07 septembre 2018

CHRIS : Plan de fugue


Acquis sur le vide-grenier de Germaine le 26 août 2018
Réf : 437.212 BE -- Édité par Philips en France en 1966
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Plan de fugue -- Tu ne seras pas mon ami -/- La ballade du fils indigne -- Rêve mythologique

En raison des mesures de sécurité qui deviennent habituelles pour ce type de rassemblement, le vide-grenier de Germaine a été déplacé le long de la voie ferrée depuis l'an dernier, et c'est bien dommage car la balade dans le village et dans le bois de l'ancienne formule avait plus de charme.
Ce disque, trouvé pour 1 € en fin de matinée en bas d'une petite pile posée sur une table, est le seul que j'en ai ramené, mais ça devient aussi une habitude de revenir quasiment sans disque des brocantes.
Cet EP est crédité à Chris, tout simplement, mais, sans savoir qu'il avait un moment raccourci son nom d'artiste, j'ai instantanément pensé qu'il s'agissait de Long Chris, celui de Long Chris et les Dalton, celui qui a écrit de nombreuses paroles de chansons pour Johnny Hallyday. Et je savais aussi que Long Chris avait publié des titres intéressants dans les années 1960, dont certains ont été repris sur compilations comme le volume 1 de Pop à Paris ou le volume 3 de Wizz !.
Ce à quoi je ne m'attendais pas, c'est que les chansons de ce disque, à commencer par Plan de fugue, sonnent autant comme une version française réussie du Bob Dylan de 1965-1966 ! Dans le genre, c'est mieux que le seul exemple que j'avais en tête, le décalque de Like a rolling stone par Antoine sous le titre Qu'est-ce que ça peut faire de vivre sans maison.
Ce n'est que quelques jours plus tard que j'ai redécouvert que j'avais acheté il y a à peine deux ans le 45 tours de Long Chris sorti un peu plus tôt, qui contient justement Elle m'appartient, une traduction de She belongs to me de Dylan. Du coup, j'ai ressorti ce 45 tours et je l'ai réécouté, et j'ai compris pourquoi je m'étais contenté de le ranger après une seule écoute. Sur cette reprise et sur les autres titres de ce 45 tours, enregistré avec Jean Tosan et son Orchestre, c'est encore le Dylan acoustique avec guitare et harmonica qui sert de modèle, et pour moi la sauce ne prend pas. Alors que là, accompagné par Paul Piot et son Orchestre, ce qui dit comme ça n'est pas très excitant, on est dans un son inpiré du Dylan ayant allumé l'électricité, et c'est bien mieux ainsi.
En cette année 1966, la maison de disques Philips avait dû décider de donner une nouvelle identité à Christian Blondieau alias Long Chris. En effet, avant de raccourcir le Long, ils ont sorti un 45 tours avec deux des titres de cet EP crédité à Un Beatnik Chante. J'imagine que l'idée était de créer un peu de mystère dans la presse autour de l'artiste en question. En tout cas, j'aurais bien aimé aussi trouver ce disque...



Dans des entretiens pour Sur la Route 66 en 2011 et pour Radio Triage Vidéo en 2016, Long Chris revient notamment sur l'impact de Bob Dylan ("La mode était quand même à la protest-song. On avait subi l'influence des folksingers, de Bob Dylan..."). Il mentionne également Prévert et le surréalisme et explique que c'est son directeur artistique Claude Dejacques qui l'avait mis sur la piste de Mallarmé et du Manifeste du surréalisme ("Ca collait avec l'époque Dylan, et j'essayais de traduire Dylan, moi, avec le peu d'anglais que je connaissais, et il était en plein dans la fantastique, Dylan. Et je présente ça à Johnny..."). Et la réaction de Johnny a été "Faut que tu écrives une chanson pour notre génération, pour les jeunes, de nous aux jeunes". Cette chanson, ce fut La génération perdue, écrite en une nuit, sur commande de Johnny, avec un texte sur la relation avec le père qui est dans la droite ligne de La ballade du fils indigne, qu'on trouve ici. Sur son 45 tours suivant, Long Chris a enregistré avec The Blackburds sa propre version de La génération perdue, que je préfère à celle de Johnny car elle a aussi de forts accents dylaniens. Cet enregistrement est aussi l'occasion pour Long Chris de dire ce qu'il pensait des changements de nom imposés par son label, en glissant à la fin "Tu pourras faire briller le nom que l'on t'a imposé", alors même que la pochette de cet EP rétablissait le "Long" et que les notes de pochette signées Lee Hallyday soulignaient le problème.
Mais revenons au disque qui nous occupe. Le titre que j'aime le moins, c'est le dernier, Rêve mythologique, plus acoustique, très proche du coup des titres du 45 tours précédent auquel je n'avais déjà pas accroché. C'est aussi le seul des quatre titres de ce 45 tours qui n'a pas été repris sur l'album Chansons bizarres pour gens étranges, paru lui aussi en 1966. Au dos de la pochette de l'album, Long Chris donne un petit commentaire pour chacune des chansons. Pour Plan de fugue, il explique : "J'ai vécu chez une fille avec son père, sa mère, ses frères et ses sœurs, la grand-mère, le grand-père, le chat, le chien. Vie infernale. J'ai établi un plan de fugue". Cette chanson est la seule du disque où Long Chris se lance dans des images surréalistico-fantastiques à la Dylan. Mon autre chanson préférée est Tu ne seras pas mon ami ("En face de chez moi habitait un garçon qui ne m'a jamais dit bonjour. Plus tard, il verra ma photo dans le journal et fera tout son possible pour être mon ami, mais il ne le sera jamais."). La source d'inspiraiton étant strictement la même, c'est pas dur, j'ai presque l'impression d'entendre Lawrence chanter en français sur un inédit des sessions de The pictorial Jackson review ! J'aime aussi beaucoup La ballade du fils indigne : "Dans beaucoup de familles, le père en veut à son fils quand il est réformé. Étroitesse de l'esprit paternel : "Je l'ai fait moi ! Pourquoi pas lui ?"."
En 2016, Rock Paradise a réédité Chansons bizarres pour gens étranges en CD, avec en plus les titres manquant des 45 tours de l'époque. Et depuis, en collaboration avec Grégoire Garrigues, Long Chris vient de sortir chez Milano en 2017 et 2018 les volumes 2 et 3 de ces Chansons bizarres pour gens étranges.

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