16 juin 2019

CREEDENCE CLEARWATER REVIVAL : Fortunate son


Acquis d'occasion dans la Marne, probablement au début des années 2000
Réf : 17012 -- Édité par America en France en 1969
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Fortunate son -/- Down on the corner

Je ne le fais pas souvent, et même j'évite généralement de participer aux commémorations rock 'n' rolliennes plus ou moins justifiées qui pullulent, mais je pense que ça vaut le coup de s'arrêter un moment sur les exploits réalisés par Creedence Clearwater Revival tout au long de l'année 1969, il y a cinquante ans.
Voilà un groupe qui, en l'espace de douze mois, a sorti trois albums studio (Bayou country, Green river et Willy and the Poorboys, soit en tout 26 chansons, dont 23 originales écrites par John Fogerty), a enchaîné les succès (Proud Mary, Bad moon rising, Lodi, Green river, Down on the corner et Fortunate son, excusez du peu !), a tourné constamment et a notamment été l'une des têtes d'affiche du festival de Woodstock (même si leur refus d'apparaître dans le film ou sur le disque, au prétexte apparemment erroné d'une performance pas optimale, fait qu'on a un peu tendance à minimiser leur participation).
Comment expliquer cette frénésie ? Sûrement parce que le groupe voulait profiter d'un succès qui avait été si long à venir : pendant dix ans, ils ont galéré sous divers noms de groupes et sorti une dizaine de 45 tours qui n'ont eu aucun succès. Ce n'est que quand ils ont changé de nom pour Creedence Clearwater Revival au tout début de 1968 que le vent a tourné, grâce notamment à leur reprise de Suzie Q.
Et puis, il y a aussi la façon dont le groupe considérait son "travail" artistique. Dans le Melody Maker du 20 septembre 1969, à la question de savoir si le groupe avait des problèmes pour recréer le son de ses enregistrements sur scène, John Fogerty répondait que c'était l'inverse : "Dans notre cas, nous faisons sonner nos disques comme nous sonnons sur scène" !
Dans le dernier Mojo en date (n° 308, daté de juillet 2019), on apprend que, à partir de la fin de l'été 1969,le groupe avait transféré son local de répétition d'une cabane de jardin à un entrepôt dans une zone industrielle, où ils se retrouvaient tous les jours pendant quatre-cinq heures quand ils n'étaient pas en tournée ou en studio. Et en studio, à ce régime-là, on comprend que les albums pouvaient être enregistrés rapidement : les bases étaient enregistrées en une ou deux prises, avec John Fogerty en complément à la guitare rythmique, et après il ne restait plus à repasser que pour enregistrer les voix et la guitare solo.
Le produit final, c'était du pur rock 'n' roll, et aujourd'hui c'est peut-être le plus électrique et le plus enragé de tous leurs tubes que j'ai sélectionné, Fortunate son.
Dans son livre de 1989 The heart of rock and soul : The 1001 greatest singles ever made, Dave Marsh, qui le place en 242e position (il y a 7 titres de CCR sur les 1001, dont 5 de 1969), explique que, si on pouvait réduire le rock 'n' roll à une seule chose, et si cette chose était la fureur pure, alors Fortunate son en serait la plus pure distillation.
John Fogerty a écrit cette chanson le jour où il a reçu les papiers le libérant définitivement de ses obligations militaires. Avant ça, comme expliqué dans le NME du 20 septembre 1969, John et le batteur Doug Clifford avaient fait leur service, puis avaient été maintenus comme réservistes, ce qui impliquaient que, après chaque concert, ils devaient revenir à leur base.
Inspiré par les annonces dans la presse du mariage du petit-fils du président Eisenhower et de la fille de Richard Nixon, Fogerty déverse sa bile non pas directement sur l'armée ou la guerre, mais sur tous ces gens de bonne famille, bien-nés, planqués, pistonnés ou friqués, qui ne risquent pas d'être obligés de faire la guerre mais prendront plutôt la décision d'y envoyer les autres (notons qu'un des planqués du Vietnam est actuellement Président des États-Unis d'Amérique...).
Musicalement, c'est à l'avenant et, s'il y a une chanson qui est proche de celle-ci et qui l'a peut-être en partie inspirée, c'est bien Sympathy for the devil des Rolling Stones, sortie quelques mois plus tôt (je ressens ça surtout avec le chant des couplets).
Je n'avais pas du tout la référence, mais un ami m'a judicieusement glissé à l'oreille hier que, pour lui, Fortunate son est éternellement lié à l'inévitable Johnny Hallyday, qui en a fait une reprise en 1971. Pour une fois, l'adaptation en Fils de personne par Philippe Labro ne trahit pas le sentiment de la chanson originale.
La face B bouche-trou ou faiblarde, Creedence ne savait pas faire. Au contraire, ils avaient pour habitude de mettre deux titres très forts sur leurs 45 tours, qui souvent leur procuraient deux succès en radio (mais une seule vente de disque...). C'est le cas notamment ici avec Down on the corner, où l'on retrouve le côté plus "roots" du groupe, avec l'histoire d'un jug band fictif, Willy and the Poorboys. Simple mais efficace et très agréable.
Tom Fogerty est mort en 1990. Aujourd'hui, John Fogerty poursuit sa carrière en solo, tandis que la section rythmique de Stu Cook et Doug Clifford joue depuis 1995 sous le nom de Creedence Clearwater Revisited.


Creedence Clearwater Revival, Fortunate son, dans l'émission Ed Sullivan Show en 1969.


Creedence Clearwater Revival, Fortunate son, en concert au Royal Albert Hall à Londres en 1970.


Creedence Clearwater Revival, présentés par Mama Cass et David Sternberg, jouent Down on the corner dans l'émission Music Scene, le 1er décembre 1969.


John Fogerty est interrogé par Dan rather en 2016 à propos de l'histoire de Fortunate son et des circonstances qui l'ont conduit à jouer cette chanson à la Maison Blanche lors de la Journée des Anciens Combattants, sous le mandat d'un précédent Président des États-Unis.

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