30 juin 2013

KRAFTWERK : Mini calculateur


Acquis d'occasion dans la Marne vers le début des années 1990
Réf : 2C 008-64369 -- Edité par Pathé Marconi EMI en France en 1981
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Mini calculateur -/- Dentaku

Au fil du temps, Kraftwerk s'est débrouillé pour que ses paroles et sa langue natale allemande n'obèrent pas sa carrière internationale. Si leur premier succès mondial, Autobahn, était chanté entièrement en allemand, le suivant, Radioactivity, contenait des paroles à la fois en anglais et en allemand, un "truc" que le groupe a régulièrement utilisé par la suite, dans Numbers en 1981 par exemple. La plupart des albums du groupe sont sortis en deux versions, "l'originale" allemande et "l'internationale" anglaise, mais il y a eu des variations locales intéressantes, notamment françaises grâce à l'apport de Maxime Schmitt, un responsable de label chez Pathé Marconi devenu un proche du groupe. Ça a donné Les mannequins en 1977 sur l'album Trans Europe Express et fort logiquement une version française de Tour de France en 1983, mais la chanson avec laquelle Kraftwerk a le plus fait joujou, c'est le deuxième titre de l'album de 1981 Computer world, enregistré en allemand (Taschenrechner), en anglais (Pocket calculator), en français (Mini calculateur) et en japonais (Dentaku). Il existe même une version en italien (Mini calculatore), qui n'est pas sortie en disque mais qui a été utilisée pour des passages télé (voir ci-dessous).
Contrairement à The man machine, je n'ai pas acheté Computer world au moment de sa sortie. En fait, il se trouve que je n'ai jamais acheté le 33 tours car j'ai trouvé assez vite et pour pas cher la cassette française de l'album, sans pochette. Je n'ai pas non plus acheté ce 45 tours neuf au moment de sa sortie. En fait, j'ai attendu 1982 et la parution suivante pour acheter un disque neuf de Kraftwerk, un 45 tours "N° 1 en Angleterre", qui en Angleterre était une "double face A" avec Computer love et un titre plus ancien, The model, mais en France le titre récent était clairement relégué en face B. Aucun de ces disques n'a atteint en France le dixième du succès de Radioactivity. C'est bien dommage quand même pour Mini calculateur, un chef d'oeuvre de minimalisme. J'imagine que ce terme est souvent appliqué à Kraftwerk, et peut-être pas toujours à bon escient, mais il se trouve ici que la ligne mélodique est jouée par divers instruments/gadgets électroniques (calculatrice, donc, mini-orgue Mattel modèle Bee Gees Rhythm Machine, et sûrement des inventions de Florian Schneider), qui se répondent et s'associent comme des chants d'oiseaux dans un sous-bois. Comme précurseur dans le style, on peut citer, en moins mélodique, la reprise de Jocko homo par The Touch Tone Tuners sur la compilation Devotees, qui date de 1979.
Le chant distancié fait pour beaucoup dans la réussite du morceau. Côté traduction, on peut se pencher sur le choix du mot "calculateur", qui se justifie pleinement pour s'accorder en rythme et en rime avec "opérateur", mais le terme approprié en français aurait sûrement été "calculatrice" ("Calculateur n'effectuant que des opérations simples"), un cas où le féminin est employé comme diminutif. Je rappelle que, pour une programmation radio ou une compilation, Mini calculateur peut s'enchaîner parfaitement avec le titre de La Variété qui lui rend hommage, J'écoute la K7 de la vedette, en version originale ou réenregistrée avec Alexander Balanescu.
En face B, on trouve Dentaku, la version japonaise de la chanson qui, mine de rien, est très différente. Il n'y a pas que les paroles qui changent : le chant n'est pas du tout équivalent à celui des autres langues : le rythme et le ton schangenet complètement et j'ai même l'impression que, soit ce n'est pas Ralf Hütter qui chante, soit il n'est pas seul. Le groupe lui-même doit être assez d'accord pour cette différenciation puisque, sur le disque réenregistré The mix en 1991, il a choisi d'enchaîner Taschenrechner/Pocket calculator avec Dentaku.
En préparant ce billet, je me disais que Kraftwerk, avec son Computer world, avait pu influencer mon choix de me lancer dans des études d'informatique en cette année 1981. Mais chronologiquement ce n'est pas possible car l'album est sorti en mai, à un moment où j'avais déjà rempli mon dossier d'inscription. Reste que je ne comprends pas comment j'ai fait ce choix alors que je n'avais jamais vu un ordinateur de ma vie. Tout ce que j'en connaissais, c'étaient ces images d'armoires avec des bandes magnétiques dans des films et les cartes perforées qu'un voisin nous ramenait de son travail aux C.C.P. et qui nous servaient de brouillon. Entre la sortie de l'Apple II et celle de l'IBM PC, et avant même le Minitel, l'album de Kraftwerk a parfaitement exprimé le basculement qui était en train de se produire dans la micro-informatique et l'électronique grand public. Nous, au lycée, on était encore loin de tout ça. Les seuls gadgets qui faisaient un peu de musique, c'étaient les montres à quartz avec écran à cristaux liquides, et ce qui faisait fureur en Terminale C, pour ceux qui pouvaient se l'offrir, c'était la calculatrice programmable TI 57, mais elle n'était pas autorisée pour les épreuves du bac...
Je comprends tout à fait le choix de Kraftwerk de rééditer ses albums sans titres bonus, et même de les tripatouiller pour les améliorer, comme ce fut le cas par exemple en 2009 avec The catalogue, mais je ne peux que déplorer que le groupe n'ait pas trouvé le moyen de rééditer d'une façon ou d'une autre Les mannequins et Mini calculateur. A défaut, on peut aujourd'hui écouter le concert donné à Paris au Captain Vidéo le 6 juillet 1981, dans le cadre de la tournée qui a suivi la sortie de Computer world, un concert souvent piraté au cours duquel ces deux chansons ont été jouées. Je me demande même si Bernard Lenoir n'en avait pas retransmis une partie dans Feedback...


Kraftwerk, Mini calculatore, en direct dans l'émission Discoring de la RAI en 1981. A noter, l'interview express du groupe en introduction.

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