05 août 2015

PERE UBU : Datapanik in the year zero-A



Disque acquis probablement au Record and Tape Exchange de Notting Hill Gate à Londres dans les années 1980
Pochette offerte par Dorian Feller à Villedommange vers la fin des années 2000
Réf : RT 049 -- Edité par Rough Trade en Angleterre en 1980
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Final solution -/- My dark ages

A la parution de ma Discographie personnelle de la New Wave, l'ami Charlie Dontsurf, à qui l'on doit Ubu Dance Party, l'excellent site en français dédié à Pere Ubu, s'est légitimement étonné de l'absence de disques de Pere Ubu dans ma sélection. La raison en est simple : en-dehors d'un coffret de rééditions, je ne possède quasiment pas de disques du Pere Ubu de la première époque, celle qui correspond à la période chronologique couverte par le livre. En fait, je n'en ai qu'un, qui aurait dû effectivement intégrer le livre si j'y avais repensé à temps, d'autant qu'il m'a fallu plus de quinze ans pour réunir le 45 tours lui-même avec un exemplaire de sa pochette !
En fait, j'ai d'abord acheté le disque seul, dans une pochette cartonnée toute blanche, comme d'habitude dans la cave d'un des Record and Tape Exchange, sûrement pour 10 pence. J'espérais peut-être un jour tomber sur un autre exemplaire du disque complet avec sa pochette, mais à aucun moment je n'imaginais trouver la bonne pochette toute seule. C'est pourtant ce qui s'est passé un jour que je fouillais dans la discothèque de Dorian Feller. Je suis tombé sur cette fameuse pochette, qu'il a bien sûr accepté de m'offrir après quand même avoir tenté le coup en proposant de faire l'échange dans l'autre sens et que moi je lui offre le disque ! Merci Dorian !
On pourrait s'étonner de voir une pochette vide traîner chez Dorian, mais ce n'est pas si surprenant. D'une part, il s'arrange pour récupérer les pochettes vides qu'ils trouvent dans les stands de vide-grenier en les ajoutant en bonus aux lots de disques qu'il achète, et d'autre part, il reste chez lui quelques-unes des pochettes vides qu'il avait à des fins de promotion lorsqu'il faisait de la distribution au titre de Recommended Records France au début des années 1980. Dans ce lot, j'avais depuis longtemps récupéré une pochette des Residents et une autre d'Art Bears, mais c'est la première fois que j'ai le disque qui va avec !
Pere Ubu a débuté son parcours en éditant quatre singles de 1975 à 1977 sur son propre label, dénommé Hearthan puis Hearpen.
Ces disques ont chacun été tirés à quelques milliers d'exemplaires, dont une bonne partie s'est vendue en Europe plutôt qu'aux Etats-Unis.
En 1978, Pere Ubu a sorti ses deux premiers albums chez Blank, un label associé à Polygram. A ce moment-là, les premiers 45 tours étaient épuisés et déjà très recherchés, c'est sûrement pourquoi, au moment des premiers concerts de Pere Ubu en Angleterre, Radar Records a édité le maxi Datapanik in the year zero, une sélection de quatre des huit faces des premiers 45 tours plus un inédit.
Pour l'un des titres phares du groupe, Final solution, en-dehors de la compilation Max's Kansas City : New York New Wave, il aura fallu attendre 1980 pour le voir rééditer. Pourquoi ? Eh bien, pour répondre à cette question, nous allons bénéficier de l'aide de Pere Ubu, un groupe dont l'un des derniers slogans en date est "Pere Ubu fixes things" (une des traductions possibles est "Pere Ubu remet les choses en place") et un groupe qui fait ce qu'il dit. Sur son site officiel Ubu Projex, on trouve des tas de documents de référence et des protocoles, parmi lesquels pas moins de quatorze listes de réponses à des questions fréquemment posées !! Tout n'est malheureusement jamais parfait. Je n'ai pas retrouvé dans ces listes la réponse à ma question. Elle figure par contre dans une liste disponible sur une copie de l'ancien site, et elle était reprise en extrait dans le livret du coffret de 1996 Datapanik in the year zero.
Or donc, à la question "Pourquoi le titre Final solution a-t-il disparu pendant des années ?", Pere Ubu répond : "A cause du titre. Une nouvelle de Sherlock Holmes intitulée Le dernier problème a inspiré la chanson. S'il y a un problème final, il doit y avoir une solution finale. On n'y a plus repensé jusqu'à ce qu'arrive le mouvement punk avec ses références symboliques au nazisme. Le groupe a préféré laisser tomber la chanson plutôt que de risquer l'association."
En 1980, les punks bas de plafond et leurs croix gammées avaient libéré le terrain, et le groupe a dû penser que la voie était libre pour rééditer deux autres de ses premières chansons (Les deux derniers titres, pour ceux qui suivent, avaient entre-temps été inclus sur le premier album).
Ah oui, il y a aussi ce titre Datapanik in the year zero, utilisé pour le maxi, pour ce 45 tours avec le suffixe "-A" qui signifie peut-être "Appendice" et pour le coffret de 1996. Alors, "Que signifie Datapanik in the year zero ? Et est-ce que ce sens nous éclaire sur la raison pour laquelle Ubu a recyclé le titre de son maxi ?". Là encore, Pere Ubu nous apporte la réponse : "Ça ne signifie rien, vraiment. L'inspiration pour le titre vient d'un film appelé Panic in the year zero, une vision de science-fiction d'un futur perturbé. En 1978, Johnny et moi (David) étions intrigués par la notion de trop-plein d'information. Nous avions l'impression que l'information était devenue un sédatif, un info-sédatif. Que, privés de leur info-sédatif, les gens devenaient agités et malheureux. l'info-sédatif est sans douleur et ne requiert rien de l'utilisateur. Étrangement prophétique au regard de l'internet aujourd'hui [et la réponse date sûrement de 1996...]. Nous avons réutilisé le titre parce qu'il est bon et parce que le maxi original était depuis longtemps épuisé et ça nous a semblé une bonne idée sur le moment. Je déteste gâcher les choses. Je me suis senti obligé de le recycler." Pour ma part, j'avais aussi pensé en 1996 que ce titre anticipait de façon étonnante l'apocalypse annoncée du bug de l'an 2000.
Il est peut-être temps d'en venir à la musique... Final solution est l'un des quelques classiques rock écrits par Pere Ubu. En réécoutant la chanson, je me disais que sa piste instrumentale pourrait facilement passer pour du Joy Division, trois ans avant Unknown pleasures (pour Heart of darkness, chant compris, on pourrait facilement le faire passer auprès d'un fan naïf pour un inédit du groupe de Manchester !). C'est pour ça que je n'aime pas trop utiliser le terme post-punk : enregistré en février 1976, ce titre est quasiment pré-punk mais sonne tout à fait new wave, le terme que je préfère, surtout parce qu'il était utilisé à l'époque car, en elle-même, cette étiquette est tout aussi ridicule : une vague n'est nouvelle qu'au moment elle apparaît et seulement jusqu'à l'arrivée de la suivante. Des nouvelles vagues, il y en a eu plein avant et après la New Wave, à commencer par la Nouvelle Vague du cinéma français et la Bossa Nova... Pour ce qui est de la question des étiquettes, Pere Ubu a aussi la réponse !  : La seule étiquette qu'ils acceptent est qu'ils font du rock. Quant à l'expression "Avant garage", qui leur va comme un gant, ils l'ont adoptée en 1979 afin d'avoir quelque chose à jeter en pâture aux journalistes.
Pour ce qui est des paroles de Final solution, elles ont cette grande qualité qu'il est à peu près impossible de les interpréter de façon univoque. C'est plutôt celui qui tente de les interpréter qui apporte son grain de sel ou ses obsessions. Il est clair que le narrateur est un ado boutonneux en rébellion, comme tous les ados. Pour le sens du refrain, "Pas besoin d'un remède, il me faut une solution finale", j'ai toujours pensé que cette solution était la mort, mais comme je me le disais ça n'engage que moi.
A Reims, le 16 décembre 2009, en rappel de la représentation de la pièce Bring me the head of Ubu Roi,  Pere Ubu a joué des versions très énergiques de Final solution et Non alignment pact et m'a comblé !
Final solution était la face A du deuxième 45 tours. My dark ages était à l'origine la face B du troisième 45 tours, Street waves, enregistré quelques mois plus tard, après le départ du guitariste Peter Laughner. Comme Roadrunner, c'est une chanson sur la voiture, ou plus précisément ici sur le manque de voiture (et aux Etats-Unis, qui n'a pas de voiture n'emballe pas !). Elle a pour sous-titre dans l'édition originale "I don't get around", ce qui est raccord avec l'intérêt maintes fois manifesté de de David Thomas pour les Beach Boys, une passion également partagée par Charlie Dontsurf sur son site BeachBoys.fr.
Les titres de ce 45 tours viennent d'être réédités une nouvelle fois sur un album intitulé The Hearpen singles inclus dans le coffret Elitism for the people 1975-1978. Sorti de façon très limitée pour le Record store day 2015, il sera disponible plus largement à partir du 21 août.

4 commentaires:

Le Colonel a dit…

Bravo ! à quand des traductions de quelques uns des textes de tes artistse préférés ?

Pol Dodu a dit…

Yo Le Colonel,
Merci.
Je fais ponctuellement un peu de traduction ici quand l'occasion se présente. C'est évidemment moins risqué pour des textes simples que pour des paroles de chansons. Et meilleures sont les paroles, plus c'est casse-gueule à traduire !

Charlie Dontsurf a dit…

Ah ! Pere Ubu. Seul le 1er album est sorti chez Blank Records, label éphémère du groupe Phonogram. Le second, "Dub Housing" est sorti chez Chrysalis (nov 1978 en Europe, avril 79 aux USA).

Charlie Dontsurf a dit…

Le coffret "Elitism" est en fait disponible depuis la fin juin. Pendant plusieurs semaines et jusqu'à la mi-juillet, Fnac.com l'a proposé à 27 € (pour 4 lp vinyles dont 1 live (presque) inédit) !! J'ai pensé à une erreur mais Amazon le vendait dans les 30 € aussi. Malheureusement, c'est fini. Comptez 110 €. Hors de prix. Quelques vendeurs type "Marketplace" le proposent à 80 €, quand même !
Par contre, les deux premiers albums font l'objet d'une réédition vinyle et cd chez Fire Records. Parution, elle, le 21 août. Ces rééditions sont faites à partir des dernières digitalisations et mastérisations réalisées pour le coffret.
Il y aurait un projet de coffret n°2 reprenant les 3 autres albums de la période historique.

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