Il est accompagné par une petite équipe de choristes.

Renaud de Groupie m'a fait remarquer que Marionnettes n'est pas la première chanson en français de Stanley. Il y en a plusieurs sur l'album Vieilles caniques et nouvelles caniques de 2017, dont En Rhénanie-Palatine, qui musicalement a un certain cousinage avec Les Marionnettes, il me semble.
J'ai trouvé que les paroles de Les marionnettes ("On nous enfile par tous les trous. Les marionnettes c'est nous. Le capital, le parti, kif-kif. Y s'en branlent de la queue au pif qu'on s'écrase et reste en-dessous.") étaient parfaitement dans l'air du temps du climat social en France ce premier trimestre 2023. En fait, comme celles d'autres chansons de l'album (One civilization, Trouble in my bubble, Nuts, Todos quieren ser polis), elles sont inspirées par les suites de la pandémie de Covid. Le titre complet de l'album, Bar Cafétéria si on en croit la pochette, fait peut-être référence à ces lieux fermés pendant les confinements, où l'on ne pouvait ni se retrouver ni encore moins jouer en concert.

Outre Les marionnettes, j'ai quelques chansons préférées sur l'album : I'm in love with you tonight, Nuts, Trouble in my bubble, One civilization et Make the most of what you've got.

Très souvent à l'écoute de l'album, j'ai pensé à Jonathan Richman, pas tant pour des comparaisons musicales, mais parce qu'ils semblent avoir une démarche similaire sur plusieurs points : les chœurs féminins qui répètent des phrases comme avec les Modern Lovers des années 1980, les inspirations musicales culturellement variées, la chanson en espagnol, les tournées fréquentes dans une configuration minimale...

Je vais essayer de suivre d'un peu plus près les productions de Stanley Brinks, et j'espère bientôt trouver enfin l'occasion d'assister à l'un de ses nombreux concerts.



29 avril 2023

AFRO-SUCCÈS : Ce n'est pas difficile


Offert par Philippe R. à Saint-Nazaire le 5 mars 2023
Réf : SAF 1653 -- Édité par Sonafric en France en 1974
Support : 45 tours 17 cm
Titres : AFRO-SUCCÈS : Ce n'est pas difficile -/- Tawole messam CHICAGO : Jenny

Après le Yin Dikan, voici un autre des quatre disques que Philippe m'a offerts le mois dernier.

La pochette est assez quelconque, mais elle est néanmoins intéressante.
D'abord au recto parce qu'une étiquette autocollante a été ajoutée, celle du disquaire qui a vendu ce 45 tours initialement. Et ce qui est surprenant, c'est que ce disquaire de Bordeaux, les Etablissements Le Limousin, se spécialisait dans les disques "africains & typiques", en gros et au détail. Une boite de ce type à Paris, ça ne m'aurait pas surpris. Mais à Bordeaux ? Je n'aurais pas pensé qu'il y avait un marché suffisamment développé dans la région pour faire vivre un tel disquaire. Je n'ai pas trouvé d'informations détaillées sur Le Limousin, juste une mention par Florent Mazzoleni, bordelais et spécialiste entre autres des musiques africaines. Dans un entretien avec Africultures en 2010, il indiquait : "À Bordeaux, Le Limousin, qui existe toujours, avait à l’époque un catalogue afro impressionnant, essentiellement vendu aux immigrés africains.". Sans surprise, la boutique n'existe plus en 2023.
Je m'interroge toujours à propos des disques comme celui-ci : c'est clairement une édition française, mais à quel marché était-elle destinée ? J'imagine que la partie du stock qui se vendait en France, principalement aux communautés immigrées, était minoritaire et que le plus gros était distribué en Afrique. Quand on voit le nombre délirant de disques édités dans les années 1970, on se dit bien que tous ne se trouvaient pas par chez nous à tous les coins de rue. Sinon, on en chinerait encore plus souvent...
En parlant de ça, le verso de la pochette est lui aussi intéressant. On a un rappel du catalogue Sonafric, un petit label je dirais, rien à voir avec African ou Pathé. Et pourtant, c'est alléchant ! Des disques de Samuel Same ou Toto Guillaume avec les Black Styl, Zozo Charmant, Sam Fanthomas et les Tigres Noirs, Jean-Marie Fongou et les Blousons Noirs, Ella Nablond et l'Eko Jazz Band, Freddy de Mi Amor et le Vedette Jazz ? Il n'y avait rien de tout ça chez Philippe, le petit joueur !
Il y a même une face B, Samy na Cathy n° 3 de Samba Mascott, qui doit être une suite par un de ses membres de mon 45 tours des Bantous de la Capitale.

Je ne connaissais pas l'Orchestre Afro-Succès, mais je connais bien son directeur, Hilarion Nguema, pour ses succès des années 1980, Crise économique et SIDA, que j'ai achetés à l'époque. Mais je n'avais aucune idée du parcours qui l'avait amené là, et qui remonte au début des années 1960.

Mon exemplaire du 45 tours est en parfait état, et pourtant le son de Ce n'est pas difficile est assez pourri. Le problème doit se situer au niveau de la mastérisation ou de la gravure, car la version sur YouTube soufre des mêmes problèmes. Cette excellente chanson, une rumba, est devenue l'un des classiques d'Hilarion Nguema. Il y a un son de basse impressionnant, plein de réverbération je pense, et des  cuivres en plus des guitares dans la partie instrumentale. La thématique ("Ce n'est pas difficile, si tu veux m'embrasser, ce n'est pas compliqué si tu veux me parler, allo, allo, tu peux me téléphoner") rappelle celle de Téléphonista de Keita Fodeba ou, dans un autre style, Ton numéro par Le Bâtiment.
Il existe au moins une reprise de Ce n'est pas difficile, par Georges Seba en 1986, avec une production complètement d'époque. Je préfère la version originale...

J'ai été un peu surpris et déçu à l'écoute de la face B du 45 tours. Le chanteur n'était pas le même, mais ça c'est possible dans un Orchestre, mais surtout musicalement ça n'avait rien à voir. Rien de vraiment africain, plutôt un son au goût du jour dans les années 1970 outre-Atlantique, une sorte de rock-soul-funk.
Pourquoi pas, mais j'ai tiqué quand j'ai repris le disque et quand j'ai vu que Tawole messam était censé être dans le style Assiko madzona. Or, l'Assiko est un style musical africain traditionnel.
J'ai donc cherché à écouter Tawolo messam en ligne, et effectivement ça n'avait rien à voir avec la face B du disque. Le pressage est tout aussi pourri, mais on est bien dans le même esprit qu'avec Ce n'est pas difficile, et c'est bien mieux que ce que je venais d'écouter.
Grâce à une technologie furieusement moderne (Shazam), il ne m'a pas fallu trois secondes pour apprendre que le titre qui est gravé sur la face B est en fait Jenny par le célèbre groupe américain Chicago, un titre de leur album Chicago VI de 1973...!!
En examinant les numéros de matrice, on comprend ce qui s'est passé : quelqu'un au moment de la fabrication a merdé et a pris la matrice "CBS 1653 B", qui correspond à Jenny en face B du 45 tours Feelin' stronger every day, au lieu de la matrice "SAF 1653B", qui aurait été celle de Tawole messam. Philippe avait un titre "tardif" de Chicago chez lui et il ne s'en doutait pas...!

A 80 ans, Hilarion Nguema a encore joué en concert l'an dernier à l'occasion de la Fête de la Musique, et à la même période un hommage lui a été rendu avec une conférence.


Dans cet acte 1 du documentaire L'épopée de la musique gabonaise, un entretien avec Hilarion débute à 33'19. On l'y entend fugacement chanter deux versions de Ce n'est pas difficile.

22 avril 2023

PIERRE DAC ET ANNE-MARIE CARRIERE : Bon sens ne peut mentir


Acquis chez Récup'R à Dizy le 1er avril 2023
Réf : [sans] -- Edité par Isorel en France dans les années 1960 -- Offert par Isorel
Support : 45 tours 17 cm
Titre : Bon sens ne peut mentir

Ce jour-là, il y avait visiblement eu un arrivage dans le petit rayon de 45 tours à 10 centimes de la ressourcerie. A tel point que j'ai trouvé une dizaine de disques.
Celui-ci, quand je suis tombé dessus je ne pensais pas l'acheter, mais je m'y suis intéressé car je ne l'avais jamais vu, et aussi parce que l'association Anne-Marie Carrière / Pierre Dac était surprenante. De Pierre Dac, le seul disque qu'on voit très régulièrement est Le Sâr Rabindranath Duval, en 45 tours ou en album (excellent, particulièrement cette version à la télé de 1956, avec les fous rires du duo).
Quand je m'en suis saisi pour essayer d'en savoir plus, j'ai tout de suite senti que le contenu de la pochette était anormalement épais. J'ai pensé qu'il y avait deux 45 tours au lieu d'un dans la pochette, ce qui arrive assez souvent. Mais non, je venais bel et bien de mettre la main sur mon premier disque en bois ! Et même si je l'ai trouvé un 1er avril, je vous promets que ce n'est pas une blague à retardement.

Je dis "en bois", mais c'est un raccourci puisque que ce disque vise à faire la promotion de l'un des produits de la société Isorel, le panneau de fibres de bois Biplac.
Quelques explications nous sont données au verso de la pochette, avec aussi trois dessins humoristiques de Claude Verrier, illustrateur dans les années 1950 de la rubrique Linette et Linotte dans le magazine Mireille. On apprend donc que le panneau Biplac, c'est de l'Isorel avec une surface dure, lisse et vernie, "le seul panneau de fibres à deux faces lisses", comme le dit Pierre Dac sur le disque.

On nous explique que le panneau a été gravé sous une pression de 75 kg/cm² avec une tolérance permise d'1/20e de mm. Ce qui est étonnant quand on examine la seule face gravée du disque, c'est qu'on n'a pas l'impression que c'est le panneau de bois lui-même qui a été gravé, mais une fine pellicule de plastique (comme un disque souple très fin), qui aurait été collée sur le Biplac, et qui s'est d'ailleurs en partie décollée depuis, ce qui fait des cloques.

En fonction de tous ces éléments, je ne pensais pas que le disque allait être écoutable du tout. J'ai quand même fait un essai sur un vieil électrophone et, miracle de la technique !, ça a fonctionné. En partie du moins, puisque le début du sketch de Pierre Dac et Anne-Marie Carrière Bon sens ne peut mentir passe à peu près bien, mais par la suite c'est de moins en moins compréhensible et à la fin le saphir saute de plus en plus.

Pour cette prestation publicitaire, Pierre Dac a recyclé le titre et quelques éléments de l'un de ses vieux sketches, qui a été suffisamment marquant pour faire l'objet d'une édition en 25 cm en 1953. Pour l'occasion, Les Marrants (Dac, Léo Campion et et Marcel Celmas) ont fait durer Bon sens ne peut mentir presque une demi-heure. On peut écouter en ligne la face A et la face B.

J'ai connu Anne-Marie Carrière dans le jeu télévisé Le Francophonissime. Dans les débuts, j'étais fasciné par le moment où, quand un candidat était éliminé, on peignait au blanc un croix sur la vitre qui était devant lui. Je ne suis pas surpris de la trouver ici à faire de la pub. Elle a fait plusieurs disques de ce genre, notamment avec son compère du Francophonissime Jean Valton (qui lui en a carrément fait des dizaines).

Je me sens un lien particulier avec Pierre Dac car nous partageons la distinction d'être nés à Châlons-sur-Marne. Mais lui n'y a vécu que jusqu'à trois ans, quand ses parents se sont installés à Paris. Je l'ai surtout connu par le sketch Le Sâr Rabindranath Duval avec Francis Blanche. Ce n'est que plus tard que j'ai entendu parler de L'os à moelle et de Signé Furax, ainsi que de son activité à Radio Londres pendant la guerre.
Lui, je suis un peu étonné de le retrouver à faire un "ménage" de ce type à cette époque, probablement dans la première moitié des années 1960. C'est apparemment le seul disque publicitaire auquel il a participé.

Mon exemplaire du disque a pu être envoyé à n'importe quel client d'Isorel, mais je pense que ce n'est pas une coïncidence si l'endroit où je me le suis procuré se situe à quelques centaines de mètres seulement de l'usine de panneaux de bois Leroy de Magenta, qui a fait partie du groupe Isoroy.

En musique, on parle souvent de disques d'or. C'est un peu surfait. Les artistes se battront peut-être bientôt pour obtenir un disque de bois. Du bois, oui, mais du Biplac !

A écouter :
Pierre Dac et Anne-Marie Carrière : Bon sens ne peut mentir




16 avril 2023

THE CHAMBERS BROTHERS : Are you ready


Acquis à la bourse BD Disques d’Épernay le 5 février 2023
Réf : 4098 -- Édité par CBS en France en 1968
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Are you ready -/- You got the power to turn me on

Dans les bourses aux disques les prix ont de plus en plus tendance à  confiner au délirant mais, mine de rien, en fouillant attentivement les bacs à prix fixe, j'ai quand même réussi repartir de la bourse d’Épernay cette année avec huit 45t à 1 € et deux 33t à 2 €, achetés à cinq ou six vendeurs différents. Pas si mal.

J'ai découvert les Chambers Brothers il y a cinq ans avec leur titre le plus connu, Time has come today, sur la compilation International Pop Hits 1968. Depuis, j'ai trouvé l'an dernier leur 45 tours reprise d'Otis Redding I can't turn you loose, et j'ai pris celui-ci pour compléter ma collection naissante.
Je ne m'attendais à rien de spécial, un 45 tours extrait d'un album, comme souvent chez CBS, mais j'ai été agréablement surpris puisque 1) la face A du 45 tours est un titre hors album, 2) cette face A est puissante et sauvage et 3), c'est ce qui m'a le plus étonné, j'ai été incapable de trouver cette face A en écoute en ligne.

L'histoire discographique de la chanson Are you ready est un peu compliquée.
A l'origine, il y a le deuxième 45 tours extrait de l'album A new time - A new day de 1968, après I can't turn you loose justement. Sa face A est You got the power to turn me on et la face B est un titre précédemment inédit, sûrement issu des sessions de l'album (c'est le même producteur, Tim O' Brien). Cette face B, c'est Are you ready et elle dure 3'35.
C'est un phénomène qui n'est pas si rare : partout où ce single a été édité ailleurs qu'en Amérique, les faces ont été inversées et c'est Are you ready qui est devenue la face A.

En 1971, The Chambers Brothers ont réenregistré Are you ready pour leur album New generationCette version qui ouvre l'album est produite par le groupe lui-même et elle dure 3'47. C'est cette version qu'on trouve assez facilement en ligne.
On trouve aussi une version de 2'40, présentée dans un Best of comme étant la version single mono, mais c'est en fait la version de 1971 raccourcie de la partie instrumentale finale, pas la version single de 1968.

Bon, écoutons cette version d'Are you ready de mon 45 tours. Impressionnant. En intro, le riff de guitare est plutôt stonien. Par la suite, l'ambiance est carrément hendrixienne, avec un gros groove, toujours de la guitare électrique, bien sûr, des breaks avec des chœurs, et, ce qui m'a le plus marqué, un chant impressionnant de puissance, souvent presque un cri musical.
De ce que j'ai pu comprendre des paroles, c'est un appel au peuple pour passer de la piste de danse à la rue, un appel à la fraternité et à la solidarité pour défendre ses droits et se libérer. Un sujet éternel et parfaitement d'actualité par chez nous ces temps-ci.
La version album de 1971 d'Are you ready n'est pas mal du tout, mais elle est moins sauvage, avec moins de paroles et des plans jazz-funk.

La face B, You got the power to turn me on, est donc l'une des chansons qui a été préférée à Are you ready pour figurer sur l'album A new time - A new day. Elle est assez bluesie, plutôt lente, avec harmonica et tout. Pas mauvaise, mais si on m'avait demandé mon avis, c'est sans hésitation celle-là que j'aurais écartée de l'album plutôt qu'Are you ready !

Dans la salle à Épernay, il y avait des centaines de disques bien plus chers et bien moins bons que celui-ci. Je suis bien content d'avoir débusqué cette pépite brûlante et bruyante.

A écouter :
THE CHAMBERS BROTHERS : Are you ready



The Chambers Brothers, Are you ready, dans l'émission The Smothers Brothers Show en 1969.
C'est un arrangement très proche, mais c'est bien une version différente de celle du single, un peu moins folle.