08 novembre 2026

JOAN JETT : I love rock 'n roll


Acquis d'occasion dans la Marne probablement vers les années 2000
Réf : 101616 -- Édité par Boardwalk en France en 1982
Support : 45 tours 17 cm
Titres : I love rock 'n roll -/- Love is pain

J'appréciais cette chanson qui passait partout en 1982, mais il ne me serait pas venu à l'idée d'acheter ce disque neuf. Elle sonnait sûrement un peu trop hard rock pour moi, et surtout j'avais plein d'autres priorités pour dépenser mon maigre budget d'étudiant.
Mais bon, vu son succès, ce 45 tours se trouve très facilement et j'ai fini par l'acheter. Et surtout, l'histoire tortueuse d'I love rock 'n roll, avec quatre parutions avant que ce soit un tube, est très intéressante.

On n'y prêtait pas vraiment attention à l'époque, mais la version de Joan Jett est une reprise. Son auteur est Alan Merrill (1951-2020). Américain, il était proche en grandissant de sa cousine par alliance Laura Nyro. Il s'est retrouvé au milieu des années 1960 au Japon, où sa mère la chanteuse de jazz Helen Merrill s'était installée. C'est là qu'il connaît ses premiers succès.
En 1974, le guitariste Jake Hooker (1953-2014) lui paie le billet d'avion Tokyo-Londres pour venir y former le groupe Arrows, initialement un trio où Merrill est à la basse et au chant. Ils ont du succès avec Touch too much (un titre différent de celui d'AC/DC).

En 1975, Alan Merrill écrit I love rock 'n roll, en réaction épidermique à It's only rock 'n roll des Rolling Stones. C'est un titre fortement marqué par le glam, notamment pour la rythmique. En le réécoutant, je me suis dit qu'il a pu servir d'inspiration à We will rock you de Queen, sorti en 1977.
Alan Merrill expliquait que, côté paroles, il y avait pour lui deux chansons en une : l'histoire d'une rencontre dans un bar racontée par les couplets, et pendant le refrain ce qu'on entend serait la chanson jouée sur le juke-box, un hymne au rock and roll.
Il est le seul auteur de la chanson, mais Jake Hooker est également crédité car ils avaient passé un accord pour rembourser la dette du billet d'avion. Hooker a fait une très bonne affaire en avançant ce billet !

La version originale d'I love rock 'n roll est sortie en 1975 chez Rak, mais elle n'était qu'en face B du 45 tours Broken down heart. Assez vite, le disque a été réédité avec I love rock 'n roll en face A, mais il y a eu d'autres complications, dont une grève de la presse, et le disque est passé inaperçu. Le groupe a quand même joué la chanson une fois à la télé, ce qui leur a donné une excellente opportunité puisque, après ce passage, la productrice leur a proposé d'animer leur propre émission musicale, Arrows. Il y a eu 28 épisodes en 1976-1977, au cours desquels le groupe jouait trois de ses chansons et recevait deux invités. Sauf qu'ils étaient en conflit avec leur label et qu'il n'ont pas pu capitaliser sur cette publicité : ils n'ont plus sorti un seul disque à partir du moment où l'émission a débuté et le groupe s'est séparé en 1978.

Entre-temps, Joan Jett, en tournée anglaise en 1976 avec les Runaways, les a vus jouer cette chanson à la télé. Elle s'est procuré le disque et elle n'a plus jamais lâché, dont elle a fait un classique du rock and roll.

Tout d'abord, les Runaways ont travaillé ce titre en répétition en 1977, mais il a finalement été décidé de ne pas l'inclure dans le répertoire, car ça faisait un peu doublon avec Rock & roll du Velvet Underground.

Ce n'était que partie remise. Après la séparation des Runaways, Joan Jett a enregistré ses premières sessions solo à Londres avec Steve Jones et Paul Cook des Sex Pistols. Il en a résulté You don't own me, un 45 tours sorti en 1979 chez Vertigo mais, de ce que je vois sur Discogs, ce disque n'est sorti qu'en Hollande et en Scandinavie. En tout cas, sa face B est une première version d'I love rock 'n roll par Joan Jett, un peu moins tranchante que celle qu'on connaît. Pour l'anecdote,  Alan Merrill a expliqué qu'il s'est retrouvé à un moment à enregistrer dans le même bâtiment que Joan Jett, mais il ne savait pas qu'elle allait faire cette reprise de sa chanson. Évidemment, ce disque très peu diffusé est resté une obscurité.

Mais Joan Jett doit être têtue. En 1981, pour son deuxième album sous son nom, le premier avec son groupe The Blackhearts, elle a travaillé avec les producteurs Ritchie Cordell, connu notamment pour son travail avec Tommy James and the Shondells, et Kenny Laguna, dont le nom figurait notamment au dos des premiers disques de Jonathan Richman and the Modern Lovers chez Beserkley.
Cette fois-ci, ce petit monde a mis toutes les chances de son côté. Cette nouvelle version d'I love rock 'n roll, comme la précédente, garde strictement la structure de la version originale des Arrows, mais le son est tranchant et la production percutante.
Et plus question de face B : la chanson ouvre l'album et lui donne son titre, et elle est bien en face A du 45 tours sorti début 1982. Ça ne fonctionne pas à tous les coups, mais là si, enfin : le disque a eu un grand succès partout dans le monde, se classant numéro 1 des ventes aux États-Unis. La persévérance a fini par payer !

La face B, Love is pain, est écrite par Joan Jett et figurait aussi sur l'album. Elle est sur un tempo moyen et semble hésiter entre rock and roll pendant les couplets et le son new wave d'époque pour le refrain. Elle a un peu de mal à décoller, mais elle passe bien quand même au bout du compte.

Je suis plus ou moins dans l'actualité : l'album I love rock 'n roll va être prochainement réédité, 45 ans après sa sortie, avec un disque bonus, The shadow album, enregistré en 1980, qui contient des versions inédites des titres de l'album.


Joan Jett, I love rock 'n roll. Ci-dessus, la vidéo classée comme "officielle" sur YouTube, en noir et blanc, avec une scène d'introduction complète. Ci-dessous, la vidéo en couleurs, telle qu'elle était diffusée à la télévision à l'époque, mais apparemment Joan Jett n'aime pas le rouge de sa tenue.



Joan Jett, I love rock 'n roll, dans l'émission de la télévision hollandaise TopPop le 13 avril 1982.

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