14 avril 2013

THE THE : Soul mining


Acquis chez Emmaüs à Tours-sur-Marne dans les années 2000
Réf : PET 39266 -- Edité par Epic aux Etats-Unis en 1984
Support : Cassette
10 titres

Certes, j'avais déjà depuis début 1984 la version 33 tours de ce premier album de The The, achetée soldée à moitié prix quelques mois après sa sortie dans une boutique Our Price du nord de Londres. J'avais aussi acheté quelques temps plus tard la cassette anglaise, avec "6 extra tracks", dont Perfect et cinq extraits de l'album annulé The pornography of despair. Malgré cela, j'ai quand même trouvé deux bonnes raisons d'acheter cette cassette américaine, qui comporte moins de titres que l'anglaise, mais on y trouve "2 special extended mixes not available on LP" que je n'avais pas, et surtout la pochette n'est pas la même que celle de l'édition originale de l'album.
Je ne le savais pas, mais cette pochette est en fait celle, réduite au format d'un timbre poste, de l'édition américaine de Soul mining. J'ai toujours trouvé la pochette originale très réussie (elle est due à Andy "Dog" Johnson, le frère de Matt Johnson, comme toutes les pochettes de The The dans ses premières années), mais je me suis souvent demandé quel était le rapport entre ce portrait (ça pourrait être Nina Simone ou Billie Holiday retravaillée d'après photo) et la musique que contient le disque. Alors que la pochette américaine, avec ce gars qui semble hurler et cracher très douloureusement le logo du groupe, illustre plutôt bien le titre et l'ambiance du disque, surtout quand on regarde le dessin complet, qui commence au verso :


Eh oui, avec cet album il est littéralement question de se creuser le ciboulot (au marteau), de se torturer l'âme, de procéder à un examen de conscience. Et c'est pas gai, bien sûr. Même si tout ça est fort lucide, on est bien loin ici de l'hoptimisme...
Sorti à l'automne 1983, Soul mining est chronologiquement le tout dernier des classiques de la new wave, sachant que la limite temporelle que j'ai arbitrairement fixée est celle du succès des Smiths.
Boule de spleen, réflexion métaphysique, interrogation existentialiste ponctuée par le passage des jours, l'oeuvre de Matt Johnson des années 1982-1983 est très cohérente, qu'on aborde la question par les titres d'albums (Des bleus à l'âme en feu pour celui paru sous le nom de Matt Johnson et La pornographie du désespoir pour celui de The The de 1982, resté inédit), par les singles, qui forment quasiment une trilogie (Perfect — "Oh what a perfect day, to think about myself", Uncertain smile — "But just for today... I think I'll lie here and dream of you" et This is the day — "This is the day when things fall into place"), ou par les chansons de l'album en ordre séquentiel (J'ai attendu demain (toute ma vie) avant This is the day, puis The sinking feeling — "Tomorrow's world is here to stay", The twilight hour, Soul mining — "Something always goes wrong when things are going right" et enfin Giant — "How can anyone know me when I don't even know myself").
Malgré tout ça, la musique de The The n'est pas pour autant déprimante sur ce disque où Matt Johnson a su s'entourer de quelques invités, comme Zeke Manyika, le batteur d'Orange Juice, qui martèle le premier et le dernier titre, Thomas Leer ou Jools Holland de Squeeze. C'est notamment le cas sur This is the day, probablement l'un des sommets du disque, une chanson rythmée, avec un accordéon enjoué et un violon qui lui donne un air de gigue irlandaise. Sauf que côté paroles bien sûr, c'est l'antithèse du Morning of our lives de Jonathan Richman, avec une ironie cruelle qui fait que quand il chante "This is the day your life will surely change", on comprend évidemment que "C'est le jour où ta vie ne changera pas du tout". Mais je ne résiste pas à l'envie de vous traduire toute la chanson :
"Ouais, tu ne t'es pas réveillé ce matin parce que tu ne t'es pas couché.
Tu regardais le blanc de tes yeux virer au rouge.
Le calendrier sur le mur raye les joue passés.
Tu as relu de vieilles lettres — tu souris en pensant que tu as bien changé.
Tout l'argent du monde ne pourrait pas racheter ce temps-là.
Tu tires les rideaux et le soleil vient te brûler les yeux.
Tu regardes un avion voler à travers le ciel bleu clair.
C'est le jour où — ta vie va sûrement changer.
C'est le jour où (C'est ta vie) — les choses vont se mettre en place.
Tu aurais pu tout faire — si tu l'avais voulu.
Tes amis et ta famille pensent que tu as de la chance.
Mais l'aspect de toi qu'ils ne verront jamais c'est quand tu te retrouves seul
avec les souvenirs qui font tenir ta vie — comme de la colle."

Pour en revenir aux particularités de cette cassette, il s'avère que les deux "extended mixes" sont en fait les deux faces du maxi anglais de This is the day. Les chansons sont allongées respectivement de 25" et 1'51 mais il est quasiment impossible de les distinguer des versions album, et c'est très bien comme ça.
Pour ce qui concerne Perfect, l'histoire est un peu compliquée. Le titre était sorti en single début 1983. Il a été réenregistré lors des sessions de Soul mining mais il ne fait pas partie des sept titres de l'album original. Il y est pourtant étroitement associé car cette nouvelle version de Perfect a été diffusée de façon limitée sur un maxi 45 tours qui accompagnait les premiers exemplaires du 33 tours anglais, elle a été ensuite incluse sur la cassette anglaise de l'album, sur cette cassette américaine, et sur toutes les éditions en CD jusqu'à celle remastérisée de 2002, où Matt Johnson a obtenu que le contenu original des sept titres de l'album soi respecté. Soit, c'est son disque, mais cette tête de mule a aussi fait changer la pochette, et il aurait pu avoir le bon goût de proposer un CD bonus avec Perfect et les différentes versions et chansons inédites parues à l'époque en faces A et B de single...

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