07 octobre 2018

FOLKLORE TAÏTIEN


Offert par Philippe R. à Nantes le 14 août 2018
Réf : MA 101 à MA 106 -- Édité par Mareva en France en 1949
Support : 6 x 78 tours 25 cm
15 titres

Il y a quelques années, Philippe était sur une broc à Nantes, où quelqu'un venait de déballer des caisses de disques visiblement très intéressantes puisque tous les habituels requins locaux s'affairaient fiévreusement autour.
Philippe les a laissés se battre pour tout ce qui ressemblait de près ou de loin à du rock années 1960 susceptible de se revendre avant de s'approcher de la caisse enfin libre, par acquît de conscience, en pensant n'y trouver que de la drouille. Et il en a tiré cette pépite, superbement ignorée par les pros du disque.
Il s'agit d'un album, au sens propre du terme, c'est à dire une reliure qui contient six 78 tours enregistrés à la toute fin des années 1940 à Tahiti et plus largement en Océanie française.
Comme Philippe n'a pas chez lui de quoi écouter ces disques, et comme il savait que j'aime beaucoup cette musique, il m'a fait cadeau cet été de ce superbe objet, un trésor patenté puisque l'exemplaire conservé à la bibliothèque de l'Université de la Polynésie française vaut à cet album d'être recensé parmi les Trésors des bibliothèques de l'enseignement supérieur.
Nous devons Folklore taïtien (orthographié Folklore tahitien sur la tranche) à Adolphe Sylvain et Marc Darnois, qui ont collecté ces enregistrements sur les différentes îles de l'Océanie et les ont publiés sur leur label Disques Mareva, une maison qui n'a pas dû exister longtemps mais qui a dû ouvrir la voix pour le Tiare Tahiti du fameux Gaston Guilbert.
Je ne connaissais pas Marc Darnois, mais Sylvain, si. Il est surtout réputé pour ses photographies, qu'on a retrouvé sur des posters dans toutes les années 1970, mais aussi et surtout sur un bon paquet de pochettes de disques. Dans un reportage de Dominique Charnay publié initialement en 1981 dans la revue Le photographe, on découvre le détail de son parcours, qui commence avec la guerre, comme conducteur de char de la 2e D.B., avec déjà son Rolleiflex sur la poitrine. Pour la 2e D.B., la guerre ne s'est pas arrêtée avec l'Armistice de mai 1945. Elle s'est poursuivie en Indochine jusqu'à sa dissolution le 31 mars 1946.
C'est à son retour sur l'aviso Lagrandière que Sylvain a fait étape à Tahiti, en octobre 1946. Il y est resté 35 ans, après un double coup de foudre, pour le pays et pour la femme qu'il épousera.
L'album est introduit par quelques lignes signées du Docteur P. Cassiau. Je n'ai trouvé aucune information biographique sur lui, mais il est assez important à Tahiti pour que son nom ait été donné à une rue de Papeete.
Voici des extraits de son introduction : "Ces disques ne sont pas "commerciaux" mais ils ont le grand mérite d'être "vrais". Sylvain et Darnois n'ont pas adopté la solution facile qui consiste à grouper des éléments de passage et les enregistrer en "arrangeant" les airs. Ces deux artistes sont allés avec leur micro dans chaque île de notre Océanie Française pour "recueillir" dans une ambiance vraie, dans leur cadre familier, au milieu de fêtes traditionnelles les meilleures, les plus diverses musiques. (...) C'est un album à acheter et à conserver soigneusement dans sa discothèque. Plus tard, c'est avec mélancolie que nous ferons chanter ces cires en pensant au temps où  Tahiti était encore Tahiti."
Plus tard, c'est par exemple maintenant, et ce sont bien ces cires originales qu'il faut faire chanter (ou en écouter leur copie MP3) car je crois que ces enregistrements n'ont jamais été réédités depuis. Il s'agit effectivement de collecte, pas d'enregistrements "commerciaux", mais ces titres, pour une bonne partie, auraient pu sortir tels quels chez Gaston Guilbert ou Yves Roché.
Des titres, il y en 15 sur 12 faces, avec un procédé technique particulier pour les séparer l'un de l'autre quand il y en a plusieurs par face : entre deux titres, il y a un sillon sans fin, comme celui qui se trouve habituellement en fin de face. Du coup, il faut soulever le bras de lecture pour passer au titre suivant. Je ne crois pas avoir déjà rencontré ça. Ce n'est peut-être pas très pratique pour l'auditeur, mais c'est simple et efficace pour vraiment diviser des faces, et je suis surpris que ce procédé n'ait pas été employé plus souvent.
L'ensemble s'appelle Folklore taïtien, mais il n'y a en fait qu'un seul titre enregistré à Tahiti même, le très bon Tahiti nui. Pour le reste, ce sont dans l'ensemble les chansons de l'archipel des Tuamotu qui me plaisent le plus, notamment Pico pico (la chanson commence à 1'22 sur le MP3), l'une des deux seules pour lesquelles une artiste est créditée, Erena. Il y a aussi Tangi tika, Ana e, Tamure, Te matangi et Te manu, le "chant des amoureux regagnant leurs cases à l'heure où les coqs chantent", qui m'a évoqué le blues à la première écoute.
Pour le reste, il y a notamment deux chants d'adieu Himene tarava différents et mon préféré est celui de Tubuai.
Merci donc à Philippe, qui avec ce trésor m'a permis de faire un beau voyage, dans le temps, dans la musique et dans l'histoire de l'enregistrement sonore.

L'intégralité de l'album Folklore taïtien est disponible en MP3 sur Ana'ite, la bibliothèque numérique scientifique polynésienne.


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