
Acquis neuf en solde dans la Marne vers 1984
Réf : 2C 008-91149 / Dance For Ever Vol. 19 -- Édité par Apple / EMI en France en 1983
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Instant karma ! -/- Who has seen the wind ?
J'ai eu ma grande période Beatles vers 1977-1978, à 14-15 ans. C'est à ce moment que j'ai eu l'occasion d'écouter chez ma jeune tante Nadette Shaved fish, la compilation de 1975 de John Lennon où l'on trouve la plupart de ses 45 tours post-Beatles.
Je note au passage, même si ce n'est pas le sujet du jour, que Woman is the nigger of the world figure en bonne place sur cette compilation. Alors que, pour plein de bonnes/mauvaises raisons, elle a été complètement excisée cinquante ans plus tard du coffret de neuf CD Power to the people, alors qu'elle ouvrait en 1972 l'album Some time in New York City qui en constitue la base et qu'elle a été interprétée lors des deux prestations au concert One To One, censé figurer intégralement dans le coffret. La bonne vieille méthode hypocrite de l'utilisation d'astérisques pour cacher un mot qui dérange aurait été préférable.
Intant karma ! est l'une des chansons qui me plaisaient le plus sur Shaved fish. Alors quand je suis tombé quelques temps plus tard sur un exemplaire réédité et soldé de ce 45 tours, je n'ai pas hésité à investir quelque chose comme 5 francs dans ce disque.
Depuis, j'ai souvent vu passer le disque original, sans l'acheter, mais Philippe R. m'en a offert un exemplaire en 2014. Je chronique cependant cette réédition toute moche car ça reste historiquement "mon" disque.
C'est le volume 19 de la collection Dance for ever version années 1980. Il y a eu au moins trois présentations/numérotations différentes pour cette collection, entre 1972 et 1985. J'ai acheté récemment le Rivingtons, mais à la même époque que le Lennon j'avais déjà investi, souvent en solde, dans No milk today des Herman's Hermits, Fever de Peggy Lee et Blueberry Hill de Fats Domino.
Pour moi, ayant connu les choses rétrospectivement, c'était assez clair. Il y avait les derniers albums des Beatles, Abbey Road et Let it be, avec la particularité qu'ils ne sont pas sortis dans leur ordre d'enregistrement, puis les carrières solos des quatre garçons plus ou moins dans le vent. Sauf que, des années de lecture d'Uncut et Mojo m'ont appris que les choses étaient bien plus confuses que ça.
Déjà, Harrison a sorti des disques solo dès 1968. Ensuite, Lennon a sorti trois 45 tours et un album live entre juillet 1969 et février 1970. Dès septembre 1969, au moment de la sortie d'Abbey Road, il avait annoncé en privé aux autres membres qu'il allait quitter le groupe. Mais c'est Paul McCartney qu'on a rendu responsable de la séparation quand il a de fait rendu publique l'information dans un auto-entretien au moment de la sortie de son premier album.
A ce moment-là, Lennon était déjà bien embarqué dans ses aventures avec Yoko Ono et le Plastic Ono Band, commencées en juillet 1969 avec Give peace a chance.
Instant karma ! est son troisième single. Seulement une dizaine de jours s'est écoulé entre la composition du titre et sa sortie dans le commerce. Comme quoi, il était encore possible de faire vite (et en mono) avec Phil Spector à la production.
Lennon voulait un son de rock and roll minimal et primitif, et c'est ce qu'il a obtenu. Avec notamment une batterie lourde (par Alan White, le batteur de Yes !) et du piano. Il y a plein de monde sur le disque, dont George Harrison à la guitare, Klaus Voorman à la basse et Billy Preston aux claviers. Plus une petite troupe rassemblée pour l'occasion pour faire les chœurs.
Le thème principal de la chanson serait qu'il est inutile d'attendre une éventuelle réincarnation pour vivre son karma, et qu'il est possible de le faire dés maintenant, dans le temps présent, car, comme le dit le refrain, "On brille tous, comme la lune et les étoiles et le soleil". Tout comme Give peace a chance, cette chanson a quelque chose d'un hymne. Elle a aussi été rapprochée, à raison il me semble, d'All you need is love.
Si le rond central anglais conseillait de "jouer fort" la face A, il proposait de "jouer doucement" la face B, Who has seen the wind ?. Et c'est effectivement une Yoko calme qui signe et chante cette chanson, qui oscille entre une comptine et un air moyenâgeux.
C'est fort dommage de ne pas avoir crédité la poétesse Christina Rossetti (1830-1894) : le titre de la chanson et le premier couplet viennent directement de son poème Who has seen the wind ?, tiré du recueil Sing-song: A nursery rhyme book.
Sans atteindre le numéro 1 des hit parades, Instant karma ! a eu du succès, se vendant notamment à plus d'un million d'exemplaires aux États-Unis. Et, comme quoi la situation était bien chaotique, le disque s'est vite retrouvé en concurrence avec le single Let it be, sorti un mois plus tard.
Les deux passages à Top of the Pops de Lennon / Ono avec le Plastic Ono Band pour la promotion d'Instant karma !, enregistrés le 11 février 1970.
John & Yoko / Plastic Ono Band with Elephant's Memory, Instant Karma !, au One To One Concert, au Madison Square Garden de New York le 30 août 1972.
3 commentaires:
Le rapprochement avec all you need...c'est un peu léger et tiré par les cheveux, il y a un message dans les deux mais à mon avis il y a plus de rapprochement alors avec give peace a chance et all you need car le message était facilement compréhensible et universaliste alors que instant karma hein ça parlait pas à tout le monde (et surement maintenant aussi). C'est une bonne chanson, j'ai jamais bcp aimé le son spector dans celle ci et préfère de loin la version live de new york. Quant au fait que cette chanson à message se retrouve dans la collection "dance for ever" vaut mieux en rire, pauvre john! ph
Philippe,
La comparaison qui a été faite avec "All you need is love", y compris par Lennon, porte sur la mélodie, pas sur les paroles.
ça ne me fait surtout pas changer d'avis!
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