18 mai 2025

RICK DEES AND HIS CAST OF IDIOTS : Disco duck


Acquis chez Depostorage à Couvin le 4 mars 2025
Réf : 2090 204 -- Édité par RSO en Belgique en 1976
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Disco-duck (Part 1) -/- Disco-duck (Part 2) (Instrumental)

Il faut bien admettre que, question achat de disques, je ne suis pas quelqu'un de difficile. On me propose un "canard disco" ? C'est comme avec le "poulet fou", je suis tout de suite intéressé. On rajoute à ça une "bande d'idiots" qui accompagne la vedette ? Non seulement, je prépare mon euro pour acquérir le disque, mais je le garde précieusement et je montre les dents si quelqu'un l'approche pendant que j'examine le reste du stock de cet antiquaire-brocanteur.
Depostorage est situé à Couvin, pas loin de la frontière française, mais en Belgique. Ce qui explique sûrement pourquoi c'est sur un pressage belge du disque que je suis tombé.

Il n'y a pas qu'en Belgique que le label a choisi, assez logiquement, d'illustrer la pochette avec un canard : c'est pareil en Allemagne, aux Pays-Bas, au Japon, en Turquie... Mais pas en France, où la pochette est moche et purement utilitaire. On y apprend que c'est la "version originale" (c'est vrai), que le disque a été n°1 aux États-Unis (c'est vrai aussi, pendant une semaine) et qu'il sert d'indicatif du Hit Parade RTL présenté par André Torrent. Ce qui contredit mes souvenirs : j'aurais dit que je ne connaissais absolument pas ce Disco duck, mais j'ai donc dû en entendre régulièrement au moins quelques notes à la radio puisque le Hit Parade était une émission que j'écoutais à cette époque.

A l'origine, Rick Dees est surtout un animateur radio. Alors qu'il animait des émissions à Memphis, il a écrit et enregistré Disco duck, une chanson parodiant gentiment le genre, où le héros en boite de nuit ne peut s'empêcher de danser à l'écoute de la chanson, puis il se met à battre des bras et à cancaner et se transforme en canard disco. On a donc affaire ici à une forme particulière de la danse des canards !

C'est vraiment un disque complètement associé à Memphis. Il a été enregistré aux studios Shoe et Ardent, avec à la production et aux arrangements des musiciens de session du coin, Bobby Manuel, Lester Snell et Mark Blumberg.
L'édition originale du disque a été sortie par une légende locale, Estelle Axton, co-fondatrice de Stax, sur son nouveau label Fretone. Le contrat a ensuite été repris par RSO, qui a pu assurer une distribution nationale et internationale et transformer cet essai en tube vendu à millions.

Pour Disco duck, Dees se serait inspiré d'un titre de Jackie Lee de 1965, The duck. Certes, il s'agit de deux chansons qui parlent de danse et de canard, mais musicalement je n'entends pas de lien direct.
En tout cas, la rythmique de Disco duck est souple, les arrangements de qualité, mais ce qui fait le succès du titre, c'est bien la voix de canard de Ken Pruitt et les chœurs. C'est pourquoi, la part 2 instrumentale en face B, sans ces ingrédients, intéressera surtout les vrais fans de disco.

Le grand projet de RSO dans ces années-là, c'est le film Saturday night fever. Dans le film, on entend quelques notes de Disco duck dans une scène où des étudiants apprennent le disco. Une scène entière a été tournée, où John Travolta fait le canard, mais elle a été coupée au montage. Peut-être parce que le manager de Dees avait refusé d'inclure la chanson dans l'album de la bande originale du film, pour ne pas parasiter les ventes du 45 tours. Un mauvais calcul, puisque la BO du film est l'un des albums les plus vendus au monde.

Rick Dees n'a plus vraiment donné dans le disque par la suite, mais il reste un animateur radio très populaire.


Rick Dees, Disco duck, en direct dans l'émission Midnight special. Une bonne version, plus rapide que celle du disque.






Rick Dees, Disco duck, dans l'émission Solid gold, avec une introduction par un jeune auteur-compositeur-interprète plein de talent.

09 mai 2025

JEFFERSON AIRPLANE : White rabbit


Acquis sur le vide-grenier de Mardeuil le 27 avril 2025
Réf : 45.617 -- Édité par RCA en France en 1967
Support : 45 tours 17 cm
Titres : White rabbit -/- Somebody to love

La semaine précédente, quelqu'un avait fait circuler la pochette de la réédition de 1971 de ce 45 tours, liée à la publication du livre L'Herbe bleue (Go ask Alice), et je m'étais dit que c'était quand même un excellent disque, puisqu'on y trouve les deux plus grands tubes de Jefferson Airplane, qui se trouvent être mes deux chansons préférées du groupe (dont j'ai dû écouter deux ou trois albums et un best-of).

Quand je suis tombé  sur ce disque l'autre dimanche, j'étais donc bien sûr de le chroniquer en cas d'achat, mais j'ai hésité un moment à investir 2 € dans ce 45 tours original français de 1967 car il lui manque sa pochette originale. Je me suis vite traité d'imbécile et j'ai conclu l'achat pour deux très bonnes raisons. 1°) Il m'est revenu que, de toute façon il était rare que les 45 tours français deux titres de cette époque aient une pochette illustrée. Et effectivement, celui-ci avait une pochette générique RCA. J'aurais bien aimé l'avoir, mais je m'en passerai, d'autant que 2°) un ancien propriétaire du disque a, en découpant la couverture d'un cahier de travaux pratiques Sciences & Cartographie, fait un superbe travail pour se fabriquer une pochette maison, avec des illustrations trouvées dans des magazines. Le verso est particulièrement réussi et tout à fait de son époque. On a là un très bel exemple ce que Patrice Caillet appelle le discographisme récréatif.
Il existe bien un EP français avec une pochette illustrée, mais bon, je ne compte pas trop tomber dessus prochainement à 2 € dans un vide-grenier...

Il y a une autre chose qui m'intéresse particulièrement dans ce disque, c'est l'histoire de ces deux chansons, que j'ai découverte il y a quelques temps en lisant Mojo ou Uncut.
En effet, elles ont toutes les deux été enregistrées le même jour, le 3 novembre 1966, pendant les sessions du deuxième album, Surrealistic pillow, mais elles n'étaient pas nouvelles. Grace Slick, qui venait d'intégrer le groupe, les a amenées avec elle. Quelques semaines plus tôt, elle les chantait encore avec son précédent groupe, The Great Society, dans lequel jouaient notamment son mari Jerry et son beau-frère Darby Slick.
En février 1966, Someone to love était sorti en 45 tours et, par la suite, un album a été édité sur lequel on trouve une version live de White rabbit enregistrée en 1966.
Sur les deux faces de mon 45 tours, les chansons sont créditées "G. Slick", mais c'est une erreur : White rabbit est bien de Grace, mais c'est Darby l'auteur de Somebody to love. Je suppose que ça lui assure une bonne rente depuis 1967...!
Il est ironique en tout cas que les deux plus grands succès de l'Airplane, sortis en single en février et en juin 1967 et montés à la cinquième et à la huitième place du classement des ventes, soient en fait des reprises de The Great Society.

Ce qui est surprenant avec White rabbit, c'est que la chanson est courte (2'30 à peine), mais que c'est tout sauf une pop song avec couplets, refrain et mélodie qui reste en tête. Au contraire, sur un rythme de boléro, elle est toute en tension, qui monte, qui monte et qui ne se libère que dans les trente dernières secondes. Grace Slick insiste sur le fait que le sujet de la chanson, qui contient de nombreuses références à Alice au pays des merveilles, n'est pas la drogue, mais elle a quand même été écrite à la fin d'un trip au LSD, et Grace pointe le fait que les drogues sont présentes en sous-texte dans de nombreux classiques de la littérature jeunesse.

Somebody to love, pour le coup, est une grande excellente chanson. La version de Jefferson Airplane transforme la chanson originale un peu pataude en un grand moment de rock and roll.

Ce disque fait partie de ceux qui ont annoncé le fameux Été de l'Amour hippie de 1967. Il est aussi innovateur parce que c'est peut-être bien la première fois, avant Big Brother and the Holding Company, qu'un groupe de rock avec une chanteuse qui compose certains des titres rencontre un très grand succès.


Jefferson Airplane, White rabbit et Somebody to love, dans l'émission American Bandstand à la veille de l’Été de l'amour, le 3 juin 1967.


Jefferson Airplane, White rabbit, dans l'émission The Smothers Brothers Comedy Hour.


Jefferson Airplane, White rabbit.


Jefferson Airplane, Somebody to love, en concert au Monterey International Pop Music Festival le 17 juin 1967.


Jefferson Airplane, Somebody to love, en direct à la télévision en 1969 dans l'émission Dick Cavett Show, avec David Crosby en invité au second tambourin et aux chœurs.


Jefferson Airplane, Somebody to love et White rabbit, en concert au Woodstock Music and Art Fair le 16 août 1969.



02 mai 2025

THE CALL : The walls came down


Acquis probablement au Record and Tape Exchange de Notting Hill Gate à Londres vers 1984
Acquis à la Bourse aux Disques de Radio Primitive à Reims le 23 mars 2025
Réf : LON 28 -- Édité par London en Angleterre en 1983
Support : 45 tours 17 cm
Titres : The walls came down -/- Upper birth

C'est la troisième fois que j'achète cette chanson, et c'est aussi la deuxième fois que j'achète précisément cet exemplaire de son édition en 45 tours !
La première fois, c'était au printemps 1983 dans une FNAC parisienne. J'avais dû lire une bonne chronique du deuxième album Modern romans et décidé d'investir 47 francs dans ce disque en "import hollande". A vingt ans, on a encore beaucoup à apprendre et c'est une époque où j'ai commencé à découvrir que, des disques moyens voire même mauvais, ça existe, et qu'apprécier un artiste ou être tenté par des critiques ça ne suffit pas à garantir la qualité d'une œuvre. Ça m'est arrivé par exemple avec le premier album de Positive Noise, mais aussi avec Punch the clock d'Elvis Costello. C'est ce qui s'est passé avec Modern romans, qui m'a toujours paru manquer d'originalité : le chant de Michael Been sur le titre d'ouverture The walls came down m'évoque immanquablement David Byrne et le titre suivant, Turn a blind eye, semble décalqué de Shadowplay de Joy Division.

Cette déception ne m'a pas empêché, quand je suis tombé dessus très probablement dans la cave à 10 pence de Record and Tape Exchange, de m'offrir ce 45 tours de The Call extrait de l'album.
Mais le jour où j'ai eu la mauvaise idée de mettre en vente un lot de disques à la petite boutique de Radio Primitive, j'ai gardé l'album mais je me suis séparé du 45 tours. C'était il a plus de trente ans, au début des années 1990, et ces disques mis en dépôt, j'en ai vendu quelques-uns, j'en ai repris d'autres quelques années plus tard, et il y en a que j'ai laissés dans le stock de la radio. Et j'en ai retrouvé quelques-uns le mois dernier lors de la bourse aux disques primitive, le jour où j'ai trouvé Solsbury Hill, que j'ai décidé de racheter ! Cela concernait trois disques, de Paul Brady, Voice Farm et donc The Call.

The walls came down est pour le coup une bonne chanson, avec un riff très accrocheur dès l'introduction. On est dans un style de rock épique à la U2 ou Big Country. Les paroles font référence à la politique du moment, et quarante ans plus tard les choses n'ont guère changé ("Je crois qu'il n'y a pas de russkofs, et il n'y a pas de ricains, juste des criminels affairistes qui jouent avec des tanks"). D'autant que les murs qui tombent dont il est question font référence au récit biblique des trompettes de Jéricho, et donc à un conflit guerrier en Palestine.
J'ai été surpris de voir dans les crédits le nom de Garth Hudson, de The Band. En fait, ils étaient visiblement amis et Garth est invité sur les trois premiers albums du groupe. Sur le quatrième, c'est Robbie Robertson qui joue sur un titre. Et le deuxième prénom du fils de Michael Been, membre du groupe Black Rebel Motorcyle Club, est Levon ! Vers 1985, Been et le batteur de The Call Scott Musick, ont même joué dans The Band lors d'un concert de leur tournée de reformation, pour pallier les absences de Robbie Robertson et Levon Helm.

La face B, Upperbirth, est un titre du premier album The call, sorti l'année précédente, en 1982. The Call est un groupe américain, mais ce disque a été enregistré en Angleterre, produit par Hugh Pagdam, qui avait travaillé notamment avec XTC, Peter Gabriel et Kate Bush.

Michael Been est mort à 60 ans en 2010, d'une crise cardiaque lors d'un festival alors qu'il était ingénieur du son sur la tournée de Black Rebel Motorcycle Club. Il avait sorti huit albums avec The Call et deux sous son nom.
Si The walls came down a eu assez peu de succès au moment de sa sortie, cette chanson est en passe de devenir un classique mineur : elle a été reprise par Simple Minds en 2022 sur l'album Direction of the heart, et aussi sur scène, par exemple par Calexico ou Todd Rundgren.




The Call, The walls came down, en concert.


The Call, The walls came down, en concert en 1984, diffusé par la télévision nationale suédoise.

25 avril 2025

ANARCHIC SYSTEM : Pop corn


Acquis chez Happy Cash à Dizy le 15 mars 2025
Réf : SG 397 / AZ 10 796 -- Édité par Disc'AZ en France en 1972
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Pop corn (Vocal) -/- Pop corn (Instrumental)

Il y a eu deux filons musicaux différents intitulés Popcorn qui sont nés en 1969 et ont prospéré au début des années 1970.
L'un, créé par James Brown avec son single The popcorn et l'album du même titre, est une danse funk. On a eu l'occasion d'en parler deux fois ici avec les disques de Vic Upshaw et Vigon. C'est assez paradoxal car je ne connaissais pas du tout cette danse à l'époque. Par contre, en 1972 je connaissais très bien et j'appréciais énormément la composition électronique minimale de Gershon Kingsley dont il est question aujourd'hui.

Comment en est-on arrivé à cette "version originale chantée" publiée par le groupe français Anarchic System ? On va essayer de décrire ce parcours assez tortueux en trois étapes :
  • En 1969, Gershon Kingsley (1922-2019) sort l'album Music to moog by, qui contient la composition Pop corn. C'est la première version publiée, excellente, avec même des sons un peu saturés.
    Notez que le titre est en deux mots, car il ne fait pas référence à du maïs soufflé mais, comme c'est souvent le cas avec la musique instrumentale, il décrit le style de la composition, de la pop kitsch.

  • Kingsley fonde ensuite le First Moog Quartet, qui tourne aux États-Unis et sort deux albums. Le second, en 1972, s'intitule Popcorn et contient une deuxième version, plus électronique, qui est de fait la matrice des versions suivantes.
    A priori, selon ce que je vois sur Discogs, aucune de ces deux premières versions n'a été publiée en 45 tours sur le moment.

  • Début 1972, un responsable du label Musicor, emballé par Popcorn, décide d'en produire une nouvelle version. On fait appel à Stan Free, membre du First Moog Quartet, pour jouer le synthé. La troisième version, créditée à Hot Butter, sort en single. Initialement, le disque n'intéresse personne, mais il finit par être passé dans une discothèque parisienne.
A partir de là, tout s'emballe, Popcorn devient un tube mondial et les versions se multiplient. J'en ai connu qui les collectionnaient et c'est une entreprise de presque aussi longue haleine que de rassembler l'intégrale de la discographie de Georges Jouvin !

Après après chroniqué le disque de Vigon, j'ai eu envie de me pencher sur le cas du Popcorn électronique. J'avais acheté récemment la "version dansante" par Mister K, l'une de celles qui s'est bien vendue en France en 1972, mais celle que je cherchais, je pensais l'avoir, c'est la version d'Anarchic System, tout simplement parce que c'est celle que je connaissais le mieux à l'époque, ne serait-ce que parce que ma jeune tante Nadette avait le disque. Au bout du compte, il n'y en avait pas d'exemplaire dans mes étagères, mais dès le lendemain j'en ai trouvé un en bon état et pas cher au Cash près de chez moi.
La pochette met en avant le titre du tube, plus gros c'est presque pas possible, et mentionne le nom du groupe presque en passant. Et évidemment, le graphisme/drapeau cherche à faire croire qu'on a affaire à des américains.

Cette version Anarchic System a elle aussi connu un grand succès. On la doit au duo bien français Olivier Toussaint et Paul de Senneville, responsable entre beaucoup d'autres du disque d'Electric Arena, qui a recruté pour l'occasion un groupe de Lille précédemment nommé Moby Dick. Suivant les versions, le groupe aurait été choisi car son clavier Christian Lerouge maîtrisait le Moog, ou bien Popcorn aurait été enregistré par des musiciens de studio et Moby Dick embauché ensuite pour tourner avec ce morceau.

Comme il faut bien se distinguer sur un marché encombré, la face A est présentée comme la "version originale chantée" de Popcorn. Fallait y penser, mais c'est tout con : toutes les versions "originales" de Popcorn ne sont pas chantées, tout bêtement parce que la composition originale est instrumentales. Alors là c'est vrai, c'est original puisque c'est chanté, avec des paroles, en anglais s'il vous plaît, pour perpétuer le côté pseudo-américain (la face B, version instrumentale non originale pour le coup, se rapproche le plus possible de celle de Hot Butter).

Ils ont peut-être été les premiers au monde à chanter Pop corn, mais Anarchic System n'ont pas été les seuls à le faire, puisqu'on trouve des versions chantées en flamand, tchèque, norvégien, roumain, russe, perse... Antoine s'est distingué puisqu'il a enregistré trois versions en français, allemand et espagnol. Sa version se veut parodique et même moqueuse, mais ça ne l'a pas empêché de faire le tour des plateaux télé pour la présenter, notamment ici et . Cette dernière version, dans l'émission de Danièle Gilbert, débute avec un invité, probablement connu mais je n'arrive pas à le replacer (*** On me murmure à l'oreille que cette personne est Gaston, qui à l'époque co-animait Midi trente avec Danièle Gilbert, et qui l'année suivante est devenu un Compagnon de la Chanson ***), qui "interprète" Pop corn en tapant sur sa joue. C'est peut-être cette prestation qui m'avait inspiré à l'époque, car ce qui m'est revenu c'est que je m'étais fait une spécialité de jouer Pop corn intégralement en faisant claquer mes lèvres et en jouant sur mon souffle pour faire varier les notes. J'ai dû faire ça des journées entières et s'il y a une chose dont je suis sûr aujourd'hui, c'est que ça devait être insupportable pour mon entourage !

Anarchic System, Pop corn, dans l'émission Cadet Rousselle en 1972.
C'est la fin de l'émission en direct, les animateurs sont fatigués, Guy Lux a du mal à se souvenir du nom d'Anarchic System. De toute façon, ce n'est pas le groupe qui joue, mais le grand orchestre de l'émission. Seul le chanteur apparaît pour chanter un refrain. Les ballets Upshaw sont en vedette.

18 avril 2025

FAWZI AL-AIEDY : Amina


Acquis sur le vide-grenier de Oiry le 6 avril 2025
Réf : K 167 -- Édité par Arc En Ciel en France en 1981
Support : cassette
16 titres

C'était mon premier vide-grenier de village de l'année, sous un franc soleil. Ne manquait plus que d'en ramener une cargaison de disques curieux et inconnus. Ce fut presque que le cas, car j'ai eu à un moment en main une poignée de 45t africains en bon état et alléchants. Mais je n'y croyais pas trop car le propriétaire du stand m'avait fait une réponse que je déteste quand j'avais demandé le prix des disques en arrivant : "Choisissez et on verra ensemble après". On a vite vu. Je n'avais pas fait attention aux petites étiquettes blanches bêtement collées sur le recto des pochettes. Ah oui, c'était le 'prix Discogs', comme base de discussion. J'ai à peine regardé ces étiquettes, mais ça allait de 15 à 25 €. Sachant que mon prix de base est à 1 €, et que je peux exceptionnellement monter à 2 voire 3 € si ça le justifie, je n'ai pas pris la peine de faire une offre et j'ai reposé les disques.
J'ai aussi failli reposer cette cassette, étant donné que, quand je lui ai demandé le prix, l'antiquaire qui la vendait m'a dit qu'elle me faisait le carton à chaussures qui en contenait une quinzaine à 1 €. Je lui ai répondu que je n'en voulais qu'une et, vu le prix du lot, je lui en ai proposé 20 centimes. Elle trouvait que ce n'était pas suffisant, mais a changé d'avis quand j'ai fait mine de la reposer. Heureusement car, cet album m'ayant vraiment plu, ça aurait été dommage de m'en priver pour quelques centimes.

Fawzi Al-Aiedy est né et a grandi en Irak. Il est venu vivre en France en 1971. Il a étudié la musique dans ces deux pays et cela s'entend dans ses productions. C'est lui-même qui l'explique le mieux : "Mon double bagage culturel m'a placé face à une alternative : ou je devenais un musicien traditionnel oriental, ou bien je restais un musicien classique européen. Alors je me suis trouvé une troisième voie ! Celle de la création, que m'indiquait mon amour de la poésie, et dont le fer de lance serait cette dualité entre Orient et Occident."
De 1977 à 1985, il a participé, avec Guy Jacquet, comédien, et Hassan Massoudy calligraphe, au groupe Khamsa, qui a produit le spectacle L'Arabesque à voir et à entendre, associant poésie, calligraphies et chants arabes.
Je pense que cet album est en partie issu de cette collaboration au sein de Khamsa, puisque Guy Jacquet signe deux textes et Hassan Massoudy s'est chargé de la calligraphie du livret.

Amina est sous-titré "Chansons et musiques pour enfants".  Mais on sait bien que la musique plaît ou ne plaît pas, mais quand elle plaît elle captive aussi bien les jeunes que les moins jeunes. La plupart des chansons interprétées ici sont de tradition populaire, d'Irak, de Palestine, du Maghreb..., mais même si elles sont nées en tant que comptines, elles n'ont rien de spécifiquement 'jeunesse'. Et un disque où le plus grand nombre de crédits est pour des "rires", j'ai tout de suite envie de l'écouter !

L'album s'ouvre avec Ya chauffeur, avec un violoncelle qui évoque le son d'un autobus. Il y a des instruments qui font le klaxon. Les enfants encouragent le chauffeur, comme dans la chanson "Chauffeur, si t'es champion, appuie sur le champignon" que j'ai souvent chantée !
Pour La mariée, les chœurs font des youyous.
Les rires, c'est à la fin de Gahou gahi qu'on les entend. A l'écoute, ce titre m'évoquait certaines chansons catalanes. Il y a peut-être un rapport puisque je vois que l'album Trobar e tarab de 1995 de Fawzi Al-Aiedy avait pour thème la voix occitane et arabe des troubadours.

Ce court album de seize titres comprend deux instrumentaux. Je pensais qu'il y en avait trois, mais les crédits indiquent que le presque expérimental Conversations lunaires est une improvisation vocale.
Parmi mes chansons préférées de l'album, il y a celle sur Toubou le vendeur de pommes, Djindjil, et surtout Autobus n° 11. Il faut savoir que "prendre l'autobus n° 11" est une expression qui signifie aller à pied. Et pourtant, on en couvre du terrain dans cette chanson, qui mentionne de nombreuses villes, de Samarkand à Tell al Zaatar.
Chachalabi et Hlayil sont aussi des chansons qui m'ont particulièrement marqué dans cet album qui, de fait, m'a réjoui de bout en bout.

Amina est en vente en numérique sur le site de Fawzi Al-Aiedy
. On peut y écouter Autobus n° 11 en entier, ainsi qu'un extrait de toutes les autres chansons.

Fawzi Al-Aiedy
se produit régulièrement, avec ses fils dans sa formation. J'espère avoir l'occasion de le voir en concert. Son dernier album, Ishtar connection, date de 2019.
Noces-Bayna, son album 'jeunesse' de 2009, a été réédité en 2023.



11 avril 2025

HERB ALPERT'S TIJUANA BRASS : Lollipops and roses


Acquis chez YMCA à Douvres le 2 mars 2020
Réf : NEP 44047 -- Édité par Pye International en Angleterre en 1965
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Lollipops and roses -- Butterball -/- Green peppers -- Love potion No. 9

J'ai acheté ce 45 tours le même jour et au même endroit qu'un super lot de 78 tours, parmi lesquels il y avait le Stan Freberg, le Bonnie Lou le Red Ingle et le Cheers.
Je pense que j'avais déjà à cet époque un exemplaire de l'album Whipped cream and other delights, dont les quatre titres de cet EP sont extraits, mais ça me plaisait bien d'avoir ce disque de poche, avec une version réduite de sa fameuse pochette.

Le Tijuana Brass, c'est un concept de pop jazzy, latino et instrumentale développé par le trompettiste Herb Alpert. Cet album est l'un de ses plus grands succès. Certes, sa pochette y a contribué, avec la photo assez suggestive prise par Peter Whorf d'une femme apparemment nue et apparemment recouverte de crème fouettée (c'est de la mousse à raser...), mais la pochette ne passait pas en radio et c'est bien la musique qui a permis à ce disque d'être classé numéro 1 des ventes aux États-Unis pendant huit semaines et rester dans ce classement pendant 141 semaines.

Notons que, ironiquement, Herb Alpert, qui est par ailleurs le A d'A&M, n'aimait pas ce projet de pochette, qu'il trouvait trop leste. C'est son associé Jerry Moss (le M d'A&M) qui a insisté pour la valider. Depuis, elle a été très souvent parodiée. Pour ma part, je pense que c'est par un disque de Soul Asylum de 1989 que je l'ai connue.

Le disque fête ses 60 ans cette année. Pour l'occasion, Herb Alpert est reparti à 89 ans en tournée avec une version du Tijuana Brass.
On reparle donc du disque et j'ai été surpris de voir circuler cette photo :



On y voit Herb Alpert et le mannequin de la photo, Dolores Erickson. Elle prend la même pose que sur l'album, mais elle est dans une robe blanche assez sage.
J'ai cru initialement qu'il s'agissait d'une photo retravaillée utilisée pour de l'affichage publicitaire là où la pochette risquait de choquer. Au bout d'un moment, je me suis rendu compte que les jambes de Dolores "sortent" du cadre et qu'il ne s'agit pas d'une affiche, mais qu'elle est bien assise et présente au moment où le cliché a été pris avec Herb Alpert.
J'ai trouvé ensuite un autre exemple, utilisé pour la couverture d'un livret, où Herb lui sert à boire :



L'explication est donnée par Dolores Erickson elle-même dans un entretien : au-delà de la session photo initiale, on a fait appel à elle pour apparaître, notamment lors de cérémonies de remise de prix. Visiblement, A&M avait même fait fabriqué un cadre avec un siège pour 'reproduire' la pochette et les photos ci-dessus ont dû être prises  dans ce genre d'occasion.

Bon, et la musique alors ? Eh bien, possédant des dizaines de disques de Georges Jouvin dans ma discothèque, je suis mal placé pour critiquer, mais c'est assez léger.
A force de l'écouter, j'apprécie Lollipops and roses, qui est un original composé, comme d'autres succès du groupe, par Sol Lake. C'est le cas ici aussi de Green peppers.
Les deux autres titres sont des reprises. Butterball n'est pas trop pour moi. Par contre, comme je m'en doutais avant même de l'écouter, Love potion No. 9 est mon titre préféré du disque. Pas étonnant, puisqu'il s'agit d'une version assez dynamique d'un succès composé par Jerry Leiber et Mike Stoller pour The Clovers en 1959.


Hert Alpert's Tijuana Brass, Lollipops and roses, une vidéo d'époque amusante où l'on voit le groupe, visiblement en studio, écouter son enregistrement. A voir dans une moindre qualité cette version plus longue, avec Herb Alpert qui présente les membres de Tijuana Brass de façon humoristique.


Hert Alpert's Tijuana Brass, Love potion N°. 9, en concert dans le Kentucky le 16 février 2025.