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05 novembre 2023

THE B-52'S : Rock lobster


Acquis chez Damien R. à Avenay Val d'Or le 11 juillet 2023
Réf : WIP 6506 -- Édité par Island en Angleterre en 1979
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Rock lobster -/- Running around

J'ai acheté ce disque à l'ami Damien le même jour que le Bee Gees et le La's. Quelques mois plus tôt, à la Bourse BD-Disques d’Épernay, j'avais racheté à l'ami Séb le 45 tours Planet Claire qu'il avait trouvé à la ressourcerie quelques jours plus tôt. J'adore Planet Claire, avec sa basse à la Peter Gunn, et j'aime beaucoup aussi la reprise de Petula Clark Downtown en face B. Mais Rock lobster est encore plus original et marquant et je suis très content d'avoir ce disque même si, de fait, le 45 tours Rock lobster dont je rêve, ce n'est pas celui-ci, mais celui-là :


La pochette du single original, chez DB Recs.

Il s'agit du tout premier disque des B-52's, sorti en 1978 sur le label indépendant DB Recs. On connaît ses deux chansons, Rock Lobster et 52 girls, mais l'intérêt, outre une pochette très réussie, est qu'il s'agit d'enregistrements différents de ceux du premier album. Cette version de Rock lobster est notamment plus rapide, même si par ailleurs elle n'est pas fondamentalement différente de la seconde version.
Je n'ai découvert l'existence de ce single que des années plus tard, dans la deuxième moitié des années 1980 : les amis Raoul Ketchup et Jean-Pierre Moya de Radio Primitive en avaient chacun un exemplaire, il me semble. J'en avais fait une copie sur cassette et, si je m'étais mis en tête d'acheter ce disque à l'époque, je l'aurais sûrement trouvé à un prix encore correct. Mais cela ne fait que quelques années que je cherche à l'acheter pour le chroniquer ici et j'ai découvert qu'il avait entre-temps atteint un prix excessif (40 € minimum grosso modo pour un exemplaire avec pochette).

On se contentera donc de cette édition Island parue l'année suivante, qui est très bien déjà, avec une pochette qui reproduit celle de l'album. J'ai acheté cet album à la sortie et pour une fois je n'étais pas le seul parmi mes copains : on a dansé à en perdre haleine dans nos soirées lycéennes sur Rock Lobster, Planet Claire, Dance this mess around et Downtown. Je viens juste de me souvenir qu'il y avait même quelque part en ville un graffiti "B-52's" sur un mur. Et mon frère m'avait décontenancé un jour en faisant référence au groupe en prononçant, fort logiquement, son nom à la française, "B Cinquante-Deux S".

Sur la face A de ce 45 tours, c'est donc la version de l'album de Rock lobster qu'on trouve, à ceci près qu'un coup de ciseau a réduit de deux minutes la durée de cette chanson, effectivement assez longue (6'50 sur l'album). Il faut avouer que c'est très bien fait, et ça pourrait passer inaperçu lors d'une écoute inattentive. C'est dans le "ventre creux" de la chanson que l'ablation a été faite, entre 2'45 et 4'45.
A l'époque on parlait de new wave, mais j'ai réécouté Rock lobster plein de fois pour préparer cette chronique et il n'y a pas à tortiller, c'est un grand classique du rock, point. Chaque membre du groupe apporte une pierre essentielle à l'édifice, la répartition des rôles est parfaite, signe qu'on a affaire à un grand groupe, original de surcroît.
Au niveau instrumental, c'est énorme, depuis le riff de guitare surf qui tient tout le morceau (joué en deux parties sur quatre cordes, les deux graves et les deux aiguës) jusqu'aux séquences d'orgue garage, en passant par une cloche, qui tient un rôle inhabituellement proéminent.
Et puis il y a les paroles, bien délirantes. Le titre déjà est à double sens, puisqu'il peut désigner aussi bien une langouste que "le rock du homard". Et dès le début, ça vrille : "On était à une fête, son lobe d'oreille est tombé au fond, quelqu'un a plongé son bras pour le ramasser, c'était une langouste".
Fred Schneider, qui a écrit les paroles, est le chanteur principal sur ce titre. Il est magnifiquement accompagné par Cindy Wilson et Kate Pierson, qui ne se contentent pas d'assurer magistralement des chœurs, mais qui donnent en plus une véritable performance vocale quand il s'agit de faire des sons et cris en réponse à la liste d'animaux aquatiques déroulée par Fred, qui culmine avec une "baleine en bikini".
Il se trouve que, justement cette semaine, j'ai regardé la vidéo de la rencontre en 1972 en direct à la télévision de John Lennon et Chuck Berry, un moment de télévision particulier puisque, en cours de performance, les micros utilisés par Yoko Ono sont mystérieusement coupés. En écoutant Rock lobster, je me suis dit à un moment que les cris de Cindy et Kate rappelaient ceux de Yoko. Eh bien, il parait que John Lennon s'était fait la même remarque, et que ce rapprochement était volontaire, les chanteuses ayant voulu lui rendre hommage. Yoko a d'ailleurs rejoint les B-52's sur scène pour cette chanson le 4 février 2002, lors du concert anniversaire des 25 ans du groupe.

L'intérêt de ce 45 tours, c'est que sa face B, Running around, n'est sortie sur aucun autre disque. Non pas que le groupe n'ait pas fait bon usage de cet excellent instrumental, qui annonce ce qu'allait faire Wall of Voodoo. Simplement, lorsqu'on a retrouvé Runnin' around sur l'album Wild planet l'année suivante, c'était exactement la même piste instrumentale, mais cette version est chantée. Cela confirme ce que le groupe a eu l'occasion d'expliquer : comme Devo à la même époque, au moment d'enregistrer le premier album ils avaient largement de quoi en remplir deux, et ils en avaient volontairement mis de côté certains pour la suite. Là, on se rend compte que, non seulement le titre était composé et joué sur scène, mais il a même été enregistré lors des sessions du premier album.

Les B-52's ont bouclé en début d'année leur "ultime tournée d'adieu". Ils ne sont pas pour autant séparés puisque, puisqu'ils jouent sur les mots : ils ne tournent plus, mais font des résidences à Las Vegas. Ça commence à ressembler à un naufrage. Mais on peut toujours danser sur leurs disques, qui eux n'ont pas pris une ride !


The B-52's, Rock Lobster, en concert au Downtown Cafe à Atlanta en 1978.


The B-52's, Rock Lobster, une vidéo officielle, mais avec un son live, pas le son du disque.


The B-52's, Rock Lobster, en concert au Capitol Theatre à Passaic le 7 novembre 1980.


The B-52's, Rock Lobster, un passage télé avec le son du single.


The B-52's, Runnin' around, en concert au Downtown Cafe à Atlanta en 1978.


The B-52's, Runnin' around, en concert  au Capitol Theatre à Passaic le 7 novembre 1980.

24 avril 2006

FRED SCHNEIDER & THE SHAKE SOCIETY


Acquis au Carrefour de la Chapelle-Saint-Luc le 28 novembre 1987
Réf : 25158-1 -- Edité par Warner Bros aux Etats-Unis en 1984
Support : 33 tours 30 cm
9 titres

A la fin des années 1980, le CD était bien lancé, et les labels éclusaient leurs derniers stocks de vinyls. Warner Bros a donc dû envoyer des palettes de disques "cut-outs" (disques déclassés avec un coin coupé ou un trou dans la pochette) qu'on a retrouvés à 10 F jusque dans les grandes surfaces de nos provinces. Alors que j'étais en visite chez mon pote Eric M. à Troyes, j'avais été tout content de fouiller dans ce gros tas de disques, et d'y trouver cet album solo du chanteur des B-52's, dont je n'avais même pas idée de l'existence auparavant.
Toutes les musiques du disque sont signés par une certain John Coté (inconnu au bataillon). L'ambiance générale est très synthétique, façon Devo époque "New traditionalists". Bernie Worrell coproduit et joue, mais ça s'entend peu, sauf sur "Cut the concrete" qui a un côté plus funky, mais personnellement je préfère de toutes façons les titres vraiment synthétiques, mais ça donne quand même à l'affaire un sympathique petit côté Tom Tom Club.
"It's time to kiss", en duo avec Patti Labelle, est chaud par définition, mais l'ambiance est surtout aux B-52's, avec évidememnt la voix omniprésente de Fred Schneider, et d'autant plus qu'il y a beaucoup de choeurs féminins, dont certains sont tenus par sa collègue Kate Pierson des B-52's.
La qualité de l'ensemble est quand même plutôt moyenne. Au mieux, on atteint le niveau des B-52's en plus synthétiques, mais ça arrive seulement sur quelques chansons, qui sont mes préférées, "Monster (malgré ses paroles faciles, "There's a monster in my pants and it does a nasty dance", "Wave" et "Summer in hell").
"Juicy jungle", sur l'album "Bouncing off the satellites" des B-52's sorti en 1986, est peut-être à considérer comme le dizième titre de cet album, comme il est aussi signé Fred Schneider/John Coté, mais il n'est pas excellent non plus.
Après le succès de "Love shack", le label a réédité ce disque en CD en 1991, sous le titre "Fred Schneider" tout court, et avec cinq titres remixés.
Certains, à commencer par AllMusic, croient que cette sortie CD est la première parution du disque, mais ils se trompent lourdement ! Ce disque de 1984 le prouve...

07 avril 2008

THE B-52'S : Planet Claire


Acquis à l'Intermarché de Saint-Martin-sur-le-Pré vers la fin des années 1990
Réf : 551 210-2 -- Edité par Karussell en Allemagne en 1995
Support : CD 12 cm
14 titres

Je m'étais arrêté pour faire quelques courses en rentrant du boulot et, à peine entré dans le supermarché, je tombe sur quelques CDs en promotion, dont cette compilation des B-52's à un prix tellement bas que je n'ai pas pu m'empêcher de l'acheter. J'avais la plupart des titres en vinyl, mais bon, comme je n'avais pas racheté ces disques en CD ça me faisait une bonne excuse.
Le problème avec les B-52's, c'est qu'on a l'impression qu'ils font partie de ces groupes qui ont donné tout leur jus avec leur premier album. Et, contrairement à d'autres, commes les Young Marble Giants ou Basement 5, ils ne se sont pas arrêtés là. Non pas qu'ils n'aient jamais ressorti de bons disques par la suite, simplement ils se sont imposés dès le premier album avec un style particulier et très reconnaissable, associant des éléments musicaux rétros et parodiques aux prestations vocales si particulières de Fred Schneider et Kate Pierson, et par la suite ils n'ont jamais été capables de faire évoluer ce style : les mêmes gimmicks vocaux et instrumentaux se retrouvent sur tous leurs disques à partir de 1980 et je serais incapable de citer un seul élément qui n'aurait pas déjà été au moins en germe dans le premier album.
Dans ces conditions, avec une idiosyncrasie aussi marquée et n'évoluant pas, il n'est pas étonnant que les B-52's aient très vite donné le sentiment de tomber dans l'auto-parodie, et ce malheureusement dès les premières notes du deuxième album, Wild planet, le titre d'ouverture Party out of bounds sonnant comme un pâle cocktail de Rock lobster mâtiné de Dance this mess around. C'est d'ailleurs dommage que l'entâme de Wild planet soit aussi décevante, car la suite de l'album, à partir du quatrième titre, est bien meilleure et développe quelques qualités propres : bonnes chansons et un son plus rock que le premier album.
Cette compilation des années Island du groupe (jusque 1986) est un disque à prix économique sorti uniquement en Allemagne. Elle tient tout à fait la route par rapport aux trois autres compilations sorties au fil des années, Dance this mess around (1 CD, années Island, très bien), Time Capsule (1 CD, toute la carrière, à déconseiller) et Nude on the moon (2 CD, la plus complète, mais seul le premier CD vaut le coup).
Tel qu'il est, ce disque contient presque toutes mes chansons favorites du groupe. Il fait la part belle au premier album avec six titres, les chefs-d'oeuvre Rock lobster et Planet Claire, plus Lava, Downtown, 6080-842 et 52 girls. On pourrait simplement substituer à cette dernière chanson, sympa mais sans plus, l'indispensable Dance this mess around, qui manque cruellement ici.
Il y a trois titres de Wild planet, le génial Give me back my man, Strobe light et Dirty back road, mais ce dernier titre est vraiment moyen alors qu'il y avait sur cet album un petit bijou, Private Idaho, à rajouter impérativement.
Si on ne devait garder que deux titres du mini-album Mesopotamia, pourquoi s'encombrer de Loveland en plus de Nip it in the bud alors qu'on avait à disposition l'excellent morceau-titre ?
Un seul extrait de Whammy kiss, Song for a future generation, mais c'est un excellent choix et ça m'a permis de redécouvrir ce titre.
Pour Bouncing off the satellites, le choix de Wig est excellent. Rien d'original, mais j'avais assez aimé cette chanson, surtout le solo de guitare/sitar/synthé je ne sais pas, pour en acheter le 45 tours à l'époque de sa sortie. Par contre, Girl from Ipanema goes to Greenland est le seul titre vraiment mauvais du disque et je propose de le remplacer pour finir par le sympatique 53 miles West of Venus de Wild planet.
J'ai pris la peine d'écouter Hot corner, le nouveau single des B-52's qui reviennent avec un album et une tournée après une longue absence. Comme l'exprime parfaitement Mojo dans sa chronique de l'album, on a l'impression d'entendre un groupe sans conviction et sans énergie qui reproduit mécaniquement ses tics musicaux. Dommage, mais j'imagine qu'avec le côté nostalgie ça n'empêchera pas leur tournée de faire le plein. Sans moi, je préfère m'éclater à la maison sur leurs anciens disques.

04 septembre 2011

THE B-52'S : Give me back my man


Acquis probablement à Châlons-sur-Marne dans la première moitié des années 1980
Réf : 6010 236 -- Edité par Island en France en 1980
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Give me back my man -/- Give me back my man (Version instrumentale)

Dans mon souvenir, il s'était passé un temps assez long entre la sortie du premier album des B-52's et celle du deuxième, Wild planet. En fait non, puisqu'il s'est écoulé à peine plus d'un an entre les deux. L'effet de comparaison a été renforcé par le choix de donner au deuxième une pochette qui est le pendant, en rouge, du premier album "jaune".
Ce n'est jamais facile de donner une suite à un disque aussi réussi que The B-52's. On s'était éclatés en boum sur Rock lobster, Planet Claire, Dance this mess around, DowntownLava et 52 girls et ce qui est certain, c'est que Wild planet est nettement moins flamboyant que son prédécesseur. Au contraire, c'est un album solide et de bonne tenue, ce qui est déjà pas mal, mais du coup il nous a déçu à sa sortie. Question d'argent et d'envie, après l'avoir écouté chez un copain je ne l'ai pas acheté. Ce n'est que l'année suivante avec le mini-album Party mix !, qui contenait trois titres de Wild planet remixés, que j'ai vraiment découvert les deux perles de cet album que sont Private Idaho et Give me back my man, toutes deux éditées en single d'ailleurs.
Justement, ce 45 tours de Give me back my man, je l'ai acheté encore quelques années plus tard, surtout parce qu'il était soldé pas cher, avec une pochette assez réussie.
Il y a aussi une face B qu'on ne trouve pas ailleurs. Certes, ce n'est "que" une version instrumentale de la face A, mais elle a le mérite de mettre en valeur les atouts musicaux de ce titre : une basse implacable, tellement soutenue, insistante et rapide qu'elle ne peut qu'être électronique (pas exactement du séquenceur, je crois, mais un clavier basse), une guitare surf entêtante, des bruitages électroniques par-ci par-là et une petite mélodie au glockenspiel (sûrement synthétique).
Mais cette chanson ne prend tout son sens que lorsqu'elle est chantée par Cindy Wilson. Une performance impressionnante : la voix se fait vraiment suppliante et on veut bien la croire quand elle promet de tout donner, ou de se jeter à l'eau, si on ne lui rend pas son homme. Avec Give me back my man, les B-52's ne sont ni kitsch ni drôles, juste excellents...

05 août 2022

TERRY MONTANA : Why can't we live together (Pourquoi ne pas vivre ensemble)


Acquis au Foyer Aubois à La Chapelle Saint Luc le 25 mars 2022
Réf : 45 V. 4226 -- Édité par Vogue en France en 1973
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Why can't we live together (Pourquoi ne pas vivre ensemble) -/- Just a little talk with you

Après l'André Brasseur et le Blues de Bresse, c'est le troisième disque lié à Vogue que je chronique de suite, mais c'est un pur hasard. En tout cas, c'est une confirmation de la variété des disques produits au fil des décennies par ce label.

Ce jour-là, avant de me rendre au concert de Gontard et d'acheter un 45 tours d'Eliott sur les lieux mêmes du concert, je m'étais arrêté au Foyer Aubois. Il y avait beaucoup de disques, mais j'étais arrivé peu de temps avant la fermeture. J'ai donc dû aller à toute vitesse pour passer tout en revue, mais ça valait le coup car je suis reparti avec une bonne quinzaine de 45 tours et une dizaine de CD.

Dans le lot, c'est ce 45 tours qui m'a d'emblée paru le plus intéressant. D'abord parce qu'il pouvait me donner l'occasion de rendre hommage à Timmy Thomas, mort à 77 ans pile deux semaines plus tôt. Et ensuite parce que, après le titre original Why can't we live together, on trouve entre parenthèses sur la pochette et sur la rondelle un titre français, Pourquoi ne pas vivre ensemble. J'étais donc en droit d'espérer avoir affaire à une adaptation français de ce tube des années 1970.
Et puis, en m'intéressant à ce disque, je réussis l'exploit de chroniquer une deuxième version de Why can't we live together, après celle l'an dernier du Synthetic Cha Cha Band, en gardant toujours dans ma besace l'incontournable version originale par son créateur, ainsi que, dans une réédition parue en 1979 chez... Vogue (!), une version en public de ce classique.

Why can't we live together délivre un message d'espoir, de paix et de fraternité. Ça fait toujours du bien à entendre. Musicalement, la version de Terry Montana est très proche de la version originale de Timmy Thomas, avec une instrumentation à base de percussions et d'orgue. La seule déception de ce disque est que la chanson est interprétée avec ses paroles originales anglaises. Pas celles françaises signées Jean Eigel (un pseudonyme de Julien Bruyninx, apparemment). Il est pourtant bien crédité sur le disque, une pratique courante pendant longtemps en France, qui permet à l'adaptateur de toucher une partie des droits (même dans le cas d'une version instrumentale !).
En plus de ce 45 tours, j'ai trouvé en ligne une partition avec le titre français et le crédit à Jean Eigel. Je suppose que quelqu'un a dû enregistrer une version en français du tube de Timmy Thomas, mais je n'en ai pas trouvé de trace pour l'instant.

La bonne surprise et le véritable intérêt de ce disque, c'est sa face B, Just a little talk with you. On reste complètement dans l'ambiance de Why can't we live together, avec un titre dominé par les percussions et l'orgue. Sauf que là il y a en plus une basse, qui joue le Peter Gunn theme ou quelque chose d'approchant (et j'aime beaucoup les dérivés du Peter Gunn theme, comme Planet Claire des B-52's ou Macadam de Christophe). La voix est là, mais elle est peu présente (pas de paroles) : elle ne fait qu'accompagner/encourager l'interprétation des musiciens. A certains moments, il y a une ambiance un peu jazz façon Mission impossible. J'ai ressenti la même chose il y a pas longtemps avec la face B Bongós de Moshé.

La grande question, c'est de savoir qui est Terry Montana. On a la photo de pochette, qui a priori le représente. On voit un jeune homme au clavier, en train de chanter, bien mis de sa personne dans le style de l'époque. Avec ses lunettes foncées, il évoque d'autres grandes figures du clavier, comme Ray Charles, Stevie Wonder, Gilbert Montagné ou Michel Polnareff.
Et c'est tout ce que je peux dire sur Terry Montana ! A priori, il n'a pas sorti d'autre disque et je n'ai trouvé aucun autre crédit discographique le concernant. Et ce n'est pas simple de chercher des informations à son sujet car les moteurs renvoient surtout des informations sur le village de Terry dans le Montana !!

Parmi les rares bribes d'information disponibles sur la pochette, on trouve la mention "Produced by Ray Montana for Belgravia Records".
Ça laisse soupçonner l'existence d'un Ray Montana, qui serait apparenté à Terry, et l'anglais et le "Records" donnent un cachet international à l'ensemble. Sauf qu'on ne trouve rien dans Discogs sur un Ray Montana qui aurait officié à l'époque de la parution de ce disque, et rien non plus sur une éventuelle édition originale de ce disque sur un label nommé Belgravia. De toute façon, le crédit photo au français Eric d'Adhémar de Lantagnac nous confirme que ce disque, dont la principale raison d'être est d'essayer de capter une partie du succès du titre de Timmy Thomas, est une production bien de chez nous.

Et c'est confirmé par la seule information utile que j'ai fini par trouver : le crédit d'auteur de Just a little talk with you à Charles Talmage. Selon Discogs, ce serait l'un des pseudonymes utilisés par le compositeur, arrangeur et chef d'orchestre Jean-Claude Pelletier. C'est sous ce nom qu'il a notamment signé On the desert road, un titre qui a longtemps servi de générique à l'émission de télévision La séquence du spectateur.

Malheureusement, en dehors des quelques lignes en anglais de sa fiche Discogs, je n'ai trouvé aucune biographie détaillée en français de Jean-Claude Pelletier, qui est mort en 1982 à 54 ans. Il a travaillé pour la musique populaire, la télévision et le cinéma. Sa collaboration avec Vogue a débuté en 1957.

En l'absence d'informations précises, j'en suis réduit à des conjectures. Puisqu'il est mis en avant en tant qu'artiste crédité et en photo sur la pochette, il est clair que Terry Montana a existé, quel qu'ait été son vrai nom. Il est possible qu'il ait été un "jeune talent" que Vogue souhaitait lancer, ou alors il s'agissait simplement, vu le contexte et pour évoquer Timmy Thomas, de mettre en avant un organiste plutôt que de créditer simplement le disque à "Jean-Claude Pelletier et son Orchestre", un peu comme le "Featuring Burt McKay" qu'on trouve sur l'album Orgue Hammond blues de 1972.

En tout cas, toute information complémentaire sur ce disque sera la bienvenue !

12 octobre 2012

CHRISTOPHE : Daisy


Acquis sur le vide-grenier du parking Leclerc à Pierry le 30 septembre 2012
Réf : 2097 209 -- Edité par Motors en France en 1976
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Daisy -/- Macadam

A Pierry,une fois Psyché rock dans ma besace, c'est d'un pas léger que j'ai fini mon tour de la brocante. Même si je n'avais rien trouvé d'autre, ma quête du jour était satisfaite. Mais quelques minutes plus tard, je suis arrivé sur un stand où une dame avait un carton plein de 45 tours, la plupart sans pochette illustrée, qu'elle vendait 50 centimes à l'unité, mais 20 centimes en lot à partir de cinq.
Parfait, sauf qu'une cliente m'avait précédé de peu dans le carton, elle n'a pris que trois ou quatre disques, me laissant entre autre un Otis Redding et un James Brown,mais j'ai aperçu qu'elle empochait un 45 tours avec une pochette en papier du label Atco, sûrement un import. Je n'ai pas vu de quel disque il s'agissait, mais ça a suffi à me donner des regrets !
Je me suis rattrapé en achetant vingt-cinq 45 tours, pour la plupart annotés par un DJ d'une discothèque du milieu des années 70, avec plusieurs disques importés par Givaudan. Beaucoup de choses naviguant entre soul et disco là-dedans, mais c'est de l'un des rares disques français du lot que j'ai choisi de vous parler aujourd'hui.
J'avais justement acheté deux autres 45 tours de Christophe quinze jours plus tôt, que je n'avais pas encore eu le temps d'écouter. Je les ai écoutés les trois à la suite. J'ai accroché à La petite fille du 3e à la deuxième écoute, avec ses cordes dirigées par Karl-Heinz Shäfer qui sonnent plus Vannier que Mes passagères, plutôt décevant, mais sur lequel on entend effectivement l'orchestre de Jean-Claude Vannier. Ces deux-là sont de 1971. Daisy est de 1976, et des trois c'est celui qui a la pire des pochettes.
Je partais donc avec un a priori assez défavorable, mais j'ai été assez agréablement surpris dès l'écoute de Daisy. C'est l'un des quelques disques de Christophe de ces années-là dont les paroles sont signées par Jean-Michel Jarre. En tordant un peu les choses, on pourrait presque faire croire que ces paroles font référence au tube Aline ("Rejoue-moi ce vieux mélodrame, tes longs couplets à fendre l'âme, je n'en voyais jamais la fin"), mais pour le coup la mélodie de refrain de ce slow me rappelle plutôt le plus grand succès du duo Jarre-Christophe, Les mots bleus.
Le choc et la plus grosse surprise, je les ai eus à l'écoute de la face B, Macadam. En intro, une basse saturée et un synthé qui jouent l'indicatif de Peter Gunn. Pour les gens de ma génération, ça renvoie illico à Planet Claire des B-52's, mais là c'était trois ans plus tôt. Viennent ensuite les paroles, ce qu'il y a de plus naze dans la chanson, typique déclaration d'amour à sa voiture et à la vitesse (mais bon, c'est un disque Motors !) : "Je plane sur l'macadam, au fond d'cette caisse, je n'suis plus l'même. Couché sur l'arbre à cames, entre elle et moi, c´est passionnel. Comme je suis mélomane, je l´aime au son de J.J. Cale". Je n'ai pas trop compris la référence à J. J. Cale, que j'associerais plus au farniente sous un arbre qu'à un sprint sur le macadam. Une mention de ZZ Top m'aurait moins étonné.
Après l'intro, je me suis pincé. Je me suis dit que ça n'allait pas durer tout le morceau. Mais si. La basse Peter Gunn est bien présente tout au long, et au moment des solos, on part dans des sons de synthés et de guitares dignes de Brian Eno, ou plus précisément de 801, le groupe rock qu'il a formé un temps avec Phil Manzanera. Surprenant et décapant !
Sur ce disque, Christophe est accompagné par le groupe Bahamas (Roger "Bunny" Rizzitelli, Patrice Tison, Dominique Perrier, Didier Batard), qui jouait souvent avec lui à cette époque. Sous ce nom, ils ont sorti en cette même année 1976 un album, Le voyageur immobile, visiblement très progressif.
Peu de temps après la sortie de ce 45 tours, Jean-Michel Jarre s'est isolé en studio pour composer Oxygène. De leur côté, deux membres de Bahamas se sont lancé avec succès dans le projet électronique Space Art. La collaboration Jarre-Christophe touchait à sa fin et les deux titres de ce 45 tours ont été repris en 1977 sur le troisième et dernier album qu'ils ont composé ensemble, La dolce vita.



22 mars 2025

THE WAITRESSES : I know what boys like


Acquis au Prisunic de Châlons-sur-Marne vers 1981
Réf : 106 225 -- Édité par ZE / Celluloid en France en 1981
Support : 45 tours 17 cm
Titres : I know what boys like -/- No guilt

Il y a une étiquette à deux francs de chez Prisunic au dos de la pochette. Ce disque fait donc partie de la razzia que j'ai faite un jour dans ce grand magasin du centre-ville à Châlons, où j'avais acheté Trans Europe Express et un album des Stranglers à dix francs, et tout un lot de 45 tours à deux francs, dont plein de Two Tone, et aussi un Department S. Une journée à marquer d'une pierre blanche !

I know what boys like est une petite pépite new wave entêtante, sur une rythmique funky légère (Tom Tom Club n'est pas très loin).
A l'époque, même sans comprendre les paroles et sans avoir vu la vidéo, il me semble bien que j'avais saisi l'esprit très sarcastique de la chanson, avec la chanteuse/narratrice Patty Donahue qui se moque des mecs : "J'aime bien les asticoter, ils veulent me toucher, je ne les laisse jamais faire" avant, cruelle de balancer "C'est amusant de les frustrer". Au dernier couplet, elle fait mine de regretter "Cette fois je te laisserai faire tout ce que tu veux" et le dédain culmine avec son "Tu peux me faire confiance... crétin !".
Il y a d'autres chansons où les gars se font mener comme ça par le bout du nez, mais aujourd'hui je n'ai repensé qu'à Vous me quittez déjà de Melon Galia.

Le plus drôle dans tout ça, c'est peut-être que la chanson a été écrite par un gars, Chris Butler. Originaire d'Akron, il a notamment joué avec 15 60 75 The Numbers Band. En 1978, alors qu'il est membre de Tin Huey, il lance en parallèle le projet The Waitresses et sort un premier 45 tours.

En 1978, il enregistre dans l'appartement de Devo une première démo d'I know what boys like, dont le son d'ailleurs n'est pas très éloigné du Devo époque Hardcore. Dans une deuxième démo, on entend une guitare électrique et on note l'apparition des "Nyah nyah nyah nyah nyah" moqueurs. Patty Donahue a répondu à un appel de Chris Butler un midi dans un café, et la chanson a été enregistrée à Akron avec Ralph Carney de Tin Huey au saxophone.

Butler s'est ensuite installé à New York et a signé un contrat avec ZE Records pour sortir I know what boys like en single. Il fallait une face B et à ce moment-là The Waitresses n'était pas encore un groupe. Pour No guilt, influencée par la vague ska, Chris Butler a de nouveau fait appel à Patty et Ralph, ainsi qu'à des musiciens new yorkais, dont Don Christensen des Contortions et des Raybeats à la batterie.

Un groupe a ensuite été formé, de haute tenue, avec Billy Ficca, ancien batteur de Television, Tracy Wormworth, qui est bassiste des B-52's depuis une trentaine d'années, et le saxophoniste Mars Williams, qui a ensuite rejoint les Psychedelic Furs.
Les Waitresses ont signé chez Polydor, qui a réédité le 45  tours et sorti en 1982 un premier album, Wasn't tomorrow wonderful ?. On y retrouve les deux faces du 45 tours, dans la même version.
Si vous avez bien suivi tout ça, vous comprendrez que les musiciens qu'on voit sur la vidéo de 1982 n'ont pas tous participé à l'enregistrement de la chanson, réalisé avant la formation du groupe.

I know what boys like a eu son petit succès et reste actuellement bien réputée. Je l'apprécie toujours autant. L'autre chanson la plus connue du groupe, c'est Christmas wrapping, enregistrée pour la compilation A Christmas record de ZE. J'ai acheté l'album à sa sortie, mais je n'ai jamais particulièrement accroché à cette chanson.
Le groupe s'est séparé en 1983 après deux albums. Patty Donahue est morte à 40 ans en 1996. Chris Butler est toujours actif musicalement.




The Waitresses, I know what boys like, en direct dans l'émission anglaise The old grey whistle test, en avril 1982.


The Waitresses, un court extrait de I know what boys like dans le premier épisode de la série Square pegs, dont le groupe a également signé le générique.


The Waitresses, No guilt, en direct dans l'émission anglaise The old grey whistle test, en avril 1982.

02 octobre 2022

SHAKE SHAKE ! : Shake shake !


Offert par Dorian Feller à Villedommange le 15 juillet 2022
Réf : 6010 530 / Act 2 -- Édité par Sentinelle / The Compact Organization en France en 1981 -- Echantillon gratuit - Vente interdite
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Shake shake ! -/- Yellow ditty

Dorian m'a fait écouter ce disque qu'il avait acquis récemment. Pour une raison ou pour une autre, il a mis en premier la face B. Quand il a vu que ce titre provoquait un certain intérêt chez moi, alors qu'il le laissait plutôt froid, il a gentiment décidé de me l'offrir.

Un peu comme pour le Gol Gappas, dans un style un peu similaire et à la même époque, cette édition française d'un disque indépendant anglais est assez bizarre.
Là, la pochette est bien celle d"une édition sur le label français Sentinelle, diffusé par Phonogram. Cette maison a visiblement été mise en place pour diffuser par chez nous les productions de The Compact Organization, label anglais qui a surtout eu du succès avec Mari Wilson et Virna Lindt. D'après Discogs, quatre singles ont été diffusés en France en 1982, plus une compilation promo. Ce qui est bizarre, c'est que, si la pochette est 100% française, le disque lui est le disque original publié au Royaume-Uni par The Compact Organization.
On peut penser qu'il s'agissait d'une façon "économique" de publier le disque en France, en limitant les frais de gravure et de pressage pour le disque d'un groupe débutant qui risquait fort de ne se vendre qu'à quelques centaines d'exemplaires. Et même, étant donné que ma pochette porte un tampon sec indiquant un exemplaire promo et que l'exemplaire référencé sur Discogs est aussi visiblement un promo, on peut se demander si cette édition a jamais été disponible dans les bacs des disquaires.

En tout cas, je n'avais jamais entendu parler de Shake Shake !.
Dans ses notes de pochette pour la réédition en CD de la compilation A young person's guide to Compact, Tot Taylor, l'un des fondateurs du label, explique que c'est lors de l'enregistrement du premier disque du label, Attention Stockholm, que l'ingénieur du son du studio Music Works lui a fait écouter son propre groupe. C'est comme ça que Shake Shake ! s'est retrouvé à publier la deuxième référence du catalogue Compact.
Cet ingénieur du son, ça devait être soit Joe Dworniak, qui est également bassiste et producteur, soit Duncan Bridgeman, multi-instrumentiste et lui aussi producteur.
La pochette du 45 tours nous apprend que le groupe comptait deux autres membres : Jacqui,à qui on doit sûrement la voix féminine qu'on entend sur les deux faces, et Phil, probablement un batteur.

Alors, qu'est-ce qui m'a fait dresser l'oreille lors de la première écoute de Yellow ditty chez Dorian ? Eh bien, d'abord l'énorme ligne de basse qui ouvre la chanson, et qui ne peut que faire penser à celles de Jah Wobble à l'époque de Metal box. Et puis ensuite, tous les sons très rigolos (synthés, sifflements et autres bruitages) qu'on entend sur le refrain en même temps que les "I know you want to dance" ? Ca donne quelque chose de réussi, pas un chef d’œuvre, mais une agréable touche de légèreté dans une atmosphère pourtant 100% post-punk.

La face A, Shake shake !, est plus "normale". A son sujet, Tot Taylor explique que les gens n'arrêtaient pas de lui dire que ça ressemblait aux B-52's. Mais lui, ne les ayant pas vraiment écoutés, pensait que ça lui rappelait plutôt Weather Report ! A la même époque et avec un titre approchant, on peut aussi les rapprocher de See you shake de Way of the West.

Sur A young person's guide to Compact en 1982, on trouvait un troisième titre de Shake Shake !, Shuttle service, tout à fait dans la veine des deux autres. Et je crois qu'avec cette triplette on tient l'intégrale publiée de Shake Shake !.
Mais Joe Dworniak et Duncan Bridgeman sont restés très actifs depuis cette époque. En plus de nombreux projets chacun de leur côté, ils ont collaboré à nouveau ensemble dans les années 1980 pour les groupes I-Level et Be Big, tout en continuant leur travail en studio pour d'autres artistes. Des deux, c'est Duncan qui a dû avoir le plus grand succès, avec le projet multimédia 1 Giant Leap lancé avec Jamie Catto au début des années 2000.

09 juillet 2023

M : Pop muzik


Acquis d'occasion dans la Marne vers 2010
Réf : 2C 052 52834 -- Édité par EMI en France en 1979
Support : 45 tours 30 cm
Titres : Pop muzik -/- The "M" factor // Pop muzik

Robin Scott est dans l'actualité ces temps-ci. Il vient de sortir un nouveau titre, Break the silence (c'est apparemment la première fois depuis 41 ans qu'il utilise le nom de M pour ce faire) et son tube Pop muzik a fait l'objet d'une énième réédition ce printemps à l'occasion du Record Store Day, avec une Latin version inédite, qui rappelle un peu Señor Coconut mais qui n'arrive pas à la cheville de l'originale. Mais c'est la lecture d'un article du Guardian dans leur excellente série How we we made qui m'a déclenché une illumination : "Mais bon sang !", me suis-je dit, "Pourquoi est-ce que je n'ai pas déjà chroniqué ce disque depuis longtemps ?".

Ce tube est sorti quand j'avais 16 ans et je l'ai toujours apprécié. Je n'ai pas acheté le disque à l'époque pour la simple et bonne raison que j'étais trop occupé à gérer mon argent de poche pour acheter tous les disques qui sortaient par Elvis Costello, Magazine, Devo ou XTC pour m'offrir un disque qui passait tout le temps à la radio, même si ça m'est quand même arrivé pour des gens comme The Flying Lizards ou Kraftwerk.
Non seulement ça, mais je n'ai jamais porté d'attention particulière à cette chanson. Elle était présente dans mon esprit comme un meuble qu'on ne regarde plus, je l'appréciais, mais il a fallu que je la réécoute enfin attentivement pour enfin me dire qu'elle est non seulement accrocheuse mais innovatrice. Et puis, je ne m'étais jamais penché sur la thématique de la chanson : on a là un des meilleurs exemples de méta-tube sur la pop musique et son ubiquité, qui fait référence en passant à Get back et Jumping Jack flash.
Et puis, une autre bonne raison de chroniquer ce disque, c'est que je me suis procuré il y a des années ce maxi 45 tours qui propose un "Enregistrement spécial - 45t double-sillons concentriques". Comme pour le Saigon de Martha and the Muffins, l'une des faces comporte en effet deux chansons : selon l'endroit où l'on pose la pointe de lecture, on entend soit Pop muzik, soit The "M" factor.
Les illustrations de pochette sont réussies et marquantes, même si je dois bien avouer que je n'ai jamais saisi le lien que le bébé et la pêche pâtissière pouvaient avoir avec la chanson.

Ce qui a fait le succès de Pop muzik, c'est sûrement le chœur des "Pop pop pop muzik" qui s'accroche dans la tête, mais toute la rythmique à base de synthés (basse et glougloutant, notamment) et de séquenceurs doit aussi y être pour beaucoup. On est dans un territoire new wave/disco également occupé par Kraftwerk, en moins dansant, Devo et, pour ceux qui ont également eu un énorme succès à la même époque, Giorgio Moroder et les Buggles. La guitare un peu twangy m'a immanquablement fait penser aux B-52's. Mais surtout, et depuis que je me suis fait la remarque je n'entends plus que ça, il me parait clair que, pour la rythmique de son Ghostbusters de 1984, Ray Parker Jr s'est largement inspiré de celle de Pop muzik.

Pour une fois, la version maxi de Pop muzik est une réussite. La chanson est allongée de plus d'une minute, mais elle n'est pas défigurée et ses éléments intéressants sont bien mis en avant.

Pop muzik et M ont un rapport étroit avec Paris, à commencer par le fait que le nom du groupe a été inspiré par les panneaux du métro parisien. C'est là aussi que la chanson a été écrite, avant d'être enregistrée entre Londres et Paris, à une époque où Robin Scott travaillait comme producteur chez Barclay (j'ai retrouvé la trace de deux disques où il est crédité, par Niko Flynn et Spions).
Et puis, si on écoute bien la chanson, on se rend compte que le "muzik" est prononcé à la française. C'est logique puisque c'est une française qu'on entend, Brigitte Vinchon, la compagne de Robin Scott (Elle a sorti plus tard deux 45 tours chez Stiff sous le nom de Brigit Novik).
Les autres musiciens sur le disque sont le frère de Robin Julian Scott à la guitare (il était membre de Roogalator), Wally Badarou aux synthés et Gary Barnacle au saxophone.

Robin Scott n'était pas que musicien et producteur : il est l'un des fondateurs en 1977 de l'excellent label indépendant Do It qui, outre Roogalator et le premier disque de M, a publié des disques d'Adam and the Ants, Yello, Anthony more, Mikey Dread et Snakefinger.

Robin Scott explique dans l'article du Guardian qu'il a essayé d'arranger Pop muzik dans différents styles (rhythm and blues, funk) avant de se lancer dans des sons synthétiques. Une version démo de 1978 est intéressante car elle nous permet d'entendre la chanson telle qu'elle a été créée, sans son habillage "moderne".
Pour ses dix ans, Pop muzik a été remixée en 1989, sans être bousillée non plus cette fois-ci. La réédition a de nouveau été un tube en Angleterre.
Pour ses 30 ans en 2009, la chanson a été confiée à d'autres artistes pour un album entier de remixes. Je n'ai écouté que celui par Devo, qui m'a déçu car il n'est pas très aventureux.

La face B, The "M" factor, se rapproche de la démo, avec un son électrique qui laisse transparaître les racines pub rock de Robin Scott.
En voyant le titre, on pense immanquablement à Max Factor. Ce n'est probablement pas un hasard puisque le père Scott était représentant en parfums. Le titre du premier album de M, New York, London, Paris, Munich, a justement été inspiré par les mentions qu'on trouve sur les emballages de parfumerie.

Et maintenant, je vous laisse chanter "Pop pop pop muzik" toute la journée...!









08 mai 2018

SUPERORGANISM : Superorganism


Acquis chez Cultura à Cormontreuil le 3 mai 2018
Réf : WIGCD413X -- Édité par Domino en Europe en 2018
Support : CD 12 cm
10 titres

Depuis quelques temps, Philippe R. a pris la bonne habitude de regarder les concerts Tiny Desk de la radio américaine NPR (littéralement enregistrés dans le bureau de Bob Boilen, l'animateur de l'émission All songs considered) pour y découvrir des musiques par des artistes connus ou inconnus.
Récemment, il m'a envoyé le lien vers la prestation de Superorganism le 25 avril dernier, avec comme simple commentaire : "C'est ça qui est bien : être encore surpris, j'aime beaucoup".
Je suis allé voir de suite et, avant même d'écouter, j'étais déjà conquis, à la simple lecture du texte de présentation expliquant que Superorganism avait demandé avant de venir l'autorisation d'accrocher des baleines gonflables au plafond et puis, pour leur prestation, pas pour consommer, ils avaient demandé qu'on leur fournisse sept pommes bien croquantes et sept canettes en alu.
Le concert lui-même ne m'a pas déçu, je n'ai peut-être pas vu un collectif aussi plein de vie sur scène depuis Les Gamins En Folie en 1991. Dix minutes de pure joie :



Notons quand même que, sur le premier titre Prawn song, les sept membres du groupe chantent tous à un moment ou un autre. Évidemment, comme les chansons sur un crustacé par un groupe barjot ne sont pas légion, on pense aux B-52's. Et puis, tous ces petits bruitages, ça rappelle aussi un autre très bon moment, les débuts de CocoRosie. Sur Something for your M.I.N.D., les coups d'arrêt m'ont fait penser au Novocaine for the soul de Eels. Mais je vais arrêter le petit jeu des références car ce qui compte c'est de les voir s'amuser et de passer un bon moment à les écouter. Voici encore un groupe qui répond parfaitement à ma définition de la hip-pop optimiste.
On voit bien que le groupe est formé autour de trois musiciens (batterie, guitare, claviers), avec une chanteuse plutôt réservé et trois foufous chanteurs-danseurs-bruiteurs.
Le noyau musical du groupe est en fait composé de trois membres du groupe néo-zélandais The Eversons (un quatrième est présent en coulisses), formé en 2010 et qui a sorti plusieurs albums. Pour ce projet, ils se sont réunis à Londres avec des amis venus d'un peu partout dans le monde entier, et ont associé à distance la chanteuse Orono, une fan des Eversons qu'ils avaient rencontrée lors d'une tournée aux États-Unis.
A peine la vidéo de Tiny Desk regardée, j'ai vérifié qu'il y était en stock et je me suis arrêté au supermarché culturel qui était sur mon chemin pour me procurer ce Superorganism, le premier album du groupe, sorti en mars.
En-dehors des conditions particulières de la prestation que je venais de voir, il y avait un gros risque que je sois déçu par l'album. Mais il n'en est rien. Le bon esprit est bien là aussi sur cet enregistrement studio et, pour l'heure, mes titres préférés sont Nobody cares, Everybody wants to be famous et Something for your M.I.N.D..
La bonne nouvelle, c'est que Superorganism sera sur scène près de chez moi le 16 juin prochain, au festival La Magnifique Society de Reims. La mauvaise nouvelle c'est que je ne serai pas à ce concert. Ce n'est pas que je ne suis pas disponible mais, depuis plusieurs années je fuis ce genre de foire à bestiaux. A défaut de voir le groupe dans de bonnes conditions, je préfère rester sur ma bonne impression et à la maison, à écouter l'album et regarder des vidéos !










Superorganism en session pour KEXP pendant les Trans Musicales à la Halle de la Courrouze à Rennes, le 7 décembre 2017.

10 décembre 2023

WILSON PICKETT : New Orleans


Acquis chez Damien R. à Avenay Val d'Or le 11 juillet 2023
Réf : 750 019 -- Édité par Atlantic en France en 1967
Support : 45 tours 17 cm
Titres : New Orleans -- Everybody needs somebody to love -/- Mustang Sally -- Nothing you can do

Le 45 tours 4 titres français des années 1960, c'est quand même une grande réussite en tant qu'objet discographique. Belle pochette, objet compact et pratique, belle symétrie entre les deux faces... Je pense qu'on a rarement fait mieux. Et ici on en a un très beau spécimen, acheté le même jour que le Bee Gees à l'ami Damien (et dans ce lot, il y avait aussi, entre autres, un La's et un B-52's).

Examinons un peu la chose : Un Wilson Pickett rayonnant sur cette pochette qui est une reproduction de celle de l'album The Wicked Pickett, en réduction et avec une inversion d'axe.
Les deux titres mis en avant sur la pochette sont ceux des deux singles sortis aux États-Unis, Everybody needs somebody to love et Mustang Sally, mais sur le disque le titre principal est New Orleans.
Les quatre titres de l'EP sont extraits de l'album, et les fans français avaient intérêt à ne pas laisser passer ce 45 tours car, de ce que je vois sur Discogs, l'album complet n'a pas été édité par chez nous à l'époque. Après la fin d'un arrangement entre Stax et Atlantic qui lui avait permis d'enregistrer chez Stax, cet album-ci a intégralement été produit chez FAME à Muscle Schoals.

New Orleans
n'est donc pas un single américain, mais c'est bel et bien une reprise, du premier single de (Gary) U.S. Bonds, sorti en 1960.
L'original n'est pas mal du tout. Je ne connaissais pas cette chanson, mais elle a été reprise plein de fois au fil des ans, des Kingsmen à Joan Jett, en passant par Neil Diamond. Pickett lui applique le traitement qui a fait son succès, notamment avec Land of 1000 dances, c'est à dire une version complètement speedée et excitée.

Même motif, même punition avec Everybody needs somebody to love. Pour ma part, ce n'est pas avec la version originale par Solomon Burke que j'ai connu cette chanson, ni avec la reprise des Stones, mais tout simplement avec le film The Blues brothers de 1980. Wilson fait référence au message de Solomon dans son introduction parlée, mais le tempo est là aussi bien plus rapide. C'est cette version de la chanson qui a eu le plus de succès.

Par comparaison, Mustang Sally, parait presque calme, on est plus dans une forme de funk léger que dans du rhythm and blues échevelé. Cette fois, on reste plus proche de la version originale de 1965 par Sir Mack Rice, et là aussi c'est cette reprise qui s'est le plus vendue.

Le dernier titre est une reprise de Nothing you can do, le premier single de Bobby Womack sous son nom, probablement enregistré en 1965 et sorti mars 1966. Cette version originale est intéressante pour les références très marquées à Satisfaction, une façon peut-être pour lui de rendre la pareille aux Stones, qui lui avaient "piqué" It's all over now juste après sa sortie pour en faire un tube. Ces références aux Stones disparaissent dans la version Pickett de Nothing you can do, qui fait la part belle aux cuivres et à la voix puissante de Pickett.

C'est d'ailleurs ce qui caractérise Pickett, notamment par rapport à son idole Otis Redding : il a de la puissance, de l'abattage, de l'énergie à revendre, mais il ne compose pas et est moins capable de nuances. Mais quel interprète c'était !. La liste des autres reprises de The Wicked Pickett est impressionnante et met vraiment l'eau à la bouche : Ooh poo pah doo, Knock on wood, Time is on my side, You left the water running, Sunny... Miam miam !


Wilson Pickett, Mustang Sally. Ca, c'est de la section de cuivres !


Wilson Pickett, Everybody needs somebody to love, en concert en Allemagne en 1968.


Wilson Pickett, Mustang Sally, en concert en Allemagne en 1968.

29 décembre 2012

KAS PRODUCT : Try out


Acquis sur le vide-grenier du Jard à Epernay vers la fin des années 2000
Réf : PL 37603 -- Edité par RCA en France en 1982
Support : 33 tours 30 cm
11 titres

J'ai eu l'occasion de m'intéresser à Kas Product assez tôt dans leur parcours. A l'IUT, vers 1982, un copain avait leurs deux premiers singles, sortis chez Punk Records, que j'avais pu copier sur cassette grâce à la chaîne stéréo de la "salle audiovisuelle" de la résidence universitaire. Je crois bien que j'avais aussi enregistré leur concert diffusé par Bernard Lenoir dans son émission Feedback. Et puisque la copie cassette revenait décidément moins cher que l'achat de disques, à une époque où mon budget m'obligeait à des choix drastiques, j'ai aussi copié sur cassette quand j'en ai eu la possibilité les deux premiers albums du groupe, Try out et By pass.
J'ai toujours bien aimé Try out et je n'ai jamais vraiment accroché à By pass, sans trop savoir pourquoi. Le son du groupe ayant peu évolué entre les deux disques, j'ai toujours mis ça sur le compte des compositions, sûrement plus faibles sur le deuxième disque.
En tout cas, c'est parce que je n'avais l'album que sur cassette que je l'ai rarement écouté pendant des années. J'ai fini par l'acheter il y a quelques temps, à un vendeur professionnel qui "bradait" un lot de 33 tours sur le vide-grenier du Jard à Epernay. Il avait plein de bons disques années 80, vendus initalement de 5 à 8 €, baissés à 1 €, principalement je pense parce qu'ils avaient pris l'humidité, que les pochettes étaient gondolées et qu'il sentaient la cave.
Je lui ai pris au moins deux disques en plus de celui-ci, The scream de Siouxsie and the Banshees  et un album de Modern English.
C'est en réécoutant l'album une fois rentré à la maison que j'ai pris une claque et que je l'ai aussitôt mentalement réévalué. Ce n'est pas seulement un excellent disque, comme je l'ai toujours pensé, mais carrément un des meilleurs albums new wave produits en France.
Kas Product avait à peu près tous les atouts de son côté : un son énorme, avant tout concocté électroniquement par Spatsz, avec un peu de guitare en plus, une chanteuse de grande classe, Mona Soyoc, qui avait de la voix, du métier et de la technique, et une image cold parfaite.
Ce qui me surprend aujourd'hui, c'est de constater à quel point leurs chansons sont rapides et percutantes. On n'est pas seulement dans une new wave électronique, plutôt dans de l'électro-punk puissante, qui ferait presque le pont entre les pionniers Cabaret Voltaire ou Human League et des groupes plus industriels contemporains ou immédiatement postérieurs comme Front 242, Nitzer Ebb ou Ministry...
Parmi les titres frénétiques et puissants, il y a trois classiques imparables, One of the kind, qui ouvre l'album, Never come back et So young but so cold, repris pour l'intitulé d'une compilation marquante il y a quelques années. Mais juste un petit cran en-dessous, il y aussi le très punk Countdown, Man of time et Break loose.
Les titres au tempo plus lent sont aussi très réussis, notamment le tour de force vocal Pussy X, sorti en 45 tours, son cousin No shame et Sober.
Tout ça était assez extrême et pas franchement commercial, mais l'accueil critique a été très bon, en France et à l'international, et il reste surprenant que Kas Product n'ait pas réussi à convertir tout ça en un succès plus marqué. D'autant que, contrairement à nombre de leurs congénères new wave, Kas Product était un groupe qui passait la rampe de la scène, même avec un Spatsz coincé derrière ses synthés.
Je dis ça, mais autant j'ai toujours apprécié Try out (et encore plus aujourd'hui qu'il y a trente ans), autant j'étais ressorti déçu du concert auquel j'ai assisté à Reims le samedi 22 mai 1982, dans le cadre du Festival des Musiques de Traverses. Mais je crois que cette déception était plus due aux circonstances qu'à la prestation du groupe. Autant que je me souvienne (c'est à dire très peu), le son était excellent et et leur prestation tout à fait correcte. Simplement, le concert a eu lieu en fin d'après-midi, au troisième jour d'un festival, dans une salle petite, certes, mais une salle de théâtre équipée de fauteuils beaucoup trop confortables pour des spectateurs fatigués. Et rien que ce jour-là, la concurrence était très rude puisqu'il y a eu juste avant Etron Fou Leloublanc et surtout This Heat, et le soir-même The Raincoats et le meilleur des deux concerts de Tuxedo Moon qu'il m'a été donné de voir.
Le label Ici d'ailleurs vient de rééditer Try out et By pass en CD, et même en vinyl. Une bonne occasion de se procurer ces classiques des eighties. Chaque album est accompagné de quelques titres bonus, mais il y a une chose qui me chiffonne : avec Try out on trouve 5 des 6 titres des deux premiers singles du groupe, mais celui qui manque c'est Take me tonight, justement mon préféré du lot ! C'est incompréhensible, d'autant que cette chanson se trouvait bien en 1990 sur la compilation Black & noir sortie par Fan Club. Je n'entrevois qu'une seule explication possible : que le groupe ait fini par regretter d'avoir repris pour ce titre la fameuse rythmique du Peter Gunn theme, mais ils ne sont pas les premiers à l'avoir fait, et ça a souvent donné d'excellentes choses (n'est-ce pas, les B-52's et Christophe ?).
Kas Product s'est reformé ponctuellement à plusieurs reprises depuis 2005, mais à l'occasion de ces récentes rééditions, les choses ont l'air plus durables: le groupe a tourné pendant tout le mois de novembre et de nouveaux concerts sont annoncés en 2013. Guettez les calendriers de concerts près de chez vous...