15 février 2015

THE FLYING LIZARDS : Money


Acquis à La Trocante à Nantes dans les années 1990
Réf : 2141 226 -- Edité par Virgin en France en 1979
Support : 45 tours 30 cm
Titres : Money -- Money B -/- Summertime blues -- All guitars

Ce jour-là, nous avions fait étape pour l'après-midi à Nantes pendant nos vacances - probablement l'une de mes premières visites dans cette ville - et à un moment, nous avons aperçu de l'autre côté de la Loire l'enseigne de La Trocante (qui était alors là où, de nos jours, on peut voir un éléphant mécanique se promener). Je n'ai pas regretté d'avoir traversé le pont : j'en suis revenu avec deux excellents maxi-45 tours, le pressage belge de Psycho killer et celui-ci des Flying Lizards.
A l'époque, c'est Polydor qui distribuait Virgin en France et le label était loin de sortir chez nous l'intégralité de la production pléthorique du label anglais, notamment les singles. Parfois, ils essayaient de rattraper le coup avec une sortie ultérieure. Ainsi, Life begins at the hop d'XTC n'est pas sorti en France, mais a été mis sur la face B de Making plans for Nigel. C'est exactement ce qui s'est passé avec les deux premiers 45 tours des Flying Lizards. Polydor n'a pas sorti Summertime blues fin 1978, mais a fait une édition couplée en le mettant en face B de Money à la mi-1979.
Autant l'édition en 45 tours de Money s'est très bien vendue en France, comme dans de nombreux pays du monde, et est donc très courante, autant ce maxi 45 tours a dû peu se vendre et se trouve rarement.
Pour le coup, Polydor, disposant de plus de place, ne s'est pas planté. Il n'y avait pas de modèle anglais car aucun maxi de Money n'est sorti dans ce pays alors, pour allonger la sauce, Polydor a simplement compilé les quatre titres des deux 45 tours anglais. Ce qui est très bien, c'est qu'ils ont privilégié pour le recto de la pochette celle originale de Summertime blues, une véritable œuvre d'art à elle seule, avec ses bandes bleues et jaunes et sa photo au lait renversé de Richard Rayner-Canham, qui pré-date et vaut largement le Milk de Jeff Wall, exposé dans les musées d'art contemporain du monde entier. Je n'ai pas trouvé beaucoup d'infos sur Richard Rayner-Canham, mais j'ai appris qu'il était l'auteur de la fameuse photo d'Hermine mettant des 45 tours au lave-vaisselle sur la pochette de The world on my plates. Il a aussi fait une petite photo d'Alig et Dominique de Family Fodder qu'on trouve au dos de l'édition originale de Savoir faire.
David Cunningham présentait son projet Flying Lizards comme un groupe de rock conceptuel à la composition flottante faisant dans la "low technology". Son premier enregistrement, la reprise de Summertime blues d'Eddie Cochran, date de 1976. Il a dû faire la musique entièrement tout seul et a fait appel à Deborah Evans-Stickland, une collègue étudiante de l'école d'arts de Maidstone, pour le chant. Malgré de nombreuses démarches, Cunningham a dû attendre fin 1978 pour qu'un label, Virgin, accepte de sortir son enregistrement.
Les bases du style Flying Lizards sont d'ores et déjà posées : la chanson originale a été disséquée et seuls quelques-uns des éléments essentiels ont été utilisés pour élaborer une version minimale, sur laquelle Deborah Evans pose sa voix, parlée plutôt que chantée et la plus distanciée possible. Pour moi qui connaissait surtout cette chanson dans sa version La fille de l'été dernier, ce fut un choc plaisant, digne de celui causé par Devo avec (I can't get me no) Satisfaction.
En face B, All guitars est un instrumental assez expérimental qui contient beaucoup de guitares, certes, mais aussi d'autres instruments (au moins un métronome ou une boite à rythmes en tout cas), contrairement à ce que le titre peut laisser penser. Cunningham parsèmera ses faces B avec ce genre de titres, qui constituent également une bonne part des deux premiers albums des Flying Lizards.
Summertime blues a connu un succès d'estime, mais Money a été un tube mondial assez inattendu. Si les deux reprises suivent la même recette, en les écoutant à la suite aujourd'hui, on sent bien que Money a quelque chose de plus, du groove et de la pêche notamment, et aussi des choeurs forts à propos. A cause notamment du piano "préparé", il me semble que c'est plutôt la version originale de Barrett Strong qui a été déconstruite plutôt que la version très célèbre par Les Beatles.
A l'époque, les journalistes et les fans ont plongé à fond dans les mystères qui entouraient le groupe. Je me souviens avoir lu une chronique disant que le 45 tours avait été enregistré dans une cuisine, mais c'est la vidéo de la chanson qui se passe en partie dans une cuisine. La version Money B, est une sorte de dub glacial, avec une basse énorme, donc, qui, outre PIL, fait penser aux productions de groupes comme This Heat et Family Fodder qui, comme les Flying Lizards, fréquentaient le studio Cold Storage à Brixton.
Le groupe avait beau être conceptuel, il fallait bien le personnifier quand il s'est agi d'assurer la promotion de Money dans les studios télé du monde entier. Ce sont principalement David Cunningham et Deborah Evans qui s'y sont collés, avec aussi la participation remarquée de Steve Beresford et, je crois, de Julian Marshall. Deborah Evans figure encore sur le troisième single du groupe, l'original TV, mais elle et Cunnningham se sont visiblement engueulés juste après. Pour des raisons d'argent probablement (assez ironiquement, mais sans surprise aucune !), si j'en crois un entretien qu'elle a donné récemment, et elle ne fait apparemment aucune autre contribution sur l'album, sorti pourtant au même moment.

Après des années d'attente, on a eu enfin droit en 2010 à une réédition en double-CD chez RPM de The Flying Lizards et Fourth wall, les deux premiers albums. Une réédition complète, avec en plus les faces B de tous les singles extraits. On y trouve donc les quatre titres de ce maxi.






4 commentaires:

debout a dit…

Ah, les Flying Lizards... inégalés à ce jour.

debout a dit…

https://www.youtube.com/watch?v=Dfa8PVyOr1U

Le single de Meg and the Suspects de 1982 est sans aucun doute, la seule chose produite sous forme de disque pouvant rivaliser avec les Flying Lizards de Cunningham, on en arrive même à se demander s'il ne s'agit pas d'un side project d'icelui tant il y a... ressemblance !
Un grand titre, quoi qu'il en soit, que ce "thousand dead", un de ceux à glisser dans le Grand Juke Box Intergalactique (!)... ou à réécouter vu le succès de la série "the walking dead".

Pol Dodu a dit…

Ce qui est sûr, je pense, c'est que je n'ai pas connu Mag and the Suspects à l'époque. Je suis d'accord, "Thousands dead" est une très bonne chanson.
On ne trouve presque rien sur ce groupe en ligne. Le plus intéressant est chez WFMU, où on peut télécharger les deux faces du single.
J'ai relu le billet en me disant que le gars ne précisait pas que c'était, je crois, un groupe français.
J'ai lu les commentaires en espérant y glaner des infos, et j'ai vu qu'un gars avait justement donné cette précision en 2008. Un certain Pol Dodu !
Ma mémoire me joue des décidément des tours...!

debout a dit…

Sur mon single de Mag (et non pas Meg comme je pus l'écrire précédemment) & the Suspects, paru sur Virgin en 1981, on lit que ce titre fut écrit par Failure/del Pino et Welkin, produced by Janek Mac Miller.
La face B du single s'intitule "erection", est composée par les mêmes et le refrain y stipule "soon to get in/ real hard/ erection i do appreciate it"... avec pareils lyrics, on peut y subodorer en effet "la french touch" ; une version maxi offrait un 3° titre "boots and guns".
Un deuxième single, attribué à Meg (on y retrouve là le e qui me fit bégayer) & the Suspects, propose "fascination tango b/w Meg & the Suspects", de 1984, titres crédités à Desportes et Dusapin (parenté avec le Pascal du même métal ?), blazes très français du coup, on y reconnaît la voix du précédent single ainsi que la production très Flying Lizards (mais période "top ten").
Cette Mag/Meg et ses Suspects restent en effet très mystérieux.

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