21 mai 2016

ADEM : Ringing in my ear


Acquis chez Arlequin à Bruxelles le 9 avril 2016
Réf : RUG183CDP -- Édité par Domino en Angleterre en 2004 -- FOR PROMOTIONAL USE ONLY / NOT FOR SALE - This promotional CD remains the property of Domino Recording Co Ltdand must be surrendered upon request.
Support : CD 12 cm
Titres : Ringing in my ear -- Friends, beware -- Wake up lullaby -- Let me give you a reason

Quand je suis allé à Bruxelles voir Jason Lytle et Giant Sand le mois dernier, j'ai bien sûr pris le temps de faire le tour des disquaires du centre-ville. Il y a encore pas mal de boutiques, mais on trouve soit du neuf, cher par définition, soit du vieux à prix collector.
J'ai quand même passé un très bon moment chez le libraire-disquaire d'occasion Pêle Mêle, qui a beaucoup de vinyls bradés en plus de ceux à prix fort, et puis, tout à la fin, chez Arlequin, presque en face du Manneken Pis, je suis tombé au fin fond d'un réduit sur une étagère de CD soldés à 1 €. J'en ai pris une bonne vingtaine, dont ce maxi d'Adem à la pochette réussie.
J'avais déjà trois CD d'Adem, écoutés une fois et appréciés mais sans qu'ils m'aient vraiment marqué, mais pas question de laisser passer celui-ci car, de fait, au bout de quelques années et sans même le vouloir, en commençant par des Will Oldham ou James Yorkston, je me suis constitué une collection de CD promo du label Domino qui commence à être conséquente (je ne les ai pas comptés, mais on doit bien être autour de la centaine) et que je complète à chaque fois que j'en trouve de nouveaux pas chers.
Cette fois-ci, j'ai écouté le disque tranquillement, en voiture, et j'ai vraiment accroché dès les premières notes de Ringing in my ear. Une chanson calme, un côté à la fois acoustique et bricolé. Super. S'il y a un disque auquel ça m'a fait penser, c'est au Moving up country de son compère de label James Yorkston. Sur le coup, je me suis même demandé si Adem n'avait pas produit un des disques de Yorkston. Ce n'est pas le cas, mais je n'étais pas tombé loin car c'est Kieran Hebden qui a produit Just beyond the river et, dans les années 1990, Kieran Hebden et Adem étaient tous les deux membres du groupe Fridge.
Ce qu'il y a de bien avec ce maxi, c'est qu'il n'est pas rempli de remixes, de titres live ou autre fond de tiroir. On a droit avec Friends, beware, Wake up lullaby et Let me give you a reason à trois chansons complètes que j'aime beaucoup, bien enregistrées, tout à fait dans la lignée et d'aussi bonne qualité que Ringing in my ear. Let me give you a reason a même un côté rythmique marqué, comme du funk léger, lent et acoustique, avec en plus de la flûte !
C'est à se demander pourquoi ces trois bonne chansons n'ont pas été incluses avec Ringing in your ear sur Homesongs, le très beau premier album d'Adem. Si un jour cet album est réédité, elles pourront être ajoutées en bonus, avec After the storm et Let it burn, les faces B de l'autre excellent single These are your friends.

On trouve facilement et pour pas cher Homesongs. Adem a sorti l'an dernier Seconds are acorns, son quatrième album.



16 mai 2016

LES NÉGRESSES VERTES : Zobi la mouche


Acquis sur le vide-grenier d'Avize le 8 mai 2016
Réf : OTT 470 118 -- Édité par Off The Track en France en 1989
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Zobi la mouche -/- Hey Maria

Dimanche dernier, on aurait pu croire que l'été venait.  L'harmonie municipale jouait deux-trois derniers airs devant la mairie après la cérémonie du 8 mai et les vinyls risquaient de fondre sur le bitume.
Sur la place, un gars avait un bac de 45 tours et refusait d'annoncer un prix d'avance ("un euro ou un cinquante, ça dépend"). Évidemment, quand je lui ai sorti un 4 titres réédité dans les années 80 des Stones, il m'a annoncé 2 €. Pour deux 45 tours des Négresses Vertes, celui- ci et Voilà l'été, il voulait 1 € l'un et 1,50 € l'autre. Je lui ai fermement dit que je n'en paierais pas plus de deux euros, et il a accepté.
J'ai eu envie d'acheter ces 45 tours car j'ai souvent pensé chroniqué un disque des Négresses Vertes ici, mais je n'avais que l'album Mlah et, quand c'est possible, je préfère m'intéresser à un single qu'à un album entier.
J'avais vu que les deux faces B étaient Paulo et Hey Maria, deux titres que je connaissais, et j'étais persuadé qu'ils étaient tous les deux sur mon 33 tours Mlah. J'ai été tout étonné de découvrir à mon retour que ce n'était pas le cas, et j'étais d'autant plus content de mon achat. Pour Paulo, qui est aussi le nom du bassiste du groupe, c'est une chanson que j'ai dû connaître à l'époque sur ce single ou sur scène car elle n'est pas sortie ailleurs. Pour Hey Maria, l'explication est plus simple : le 33 tours compte 12 titres, tandis que le CD en a 14, les deux en plus étant Hey Maria et Le Père Magloire. C'était assez courant de mettre un bonus sur les CD, ne serait-ce que pour justifier la différence de prix conséquente avec les 33 tours, mais de mon côté, je n'ai acheté mon premier lecteur CD que courant 1989 et, dans un premier temps, j'achetais très peu de CD. Je ne me suis donc pas posé de question au moment d'acquérir Mlah, même si je perdais deux titres au passage.
Mon premier souvenir des Négresses Vertes, c'est d'avoir eu l'impression que leur maison de disques Off The Track menait une campagne de promotion très appuyée pour les lancer. Chez Radio Primitive, on avait reçu l'album en multiples formats, moult dossiers de presses, des disques à faire gagner aux auditeurs, des singles hors commerce ou remixés... On avait même appris que le groupe faisait une tournée promo dans un bus à ses couleurs.
Il faut dire qu'il y avait de quoi. Mlah est un album excellent, l'un des quelques classiques à avoir émergé de la mouvance rock alternatif et le groupe était une vraie tribu, façon Pogues ou Specials, avec comme figure de proue le chanteur Helno qui, dentition comprise, aurait pu passer pour le petit frère de Shane McGowan.
J'ai eu la chance de voir Les Négresses Vertes en concert au cours de la tournée qui a suivi la parution de leur premier album, à L'Usine de Reims le 1er avril 1989, avec les locaux d'Aldo Magic Band en première partie, un groupe qui comprenait un flûtiste, mais aussi les amis et futurs Combinaisons Le Vieux Thorax et DJ Gamover. Un excellent concert !
Zobi la mouche est la première chanson publiée par Les Négresses Vertes, en 1988 sur la compilation Nos amis les bêtes, qui regroupait la fine faune de l'alternatif, des Endimanchés aux Satellites. C'est aussi la chanson qui ouvre leur premier album et le titre principal du premier 45 tours qui en a été tiré. L'écho a été bon en Angleterre et le label branché Rhythm King y a édité Mlah, ainsi que Zobi la mouche remixé par William Orbit.
Il y a plein de chansons sur les mouches et celle-ci est une des plus réussies. Si on ne s'intéresse qu'à celles en français, les paroles seraient à la limite à rapprocher de celles de La mouche de Michel Polnareff, mais dans l'esprit on est plus près de la Mireille de Dick Annegarn, qui elle aussi a un petit nom.
Dans la rythmique, Zobi m'a souvent rappelé 3 Mustaphas 3, un autre groupe édité par Off The Track qui mélangeait les musiques locales du monde entier, et qui est passé à L'Usine en avril 1989.
C'est heureux que Hey Maria ait été incluse sur la version CD de l'album et n'ait pas été reléguée sur une face B de 45 tours car c'est un des nombreux (presque tous) excellents titres de Mlah. C'est une chanson plutôt enjouée sur la mort, mais depuis le décès d'Helno en 1993 elle me noue toujours un peu les tripes quand je l'entends chanter "Hey Maria, tu es morte et moi je suis là, Hey Maria, tu es morte, moi je suis toujours là" ou un peu plus loin "Vrai qu'on mourra un jour ou l'autre, vu que nous ne sommes pas éternels. Alors bon comme l'a dit l'autre, pourquoi devancer l'appel. Vieillir, vieillir avant de mourir, si ce n'est pas rigolo ça me fait crever de rire, c'est aussi con que je respire.".

On trouve toujours assez facilement et pour pas trop cher, le CD de Mlah, neuf ou d'occasion et ces deux chansons sont aussi sur des compilations.





15 mai 2016

ORCHESTRE PATHÉ FRÈRES : La mousmé



Acquis sur le vide-grenier d'Avize le 8 mai 2016
Réf : 6758 et 6753-- Édité par Pathé en France  vers 1914
Support : 90 tours 21 cm
Titres : La mousmé -/- Gage d'amour

Quand j'ai débuté ce blog, je pensais que les enregistrements les plus anciens susceptibles de m'intéresser remonteraient aux années 1930, au blues de Big Bill Broonzy ou Robert Johnson. Mais au fil du temps, je me suis mis à apprécier des disques des années 1920, comme ceux de Washington Phillips ou du Memphis Jug Band. Et plus tard encore, j'ai eu le moyen d'écouter des 78 tours et je ne me suis plus contenté de rééditions, j'ai commencé à acheter des disques des années 1930, et même de 1929 pour le Blind Willie Dunn's Gin Bottle Four. Mais même à ce moment-là, je n'imaginais pas ouvrir un jour la rubrique des années 1910, que ce soit au titre d'une réédition ou d'un disque que je posséderais.
C'est pourtant bien ce qui arrive aujourd'hui, avec ce disque acheté 1 € la semaine dernière à Avize, pendant le premier week-end vraiment chaud de l'année.
Je l'ai choisi pour sa taille inhabituelle, à mi-chemin entre le 45 tours et le 33 tours 25 cm. Je trouvais aussi élégant son rond central, avec les informations directement gravées sur le disque plutôt qu'imprimées sur une étiquette. Et puis, les deux titres étaient indiquées comme étant des Mazurkas. Or, je venais de passer la semaine à me régaler de mazurkas haïtiennes... Et justement, un des titres, La mousmé, faisait un peu exotique. J'associais ce terme à l'Afrique du Nord ou à l'Orient, mais il faut en fait voyager jusqu'en Extrême Orient puisque la mousmé est une jeune japonaise.
Grosse déception une fois rentré à la maison puisque, comme pour un 80 tours de Fredo Gardoni, je n'ai pas pu du tout écouter mon disque puisque l'aiguille a ripé dessus d'un bord à l'autre.
J'aurais dû mieux lire les avis parfois un peu redondants qui jalonnent la pochette de ce disque ! On y apprend que l'audition des disques Pathé commence par le centre, qu'ils doivent être entendus à la vitesse de 90 à 100 tours à la minute, qu'ils s'écoutent avec toutes les machines parlantes à disques de bon fonctionnement qu'il suffit de munir du diaphragme Pathé spécial pour disques, que les disques Pathé sont d'un prix unique par chaque grandeur de disque, quelle que soit la notoriété de l'artiste (à 21 cm, le mien coûtait 2 francs).
Il ne me restait plus alors qu'à chercher des informations en ligne.
Chez De la belle époque aux années folles, j'ai d'abord trouvé mes deux titres dans un Répertoire 'Danses', ainsi que, parmi plein de choses intéressantes, une Histoire de Pathé Frères, dont je retiens que la production de disques à double face Pathé remonte à 1906.
Ensuite, j'ai eu la chance de trouver sur YouTube une vidéo de la face A de mon disque, La Mousmé, et j'ai eu la surprise de découvrir une autre particularité des disques Pathé de l'époque, l'annonce en début d'enregistrement du titre interprété (et souvent de l'interprète, mais pas dans ce cas). Il y aussi sur YouTube une autre version, avec clochettes, par l'Orchestre Militaire Pathé, sur un disque visiblement plus grand, qui porte pourtant le même numéro 6758. J'ai trouvé chez Phonobase une troisième version de cette danse, interprétée par la Musique de la Garde Républicaine, publiée sur cylindre.
Tout ça tend à montrer que cette Mousmé a connu un certain succès. Il faut dire que son compositeur, Louis Ganne (1862-1923), était très populaire pour ses marches militaires. Il a même présidé de 1901 à 1903 la Société des Compositeurs, un des ancêtres de la SACEM.
Autre indice de la popularité de cette composition, le fait que Gabriel Montoya, lui aussi très réputé, ait composé une poésie sur la partition, publiée en 1914.
Dernière preuve que le commerce du disque était déjà florissant, avant et après la guerre de 1914 : La Mousmé a été rééditée trois fois sur disques 80 tours Pathé, la dernière en 1929.

http://imslp.org/wiki/Special:ImagefromIndex/400835

A part l'initiale du compositeur E. Marie, j'ai trouvé très peu d'informations sur Gage d'amour, l'autre face de mon disque, si ce n'est deux enregistrements différents sur disque, par la Musique de la Garde Républicaine pour la maison de disques Eden Favorite, dont le premier remonte à 1904.

Voilà qui m'ouvre de nouveaux horizons pour mes collectes de disques. Il ne me manque plus qu'un phonographe pour écouter ces antiquités !


La Mousmé, dans la version de mon disque, a priori par l'Orchestre Pathé Frères.


La Mousmé, avec clochettes, par l'Orchestre Militaire Pathé.

07 mai 2016

JOY DIVISION : Love will tear us apart & Komakino



Acquis chez A la Clé de Sol à Châlons-sur-Marne en 1980 + Offert par Gilbert, disquaire chez A la Clé de Sol à Châlons-sur-Marne en 1980
Réf : FAC 23 + FAC 28 -- Édité par Factory en Angleterre en 1980 -- This is a free record -/- This record should not have cost you anything, wherever or however it was obtained (pour Komakino)
Support : 45 tours et 33 tours 17 cm + 33 tours 17 cm
Titres : Love will tear us apart -/- These days -- Love will tear us apart + Komakino -/- Incubation -- [As you said]

Je ne suis plus trop sûr de la séquence d'événements, mais le plus probable est que j'avais vaguement entendu parler de Joy Division avant le suicide de Ian Curtis en mai 1980 et que j'ai acheté Unknown pleasures peu de temps après.
Ce qui est sûr, c'est qu'ensuite j'ai acheté Love will tear us apart et Closer dès que j'ai pu après leur parution pendant l'été 1980, et que j'ai eu de la chance de les trouver, en import mais à prix correct, chez mon disquaire favori du moment, A La Clé De Sol à Châlons, où Gilbert tenait le rayon.
Il n'est resté qu'un temps relativement court à Châlons, avant de co-fonder le disquaire Chorus à Reims, mais nous avons entretenu de bons rapports de client à disquaire. J'achetais des disques, je lui conseillais de se procurer certaines de mes découvertes, et lui en retour savait entretenir ma fidélité en me faisant quelques cadeaux, comme une affiche d'Elvis Costello, une autre pour London calling, et il m'a même refilé un billet pour aller voir The Clash à l'Hippodrome de Paris le 8 mai 1981 ! Alors, bien sûr, quand il a reçu de son importateur un petit lot du disque souple Komakino, diffusé gratuitement par Factory à partir d'avril 1980, il m'en a réservé un exemplaire. Je ne sais pas si c'est le même jour que j'ai acheté Love will tear us apart mais en tout cas, comme le disque souple n'avait aucune pochette, je l'ai glissé dans celle de Love... et il y est toujours resté depuis.
Chez certains groupes New Wave, il y avait une façon de fonctionner proche de celles des grands groupes des années 1960 : on enregistre beaucoup et vite et on ne met pas les singles sur les albums. C'est une des choses qui est appréciable chez Joy Division et New Order (pendant une longue première période). Transmission, Love will tear us apart et Atmosphere sont trois grands 45 tours qui ne sont pas sur les grands albums que sont Unknown pleasures et Closer. Et le même mois de mars 1980, ils enquillent la deuxième session d'enregistrement de Love will tear us apart et celles pour Closer.
Love will tear us apart (L'amour nous déchirera) est devenu un classique, souvent repris. Je crois que je n'avais pas pensé à l'époque que le titre avait été voulu comme l'antithèse de Love will keep us together de Captain & Tennille, même si je connaissais bien ce tube.
C'est une chanson que j'aime beaucoup. J'ai longtemps eu du mal à décider quelle version je préférais, celle de la face A ou celle de la face B, enregistrée quelques semaines plus tôt. Aujourd'hui, je crois que je penche pour la face A. La deuxième est à peine plus rapide il me semble et il lui manque la guitare douze cordes. Le seul reproche que j'ai à faire aux deux versions, c'est le son de synthétiseur qui s'intègre assez mal avec le reste. J'aime bien le synthé mais là, comme aussi parfois sur Closer, il me gêne un peu. J'adore l'écho subliminal de Be my baby qu'il me semble discerner à la toute fin de la face A.
Évidemment, je tentais d'accompagner Ian Curtis au chant. Et avant de faire l'acquisition d'un livret de paroles chez New Rose, je commettais pas mal d'erreurs : par exemple, je chantais "It's my timing that flowed" et "All my feelings exposed".
These days, l'autre face B, est aussi une très bonne chanson que d'autres groupes auraient conservée pour une face A ou un album. Elle est plus rock et rappelle le son que le groupe avait encore peu de temps auparavant quand il s'appelait Warsaw. Il y a en accompagnement tout au long une sorte de boucle au son bizarre (de guitare plutôt que de synthé je crois) et globalement une production excellente de Martin Hannett.
Les trois titres du disque souple ont été rejetés des sessions de Closer.
Komakino, à la guitare presque funky (relativement), est quand même pas mal pour un rejet, avec la basse et la batterie qui font un grand numéro comme d'habitude. Le chant, ça va presque sans dire, est excellent et quant aux paroles, il est difficile de ne pas les interpréter à la lumière de ce qui s'est passé ensuite ("How can I find the right way to control all the conflicts inside, all the problems beside, as the questions are right and the answers don't fit into my way of paying".
Les deux autres titres sont instrumentaux. Incubation est plutôt rock et électrique. J'avais commencé à échafauder une théorie sur les titres en "ion" de Joy Division (Auto-suggestion,Transmission, Isolation, Atrocity exhibition,...) mais ça fait bien longtemps que je l'ai oubliée. Le morceau dont on a su plus tard qu'il s'appelait As you said est une sorte de courte expérimentation à base de boite à rythmes et de synthé, qui nous montre bien que le son de New Order n'est pas sorti de nulle part.
Jusqu'à aujourd'hui, je n'avais jamais prêté attention au message gravé sur le 45 tours principal, "Don't disillusion me / I've only got record shops left". Il me parle pourtant. On pourrait l'actualiser, et ce serait encore plus désespéré : "Ne me faites pas perdre mes dernières illusions, je n'ai même plus de disquaires pour me raccrocher"...
J'ai vu cette semaine pour la première fois la vidéo que le groupe a tournée le 28 avril 1980 dans son ancien studio de répétition :

05 mai 2016

CAPTAIN & TENNILLE : Love will keep us together


Acquis d'occasion dans la Marne dans les années 2000
Réf : 625 040 -- Édité par A & M en France en 1975
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Love will keep us together -/- Gentle stranger

Voilà un vrai souvenir d'enfance. J'avais 12 ans, entre la cinquième et la quatrième, quand ce 45 tours est sorti. Je me souviens qu'on l'entendait partout, que je l'aimais bien et qu'on le chantait.
La pochette donne le ton et est très directe : ça parle d'amour, ça vient des Etats-Unis où ça se vend comme des petits pains (meilleure vente de 45 tours de l'année 1975)... ? Allez, une pochette jaune bien claquante avec deux cœurs dessinés en "stars and stripes". Faut le vouloir pour ne pas comprendre le message et même moi, qui commençait à peine les cours d'anglais, j'ai dû le saisir, même si je ne crois pas qu'on ait acheté le 45 tours à l'époque.
La mention "N° 1 USA Disco-Super hit" colle à peu près, sauf pour le côté Disco. Je ne vois pas où ils ont été pêché ça. C'est de la pop, de la pop 24 carats, au niveau de Abba. Ce n'est qu'aujourd'hui que je me rends compte qu'il y a plein de synthés et d'autres claviers là-dedans, mais même avec une basse-clavier au son trafiqué, je n'entends pas de disco là-dedans.
Mais c'est accrocheur, avec une construction bizarre de couplets qui se terminent en refrain, des répétitions et des "Stop" et "I will" qui accrochent. C'est excellent et c'est toujours aussi efficace après quarante ans, ça ne vieillit pas, comme tout bijou pop qui se respecte.
Je me souviens à l'époque j'ai essayé de retenir le nom du groupe et de comprendre le titre, mais je n'étais pas allé jusqu'à essayer de déchiffrer les paroles moins évidentes car elles n'étaient nulle part.
Je ne savais absolument rien de Captain & Tennille à l'époque. Je ne savais pas que le duo était un couple, que le Captain s'appelait Daryl Dragon, que le prénom de Tennille était Toni, qu'elle avait une coupe de cheveux à la Mireille Mathieu et que trois de ses soeurs les accompagnaient aux chœurs.
Je ne savais pas non plus que Love will keep us together était une reprise d'une chanson créée deux ans plus tôt par Neil Sedaka.
Et puis, je ne connaissais pas la connexion avec les Beach Boys, que le Captain et Tennille ont tous les deux accompagnés sur scène aux claviers. Mais ça va plus loin que ça, puisque leur premier album, également intitulé Love will keep us together, contient deux reprises de God only knows et Disney girls (1957) (de Surf's up écrit par Buce Johnston et ici co-crédité à Dennis Wilson) ainsi que la version originale de I write the songs, une chanson de Bruce Johnston rendue célèbre par Barry Manilow quelques mois plus tard.
Mais tout ça c'est pour les rats de discothèque. Ce qui compte, c'est la joie pop de Love will keep us together.
Et pour le capitaine et Toni, est-ce que ça a marché ? Est-ce que l'amour leur a permis de rester ensemble ? Eh bien oui pendant très longtemps, mais l'histoire se termine quand même mal puisqu'ils ont fini par divorcer en 2014.


01 mai 2016

PHILO KOLA : Elle fait semblant


Ecouté pour la première fois chez British Library Sounds le 28 avril 2016
Réf : Syliphone 4-637-01 et CEAP608/8278 -- Issu des archives Syliphone de la Radio Télévision Guinéenne et diffusé par la British Library en 2016
Support : 1 fichier
Titre : Elle fait semblant

Malheureusement, je n'ai pas le disque dont la pochette est ci-dessus, mais c'est quand même plus sympa avec une illustration, et, de toute façon, il va bien falloir que je continue à faire évoluer mes modes d'écoute de la musique.
Cette année, peut-être pour de bon, ça devient vraiment difficile de trouver de bonnes affaires sur les vide-greniers par chez moi. La météo n'y met pas du sien, certes, mais surtout l'offre semble vraiment s'appauvrir (ou les prix augmenter exponentiellement). Cela fait plusieurs années que je suis content de viser des disques insolites, obscurs ou "exotiques" mais, depuis l'automne 2015, je ne trouve quasiment rien d'intéressant et si ça dure je ne continuerai pas à passer une partie de mes dimanches matin à naviguer entre capsules de bouteilles de Champagne et vêtements et jouets d'enfant.
Donc, on ne compte plus seulement sur les disques pour découvrir de la musique et, avec Internet notamment, on a de toute façon de quoi s'occuper pendant plusieurs vies.
Par exemple, sur le site de la bibliothèque nationale britannique, on trouve des collections d'enregistrements sonores.
Là, je me suis seulement intéressé aux musiques du monde et traditionnelles et, pour l'Afrique, à la collection du label Syliphone.
Ça faisait encore beaucoup (7781 enregistrements), alors j'ai sélectionné les titres en français, j'ai commencé à écouter et je me suis régalé.
Notons que tous les titres des collections sonores sont en écoute intégrale gratuite sur le site de la British Library (avec parfois des limitations pour certains pays pour des raisons des droits).
Je ne sais pas comment la numérisation est financée en Angleterre, mais en France, où la musique n'a jamais été prioritaire par rapport au livre (et ne bénéficie pas des mêmes aides), la Bibliothèque Nationale, très en retard sur la question, en a été réduite à se lancer dans un horrible partenariat public-privé à la Sarkozy : 5 M € d'argent public sur un budget de 15 M € pour numériser des disques et des livres anciens, plus le travail des agents de la BnF pour la sélection des documents, leur mise en ligne et l'archivage pérenne. Si, au bout du compte, les documents avaient été librement accessibles pour tous en ligne, ça m'aurait moins énervé. Mais non, seuls des extraits sont pour l'heure disponibles sur la bibliothèque numérique Gallica. Certes, il y a de nombreux documents intégralement en écoute, sur YouTube par exemple, mais la société privée partenaire bénéficie d'une exclusivité de commercialisation pendant dix ans. Alors, jusqu'en 2022, pour écouter des disques de collections publiques numérisés en grande partie sur fonds publics, il faut payer, par exemple 5,99 € pour un récital de 1961 de Charles Trenet sur Amazon. Grrrr !
Bref, calmons-nous, restons en Angleterre, et apprécions ce que nous propose la British Library.
Sa collection Syliphone n'est pas le résultat de la numérisation de disques, mais rentre dans le cadre d'un programme de sauvetage d'archives en danger. Le label Syliphone de Guinée est très particulier : c'est un label d’État, créé dans les années 1960 dans le cadre de la politique culturelle d' "Authenticité" du Président Sékou Touré. On ne s'attend pas à ce que, dans un tel cadre, une création artistique de qualité soit produite, mais c'est pourtant le cas avec Syliphone.
C'est à l'australien Graeme Counsel que l'on doit ce travail. Dans le chapitre Music for a revolution: the sound archives of Radio Télévision Guinée du livre From Dust to Digital: Ten Years of the Endangered Archives Programm, il explique comment, de collectionneur de disques du label, il est devenu archiviste-sauveteur des archives de Télé Radio Guinée, après avoir appris que la collection nationale des disques Syliphone avait été bombardée lors d'une tentative de coup d'état en 1985. En trois campagnes, entre coups d’État et attentats, il a pu sauvegarder des centaines de bandes magnétiques et c'est le résultat de son travail qui est disponible depuis janvier 2016.
Parmi les quelques titres en français de cette immense archive que j'ai écoutés, j'ai sélectionné Elle fait semblant de Philo-Kola.
Philippe Kola Ntalulu, dit Philo-Kola, est mort à La Verrière dans les Yvelines en mai 2012. Il est surtout réputé pour avoir été le bassiste des orchestres African Fiesta National et Afrisa International de Tabu Ley Rochereau, mais il a sorti au moins deux albums sous son nom, Elle fait semblant à la fin des années 1970 et Elle me rend fou en 1984.
La chanson Elle fait semblant m'a plu, notamment parce qu'elle m'a fait penser à Jeannot de Lolo Lolitta et Tchico : c'est presque un sketch, ou une mini-pièce de théâtre, avec un dragueur qui interpelle "Bonjour ma soeur" et qui se plaint ensuite de la réaction de la fille : "La femme africaine, où est ta gentillesse ?". Il la salue en différentes langues, et à chaque fois elle ne répond pas et les chœurs interviennent : "Elle me répond toujours pas, Hey, en me disant, Hey, est-ce que tu me connais ?".
Ce document vient donc des archives de RTG et a été inclus dans la collection des archives Syliphone, mais je ne pense pas que ce titre a jamais été publié par ce label. D'abord, il ne figure pas dans le catalogue exhaustif de Graeme Counsel. Ensuite, Discogs ne mentionne à ce jour qu'une édition de l'album, chez Appolo Musique en Côte d'Ivoire.

Elle fait semblant

Parmi tous les titres en français de l'archive que j'ai écoutés, il y a de très bonnes choses, et quelques horreurs, surtout datées des années 1980 et 1990, avec une production "moderne" déjà très datée. Mais même dans ces années-là, il y a de grandes réussites.
Voici, sans ordre particulier, ma sélection de l'archive :