28 juin 2019

CARAVELLI : Le disque des fiancés du printemps


Offert par Dorian Feller à Villedommange le 4 juin 2019
Réf : 4963 -- Édité par CBS Special Products pour Guilde des Orfèvres en France en 1970 -- Grand jeu fiancés du printemps
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Que je t'aime -/- Je t'aime... moi non plus

L'ami Dorian a trouvé ce disque récemment et, connaissant mon livre Vente interdite, il s'est dit que ce disque pourrait compléter ma collection de disques hors commerce. Et il avait raison le bougre, car c'est là un bel exemple de disque publicitaire.
Ce que Dorian ne savait pas, c'est que ce disque nous donne aussi l'occasion de rendre hommage au chef d'orchestre Caravelli, mort à 88 ans en avril dernier. Avec des gens comme Franck Pourcel, Paul Mauriat ou Raymond Lefèvre, il faisait partie des chefs d'orchestre populaires de la variété française.
Ce que ni Dorian ni moi ne savions pas, pour le coup, c'est que, s'il était né à Paris, c'est près de chez nous au conservatoire de Reims que Claude Vasori, alias Caravelli, a obtenu un Premier Prix de piano.
Comme le Billy Swan / Santana du Crédit Mutuel, ce disque a été édité par CBS Special Products, à l'intention de Guilde des Orfèvres. Malheureusement, je n'ai trouvé aucun autre document en ligne sur leur grand jeu des fiancés du printemps, mais j'imagine qu'il y a dû avoir des publicités dans la presse pour attirer les jeunes couples dans les bijouteries de la chaîne et leur vendre des bagues de fiançailles ou des alliances. Je me demande si le titre du jeu a pu être inspiré par Fiancé de printemps, une chanson de Gilles Dreu sortie en 1970 sur un 45 tours (Certains datent mon 45 tours de 1969, mais Que je t'aime, qu'on trouve sur la face A, est sortie en juin 1969, au début de l'été, le jeu ne peut donc pas avoir été organisé avant le printemps 1970).
Les deux faces de ce 45 tours, qui n'est que l'un des nombreux disques publicitaires où l'on trouve une reprise de Johnny, sont tirées d'un album de Caravelli de 1969 lui aussi titré Que je t'aime. Ça parait simple et évident, deux chansons d'amour pour des fiancés mais, dès qu'on creuse un peu, on en vient vite à se demander ce qui a bien pu passer par la tête des publicistes qui ont proposé ces chansons et des dirigeants d'entreprise qui ont validé ce choix.
Certes, en 1969, la libération sexuelles battait son plein, mais elle ne touchait pas tout le monde, et sûrement moins les couples clients de Guilde des Orfèvres que d'autres. Or, les paroles de Que je t'aime sont tout sauf romantiques au-delà du premier couplet. L'amour est un combat où l'un peut dire "Oui" quand l'autre dit "Non", et même une guerre dans le dernier couplet, qui donne une vision militaire de la petite mort. Beurk !
Quand à Je t'aime... moi non plus, ce ne sont pas uniquement les paroles qui ont valu à cette chanson, initialement étiquetée sur le 45 tours comme "interdite aux moins de 21 ans", d'être qualifiée d'obscène par le Vatican. C'est la chanson sensuelle et suggestive par excellence et là encore on note bizarrement que, pour un disque destiné à des fiancés qui prévoient de se "dire oui" devant un maire et éventuellement un religieux, les amoureux ont du mal à s'entendre puisque que, au "Je t'aime" de Jane (ou Brigitte) répond le "Moi non plus" de Serge. Et ils pouvaient peut-être se féliciter d'apprendre à temps que "L'amour physique est sans issue"...!
Rien de tout ça en fait dans les sillons de ce 45 tours, puisque les versions proposées sont des instrumentaux avec refrain chanté, mais les deux chansons étaient de très grands tubes et, en les écoutant, les paroles connues de tous ne pouvaient que venir à l'esprit des fiancés. 
Que je t'aime reproduit la construction de la chanson dans ce qui est je suppose le style propre à Caravelli. La tension monte dans le couplet jusqu'à ce qu'éclate le refrain dans un tonnerre de cuivres et de cordes. L'arrivée du chant très haut perché sur les refrains a un effet presque comique.
La version de Je t'aime... moi non plus est sage et chaste mais, comme prévu quand les chœurs font "La la la la la la" sur le refrain, j'entends bien sûr "Je vais et je viens entre tes reins" ! Pas d'orgue ici, contrairement à la version originale. Du coup, l'association de la basse et des cordes souligne un fait qui ne m'avait jamais paru évident jusque-là : c'est peut-être la chanson qui annonce le plus les orchestrations deux ans plus tard d'Histoire de Melody Nelson.
Je vous donne rendez-vous dès que possible pour une nouvelle exploration du monde décidément bien étrange des disques publicitaires.

5 commentaires:

debout a dit…

La pochette est parfaite, à la hauteur des prétentions œcuméniques la Guilde en question, ce vert tendre et ces pleins et déliés old school, parfait !
Je ne sais trop pourquoi mais j'ai toujours trouvé (et toutes versions confondues) ce "je t'aime, moi non plus" comme la chanson beauf par excellence ; ça sent la chemise grande ouverte sur la chaîne en or où pend la dent de requin se noyant dans les poils du patron de PME en train de "chauffer"" la secrétaire comptable à l'heure de clôture du pot d'entreprise marquant la fin de saison des soldes... Elle me rappelle ce sketch d'il y a très longtemps :

https://www.youtube.com/watch?v=1wQ2y5oNa_0

Pol Dodu a dit…

Oui, mettons que "Je t'aime... moi non plus" soit la chanson beauf par excellence. Mais, dans ce cas, en comparaison, qu'en serait-il de "Que je t'aime" ?

debout a dit…

"Que je t'aimeeuuhh", comme disait J.H. ? Idem. Hymne Beauf

"Quand tu ne te sens plus chatte
Et que tu deviens chienne
Et qu'à l'appel du loup
Tu brises enfin tes chaînes
Quand mon corps sur ton corps
Lourd comme un cheval mort
Ne sait pas, ne sait plus
S'il existe encore
Quand on a fait l'amour
Comme d'autres font la guerre
Quand c'est moi le soldat
Qui meurt et qui la perd"

Il faut quand même s'avaler une sacré dose de Ricard pour écouter ça sans se prendre les pieds dans son bermuda et ses tongs...

Pol Dodu a dit…

Nous sommes donc bien d'accord !
Je voulais citer précisément ces couplets dans ma chronique, mais je me suis contenté d'un lien pour nous éviter des haut le cœur...

Anonyme a dit…

Ben qd même je me souviens du choc lors de la sortie du disque. ca mettait qd même la france du côté de la modernité et la musique sonnait proche des anglais, c'était incontestablement nouveau. Beauf? Non je ne crois pas mais une provoc bien pensée qui en fait a tapé dans le mille du consensus. Je garde beauf ou franchouillard, ce qui va très bien ensemble, pour le décalque grave de bourvil /mayan qui n'ont eu peur de rien en enregistrant leur version. Avec ces deux versions on a un raccourci saisissant de la france de l'époque: coincée et gauloise héritière de traditions machopour les uns et étouffante pour tout un tas de monde (et pas seulement des jeunes). C'est aussi du point de vue musique (slow terrible) et son (orgue d'enfer) un prolongement de whiter shade of pale. Qt à johnny , son parolier savait à qui il s'adressait dans cette france coincée.Amitiés ph

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